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Full text of "Étude sur Pétrone: la critique littéraire, l'imitation et la parodie dans le Satiricon"

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UNIVtRSiTY 
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ÉTUDE 



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R PETRONE 



LA CRtTIQUl'^ L,I'n'£:ilAIllK 
UITATION KT l^A PAnOOIlâ 
DANS LE BATIBICOM 



THESE 

ntmtJtB A LA rACL'tTË UbS LliTTnKS DK TAItlB 



f 



A. ÇOLUGNON 



PAnis 

LlllRAinlE HACHETTE ET C" 

79, liOfLEVAnr haint-okiimain, '9 

isa2 



INTRODUCTION 



On ne saurait trop multiplier les précautions ora- 
toires quand on se hasarde à traiter une question re« 
lative à Pétrone. Les critiques modernes qui parlent 
du Satiricon le font avec une extrôme discrétion et en 
demandent, ou peu s*en faut, pardon à leurs lecteurs. 
Le temps est passé où les personnages les plus distin- 
gués faisaient profession de le goûter infiniment, où il 
était un des auteurs préférés de Condé, où Racine le 
citait sans scrupule. Nous sommes devenus plus déli- 
cats, et tout en reconnaissant le très rare mérite du 
SatiricMU, nous exigeons que Ton s'excuse d*abord de 
nous entretenir de cette étrange comiK)sition, en fran- 
<;ais surtout. 

Il est certain que, malgré le vernis d'élégance dont 
Tœuvre tout entière est revêtue, elle recèle la corrup- 
tion la plus profonde. Le sens moral parait faire com- 
plètement défaut \i rauteur. Il s'arrête avin; complai- 
sance sur des tableaux dont la. donnée seule est déjii 



VI INTlIODUCTIOlf. 

révoltante. Et encore que Pétrone soit souvent moins 
obscène dans les termes que Martial et que Juvënal^ il 
est beaucoup plus immoral qu*oux, parce que le vice ne 
provoque chez lui aucun dégoût, aucun mouvement 
do colère. 

L*étudo limitée que nous entreprenons laisse de côté 
les scènos et les descriptions liconciousos qui ont fuit 
au Satiricon une mauvaise réputation bien méritée. Si 
parfois nous sommes obligé d*y faire quelque allusion, 
nous nous eiTorcerans de ne pus oublier le respect qui 
i*st dil au lecteur francjnis. 

Mais il y a dans Pétrone autre chose que le peintre 
trop fidèle de la dépr.ivation romaine a répocjue de la 
décadence. 11 y a le lettré fin eu spirituel ', Thomme de 
goAr, le curieux d*art et de poésie. C*est ce Pétrone 
([ue nous voudrions dégager de son œuvre, ou, si Ten- 
trcpriseest ti*op délicate, nous nous proposons du moins 
de réjMindre aux questions suivantes : Quels sont les 
jugements littéraires de Pétrone et que valent-ils? 
Quels auteurs a-t-il lus et iuiités de préfércnco ? Dans 
quel esprit les a-t-il imités ? Kst-re pour les panulicr ?. 
Kt, eu particulier, le poènu» de la Guerre civile Obt-il 
une parodie de la Pharsale? .]\w{\\ii{{\\ii\ \m\\t Pétrone 
nous semble-t-il original ? Si Ton parvient à apjiorter 



1. Tartout est cité lo mot de Justo Lipiic : « Aiictor piirit»8iinm 
iinpiirititis. » 



INTnOllUCTION* VII 

tt C08 diverses questions des réponses suflîsaiit'eSi on 
aura en même tomps jeté quelque lumière sur une 
œuvre singulière, énigmatique, très diversement inter- 
prêtée, où bien des points demeurent obscurs, et dont, 
malgré Topinion moyenne qui provaut aujourdliui, on 
ne saurait fixer avec précision ni la date ni Tauteur. 

L*étude où nous nous aventurons présente d'extrê- 
mes diflicultés. Le Sfiliriam n j nous est arrivé que très 
mutilé. A peine peut-être en possédons- nous la sixième 
jiartie. De plus, le textj est en b^Miuc nip de passages 
altéré ou douteux. Certaines pliras.*s demeurent a peu 
près inintelligibles, malgi'é les innombraldes conjec- 
tures des eommentatjurs. Ailleurs, ncius n*avonSy au 
lieu du text^ momo de Pétrone.*, qu'un abrégé l'ait par 
Tautaur des extraits qui nous sont parvenus. (! est ce 
que M. Hueclieler a établi dans sa savante édition de 
Pétrone qui servira de base lï notri*^ travail *. Ainsi, 
quelles qu'j soient lesconcIusi:)nsdj nos recliercli(58 sur 
ce t r/trf'd' œuvre d'un incuniiêt » si nmltraité par le 
temps, il conviendra d'éviter toute atlirmation tran- 
chante et, jmrmi tant d'hypothèses, de ne prétendre 
api>orter que quel({ues conjectures plausihles avec un 
certain nombre de preuves a Tappui. 

Sans entreprendre une analyse détaillée du Safincoa 
qui ne peut être tentée décemment, nous allons indi- 



1. .r rdUioii. Ilcrlhi, Weidiiiiiiiii. 1H82. 



VIII INTHODUCTION. 

qucr en quelques mots Targunient de cet ouvrage, tel 
que ces extraits si incomplets nous le laissent entre'* 
voir; puis nous essaierons d*en fixer les caractères prin- 
cipaux. Cette étude préliminaire nous aidera à résoudre 
les questions que nous nous sommes posées, en nous 
IK'rmettant de déterminer Tobjct du livre et d*appré- 
cier Tesprit de Tauteur. 



* * 



ÉTUDE 



SUR PÉTRONE 

la critique litréraire 

l'imitation kt la parodie 

dans le satiricon 



•^•>» 



CHAPITRE PREMIER 



ARGUMENT DU SATIRICON. CARACTERE DE L*OEUVRE. 



Nous avons sous le nom do Petronii Arbitrt SaUrarum\ 
ou Satiricon, on Sattrici,ou Sa/^nfi^err^solonlesmanuscrits, 
des fiaginonts d'un roman considérable. Car le Codex Tra* 
guriensis, qui porte le titre le plus complet, nous apprend 
que les extrnitd qui nou8 restent appartiennent au liV ut 
au 16* livre, Petronii Arbitri Sati/ri fragmenta ex libro xv et 
xvi. Ces extraits durent être faits d'assez bunne heure, 
peut-i'tre dès le milieu du v" siècle. Il semble prouvé que, 
dès l'époque d'Isidore de Sôville (570-G3G), la plus grande 
partie dos satires était perdue et qu'on possédait seulement 
les fragments tels qu'ils nous sont parvenus. 2Si, dans le 
glossaire dont s'est servi Pierre Daniel, il y a dus mots qui 
ne se retrouvent pas dans le Satiricon airtuel, il faut, d'après 
toutes les vraisemblances, reporter la composition de ce 



t. M. F. Huecliclcr ii adopté lu titro ilo'Sufirœ, 

CKITiqVJt l«!TTiéll4lttlt. 



2 GHAPITM PIIBIIIBII. 

glotuâlre à la fin de l>nU^u^iléi A répoqua de Marias Mer» 
cator^ qui vers Tan 4S0'lut oamre Pétronei ou à Tépoque 
de Pulgentius Planciad6ti| -qui; vécut de 480 à 62VOenyiron« 
Quant à Jean de Salisbuiy (1120-1180), 8l son texte dif- 
fère parfois de celui des extraits, c'est qu'il y a intercalé 
des phrases de sa façon'* Los Exeerpta remplacèrent donc 
lK*s tôt l'œuvre originale, comme il est arrivé pour tant 
d'autres écrits remarquables de l'untiquilé. I^es Justin 
tnout les Ti*ogue-Pompée. 

Tous les manuscrits qui nous ont été consorvt^s paraissent 
provenir d'un arcliétypo eoniprenant, outi*e les fragments 
de Pétrone, un grand nombre de pièces empruntées à divers 
auteurs. Le plus ancien est le Codex Bernensis du x* ou du 
XI* siècle. Ces manuricrits nous offrent les mômes extraits, 
les mômes lacunes, les mômes altérations du texte. Seul, 
le Codex Traguriensis, du xv* siècle, découvert à Trau, en 
Dalmatie, vers 1G50, nous a enriclis d'un nouveau frag- 
ment ti*ùs important, le Festin de Trimalchion, publié pour 
la première fois en 1GG4 a Padoue, chez Paul Frambotti*. 



1. VS. lo nSvïi (lu voiTo iiiulléuMt* diiiis IV'd'uiio, v. !i\, oi danM 1m 
l*olévnilieui iPoiicraticftt tir Mytjië cHrénUutH ri vrtiigiii philotuphth 
ntm JooHHh SainttrrirHti» ; \Wiiï\»Ai, l.'it.'t; fol. i.xxiii, rriio) i*t uii^f«i 
lo loiilo ilf lu Matrone d'hithènr dll, 112) |7. tir StitiMb., tttitt., lui. 
cxcvi, rrr/o|, uii Joiui de* Snlinbiii^ se rotilifiih^ d'iijoulor on do d<''|»lii- 
cor do iQiii|m on toiiipH iiii mol. Il ii 1*0111111 du moins Ions Iom fra^c- 
nunilH <|no unuM possi^doiiH, y rompris coini do Tnni, rar «l'ol. cLXXXvit 
per»o) il imiip d'un iiirldout du Foslln do Trinialrliiou <|ui 110 se tronvo 
•|iio dans lo niaiiUMoril do Trun, c. 10 : • Conam Triiiialrliioni.H apud 
IVlniiiinni ni pidiM ingrodoiv, cl ponnim sic gruvi<lari ponno miraho* 
rU. * Hi|. 

?. 1^1 ipioMtioii tU^A inaniiMcrilH ot des c^dilions de Pclroiio o.«l traihM« 
Mirloiil daiH loM uuvnigo}* AnivanU: 

il llork, The MttHHuréptt 0/ the iat, 0/ Petr. Artt, tieteribed and 
Cùitated, r.4iiiihridgo, MansucliiiHotU, 1K(»3. 

PtiHohgHi, XX, p. *2!l5-noi. Vetter die ieidner uud berner lld», des 
Prtr, HHd ihr Vrrhùttniu su rlHandrr, 

V. liuorliolor, Prtronii Arbitré satirarHm reliquite, éd. do 1802. Bor- 
liii, >Veidiiinnu. INvraoo, p. Xi 11 xi.111. 

J. K. l*élrot|uin, Nouvrtles itrcherches historiques et critiques sur 
PHrone. l»arii«, J. li. Ilaillioro, IMTiO. 



ARGUMENT DU SATIRICON. 8 

Ces eztraiU euz-mémes sont très mutilés. L'abréviateur 
a coupé à sa guise, ici ne retenant qu'une phrase, ailleurs 
transcrivant des passages étendus. Avec une sagacité pé- 
nétrante, M. Buecheler a indiqué les lacunes, séparé des 
phrases réunies par les anciens éditeurs, éclairci par 
d'heureuses conjectures autant que par une collation ri- 
goureuse des manuscrits un texte plein d'obscurités. 

Le Satiricon raconte les avenlnres d*Encolpo, un affran- 
chi, escroc et libertin, qui court le monde en compagnie 
de deux autres affranchis, Ascylte et Giton, aussi cor- 
rompus que lui. I^ narration les promène de Naples à 
Crotone à travei*s des incidents de tout genre. C'est le 
principal personnage, Encolpe, qui fait lui-même ce récit. 
Ainsi Guzman d'AKarache et Gil Bloi» ' nous content leur 
propre histoire. 

L*ouvrage de Péti*one peut être aussi rangé parmi les 
romans à tiroirs. Il nous expose une série d'aventurasqui 
s'entre-croisent, avec des épisodes, des digressions poéti- 
ques ou oratoires. Les héros, dont le passé est déplorable, 
ont semé derrière eux quantité de méfaits, vols et autres 
actes coupables, dont les conséquences les poursuivent, ils 
vont de ville en ville € chatouilleux de la gorge », et 
à mesui*e que la scène se dc^place, de nouveaux person- 
nages s'introduisent dans l'action, de nouveaux ills s'em- 
môlent. 

Ce serait perdre son temps que de chercher à retrouver 
dans ces fragments un plan logique et un rigoureux en- 
chahienient. il semble que le liasarJ seul conduise ici les 
événements. Les mots casus, fortnna^ fatum sont prodigués 
par Pétrone. 

1. Dicn souvent on a rapproché d'Kncolpo les deux héron ilc Lo 
Sago. cr. Vullairo, t. XXVllI, éd. do Krhl, ISOI, p. 203, Deg Men- 
êonges ttkpriMéê ot jMinim, Mnis les pires aventuriers des romuiis do 
Lo Sage sont do mu*urs très pures, si on les compare A Kncolpo et h 
Ascylte. 



4 OHAPITRI PRimiM. 

La narrataur n'a nulle hflta d'arriver i un dénouement. 
Le récit 8'aceélère ou se ralentit au gré de ta fantaisie. 
Souvent il l'interrompt pour déclamer par la bouche de 
ses personnages sur quelque sujet de littérature ou de 
morale, ou pour traiter, soit en prose, soit en vers, quelque 
généralité satirique. C'est d'ailleurs avec une cerlaine viai- 
somblnnce que cos morceaux peuvent i^tre débités par 
Encolpe ou par Ascylte qui nous sont donnés comme des 
lettrés \ par Agamemnon, un rhéteur, et par le vaniteux 
poète Eumolpe, € <lc ses vers fatigants lecteur infatigable ». 

Si on laisse do cùlé un certain nombre de pbrases ihO- 
léos, on peut dire que l'auteur des extraits nous a conservé 
trois grandes coupures du Satincoii. Dans chacune de ces 
sections, malgré let» lacunes ', les faits se lirnt assez bien 
entre eux. La première nous fait connaître les incidents de 
Tarrivi^e d*F!ncolpe, d'Ascylto et ('.e Giton dans une ville 
de Campanie, qui ost probablement Nalll<>s^ Nous assis- 
tons à une discussion littéraire et pédagogique entre le 
héros do Pétrone et le rbiHeur Againennion. 

Nous lo ëuivouH sur le forum où, avec Ascylte, il essaie 
de vendre un manteau volé et où nos larrons rentrent 



1. G. 10, : • et tu liloriiM mîitf ot o^o ». Nuii8 nMiverrunii tot^otirs h 
la 3« iMiilitiii do M. K. HiUMliolor, 18Si. NVoidiimiin. 

2. Kii lUU:l, F. Nuilot tu paruUrtf A Puris. soiim la ruliniftio do CIolu* 
inic, un mii*iliMant U*\l<* do Pôlruno tMinn lacunes nvor iraductiun rnin- 
vaïéo, It prélrnduil avoir uc<|UéH un nianuAchl cuniplrldc nutro auteur 
qui nuniil élu dé<*uuvcrl ii llrt^radc m IGTiC. CeUo 8U|iori*liono liitû- 
rain^ tll liouuroup do dupos, niôuio punui les duclo8. (V. bur lo Péfroue 
do Nodul : l*étro<|uin, o/i. cit., Atanuxcrit tic ilrlyraiie ou de Kotfol, 
p. HG.) La Oiiudn eopoiidiiul oxl l'ucilo ù poroor ii Jour. 1^* lutin do 
Nudiit no ttupptirlo pas un oxuuumi un peu altoniir. So.s cuniplé- 
nitMitH no Hont uiôuio pus umsoz ingôuiousonioiil inm^'inéM puur ooui:i- 
Ijor |oH ronlmdirliouM apparcuto!» ilu récit uu résuudro tos dil1icult6<i 
ipio pruMontout diver.i puvsagod. Il a assoz niul Justilié smi pumpouso ôpi- 
({iuplio : • Noili HuUunlur ii Nodot .. 

.1. Otto villo pont ùtro aussi Put.nili, Misono ou Cumes. M. Tb. 
Muuun^on tient pour Cumes. Trimatdtiog lleimath und Urabsctiri/t, 
Uornu^ Mil, 1878, p. KKi si]. 



▲RGUmilT DU SATIRICON. 

en possession d'une tunique aui coutures garni es de pièces 
d'or qulls avaient perdue. Puis vient l'épisode de Quartilla 
qui pourrait être intitulé : € La première vengeance de 
Priapo »| dont les mystères ont été profanés par Encolpe. 
(Gbap. 1 à 26.) 

L'épieode le plus important de la seconde coupure est 
celui du Festin de Trimalchion, dont le fragment retrouvé 
àTraunous a restitué la plus grande partie*. C'est de 
tous celui dont on pourrait parler avec le plus de sécurité* 
Les obscénités y sont rares et on est plus & l'aise pour y 
louer le talent du conteur. Il est & roniat*qner que cet 
épisode se rattache à raclion par un lien bifu fragile. A 
peine les personnages principaux y sont-ils mentionnes 
une douzaine de fois. Ils disparaissent pour ainsi dire et 
tout Tinlérôt se concentre sur Trimalcliion et son entou- 
rage. Nous avons donc bien afTuire à un roman & tiroirs, 
dont certains tableaux peuvent se détacher et former un 
tout distinct '. 

Parmi les créations do Pétrone, il n'en est pas de plus 
connue que celle de ce légendaire Trimalcliion, ce turcaret 
lutin, type achevé de TalTranchi qui a fait fortune et qui 
étale avec une impudence naïve la maladresse do son faste 
et la grossièreté de son ignorance '. La description du festin 
donné parce ridicule amphitryon nous oilVe une peinture 
de mœurs prise sur le vif. Nous pénéli*ons dans le monde 



1. L(^ uiutiiiscril do Truu coininonco A coh mois: « Ipso ncM'it i|iii<l 
hubciil *, c. 37, ol Unit par coiix-ci : ■ o\ incr*ii«liu fiiKiiniM •, c. 78. 

2. (^e-Ht ce «pio Honilili^ iiidiipior ralin*viut«*ur liii-môiiio ; car Ioh muU : 
« i<l est cxpiM'iiiUo lilionr rciiii* » Muiil iiiio glosi» ; et roinino lo Inrmo 
• cxpoctuliu ■ val iMi i'uiilrudi«!tioii uvidoiilo uvcc lu <*oiiU*\to, Jo croiM 
qu'il raiit lire : « iil est cxpusitiu lihem^ vctuv •• « Ici cumuieiicu la il<*»* 
criptioii irtiii n^puH Tort libre. • 

3. Cr. FriiMlliiii(i«T, Pefron'ê Caglmahl de» Triinnido, Deutiche 
HuttdMc/iau, jum IS'JO. M. Frieillaiider vu prurhuiiiiMiHMit luire paniltn* 
une éilitiuii, avec Iradiurliuii et cuiiiiiieiituire, ilu fcnliu de Trimul' 
ctiion. 



CHAPITRI PAIIIIgR. 

det aflhmchi« et des gens du peuple. Nous écoutons leur 
curieux bavardage ; nous sommes initiés à leur existence 
quotidienne, h leuri penséeSi à leur langage ; nous sur- 
prenons leurs locutions familières, leurs proverbes, leurs 
métapiiores triviales mais expressives. Ces conversations 
dn tablo, uniques en leur gonre dans la littérature latine, 
nous présentent le plus intéressant spécimen dusermople- 
beiut. Avec un art délicat et discroti Pétrone nous a con- 
servé jusqu'à la pliysionomie do cette langue populaire de 
latirando-Grtfcc, bariolée do putois, d'hollénismcs, étrange 
liiMo-miMo, Jargon singulior et attachant, on ronfnsémont 
s'agitent los germes ilo notre idionio, où la phrase courti*, 
claiin), d'nno coniitruction siniplilléo, s'aehominn vers les 
ttiurnuriM dfs languos analytiques. 

Dans l'épisode qui suit le Festin de Trimalcliion, nous 
voyons outrer en scène un nouveau personnage, Knmolpe, 
poète baroué et insupportable. Digne compagnon d'En- 
culpo et d'Ascylte, il ont mêlé à leurs répugnantes que* 
ndles et reçoit sa part des horions qui se distribuent dans 
l'auberge où lo narrateur a transporté son action. L'in- 
tempérance de sa verve poétii|ue éclate à tout propos ; 
c'e6t lui qui récite les pièces les plus longuet^ insérées 
dans lo Sntivicon, enire autres le poème surla GuerreciviU. 

Nous retrouvons ensuite Eneolpe et Giton embarqués 
avec Euniolpo bur un vaifsoau qui fait voile vers Ta- 
rent!) ; mais un hasard funeste veut que les niatires du 
navnn, I.iihas ot Tryphèno, soient précisément les per- 
sonnes dunl ils ont lo plus ù re>louter la vengeance. Après 
de vaines tentatives do fuite et de déguiseuicnt, ils sont 
reconnus «*t la guerre va s'allumer sur le vaiseau. Mais, 
gr&ce à rintervention d'iùiniolpo, une trêve ^e conclut, 
biontdt suivie d*uno réconciliation grucrale. 

Pendant les loisirs do la travei^sée, le poète narre aux 
pnssaf;ers Tliisioiro de la Matrone d^Éfikfse, ce conte mile- 



ARGUMENT DV SATIlIfCON. 7 

tien d'une élégante ironie et d'une spirituelle brièveté, qui 
•era souvent imité au moyen flge, agréablement traduit 
par Saint- Évremond et rajeuni par La Fontaine '• 

Soudain une tempôte assaille le navire, un coup de vent 
jette Lichas à la mer. Les autres passagers sont sauvés ; 
mais ce n'est pas sans peine qu'on extrait de la cale ce 
vieux fou d*Ëumoli)e qui s'y était réfugié et composait des 
vers, insoucieux du naufrage. (Cliap. 2G-llti.) 

Bien que la dernière partie du Satiricon se lie presque 
sans interruption à ce qui précèdei on peut la considérer 
comme une iroisiùnie section du roniaUi snbdivihéeendeux 
épisodes princip;iux, la clinsse aux luiriUiKetf u Crolono et 
les aventurcH galantes d'Knrolpe aveir (lircé. 

Nos liions entreprennent de faire fortune en exploitant 
l'avidité des cnplateurs de lehtanicnls; c'est à Crotune le 
seul moyen do s'enrichir. On combine toute une comédie. 
Ëumolpe se fera passer pour un opulent propriétaire d'A* 
frique qui vient de perdre son llls uni(|ue ; Encolpe et Gitou 
seront ses esclaves. Tandis qu*ils gravissent la mon- 
tagne sur laquelle b'élêve Crotone, le vieux métromane 
régale ses compagnons d'un long poème sur la guerre 
civile. 

La ruse ourdie par nos larrons réussit A souhait, et les 
Crotoniates prodiguent à ëumolpe des dons de toute sorte. 

De son côté, Ëncolpe, sous le nom de i^lysenos, noue 
une intrigue amoureuse avec une dame de Grotone, Circé. 



I. On rflrouvo Vé |iiiviil«*iit (l«^ co contn choz lH*iiiiroii|» iln [>oii|i1(!h, 
clifv Wa («liiiioiH oiiln» iiiiln>M. C\\ Im hlulronr du payt fie Soung, pu* 
blié«> par AIm*! IIimiiiimiI. iCnnttM vhinofg, Paris l'*'^, iii-l8j 

M. K. G.i.Hirharli, i)':e TrtuloMe Willirê (KliiltK'anl, Kiu'iiiT, 1877). 
a ucril la inoiinj^Tapliic «lu nnili; iln la Matrone c/'A'/i/irje (M(jHurJKiiif«>i, 
««•s i;'|iiivalriiU «laiis Km aiilnvH liUuraliin*!*). 

M. il. \{\*\*W\oT (ColtiM'itun ilo.<4 f^rathU ô<*rivain.<4 «lo la Knniri% /^ 
Fontaine, t. VI^ (loiin<^ niiHHÎ l«*.s ori^imvH dn en coiitn, piiiH en énii« 
in5re tuuto:i li*i v«*rsion.4ot tuiilcs |i*s iinilationHJUHiprà la n*inhiiwom:c 
(lo M. AlpIriHi^ llaiiilct, nii rlinpiln* VI tU* Vimmor/et, 



8 CHAPITMI PRimiR. 

Dans 06 dernier épisode se montre surtout le Pétrone ga« 
lant| celui que les écrivains U^gers du xvii* siècle ont 
imité de préférence, Bussy-Rabutin entre autres, et que 
Palissot a ap|>elé lo Cribillon lalin. Mais cette galanterie 
u*est le plus souvent quo du libertinage. Après mainte 
mésaventure, Encolpe cherche à désarmer le courroux de 
Prinpe qu'il a olTensé. Car on peut dire que le dieu de 
liampsiique est, de concert avec la Fortune, le detu ex ma* 
china de ce roman*. 

La tin des extraits nous ramené à Eumolpo, dont le 
crédit commence à baisser auprès des captateurs de testa- 
ments. Le vieux poète imagine d'arrêter dans ^es dernières 
dispositions que ses légataires ne toucheront leur legs 
qu'à la condition de couper son cadavre en morceaux et de 
le manger en présence du peuple. Il les encourage en un 
discours d*une ironie réroce,ot c'est sur ces farces funèbres 
que s'arrîltont les fragments conservés du Satiricon. (Ghap. 
110.141.) 

Ce qu'il pouvait advenir ensuite des personnages, peu 
importe do le savoir en cotte narration au lien si lâche et 
s;ins apparente unité. Encolpe échappait ù tous les périls, 
puisque c*e8t lui-même qui nous raconte ses infortunes. 
Je suppose que le dénouement avait lieu à Taronte où se 
rendaient nos aventuriers ainsi queTryphène. 

Le grannnairien Fabius Fnlgenlius Planciades parle 
(Fragment VI, Uueclioler)d'uneAlbuciaqui ligure dans Pé- 
trone, et qui est donnée comme un exemple do la crainte 
quo la satii*e inspire aux femmes. Il ne nous paraît pas 



1. Voir, Mir lo n^io «lo l*nii|M« iliiti!i t«* Satiricon ol sur la nmnpuhition 
do «?o rtniiiiii, un inlérosHintl iirlitli* du M. Klimar KIobs (PhUoiotjm, 
Xeue Foige, Ki\Hi««r Haiiil. (iùuiiigon, 1889, \k Gi3 sq. xxxi. Zur Corn* 
position von Vetroniu$ Satirœ,) 

Malgré «|iioli|iios oxagôruliuiis, ruuteiir mo soniblc avoir saisi lo fil 
nui (l«*vail lior 1«?8 (liirôn*iiloM parties tlii ruman ol rlaircment imliqué 
I iilùo paru«lii|iic dn rn'iivn^hicn coiirurmo au lour d'esprit do l'élrono. 



ARGUMINT DU SATIIIICON. 

nécessaire dlinogineri comme beaucoup Tout fait, un 
second roman de Pétrone, dont Albucia serait Vhérolne. 
Ne pouvait-elle pas trouver place dans un des épisodes de 
ce vaste roman & tiroirs *? 

J'en dirai autant de cet Eusciosy avocat, que nomme 
Fulgentius (Fragniont VIII, Dueclielor). Go serait aller 
bien loin que d'induire d'une phrase pout-éti*e altérée, cliex 
un écrivain d'ailleurs suspect, rexistonce d'un l'Oman en- 
tier sur Euticios. 

La môme observation s'applique à plus forte raison à 
l'Endyniion que mentionne VApotjraphum Leidense en tdto 
du cliapitre Vl'J. Kion ne nous oldigo môme à croire qu'il 
s'agisse ici d'un personnage distinct. Le mot Eiidymion peut 
être employé comme un simple qualillcalir*. 

A la suite du Satiricon, M. Bueclielcr a placé un certain 
nombre de fragments et de pièces de vei*s que les écrivains 
ant'icns uu les antbulogics donnent comme étant do Pétrone. 
L'édition do 18G2 en contenait 5.-1 qui ont élé i*éduits à 30 
dans la troisième édition. D'autre purt, M. Krohn' reven- 
dique pour Pétrone quelques-unes des pièces que M. Bue- 
cli(*ler lui a retirées. On trouvera â la Un de ce travail (Ap- 
pendice i) Tanalyso de ces pièces et notre sentiment sur 
le plus ou moins de vraisemblance qu'il y a à les attribuer 
à Pétrone. Mais, dans l'étude parlirulièro que nous avons 
entreprise, nous ne nous appuieron» que sur colles do ros 
pièces qui ne sont p:is sériousoment contestées h notre 
auteur. 



I. « (Ipiiior Alliiiliaiii fiiis^o iiiiaiii d«* r«Miiiiii8, qniiH in Kaiyni pro* 
(liixorit i'«*lruniii.H. » (Miflhoyraphi veferes. Mi/fhologieon Fuigcnlll, — 
Nulo di3 rédiliun du Tliuinu« Miiiickeroii. Aiiisinrduin, J«*uii dn 8umo- 
reri, IG8I.) 

*i. Cr. Juvénul, Sut. X, v. 3IS. — Apiilui*. Met,, I, l'2. • Ilic chI, soror 
Punlhia, l'iiriis Eiidyiiiion. ■ 

3. Krolin, l>e Anthoiogior iatinre carmlnittui, t/utv iuft Petrouii no* 
mine /truHlHr, llulu* Suxoiiuin, ISH7. 



10 CHAPITRI PRimill. 

Aprbs 06 rapide coup d'œil Jeté sur le SaUrieon, nous 
voudrions essayer d'indiquer avec précision le caractère 
de cette œuvre, de la déQniri de voir s'il est possible de 
la faire rentrer dans une classe déterminée d'écrits. Celle 
étude doit nous aider à comprendre les intentions de 
Pétrone quand il semble moraliser, quand il insère dans 
son Satiricon des jugements littéraires, quand il imile, 
parodie, ou semble parodier certains écrivains. 

Longtemps on a considéré le SaUrieon, soit comme une 
satire générale des mœurs du temps visant toute une 
société sans désigner aucun individu ou ne procédant que 
par voie d*alhihion, soit comme une satire personnelle, un 
jinniplilet violent contre Néron et sa cour. Cette dernière 
opinion a été jusqu'à ce siècle la plus accréditée et a 
compté jusqu'à nos jours quelques partisans. 

Un texte Tamoux de Tacilo semblait roiirnir des preuves 
à l'appui de cetto hypolhèse. Il est dit au livre XVi des 
Annales, chap. 18, qu'un certain G. relronius Tut long- 
temps le favori do Néron et donna le ton à la cour, où il 
était considéré comme l'arliitre du bon goAt, arbiler ele- 
gantix ; jfuis il fut incriminé près de l'empereur parTigel- 
lin, jaloux d'un rtval plus habile que lui dans la science 
des voluptés. Pétrone s'ouvrit les veines, mais avant de 
mourir, € traça sous les noms * de jeunes impudiques et de 
femmes perdues, le i*écit des débauches du prince, avec 
lcui*s plus monslrueuses i*echei*ches, et lui envoya cet 
écrit c^icheté' ». 

F. Ililtcr a établi' par une solide argumentation que le 



L Ou pliiliM : nvrclrt nom» dt*8 Joiinos iiiipti<lJ<|iio.'i... Y. |>. 333. 

2. ■ Nf riMlicillU qtiidi'iii, «itiod |il«M*i<|ii«^ iioiviiiiliuiii, Noroiioin aul 
Ti)(olliniiiii mil i|ii«Mn iiliiiui |Hit«Miliiim ikIiiIuIus chI; hoi| llagitm 
|ihiiri|»iH, Miili iioiiiinihtM <*\olt*t(iriiiii ri^iiiiiianiiii(|iio, ol iiovilalniu 
riiJiiH |iio Hliipri piM*sfn|i.Hil, iil pio oiHi^tiula iiiisil Nf^roiii. • 

:i. HhrêHiichvM Munum, I8U. /woltor Jalirgung. Zn-eê Werke dti 
PetmHiui Arbiirr, 



CARACTiERI Dl l'CBUVIIB. 11 

roman que nous possédons n*est pas Técrit relatant les 
flagitia principiif et que ce libellut, envoyé par P<^trone à 
Néron avant de mourir, n'est pas, comme Ta supposé 
Studer \ un fragment de son Satiricon qu'il en aurait dé- 
taché. Le Satiricon est peut* Ritter une œuvre composée par 
Pétrone au temps de sa faveur, peut-être pour amuser 
Néron et sa cour *. 

Que le Pétrone de Tacite soit ou non l'auteur du Sati- 
ricoHf il est constant que l'œuvre est un roman et non un 
pamphlet. 

L'historique de Tinterprétation contraire serait curieux 
à faire et a vie fait en partie '. Nous ne nous attarderons 
donc pas a rechei*cher toutes les clefs plus ou moins bizarres 
que Ton a proposées pour le Satiricon \ Prenons simple- 
ment comme type do ces invmiscmblablos applications 
celles que Nodot a reproduites ou inventées*. 

Suivant lui, sous le nom d'Agaiiiemnon, Pétrone n 
prétendu désigner Sénèque. Circé, « dame de Crotono », 
serait Silia. dame romaine. Œnolhée, la prêtresse de 
Priape, et la sorcière Pi-osélénos Tunl voir combien Néi*on 
était adonné aux superstitions. Sous le nom d'Ëumolpe, 
l'auteur peint Néron mélromanc. 

€ Il est nécessaire de remarquer qu'il n'a voulu dou- 



1. HhféMinrhfi Maxenin» \%\'\. 

2. CVllo idôo tt été rrpri.Hi* par M. (!. l)oiH!4ifr duii.HrO/>/»o«///oM«oir# 
hê Crsarâ : L'n roman tL* mœurs mou m Acf'roM. 

3. V. Ptitn»<|iiin, op. cit. — Sliidcr, op. cil, — Bock, The âge of 
PéiroMhiM Arùfltr. (Iiinibriil{;<*, Ma.Hs^icliiiHfU.H (tK.V)>, p. 16 H'|. 

4. On (I ôlé Justprà irotivcr «laii'i n* roiiiun i\i*A allusion h un cliris- 
tianisuM!. Kuniolpo, dun.H hou Uv^lamont. ordonno «pu» sf's hcriliiTA 
inun)(<'nl .>on corps coupé en morceaux, cli. tU : «Si corpus nicuui 
in parles conciderinl, ot adslanli* populo conicdcrint. ■ (!crlnin coin- 
menlatiMir, au rapport ilc Hluder {op. ci/,), a imaginé i|uo rKucliuri!»* 
tic cnI viscc par ces uii»li. 

5. Ptlrone Lalèit cl Frattroiê, Ani^terdani, éd. de I7.J0 (la t'« éd. 
esl de t(iO:l), p. xi.i m«|. Clef ou Uilile alpliali«Hlipie conlenanl les prin* 
cipaux personuaj^es do colle Miliro. 



19 CHAriTRI rRllfIBR. 

ner i Néroa aiiitun personnage qui lui convienne en géné- 
ral i afln de laisser à son espril la liberté de représenter en 
particulier les différents caractères de ce prince, chacun 
dans son ridicule particulier, sous différents noms dont 
les principaux sont Trimalcion, Eumolpe et Polysenos. • 

(P. XLV.) 

Kst-ce asses clair? Ainsi Néron, le jeune et brillant 
Néron, est figuré par trois personnages, un homme plus 
que mAr, un vioillard et un jeune homme. Qui ne le 
roconnattrait du premier coup? Cette satire à doses 
homéopathiques devient tout à Tait inofTensivo. 

Pom*suivons. Si quelqu'un a dA, dans ce pamphlet, être 
cniolloment déchiré, c'est ce Tigellin, Tauteur de la dis- 
grâce de Pétrone, son rival auprès de l'empereur. Or, 
selon Nodot, Tigellin, c'est Norbanus, qui est nommé en 
pafSint, et dans les termes lo^ plus insignifiants, aux 
chapitres 45 et 46. Dans Fortunata, il reconnaît Acte. 

Mais n'insistons pas sur une réfutation trop aisée, dont 
nombre de critiqnt'S se sont cbargi^s dès lo xvi' siècle \ 
On a sunibondanmient démontré combien il est puéril do 
chercher sous le masque des héros do Pétrone les figures 
de Néron, de ses courtisanes, de ses conip.ignons de dé- 
bauclie*. Quelle inutile ingéniosité a été dépensée à ce 
sujet! Il n'est ims jusqu'aux détails les plus indilVérents 
qui n'aient été détournés do leur sens par les commen- 
t'iteura et où, sous Tobsession du texte do Taiite, on n'ait 
dérouvort une alhision satirique. Ou lit, par exemple, au 
chapitre lii) (description dos fresques qui ornent le palais 



1. Voir, ontn» luttros, Atlriini dn YiiloiA, 8uinl-l*Ivi'omoii(l, Vultuirc, 
«|iii iMTît : « Il V a |>lu<< loin (!•; Triiimlrliion ii Néron «{iio do Gilles ù 
ifUUiH XIV. • V. un.>sl Lu llurpo, do Gii«*rlo \Hreherchei terpliqueg 
sur PéfroMê). 

^. Un InidnctiMir Intilulo suiih lié:»U<.*r son Pétronu : IIMoire necreUe 
de A'f roN. ou ie Festin de TrêmalcêoH, (tradnil avoc d<M noies liislo* 
ri<|uos par Luvunr, av«!c li* texte. 1 tomes in-12. Paris, I7'i0). 



CARACTfcni Dl L*(BUVRI. 18 

de Trimalchion), 1.25 : Ipa Trimalehio eapittaîus eadueeum 
tênebat Xineroaque dueente, liomam inlrabai. Pour qui sait 
que Trimalchion s'est enrichi par le commerce, rien de 
plus transparent que cette allégorie : il entra à Rome en 
Mercura (dieu du négoce), conduit par Minei*ve, déesse 
de l'intelligence et do l'industrie. Mais Burmann, qui a 
lu dans V Apokolokyntose (Chap. 3) au suji^t do Glande : 
Mercurius, f/ui semper ejus itujenio delectalus esset, voit ici 
une critique (laquelle?) à l'adresse de Claude *• 

Quant à Minerve, liourdclot nous répond : Péti*one 
Fonge sans aucun doute à ce sénalus-consulte dont parle 
Tacite, Aun., XIV, 12 : ?//•••• mirewu Minrrviv simnlacmm 
in ciiria, et juxtu principis imatjo statnvirninv. On sp 
demande ce que de soniMables traits ponvont avoir de 
plaisant. Quelliî satire peu ciractrrisée que celle qui s'ap* 
plique, au gr(^ des scoliastes, à Cl.iudc nussi bien ou plu- 
tôt aussi mal qu'à Néron ! Quelle invraiscmid.ince n'y a- 
t-il pas à supposer tant de détours, do circonlocutions, do 
déguisements, do précautions oratoires, dans un pamphlet 
in extremis dont rauteur, sAr de la inorl, n'a plus rien & 
mén.'igtT ! 

Mais, mrme dans l'esprit dn ceux qui se refusent î% voir 
dans le Satiricon le tihcttus dont parle Tacite, il est resté 
un préju;;é et par suile une tondance «à chercher dans 
Tœuviv des allusions hatiriqnes. Ainsi Ton veut que le 
roman, composé cett** fois par Pétrone pour divertir Néron 
aux dépens dos afl'ranchis sraudaleusenient riches et sots 
comme Trimalchion, contienne dos railleries à l'adresse 
de Lucain, parodié dans le De bcllo civiti^ do Sénèque, épra- 
lement ridiculisé dans. son style. Nous aurons à oxnminer 
le cns qu'il faut faii'e do ces hypolh'ises. 

V 

I. l'oimiuui pas ii l'ailnvsso île f^nlif^iila iloiil Pliilou dil : 

r.'fXi^iim^ i:,«( Téity, |l. 1003, TliniÙliO, Ûi\. cJo IfIC.) 



14 CHAPITMB MBIfIBM. 

Pour rinstanti oublions oe Qom de Petronius ArUtari 
oublions U page de Tacite et l'époque de Néroni à laquelle 
on rattache d'ordinaire la composition du Satiricon, et ne 
considérons que l'œuvre en elle*mdme. On peut afllrmer 
que ce récit des infortunes d'Bncolpe, cette libertine 
épopée des jeux de la Fortune et de Priape, n'a en nul endroit 
Tapparence d'une satire quelque peu véhémente et pas- 
sionnée. Quand on a lu eti*elu à plusieurs reprises le Sati- 
ricon, on demeure frappé au contraire de ce qu'il y a là 
dons la peinture des mtuurs de général et d'impei*ëouiiel. 
Pas un tr.'ivei*S| pas une coutume, pas un ridicule qui 
semble réellement dater. Ces mœurs sont celles de l'em- 
pire depuis Auguste jusqu'à Alezandre-Sévere. Il n'y a 
pas trace d'allusion politique*. Les noms propres sont 
choisis à dessein parmi les plus répandus. (V. Tappon* 
direir.) 

Mais ce qui prévaut encon*| c'est rimpresbion d*en- 
seniMe que nous laisse cette œuvra. Le ton no cesse pas 
d'être enjoué et llnenient ironique. J/autour est un rail- 
leur qui s'amuse des travers des hommes ; mais sa rail- 
lerie est gaie, sans amertume. Pas un instant il ne s'in- 
digne ; on sent qu'il ne songe qu'à nous divertir. Avec une 
bonne humeur qui ne se dément pas, il étale son innno* 
ralité sereine, son épicurismo narquois. Nulle Aprelé. 
Rien qui ressomlilo à de haineuses personnalités. 

Une prévention obstinée a seule pu découvrir tout un 
pamphlet dans le roman d'aventurer que nous a raconté 
Pétrone avec la pins tranquille ironie, ^ans lais^'er appa- 



1. AiiiHi PiHrono ne prôlo ii rairruiiclii Triinalcliion uucuiio iii. 
flitonco |iulilii|uo. On no |hmiI Hont(<*r un instant ii NiircUso ou i\ 
Pallai. 

t!. S'il y avait dans Tiunvro nno Intnntion Kiiliri«|uis lo liou do la 
ocrno MMiiit Ilumo ; or ciHlo villo n'ost nonnm^o «lu'incidonnnunl, 
cliiip. 20, UU, 7U, 71, 70, ot ihuu lu puiMno Ue ùeiio vlelU. 



CAAAQTftMB Dl l'cBOTM. 15 

ratlre ce rmdque les auteurs de satires véritables ne cachent 
pas d'ordinaire avec tant de soin, qui s'indignoi déclame^ 
maudit, tempdte dans les vers emportés et tumultueux do 
Juvénal et de Victor Hugo. La célèbre page do Tacite a 
réellement hypnotisé les commentiiteurs. Le Satirietm a 
été sollicité, torluré en tout sens, pour qu'il portât témoi- 
gnage contre Néron et son entourage. 

Ne changeons pas une ligne à col ouvrage et imaginons 
qu*un des auteui*s de Vllisloire Auguste ait parlé d'un 
Potrouius Arbiter ayant rcrit sons Hadrien un pamphlet 
contre ce prince. Tout un chœur de critiques s*écrioriiit que 
le Satiricon est ce pamphlet. Les allusions seraient incon- 
tinent signalées et percées à jour. Puisqu'on est bien par- 
venu à reconnaître Nérou dans le grotesque Trimalchion, 
Hadrien, l'empereur errant et sceptique, aurait pu, avec 
autant de vrai8eniblancc, s'incarner dans lo vagabond 
Kncolpe, et il eAt été tout naturel de flétrir on Giton lo 
trop fameux Antinous. Avec llùliogabalo, les applications 
cusKent été plus farilos encon! a trouver. 

Le Satiricon n'est pas non plus une satire gémh'ale a la 
muniered'Horaco' l't dans le sons où l'ontond rinscription 
trouvée par Claude Dinet sur un vieux manuscrit de Pé- 
trone * : 

Pdro ni Carmen divino jtonder^, currit 
Qtto JtœaèUM woref artjtùt utque êenuin. 

Non, la composition que nous étudions rentrerait malai- 
sément dans ce genre liUérairo a qui l'on attribue pour 
objet, selon les déflnitions classiques, « la censure des 



I. (roMt ainsi f|iio lu nunictôriHiiiil Ich duiix Vuluis oi Mon d'autres. 

'2. « Kpigriiinnia Jiilii cuiuMJaui cpiod lUmtw in Vuticana bibliu- 
tlioca cuiii Petruiiii rrofriiionto doHfiriptuin l^i^j. • Uiiiulu», p. 118. 
Iliicclieler. 



16 CHAriTm rmiiiiB. 

yicesi des patsiont dérégléesi det iottitas et ridicules des 
hommes ». Quoique bonne volonté qu*on puisse y mettre, 
on ne parviendra Jamais à voir dans Pétrone le satirique 
moraliste, le Justicier qui € marque comme d'un stigmate 
indélébile et dénonce à la haine et au mépris de la pos« 
lériié les turpitudes d'une sociiHé corrompue^ ou les dé- 
bauchoj des grands que leur puissance défend des insultes 
du présent ». Le plaisant et gouailleur historiographe 
d'Kncolpe n'est pas de ceux qui : 

Vengent liiuiiiblo vertu do la ricbvMo altiùro 
Kt riiouuôto lioiiimu à piod du faquin on litière. 

I^a préoccupation morale est à peu près absente de sou 
œuvre; il n'a songé qu'à faire un roman amusant et fort 
libre, varié par de nombreux épisodes, d'une intrigue très 
lArliOi admettant do nombreux ornoments poétiques, tous 
les tons et tous les stylos. 

Co que nous pouvons entrevoir, par les fragments con* 
servers, des parties du Tœnvre qui sont perdues, nous per- 
met de dire que la matière en était identique et traitée 
dans le même esprit. 

Kneolponété gladiateur (Cliap. 0, 1. d*i); il s'est échappé 
de rarune, grAee pont-étre à un tremblement do terre; il 
s'est soustrait ù un jugement. (Le romancier nous décri- 
vait sans doute i'(*xisience des gladiateurs, nous faisait 
assister aux jeux du cirque, nous offrait la parodie d'un 
procès.) Kncul|)0 a tut^ son liôte Lycnrguo et a pillé sa villa. 
(Cliap. 81, 1. 1 1 ; 1 17, 1. 10.) A son actif il a d'antres lar- 
ciurt, le vol du vtHcment de Qnartilla (Chap. 12, 1. 3.0), le 
pillage de la maison de campagne et du navire de liichas 
(Chap. II.), 1. 14); il a dérolié dans un temple d*Isis la 
robe sacrée et le sistre de la déesse. (Ciiap. 114, 1. 14.) 
Sùdnctenr de la femme do Lichas (Chap. 113, 1. 14), il 
a été pendant longtemps l'amant d'une certaine Doris. 



f 



CARACTfcniS DB L^CBUVnB. 17 

(Gbap. 126, \. 8.) Autant de scènes qui oArent beaucoup 
d'analogies avec celles qui sont décrites dans le Satiricon 
actuel| quoiqu'il semble que la peinture des mœurs ait dû 
y tenir moins de place et l'action y être menée avec pins 
de vivacité. 

Ascylte, complice d'Encolpe dans la plupart des méfaits 
précités, mérite Texil et le reconnaît. (Ciiap. 81, 1. 14.) 
Il a été esclave ainsi que Giton, et rien n'empi^che d'acl« 
mettre que les premici*s livres contenaient quelque épisode 
nous introduisant dans rorgaslule. 

Nous no savons rien du râle qui pouvait élro joué dans 
les autres livres du Satiricon par Agamcninon et par 
Eumolpe. Ils ne nous sont prét^cntés que sous leui*s traits 
les plus généraux do rhéteur et de poète ridicule, écorui« 
fleurs et parasitcS| riches de tous les vicet^. 

Sans nous perdre dans d'aventureuses hypothèses, nous 
pouvons cependauti d'après ces quelques indications, con- 
clure que le reste de l'œuvre ressemblait à ce que les 
manuscrits nous en ont conservé. D'un bout a Tautrci 
c'était l'histoire humoristique d*unc bande de coquins et 
de débauchés. 

L'auteur m^^lait & son récit des pièces de poésie, dos 
généralités momies et déclamatoires d'une intention lu 
plus souvent ironique. Il y faisait flgurer comme com- 
pares les types les plus connus de la satire et de la co- 
médie. De même que nous trouvons dans les fragments du 
Satiricon le poète intempémut et vaniteux, et le captateur 
de testaments, peut-être rencontrait-on ailleurs le parasite, 
le miles gloriosus, le Groc oillcieux et intrigant'. 

1. Il y a cillez IV*li'uiiP i|u«*li|iif>.4 traits «|iii viMoiit lo fîrtiwufyi. Aiini 
COH (|niiii-(iroc8 ou (Hraii|<<TH ilo lu (fniiMip-(friV(3 iMHjiiiMil iji* mh «Ion- 
nor un air iln culturo laliiio. Triuiairliion ilil U^liap. .VI, I. *i8; : • («onin** 
flos... niiilui... Alotliiniiiiu rnrori*, ol fhiM'iiulfMi uiouin JUM>i Liilinn 
rantaro. » » Juvi''nat liTa ilu (Iroc la niutirn* d'un long dùvrlopponuMil 
de la Maliro III, v. 58 srf. 



18 CHAPITAI PABIItBA. 

L'œuvre que nous étudions est dono pour le fond un 
simple roman. 8*il pouvait subsister encore des doutes i 
cet égard| ils seraient levés par un des rares textes qui dé« 
signent expressément notre Pétrone, je veux parler du 
texte de Macrohe' qu'on lit d(ins le Co/iiiiifii(airtf «tir fe5on^« 
ileSciphn, I, 117. 

Purliint de ceux qui critiquent Temploi des fiiblcs et 
des mythes dans les ouvrages philosophiques (mythe d'Er, 
fllsd'Arinenios, le Songe de Scipion), l'estimable compila- 
teur ajoute* : « La philosophie ne repousse pas toutes les 
fables, mais elle ne les accueille pas toutes. Aussi, pour 
discerner celles qu'elle rejette loin d'elle et qu'elle exclut 
comme prafnnes du vestibule mémo de sos dibcussions 
saci*éos et celles dont elle aime à faire un Fréquent usage, 
il nous faut les diviser et les cLisscr en diverses caté- 
gories. 

« Les fables, dont le nom même indique qu'elles ont pour 
domninu la llction, chcrcliont à plaire, soit uniquement 
pour tliarmer nos oreilles, soit pour nous exhorter en 
mdmu temps & la vertu. A ce genn^ appartiennent les 
comédietf, telles r|u*en ont donné à la scène Ménandre et 
ses imiUitours, ainsi que ces i*écits remplis des aventures 
imaginairotf de héros amoureux. Pétrone s'est beauconp 



t. Macrubiuft TlioodoftiiiHjln du iv« n\hc\o et commcncemont du v«. 

2. • Noo omnibus Tabulis philusophia ropugnat noc unuiibuM udr|uics- 
•«*it ; ot, ut UkvWo gocorni possit, (|uii* ox his ab »c ubdicct ac velul 
proruiui nb ipso voslibulo sncni* disputiitionis cxrhidut, qutr vcro 
f*liiim Hirpo ac libontnr admilUil, divisinnuin f^rndibus cxplicnndum 
i*.Ht. Kiibuliv ipinnnn nomon hidirat fiilsi prorossiunom, nul liintuui 
ronriliandii* auribuH vdlupiaiis nut ndhortutiunis fpiuipio in bonnm 
rnigcm Kratiii r<*porUi« sunt. Audituin mnlront, vclut cuniu'dia*, qualns 
Mcnandcr oJumvo imilaton»» oponda» dodorunt, vd ■ urt^unionta nctin 
« casibus amniorum ron*rtn, ipiibus vol niulUnu ho Arbitor oxorcuii 

• vol Apuloiuin nonnunipium lusisso inirumur •• Quintilion, H, 4, '2, 
nppuso : I Arf(umonluni •, ipiod Tiilsum sod voru siniilo cuina'diin 

• llngunt •, Il • Tabula • <pui* vcrsatur in tra^^irdiis at<pio carininibu:*. 
iKin a veritato modo sod ctiom a rurma vorilatis remuta. • 



CARACTiAB DB L^CBUVAB. 19 

exercé dans ce genre où nous voyonf , non sans surprise^ 
qu'Apulée s'est quelquefois amusé, » 

De ce texte important et clair il ressort qu'Arbiter est 
considéré par Macrobe conmio le principal représentant 
d'un genre, le roman. De même que Ménamlre est le type 
des poètes comiques, Pétrone est lo i'omancif.*r par excel- 
lence, muUum te exercuit. Apulée n'a composé des romans 
qu'exceptionnellement. Macrobe, qui a pour lui beaucoup 
de respect, s*étonne presque qu'il se soit laissé aller à ces 
jeux frivoles, vel Apuleium nonnutiqvam lusisse miramur. 
Dans un autre j}as^tïgi} (Saturnales, Vil, 3, 2.3) Macrobe met 
en bonne compagnie Tauteur de VAnc d'or et des Fhridet : 
Quod genus (scovimatvm) veteres ita ludicrum non pularuut 
ut et Aristotelcs de ipsis aliqua unscripserit et IHularchw et 
vester Apuleius. Le texte allé[;ué plu» liaut eeniMe Tex- 
cuser d'tivoir suivi les traces d'Arbiter qui eet un modèle 
moins recommandable, et dont co fut lo métier de faire 
des i*omaus. Il faut avouer quo ces mots : muHum xe ewer» 
cuit conviennent a^sez mal au C. Petronins de Tacite. 
KAt-il été de la dignité d'un proconsul de Hitliynio do 
composer beaucoup do romans? Sa nioIloHHo {vjnavia) se 
fiU-elIe arconnnodce do ce travail? Tacito, on mention- 
nant le libctlus envoyé a Néron, oAt-il négligé d'indiquer 
d'un mot cotte fc'conde activité du romancier? 

Le Satiricon est donc défliii par Macrobe un simple ro- 
man, fait pour divertir, sans aucune arrière-pensée morale, 
tantiim conciliandœ auribus voluptatis. 

Les autres textes qui, en trè^i petit nombre, parlent de 
Pétrone, ne sont pas en formel désaccord avec cette défi- 
nition. Le dernier des vers de Sidoine Apollinairei 
Carrn. XXIII : 

IMlettpwUiaco parem Pnapo*, 

1. ■ IlclIoft|iuiiiinciis > rappelle lo culte do Prinpo & LampHarpio, sur 
li*rt bunU (lu rilolloMpont. . 



90 CMAPiTAI nillllli. 

peat être traduit ainii : 

Toi qui M M à la hantenr dn Priapa de l*HeUiipoiit« 

C'est-i-dire, si ce n'est pas là forcer un peu le tenii toi 
- qui| dans tes romans priapiques latins, as égalé les œuvres 
grecques de môme nature. 

Quand Terentianiis Maurus appliquée Pétrone Tépithète 
diiertiii, ce terme caractérise justement l'élégance aisée 
du romancier. 

Sans doute Joannes Lydus \ De magistratibus, 1, 41, pla- 
çant l¥:rone après Turnus et Ju vénal , le compte au nom- 
bre des satiriques. Mais Terreur d'interprétation, si com- 
mune ckes les modernesi qui a fait méconnattre le vrai 
caractère du Salirieon, a. bien pu se produire dès l'anti- 
quité. 

L'œuvre dont nous nous occupons est un roman, mais 
qui 8C présente à nous sous une forme inattendue, un ro- 
man coulé dans le moule de la satire Ménippée. 

La grande originalité de Pétrone nous paratt consister 
en effet à avoir emprunté le cadre de l'ancienne Ménippie 
pour y faire entrer un genre nouveau. L'élasticité de ce 
caditt va se prêter i une grande liberté de composition. 
La ilénippèe admet le mélange des termes nobles et du 
langage populaire, de la prose et de la poésie. Elle auto- 
rise l'imitation de beaucoup de styles divers. 

C'est sous ce déguisement de la Ménippée que va s'in- 
troduire le roman latin. Il conservera de la satire le goAt 
des généralités morales*. Il tirera du mime qui peint la 



1. VI» hIi'cIo. 

2. M. Biiocholpr. prùrucc do l'édition do 1SC2. Suurcos latinoH. p. 10. 
• Pélruno A pour mudMos chez les llomains, non seulement la Mé» 
fiéppée do Yarron, mais oucoro ceux |ui uni oxcollô dons l'autre genre 
do Mtiro. • Cf. Polen*, (ieschichte Moms, t. III (1S81), p. 335. ■ ...La 
Milin* do Pétrone... OMt la imtirc Ménippéf, cotte furmo do poénio 



ciOucTini DE l'cbuvab. 21 

▼ie da mena peuple quelques scènes et quelques ineidents. 
Tout eela trouvera place dans un récit i tiroirs, presque 
sans intrigue, et il en résultera une œuvre singulière au 
premier abord, qui n'offre d'analogie complète avec aucun 
des écrits similaires qui nous sont parvenus, mais qui 
s'explique cependant et se classe quand on Ta définie: 
€ un roman sous forme de ilénippce. » 

Cherchons les ressemblances et les différences que nous 
offre le Satiricon avec ce qui nous a été conservé des Mi* 
nippées d'un côté, et de l'autre avec l'unique exemplaire 
du roman lalin qui nous soit parvenu en dehors de celui-ci, 
je veux dire : VAue iVor d'Apulée. Cetlo comparaison, par 
les rapports qu'elle nous mettra à même de saisir entre 
l'ouvrage de Pétrone et les deux catégories d'écrits de la 
nature desquels il participe, nous aidera à en préciser le 
caractère particulier. 

Le nom de Varron n'est prononcé nulle part dans le 
Satiricon, tel que nous l'avons, et il nous est impossible, 
avec les fragments très mutilés que nous possédons des 
Minippces, de déterminer ce que Pétrone a pu leur devoir. 
Il n'en est pas moins très vraisemblable et pi*esque cer- 
tain que notre auteur les avait lues. Aurait-il ignoré celui 
qui était, à Rome, le créateur et l'ancêtre de cette Ifé* 
nippée, destinée à devenir, de didactique qu'elle éUiit à 
l'origine, tour à tour politique avec Sénèque et romanes- 
que avec Pétrone? 

C'est depuis Varron qu'existait à Rome le cadre de la 
Ménippée. Avant lui, il y avait dans la littérature latine 
deux genres de satire. « La plus ancienne était celle 



irêtf libre, qui ne ho IiiIsho resserrer par aucune liarri<*re, mêle la proso 
cl la ]iuô;»ie, et tuiute Irè^ arbitrairement tl'un sujet & un autre. » 

Ititter, MteiMiscliCi MMSeum, 18 13, avait dit au^sï : ■ Pour la forme» 
Pétrone imite les Saturœ do Varron, mais il n'a rien pu prendre h 
Varron pour les aventures do ses héros. > 



22 CMAPITAB PABtfllA. 

d'BnniuBi dans laquelle les diverses espèces de vers étaient 
librement mâlées. Sous une forme asses vive sans doute, 
et avec des ven enflafnmiip elle était morale et contenait 
des principes généraux pour la conduite de la viCi égayés 
de temps en temps par des apologues, ou relevés par des 
nliégorios (fable de Talouette et ses petits ; allégorie du 
rombat de la Vio avec la Mort). L'autre satire avait été 
c*rééi> par Lncilius. Celui-IA, esprit harJi et vigoureux, 
transportant à Rome la liberté do la vieille comédie athé- 
nienne, avait remplacé les lerons gt^nérales de morale par 
d'amères porsouiialités. Il prit & partie le peuple entier 
par tribus et les plus grands personnages en les désignant 
par leur nom * ; et il les raillait avec tant d'emportement 
que Jnvénal * compare si*s vers au glaive qui gluce le 
cœur des coupables de son éclat menaçant'. » 

Do CCS doux satires, c'est la première que Varrou a 
imitée. « Mais il n'inventa que corune inventaient d'ordi- 
naire les Romains, c'est-à-dire en s'aidant des Grecs, et 
no clicrcha |>as à le cacher, puisque, au dire d'Aulu-Gelle 
(AT. A.f II, 18), il appelait fies satires J/(^/f/ppé<f5. 

« Il lit une combinaison nouvelle, celle de la f^atire d'En- 
nius et des dialogues du cynique Ménippe de Gadara. 
' « Le caractère essentiel de la satire de Varronest qu'elle 
se compose d'un mc^Iango de prose et de vei*s ; c'est par là 
qu'il se distinguait d'Hunius qui n'avait osé minier entre 
elles que les dill'érentcs espèces de mètres^. » 



I. Iloniro, Sat., II, I, 70. 
9. JiiMMiiil, Saf., I, V. 105. 

3. (t. Iloi^HJfT. tittde tur M. T. VarroM, p. 01 îi 0.1. 

4. l.o iiiélaiip* lie In pruso oltl(\H ver^ «'xisiait-il «léjii clioz Ménippe? 
L<*ii Avis Hiitil piirln^'rH sur ci* puipl. Toiilflois. un inclino h pons»or 
ipio MtMiippo nvnil iiitmiliiit <Ioh v«*i*.4 dans m's diiilogucH. C*ost ropl* 
nion ili* \\'ion\ (M, TrrenNi Varronii taturafum Menèpiiearum reih 
^nfir, recruMUit A, Hivic. (4oip/.i(,% TiMiIiiior, IWm.) 

iront aussi ccllo il<^ M. Th. II. Martin. (Prênico <lo la trtuhiclion do 



CAAACTfcllB DB l'CBUVAB. 2S 

Ce mélange de prose et de vers, où d'ailleurs la prose 
tient beaucoup plus de place que les vers, voilà ce que 
Pétrone paraît devoir à Varron. A prendre le fond des 
deux œuvres, il n'y a pas de rapprochement possible. Pé- 
trone écrit un roman ; Vurron voulait attirer ratteiilion 
des Romains sur les études philosopliiqiies. Pour piquer 
la curiosilé de ses con tempérai nS| il appelle h son aide les 
ressources de la satire et de lo poésie. Il raille tout eu 
instruisant. Il cherche en un mot à Tuir toute apparence 
didactique, età c déguiser la sévérité du fond sous les 
agréments de la Terme * ». 

Aucun dos titres des Mhnppèct ne rappelle un nom ou 
ime situation ansilogue chezPétrone. La forme du dialogue, 
dont Varron use souvent, n*exibte pas dans leSaUrican. On 
n'y retrouve pas davantage les prologues, ni remploi des 
aulres procédés dramatiques, nou plus que rérudilion qui 
s'élalait dans les iléaippées. Car Varroii parlait non seule- 
ment de la philosophie, mais de Tasti^onomic, do la méde- 
cine, de la nnisique, etc. 

8iu* quelques points repondant Pétrone a pu se souvenir 
de Varron ou se rencontrer avec lui. Les généralités mo- 
rales sont commîmes à Tun et à Tautre écrivain (attaques 
contre les vices du temps, les excès de la table, etc.). 
Mais tous les satiriques ont des thèmes de ce genre. L*un 
et l'autre ont certaines descriptions légères et gracieuses 
(cf. Paria Pa^hv, ï, 11, III, VI, p. 200, 201, éd. I3ueche- 
1er, portrait d'une femme, et Pétrone, chap. 120, porlraiide 
Circc), des maximes d'un tour épicurien. (Varron, IVâOt 



VUiifoire «le la littérature latine do T<*iiirol, piu* lloiiimrd et Pior.'Uiii. 

Tuiiti^rois, Qiiinlilicii somblo iicronlf^r a Varron la gloiro «l'avoir rrùô 
co gnniT {Iti'it, orat., X, h : • Alloniiii illml.... non solu niniiiimni 
varir^lutr^ iiiixtiiiii run<li(lit Varro. > 

l. Cî. BoissiiT, op. cit., |». 63. 



24 CHAPITAI niISlIBII. 

CMotiv, VI I VU; Eli fnodui matuUe, I, etc.) Et encore ce 
genre de morceaux conserve-i-il ches Varron une appa* 
rence de gravité et de pnid'homie quo Ton chercherait en 
vain chei Pétrone. 

Un autre trait commun aux deux écrivains serait la 
parodie des fables tragiques , à la faron de Ménippe 
et de Lucien. On l'entrevoit dans Varron. M. Boissier' 
fait remaiYjucr que les Euménides semblent être la paro- 
die d'une dos pins belles tragédies d'Eschyle. Il pourrait 
y avoir la le germe d'un des procédés comiques dont Pé- 
trune Tait un fréquent usage, le mélange du style tragique 
ou épique avec dos termes jdasiants ou familiera, ou son 
application à dos situations vulgaires. (Cf. Varron, $€$• 
culUes.) 

Tout commo Varron, Pétrone aime à imiter la manière 
de8 poètes ou dos prosateurs en renom, et à rivaliser en 
quoique sorte avec eux sur un si jet donné. (V. la Trojœ 
halosis, le poùmo De bello civili, etc.) 

« Varron, dit M. Doissier', est entré en lice avec les 
vieux écrivains latins; s'appuyant sur eux-mêmes et sou* 
tenu par leur imitation, il ne se propose rien moins que 
de lutter avec leurs morceaux les plus célèbres, et quelque- 
fois il en atteint la beauté. » Dans la description de la 
tempête du Uarcipor, il imite celle du Ihilorestes de Pacu* 
vins. De m(!me la tempête de Pétrone s'inspii*e de celle de 
Virgile. (Chap. 114.) 

Un élément que Pétrone a pu, dans une certaine me- 
sure, emprunter à Varron, ce seraient ces proverbes, ces 
maximes populaires dont les Uinippées étaient semées, et 
qui abondent dans la partie du Satiricon qui décrit le fes- 
tin de Trinmlchion. On trouvera au chapitre IV les rares 



I. Op. tel,, p. 71. 

2. ma,, p. 7s. 



CAAACTillB DB l'cBUVIIB. 26 

expressions ou pensées qui se lisent dans les deux œuvres 
inégalement mutilées que nous rapprochons. 

L'auteur du Satiricon doit-il quelque chose i la Minippie 
de Varron au point de vue de la versillcation ? Les mètres 
de cette Uénippée sont très variés, ainsi que ceux de Pé- 
trone. Tous les deux ont Tiambique senaîre ; mais tandis 
que ce mètre doniiiiO chez Varron, Pétrone ne l'emploie 
que deux fois, et dans des morceaux qui sont des imi- 
tations. Le senaire scazon ou choliambe, assez fréquent 
chez VaiTon, n'est employé qu'une fois par Pétrone dans 
la pièce où il imite Lucilius. (Ghap. ô.) Il se sert, ainsi que 
Varron, du vera soladique. Pétrone n'a ni les octonaires, 
ni les septénaires ïanibiqucs', ni les trocliaïqucs septé- 
naires, ocloiiaires, scazons, qui Siî trouvent chez Vari*on. 
Il n'a non plus ni anapestes diniètrcs et arintophanienSi 
ni ioniques ni galliamhes, ni péons cnHiques et bacchia- 
ques, ni glyconiens, comme Varron'. En revanche, Thexa- 
mètre et le vers élégiaque, qui dominent dans le Satiricon, 
sont rares, le dernier surtout, dans la Ménippce : l'hendé- 
c^isyllabe parait aussi avoir été beaucoup plus employé par 
Pétrone que par Varron. 

Ainsi, sauf le vers anacréontique, fréquent chez Pé* 
troue au dire des grammairiens, mais dont il n'y a pas 
trace dans les fragments du Satiricon, tous les mètres dont 
il se sert ligurent aussi dans la Uénippée. Il est vrai que 
si cette satire était réellement omni fere numéro, il n'aurait 



1. Saur un doiitouz, celui do rénigino populaire, cliap. 58, êeptena 
riuê ilalicui, dit M. Buochelcr. 

2. Nous nous guiduus ici sur la nomenclature do M. Uuochclur, Var» 
roniê Menéppearum rcliquia: (p. 217), sans ])ordro dn vuo cependant 
lf*tf hagcH réserves do M. Boissier ù propo.n d'une édiUon de Varron 
(Reçue critique, IHCfi, !•' win., ]>. 2M|): « M. lia*per voulait rpi'il n'y 
oiH (|ue des vers dans les suliros d<; Varron.... On sait rpio le moyen 
le ])lus M*ir de trouver des vers quelque part, c'est de les y mettre» 
et cette entreprine n'est pas difllcile avec un pou de bonne volonté 
et beaucoup de connaissance de la mctriiiue ancienne. » 



S6 CHAPITAB PABIIIBII. 

]MS été pouible i Pétrone de composer des vers sans re« 
tomber dans un des mètres dont son prédécesseur avait 
fait usage. 

Il y aurait donc à restreindre Timitation de Varron ches 
Pétrone aux quelques points suivants : 

1* La forme générale do Tœuvre. (Mélange de prose et 
de vers.) 

2* L'insertion do morceaux où est reproduite la ma« 
nièro des poètes antérieurs ou contemporains. 

S* l/omploi parodique du style de la tragédie ou de 
Tépopi^e. 

4* I/iisago dos expressions et locutions populaires, 

Ki encore pour les deux derniers points peut-il y avoir 
rencontro aussi bien qu'imitation. 

Diuu quels mpports oët le Satiricon avec les antres Jfé- 
uipprrt romaines ou avec les œuvrcH qu'on a qualillées de 
ce nuin ? 

La Ménippée de Sénèque, connue sous le nom dWpokolo^ 
kyntose, est le lypo unique à Rome d'une Mènippèe composée 
dans une évidente intention de 8<itire, où la raillerie est 
franche, agressive, incisive, où elle se montre à nu, dé- 
chirant tout voile d'allégorie. Les hommes et les choses y 
sont diîsignés par leur nom, sans ambages : Clauie, Dru- 
silla, Silanus, Messaline, C. SilluK, Polybe, Narcisse, 
P. Pctronins, Lyon, Vienne, etc. Les dates sont précises : 
Ahle (Hem III idm oclobris, les faits nultomunt articulés : 
Grecs, Gaulois, KsikikuoIs, Hrotuns admis au droit de 
cité; miso & mort des doux Julio, de L. Silanns, do Mes- 
salino, do Crassus Mat;nus, do Scribonia, Trislioniu, etc. 
(Chap. III, X, XI, Xlll.) Claude apparatt a\oc tous les 
traits do sa physionomie parfois grossis en charge, avec ses 
tics et ses inllrmités '. Ses gestes, ses manies, ses préten- 

1. ■ ll«iiin*Mlntiini*,hon(M'aiiiim... QHsidiio rupiit iii«tvon».Vijccm nul- 
liua torroi»iriH uniiiuilU.... niiiniiii et iiiipliculiini.... n'HiiuiKlisso iiCH«*io 



GAnACTicnB de l'cbuvab. 27 

tions sont ridleulisés avec une ironie nette et tranehante\ 
Dans ce signalement physique et moral dressé par un cari- 
caturiste impitoyable, aucun travers n'est omis*. Toutes 
les allusions sont claires ou Télaiont pour les conlompo- 
Tains. C'est le pamphlet rempli de flel et dicté par la haine, 
où à cliaque ligne perce le resseiiliment d'une Ame aigrie 
contre Claude et qui avait souU'ert par lui. 

Si Ton applique les mômes procédés à la composition 
d'une satire contre Néron, qui ne voit que rien ne ressem- 
blera moins aux peiiilui*cë générales et impersonnelles du 
Satiricon, oii pas un Tait historique précis n*est relaie ? 

Dans la forme cependant on peut saisir quelques analo- 
gies entre les deux muvres. l^élroiio avait, selon toute 
probabilité. In la Mênippée* de Sùnôqno, xm dos autours 
qu'il connaît lu mieux et dont il imite volontiers le style. 

Parmi ces ressemblances, si^Mialons on première ligne 
le mélange de la prose et des vers qui rentre dans la déd- 
nition même de la Mmippée. W Apokolokynlose contient 
22 pièces de vers ou fragments de vers cité;}. Lrs mètres, 
beaucoup moins variés que ceux du Satiricon, sont Tliexa- 
mèlre, l'ïambique trimèirc, la dipodie anapcstiquo. D'au- 
tre part, on rencontre dans ryl//o/M/o/;{//i/o.v(rqninze citations 
grecques, vers ou prose, tandis que le Satiricon ne nous en 
oflVe aucune. On y relève, il est vrai, quelques mots 
grecs* ; mais dont la forme paratt avoir été le plus souvent 



ipiid pcrlurliiilo moihi oi vuen cuiirusa. • (Oiiip. V.) « (!inii imijorcm 
hoiiitiiin oniiHJ.s^a illn parto f|iiii fai'iliiH lu |iH'ltaliii'. • (Cliap. iV.) 

t. • lllo K'***!!! Moliilti* iiiaiiiiHr*t a<l liuc iiiiiiiii Maiii* lli'iii;i' *\iut d«M;ul* 
lui'o liuiiiiiifrt Mol<*liai. • (Cliap. VI). « rmiii|i>t «mho illir pliilitloK<»M lut* 
iiiiiK'M, Hporai riiUiniiii iilir|ii(Mii liiMlitriiM hiiin liti'Uiii. • (Oliap. V.; 

*L Bhm cilutiun.H Krccipii*^ (Cliap. V); mu iiiuiii*! <l<f JiiK«'r, « «piiMiiinio 
jiiilox tiili) lili'M uiiilii't aiifiii?» (Cliap. XII.) 

3. Ln titro ilo ÏApokolokffiilOMc «latin 1«» iiianii«Tit df* Haint«null c»t ; 
Diot Ciaudii \r.fj%w.; Antiei Seutctc per Mafurnm. 

à. V. In listn ipi'«*ii donne SlmliT {op, cit.) iiin.ni ipio dn.n grôcismof 
MyntaxiipiiM. 



88 CHAPITil PillIlBII. 

latinitéa* t anaihymiaili, Chap. 47, eatapKags, 89, exealartê* 
iOiU, 67| manoenem^t, 88| aiMa, 67| ichema, 44| 117| tiXoc, 
182| lofMinla, 87. Quant i MoAita» n»çt|ii«Sita, chap. 62| 
on ne tait en vérité ce que cela veut dire. Je ne voie 
qu'une soûle pliraae de grec authentique dans le roman de 
Pétrone, c'est colle que prononce Triinalchion : ^i^uXXa, 
Ti eiXtic ; àiro^vftiv 0{Xo (Chap. 48). Peut-être l'abréviateur 
du Satitieon savait-il mal le grec et a-t-il coupé les citations 
faites en cette langue. Car plus d'un passage nous révèle 
que Pétrone est versé dans les lettres grecques (voir au 
chap. V, les sources grecques du Satiricon). 

Dans la Ménippie de Sénèquo et dans celle de Pétrone 
règne le mémo scepticisme a Tégard des dieux et des 
légendes religieuses. Los fables du paganisme sont ches 
les deux écrivains Tobjelde railleries et de quolibets assez 
iroporlinenls '. Uerculo dans VApokolokyntose n*c8t qu'un 
sot: imposucrat IlercuU minime vafro (Chap. VI). Il éprouve 
\in sentiment de crainte devant Claude, tum Uercvia 
primo aspeciu $ane pcrturbatus est (Chap. V). L'assemblée 
dos dioux i)ai*odio los formes do la délibération dans le 
Sénat (Chap. IX). Janus ont un vieux bavard (Chap. IX). 
On rappelle les coups do tôte de Jupiter, ses emporte- 
ments contre Vulcain, contre sa femme : uni Volcano entt 
f régit... et ivatut fuit uxori et suspeiulit iilam (Cliap. XI). 
August3y par égai*d pour Néron, est épargné (Chap. X, 



I. A. von Oiicricku {De tingua vuigurii reUqnU» apud Pelronium 
eUninicriptinnibiu ptirértarUi Pompeianit, 1S75 [Gunibinnon]Hchup. 
Il) fait jusleincnl ub^ervor que ces iiiuls no kouI ni grecs ni lutins. 
Us ap|>arUonnont & uno sorto de diulecto propro ù cos villes demi* 
roc(|iiort de la Campanio. 11 so peul aussi «|uo ces roots grecs estro- 
piés ou ri*vôtuM d'une torminaisun latine soient les restes d'une ins* 
Iniction libériilo superllciollo dont 8o targue Trinmlchion et dont il 
•'autorise pour faire lo Mci'ône. 

t Otto tendance sceptique est déjà chez Ennius» Lucilius et Var- 
rou. Cr. G. lloissier, op, eit,, p. 7t. 



CAAACTfcllB DB L^CBUVIIB, 29 

XI). Mais il s'exprime sur le compte des dieux en ter- 
mes pou flatteurs ; dûm tale$ deoi faeitii, nemo va deot eue 
eredet. On songe au mot quo Voltaire prête à Spinoza 
s'ndressant à Dieu ' : 

Maif Je peufo, outre nous, que vous n'existes pat. 

Il est vrai quo Mercure, Apollon, Éaque, les Parques 
jouent dans V Apokolokyntose leur rôle ordinaire et n'ont 
rien de comique. 

Nous constatons chez Pétrone la même irrévérence on- 
vers les dieux dans les rares endroits où ils sont nommés. 
Quel rôle Encolpe attribue à Mercure, qui animas ducere et 
reducere solet (Chap. 140, 1. 27) ! Dans quelles circonstances 
ose-t-il 80 comparer à Protésilas, ce ressuscité de l*aniour, 
liéros d'une gracieuse légende mythologique '? Co type de 
la passion tendrement partagée : 

Bel fa gérant alti, Proteêilauâ amet ' ; 

se trouve ici en bien mauvaise compagnie. 

Le scepticisme de Sénèqne et celui de Pétrone éclatent 
dans dos propositions presque idcnliquos : Apokfjlokyntoie, 
Chap. IXy Magna rcs erat deum fieri : jam famam mlmum 



1. La Sffiième», 

2. « Illic Phylacidos Jiicunda} cutiJugU horo8 

Non poliiit cuicïa iiiimoinor pjhm} lucis; 
8<*d ciipidus TiilsU udliiigon^ gaiidia piiliniit, 
Tb(*:irtuUs antif|iiiini vonf^rat iinibru duiniiin. ■ 

(Prupcrcc» I, £leg, 19, 7 8A<|.) 
Chez loA Orecii aussi Protésilait éiiiit un hôro:» provorbiul. Cf. Clia* 
nton, De Chœrea et Callirrhoe, I. V, r. 10, p. m. Kraliei iiriceè (Didut) : 

Cr. Miniicius Fclix, OvtaviuM, II, 8 : « Qms iiiiii.s nlliis iili inroriH vel 
Protosilui Murlo roint»avii liuniriiiii Hullcni ponni^no roinmculii ii'iiiiu ? ■ 

3. Ovjdo, llérolde», XIII, %\. 



ttmâ 



80 CRAPITBS PMSIIIIII. 

feeiiUi. Cf. SaUrtc. (Ghap. 17| 1. 17), Dt faelttui paati 
dium qtiom hamtnem invenire. 

TouteroiBi ce manque de respect i Tégard des légendes 
mythologiques n'est p^s une caractéristique absolue de la 
Minippèe. Les mimes et les atellaues ont de semblables 
audaces. 

L'usage ironique ou paradique de vers empruntés à des 
auteurs célèbres, déjà observé chez Varron, peut être aussi 
relevé chez Sénèquo ainsi que chez Pétrone. Il en est de 
môme de Timitation plaisnnte, propi*e au genre hêrol-comi- 
que, du style épiquo ou Iragique appliqué, avec unearrière- 
pcnsCe gouaillouse, ù des scènes familières ou triviales. 

Ainsi la première pièce de vers de VApokolokyntoie, Cliap. 
Il , est d'une allure et d'un ton épiques. Sénèque révèle lui- 
môme l'ironie de ce procédé quand il ajoute : Puto magU 
inlelleiji, si diiero : mensis erat octohêr, (lies III idus octobvis, 
et plus loin : Nimis nistiee, inqvies, cum omncs pocta, non 
contenu ortus et oeeastis describere,,.. etiam médium diem 
inquiètent, tu sic transibis horam tam bonani '. 

Notons pareillement des vei*s dllomùre et de Virgile 
détournés de leur sens et appliqués à Claude : 

C. Ti : 'IXtoOfv {Al 9/pfiiv £vi{ao; Ktxovs^vt nAa99iv, 

(Odynf., IX, 39.40.) 
C. 1 : noupasêibuê aequis, (II, 724.) 
C. 3 : Dede neei, mefior vanta »ine regnet in aula. 

(Oeorg., IV, 90.) 

Une autre similitude plus sensible* entre VApokolokyntose 



t. Cf. Ghap. VII. Et quù îsrribèlior esset, tragèeusjkt et ait sq. 

2. 8^n(M|uo, ce i|uo n*a pus Tait Pétrone, nomiuo au muins le créa- 
tour do la Ménlppée & Home et cite une plirase do lui : • Quomodo 
potost « rotundus » osso, ut ait Varro, sino rupilo, sino pnupuUo? • 
(Gliap. S.) 



OAMACTkliS DS L*(BUVIIS. 81 

et le Saiirlcan est celle que Ton remarque dans le style et 
la langue des deux ouvrages. On peut l'expliquer par ce 
fait que l'un et l'autre ont puisé dans le iermo plebeius, 
dons ce Tonds populaire riche en dictons et en locutions 
proverbiales. Mais je croirais plus volontiers que Pétrone 
B*e8t plus d'une fois souvenu de VApoliolokyntose, l'œuvre 
de Séuëque qui était le pins appropriée à son dessein de 
combiner la Ménippée et le i*oman*. 

Pour nous résumer, voici à quoi se bornent les ressem- 
blances entre VApokotoInjniose ot le Satiricon : 

V Même forni«\ Mélange de pi*08e et do vers. C'est Tes- 
sence de la Ménippée ; 

2^ M(}me tour d*esprit ironique et sceptique ; mais ches 
Pétrone, nulle personnaliitS nulle injurieuse violence ; 

S"" Parodie badine du slyle des grands écrivains ; 

4* Usage de la langue populaire et des locutions pro- 
verbiales. 

On a encoi*e rangé dans le genre de la Ménippée une au* 
tre œuvre latine qui, à part le mélange de la prose et des 
vers, ne rappelle en rien lo Satiricon^ le De nuptiis PhilO' 
loifix et Merenrii de Martianus Capella, de Madaure, qui 
vécut au IV* ou v* siècle après Jésus-Christ. L'auteur se 
guide sur Varron et intercale dans sa fastidieuse allé- 
gorie des hexamètres, des pentamètres, des senaires, des 
vers anacréontiques, anapestiques et asclépiades. Il em- 
prunte aussi à Varron des détails sur les dieux, et les 
sciences se succèdent chez lui dans le m(^me ordre que 
dans les Disciplina du môme écrivain. Il cite Virgile, 
Horace, Cicéron, mais pour y puiser des exemples gram- 
maticaux ; jamais il ne les imite ni ne les parodie dans ses 
vers non plus que dans sa prose. Tout chez lui est sérieux 



I . Nous étudierons, au clmp. V, les rapports do style et de langue 
entre les deux écrivains. 



82 OHAPITAI PIIBIIIBII. 

OU du moins Toadmit rdtre. Cette compoeition tounnentéei 
d'un style souvent barbarOi n'a aucun rapport avec le Sati* 
riew, que Martianus Capella n'a certainement pas lu. 

Pulgentius Planciades a lu Pétrone et le cite de temps 
à autre. Est-ce à Timitation du Satiricon qu'il introduit 
quelques pièces do vers dans son livre : Mythologicon f 
(p. 11| éd. de 1681 : Invocation aux Muses, en vers ly- 
riques, 28 vers ; p. 18, deux hexamètres ; p. 23, onze 
liextiinètres descriptifs: An*ivée de la nuit, sans compter 
les citations). Il n'y a pas d'autre similitude entre le Sati» 
rieon et l'œuvre didactique de l'insipide bavainl Pulgentius 
Planciades, Ah co pédant, dont le style abominablement 
obscur fait songer aux énigmoi» de certains décadents mo- 
dernes *. Que n'a-t-il fait de plus larges emprunts à ce 
Satiricon qu'il a eu tout entier entre les mains ! 

Ënlin la Contolation de Boèce {De consolatione philo- 
tophitv)^ 011 il y a des vers môlésà la prose, ne saurait dtre 
considérée, en raison de la gravité du sujet et du ton, 
comme une Ménippée ; car ce genre implique une grande 
part do fantaisie, de raillerie, de gatU^ 

La dorniera des Mém'ppict antiques serait le Banquet ou 
les Césars de Tempereur Julien. Cet écrit satirique a le ton 
incisif dt* YApohoUtkyntose, le scepticisme spirituel et l'im- 
piété railleuse, le mélange des vers avec la prose. Mais 
écrite en gi*ec, cette forte de Ménippée échappe à notre su- 
Jet et u'oiïre aucun souvenir, mOmo lointain, du Satiricon. 

Les n*ssemblances que nous avons signalées entre 
l'œuvre do Pétrone et diyevées Ménippécs sont, pour la plu- 
part, extérieures et de pure forme. Eu comparant le • *■• 
ricon avec les romans grecs et surtout avec VAne d'or 



I. Toiiloruis If. Zinck a cru pouvoir relever iluns Kul(?oniiu8 «jucl- 
<|Uos imiluUouM «lu stylo do Pétrone, /ler Mjfthotog Fulgentim, NVùrz- 
burg, ISliT, p. 10 et 3S. 



CARACTfcllB Dl l'OBUVIIB. 83 

d'Apulée, c'est pliu6t pour le fond et pour la matière 
même de leurs récits que nous aurons à les rapprocher. 

Il serait très intéressant de savoir d'abord i>i Pétrone a 
eu pour modèle quelque roman grec. La question est inso» 
lublOi puisque les romans grecs que nous possédons sont 
tous postérieurs à Tépoque de NéroUi au moius dans leur 
rédaction actuelle. Ce qui est très probablo, c'est que Pé- 
trone avait lu les ConUs milésiens, soit ceux d'Aristide de 
Milet| soit la traduction qui en avait été faite par L. Cor« 
nelius Sisenna. 

Quant aux i*ouians grecs qui nous sont restés, ils diiïè* 
rent beaucoup du Satiricon. On n*y trouve que très excep- 
tionnellement le mélange des vers et de la prose. Aucun 
n'oCTi^e une telle variété de tons et de peintures. Aucun, il 
faut l'ajouter, malgré la liberté d'un certain nombre de 
scènes, ne rappelle, mémo de loin, l'extrême licence du 
Satiricon. Dans aucun enfin n'apparatt un souvenir direct 
de Pétrone. 

Bornons-nous, pour faire ressortir ces différences, à 
une comparaison sommaire*. Les Èthiopiquci (ou Théagtne 
et Chariclée) d'Héliodore, le roman cher à Racine qui 
aimait aussi Pétrone, peuvent être considérées connue le 
type du roman grec. Elles nous racontent l'hintoire de 
deux fidèles amants dont les amours sont traversées par des 
infortunes de tout genre. Jetés au milieu de périlleuses 
aventures, ils eont faits prisonniers par des brigands, 
attaqués par des pirates, assaillis par des tempêtes. Mais, 
grâce à la protection des dieux qui les (*ncouragent par des 
songes prophétiques, des oracles et des apparitions, ils 
luttent avec constance et leur inébianlable vertu est fina- 
lement récompensée. Telle est la formule générale du ro- 
man grec, qu'il s'agisse de Uucippe et Ciitophon (Achille Ta- 

1. Nou^ mettons à part W\ne dor do Lucius do Patras, prototype 
dos MélaMorphoies d'Apulée. 

CBITIQOS LITTàltAlKI. 8 



84 OHAFITAI FAlIflIll. 

Uai),d60ffjWMi H ChM{Long\ïê)fà*Abro€amêitAnita(Xjèn<h 
phou d*ftpbèta). Au xii' ttièclOi Nicétan Bugenianui, en téta 
de tee neuf liTrei en vers fur rhistoire de Drotilla et de 
Chariclèfi plaçait un argument qui pourrait servir de ré- 
•umé à la plupart de cet romane. 

AtStoO ApwvfXXffC «XXc ncl XcptxX^oyc 

|AAftOp« ditvflt x«\ x«TiCo9ftf|Aiyc, 

xXotôç «t^TiOoSc l99upr|X«Tr,|Aiyoc * 
y ««pt«|&ôc otxipôc 3*i#«Tu*/f|C UotWpftiv * 

Ainei Drosilla et Cliariclàs prendront la fuite, a'égare* 
ront| eisuieront des tempêtes ; nous aurons des enlève* 
mentS| des violenceS| des brigands, des cachotS| des pi* 
ratcS| des jeAnes cruels, d'horribles et ténébreux séjours, 
où en plein midi règne !<« nuit, dos chaînes et des carcans 
de fer. Joignons-y les pièges tendus à la fldélité des mal* 
heureux nmaatS| les menaces faites à leur pudeur. Ils 
seront douloureusement séparés Tun de Tautre ; mais un 
joyeux hyménée viendra tout terminer à souhait*. 

A part de rares incidents, qui ne voit que le roman de 
Pétrone s'éloigne beaucoup de ces données édifiantes? 

Le roman grec, malgré des scènes voluptueuses et des 
peinlures très hasardées, est au fond moral, en ce sens 
que, si les personnages acce66oii*c6 y ont parfois des mœurs 



I. Tout rolTori des Erotici prœci semble consister h brodor sur les 
ihèmos communH, à cuinpli<|uer de circonstances étranges les rapts, 
le» ici'nes du brigiiucU, les reconnaissances (miel empoisonné par un 
ftorpcnt, cadavres mungés par des chiens, résurrections, etc.). 

V. cnlro autres l'analyse dunnco par IMiotius du *Ifli,aCXt/o'j ^pcfA*. 
Tixôv, Krofiei grwei, F. Didut, liTiC, éd. llirschig, p. 31*5 sq! V. aussi 
C^harilon d'Aphrodisias, VhwreoM et Caiiirhoé. (On ensevelit Callirhoé, 
Ia croyant niuiHo ; elle n'est qu'en léthargie, comme Arcbestrata dans 
l'histoire d'Apollonius de Tyr.) 



CARACTklIl 1>E l'iSUTM. '85 

fort libresi du moins le héros et Thérolne reetent ehastee. 
Là aussi larmoient et bénissent les bons Tieillards protec« 
teurs de i*innocence| là s'ourre au mallieur la demeure 
hospitalière des bons campagnards (MégaclèS| Lamon, 
dans DaphnU et CUoi). Certains contes sont de tout point 
irréprochables au point de vue des mœurs, ainsi le Chas* 
seur ou Histoire Eubéenne de Dion Chrysostome. 

Le Satiricon est profondément immoral ou amoral. C'est 
le poème enjoué des amours infâmes. Assurément on 
trouve des traces de ces ignobles passions chez les Erotiei 
grxei; mais nulle part elles ne constituent le sujet même 
du roman et, parfois flétries \ ne s'étalent jamais avec la 
sérénité qui nous indigne dans le Satiricon. 

Nul de ces romancière ne prête à Priape le rôle que lui 
attribue Pétrone. Chez Longus, Pan, les Nymphes et 
TAmour sont les divinités qu'on invoque. Les dieux in- 
terviennent dans les amours de Théagène et de Charicléei 
où règne le merveilleux épique. 

Dans les romans grecs, M. Chassang en a fait la re- 
marque*, la peinture des mœurs est vague et générale. La 
société qu'ils représentent est toute factice. Nulle précision 
dans le détail des mœurs, nulle vérité dans la couleur 
locale. Qu'on mette en regard de ces tableaux de conven- 
tion les pages éclatantes, d'un réalisme si exact, qui nous 
décrivent le festin de Trimalchion. Maîtres et valets, in- 
vités et cuisiniers, salle du banquet, mets, incidents du 
repas, verbiage des gens du peuple, fadaises des conver- 
sations de ce monde bizarrement réuni par le caprice d'un 
amphitryon mal élevé, tout est mis sous nos yeux, et se 
détache avec un relief incomparable. Nous sommes trans- 
portés dans une ville gréco-romaine, en pleine époque de 
la décadence; chaque ligne nous en avertit. On feuillettera 



1. Daphnie et Chloé, 1. IV. 

2. Wiloire du roman dam Vantêqulté, p. 243. 



hMÉHM 



M ORAFITIIl PHIIfin. 

inoUlement tout let EroUei grêtel pour y chercher une scène 
qui ait cette intensité de vie et cette puissance de rendu. 

Ils n*ont pas davantage cet air d'ironiCi de blague, si Ton 
nous permet ce terme familieri qui a fait prendre si long- 
temps le roman de Pétrone pour une satire véritable. Ces 
rhéteurs grecs ne s'abstiennent certes pas de déclameri 
dissortcri moraliseri mais c'est toujours d'un ton sérieux. 

Le roman grec, toi que nous le coimainsoiis, ne présente 
en sonnne avec le Satiricon que quelques ressemblances do 
fomiis D'tttiordi comme dans les Amours de leucippe et de 
Clitophou d'Achille TatiiiSi c'est chez Pétrone le personnage 
principal qui fuit le récit de ses aventures. Il en sera de 
mémo chez Lucius de Patras et chez Apulée. Le Satiricon 
admet, comme le roman grec, des narrations épisodiquesi 
dos songes, des descriptions. (Cf. Iléliodoi*e, Tliéagène et 
Chariclèe. Songe envoyé par Isis, 1. 1, 18; tempête, ibid., 
1. V, 27. Achille Tatius, Leucippe e. Clilophon, 1. III, 1 sq.) 
Lorsqu'il développe le thème banal de la ttuiipéto, Pétrone 
olTro quelques traits que l'on retrouve chez les romanciers 
grei'B. Ainsi, cliap. 114, 28, et ne sic eoluvrentes, sq. Cf. 
Achille Tatius, Leucippe et Clitophon, 1. III, 5 : 

*KXtfr,90v, Y^r^v, 3tf9K0T« Ilo^it^ov i\ 3* f,{A5; «Koxtitvftt OAii;, |&^ 

^ta9Tf!9r,( f,[A(5y ti{v TiXiwti{v ' h f^fASc xC{a« x«Xw}«7(i>. Va lï xst Or^p^av 
f,{Aâ; po;&Ày nin^ut^m YivMai, iTc f,{A«( !/0;ic «v«Xfi»9aTM ' Tv» x«\ Iv {/Ou9i 
xotvf, ta^'^ijAiv. 

Iléliodore, Thèaghne et CiMriclie, V, 24 : 

MCyta lï x«\ f| X«p(xXi(« Tfi» BiftY^vii Ript^uvii^ fj (Uv, fvc [krfiï 

RSpà TÔV OfltVATOV, ét{ (^«9X1, /fop^OlTO, f^fll d* lv\ X«\ K^T^'^ (Alf T03 
ffâO<ïW( 6[A0{0W xoiviuvfjvitiv. 

et pastiin. 

Au resle, les descriptions de Pétrone sont très courteS| 
si on les compare & celles des romans grecs qu'Apulée 
imitera ainsi que leurs longs discours. 



CAAACTtoi Di l'obuthi. 87 

Pétrone a en commun avec les Erotiei grxci le cadre de 
certaines scènes. Le héros visite une galerie de tableaux, 
y rencontre un étranger avec lequel il lie convursation au 
sujet des peintures exposées et qu'il prend pour couûdent 
de ses infortunes. Tel Encolpeauchap.83 : in pinaeothecam 
perverti, sq. 

Cf. Achille Tatius, Leucippe et Clitophon, I, 2. 

Clitophon dit : 

"KCXiRov TÔv jIy^î* ^^ P^^v * "Epft^tt na\ * 07ov, clffov, Ip/ci ^i^î 
oipAvoS x«\ 7f|; x«\ QtXixxttÇ. TcSti ^Vé X/^ovro;, vicv(9X9( xc\ mixi% 

ff«p29Tbl(. X. t. X. 

Cf. aussi chap. 5 : 

avec PétronOi chap. 83, 1. 17: Tanquam insolitudine exela^ 
mavi: ergo amor etiam deos tangit...,^ eq. 

Plusieurs fois les Erotiei grxci ont décrit| comme le lait 
ici Péti^onOi des galeries de chefs-d'œuvre imaginaires. 
(Cf. les tableaux du temple de PcUuse. Achille Tatius, 
Leueippe el Clitophon j III| 6, et ausni V, 3.) 

Les héroïnes sont comparées a dos t^tatuesy à des divi- 
nités, lléliodore. Xénophoii d'Ëphbsc, passinu Cf. Pé- 
tron0| 12G, 1, 37 : mulierem omnibus simulacris emendatio* 
rem. 

On trouve chez les romanciers grecs coninie chez l'auteur 
du Satiricon l'emploi de certains artifices do comédie. Le 
couteau dontlo for rentre dans le manche (AdiilluTaliu9| 
Ifly 21) faitt^ongorau rasoir émoussé des cliap. 94 et 108. 

Les liéros de ces Erotiei sont, connue ceux do PélrouOi 
les jouets de la Fortune. Mais c'est la condition môme du 



1. Jupitor métamorphosé en taureau ot portant Euro|)0. 



88 OIAPITAI milCIM. 

foman d'aveuttutSi que mènent lee eapricee du basarl. 
(Achile Taiiusi 1. IV, 0, tqihCc ofaaxiv i^ xix% 1. V, 11, 

Lee analogies que noua venona de signaler aonti on le 
voit, fort auporflciellos. Les romans grecs que nous possé- 
dons et le Satiricon ne proviennent pas des mdmes sourcesi 
et n'ont ni le niâme objet, ni lo mémo ton. 

Ou no rencontre pas non plus chez Pétrone au même 
degré quo ches les Erotici celle tendance purement scolas- 
tique qui les porte à disserter longuement, à amplifler 
avec abondance des lieux communs. Ces sortes (Vexeursui 
sont d'ordinaire clicz lui asses brefs et s'approprient le 
plus souvent au caractàre des personnages qu'il fait parler. 
11 est rare que ses déclamations ne tournent pas à la plai- 
santerie. Les romanciers grecs s'appliquent à faire montre 
de leur talent dans les exercices d'(!*cole, plaidoyers, let- 
lroS| descriptions, etc.*. 

Cotte littérature de rhéteurs ne pr^^sente guère de con- 
formité avec la maniera g.iie, spirituelle et railleuse du 
Satiricon. Non qu'il n'y ait quelques parties comiques chez 
les Erotici gntci : par exemple, le discours du prêtre qui a 
lu Arislopliano et s'en souvient. (Achille Tatius, 1. VIII, 9.) 
Mais c'est une exception à la gravité de ces récits prolixes 
d'où nntt l'ennui. Pus de trnce de parodie. L'imitation 
chez Iléliodore est grave ; il fait de bonne foi de la prose 
poétique quand il pastiche Ilomërael Euripide. M. Ërwin 



1. Cf. Luciii», tAne, c. 33 : t Quand Fortuno qui so Jouoit a inc faire 
éprouver tant d'accidents divers. ■ Tnid. do Paul-Luuis Courier. 

2. Ht, Acliillo Tatiu.H. Plaidoirie duns un procès criminel, liv. VII, 7; 
1. 'VIII. — LeUreu d'amour (X6uoplion d'Épheso, H, 5, Manto à Abro* 
come, Ole.), -» niuin cpii n'ont pàa ic ciiractt'n* plus i|ue léger dos 
lottros do (^ircô et de PolyiiMios. ^ Descriptions copieuses de villes 
ou d'animaux ci.iieux. (Arliillo Tntiub, 1. V, 1, Alexandrie; IV, 2, 
rilippopoUimo; IH, 4, l'iiléplianl; VI, 23, le Phénix.)— Dissertations 
morales. (Ach. Talius, 1. VI, 19, sur la colère ot l'amour, etc.) 



CARACTfcRB Dl t'OBUTlIl. 89 

Rohde ' a fait voir tout ce que ces Erotlet grwel doivent 
aux poètes épiques et tragiques. Quant à PétronOi s'il em- 
prunte aux représentants latins de ces genres littéraires 
des expressions et des membres de phrase, c*est soit dans 
des morceaux poétiques où il s'exerce sur des sujets iden- 
tiqueS| soit dans deé passages d'une intention plaisante où 
il s'amuse à parer de termes nobles et solennels Texposé 
des plus vulgaires événements. Les rapports entre le Sali* 
rieon et les romans grecs que nous avons sont donc bien 
lointains et bien vagues. 

Une hypothèse séduisante et sur laquelle nous rcvien* 
drons, serait celle de l'existence d'une œuvre grecque li« 
cencieuse & laquelle Pétrone aurai t pris Tidée et quelques* 
unes des situations de son roman. Il on aurait d'ailleurs usé 
fort librement avec son modèle. Do ni<}me que la Lueiade 
devient VAne d'or, roman très étendu, farci d'épisodes de 
tout genre où s'embarrasse l'action principale, de mtJme 
la Ilçiàrs'.a grecque se serait accrue dans de grandes pro- 
portions et la narration hellénique aurait été largement 
saupoudrée de sel latin. 

Car, si le Satincon n'est pas une Œuvi*e absolument ori* 
giiialc, s'il a eu un prototype, ce n*est pas dans la littéra- 
ture romaine que nous pourrions le découvrir. Le recueil 
considérable' de Sisonna n'est qu'une adaptation des 
contes d'Aristide de Milet. S*il y a des histoires romanes- 
ques dans les Ilérohlcs, les Amours et les Métamorphoses 
d'Ovide, si les arguments de certaines Controverses donnés 
par Sénèque le Rhéteur peuvent être considérés comme 
de véritables sujets de romans, ces récits sommaires, sans 
tenir compte des autres difTérences, ne sauraient être en- 
visagés comme les modèles ou les germes du Satiricon. Il 



1. Griech. MofHan y, s, Voriaùfer. Leipzig, 1S7G. 

2. Cliarisius on cito lo XIII* livre. 



40 GHAPITUI PAIMin. 

dut OU bien la tenir pour une créationi pour une eombi« 
naiaon de genres divers^ ou le rattacher à une composi- 
tion grecque très libre dont la trace serait perdue. 

Sans nous attarder ici à une invériOable hypothèsoi 
étudions en quoi le Satirteon se rapproche et diffère du 
seul autre exemplaire que nous possédions du roman latin. 

VAne ifor est un pur romaii| non une Ménippie. A part 
les quatre distiques de Toracle d'Apollon ordonnant d'ex* 
|iosor Psyché (K IV, cliap. 83) et deux vers qui contien- 
nent la réponse prophétique des prélres de la déesse sy« 
rienne(l. IX, chnp. 8)| il ne s'y rencontre aucun mélange 
de poésie. 

Les incidents romanesques sont bien plus multipliés 
ches Apulée que dnns ce qui nous reste de Pétrone. Ainsi 
que tians les romans grecs dont il a été question, on y 
trouve en altondance les liisioires de brigands, les i*écits 
épisodiques(dont un, le conte de Psyché, occupe près de 
deux livres); les descriptions foisonnent, beaucoup plus 
étendues que celles de PétrcTiie. Néanmoins c'est encore 
au point de vue de la structure du i*oman que les deux 
œuvres présenteraient le plus d'analogie. Toutes deux ap- 
partiennent au genre du roman d'aventures, à tiroirs, ad- 
mettant des intei*calntions diverses, contes milésieuS| 
tirades de rhétorique, étiiopées, récits fantastiques. 

Au conte de la Matrone d'/^p/if se répondent chez Apulée: 
le conte du Cuvier (1. IX, 6-7), les Sandales de Philésié- 
tère (1. IX, 17-21), la Vengeance du Meunier (1. IX, 22- 
28), qui tous mettent en scène des maris trompés. Aux 
déclamations d'ISncolpe sur la vanité des desseins de 
riionune, sur la vénalité de la jubtice, font pendant certains 
morceaux au tour oratoire où Apulée exprime des mora- 
lités; telles les réflexions de Lucius sur Tiniquité de la 
Fortune qui distribue ses faveurs aux plus indignes (1. VU, 
2) ; le morceau de rhétorique où Lucius, à l'occasion du 



CARACTkm Dl L*<BUVIII. 41 

• 

jugement de Pftrif| déclame contre les vautoun en togCi 
togati vuUurii, qui vendent leur sentences à prix d'or, len* 
tentlas ttiuis prelio nundiMtUur (1. X, 83). 

Dans VAne (for, Taventure des outres transpercéeS| qui 
amène Lucius devant un tribunal, fournit à l'auteur un 
prétexte pour reproduire les diOérentes parties d'un procès, 
raccusationi la défense, les paroles du magistrat. Ce sont 
des pièces de rhétoriquo comme Pétrone nous en offre 
quelqueë-unes (plaidoyer d'Kumolpe sur le vaisseau; ré* 
plique de Lichas, cliap. 107). 

Les récits licencieux sont moins fréquents chez Apulée 
que chez Pétrone. I^es deux écrivains nous présentent le 
tableau de mcrurs infinies. Toutefois, Pétrone s'arrête bien 
plus longuement et avec une ironique Impassibilité sur 
ces peintures graveleuses. 

Tous deux emploient avec une intention plus ou moins 
ironique le style do l'épojiée dans des circonstances fami* 
Hères ou triviales : 

Apulée, MeJam,, I. IX, 22 : Sol ipêum qmdem drlapêUê Oeeanum 
êubterrenaê orb/i playaê iUuminahat ; et cvee, eq. 

L. I| 18 : Et jam juhariê troriu euneta coHuêtrantuff sq. 

L. 111, 1 : CommoduMjmnicanti'buâ ithafcnê Aurora roêeum qua^ 
titHê laeerlum, ctvfnm inequitabat, et me êecurœ quieti revulsum, 
nox diei reddtdît. 

Il est peu de situations absolument identiques dans 
VAne d'or et dans le Satiricon. Plusieurs incidents se rencon« 
trent cependant eu l'un et en l'autre roman. Encolpe, pour 
tromper la longueur du chemin en gravissant la hauteur 
où s'élève Crotone, récite à ses associés son poème De bello 
eivili. Ainsi Lucius se fait conter par ses coinpaguons de 
route des histoires merveilleuses, Metam., I, 2 : Simuljxtgi 
qxiod insurgimus aspritudinem fabularum lepida jueundilas 
Uvûjabit. 

Les menaces de Méraé à Lucius ne sont pas sans ana« 



iBCMI 



41 



CBATITU PAimia. 



logie ftTeo eellet que Qiiartilla adreue à Bneolpe. On 
pourrait extraire de cet épisode de Méroé plusieurs phrases 
qui| insérées dans le Satiricon, ne feraient nullement dis- 
parate. 



Meiam., I, 19 : FaaDo tum 
être, iwunù datim, fînNto vers 
Jam nunû, «l.... in9ianiiê ûurio* 
n'iaiiê jMrufYfal. 

Mdam., 1, 18 : êudùrê/rigido 
miitrptr^Ho,,.. 



Cf. Saiirie., ehsp. 17 : € Ui- 
•ereor médias Adias TSttri ; 
neque eniro impaue qaiiqaam 
quod non lieuit âdspezit. » 

SftUrie., 61 : Budor mihi par 
bifnrcnm rolsbat, ete. 



Les héros de l'an et de l'autre roman s'informent d'une 
auberge ou d'un logis auprès d'une vieille. 



Mtîam.f I, 21 : quodprimum 
ingrtêêu» êtabnlnm eoHBjdeaiuê 
§um,accefêittdfqnadam anneau» 
pona jHrwHtor: Eêt-nt, itiquam, 
HyjHLta Airo civitaê f . • • . AdrinU. 



Satine. (6, 7) : Accedo sni- 
eulaiu qusmdsm. ... et, rogo, in* 
qusm, mater, numquid Bcisabi 
ego habitem?... Delectata est 
ilU urbaiiitate tam Btalta, iq. 



Nous ne poursuivrons pas ici ces menus rapprochements 
de mots ot do situations qu'on retrouvera à l'appendice III. 
De ces ressemblances, la plus incontestable est celle que 
nous avons signalée la première, cette eoniamination du 
roman par toutes sortes de récits épisodiqucs, de morceaux 
oratoires, de moralités. 

I«CH ilifTérfuces s'accusent plus nettement. Un élément 
considérable de VAne d'or est le merveilleuxi le fantasti- 
que : or cet élément tient une place extrêmement res- 
treinte dans le Satiricon. L'œuvre d'Apulée nous entre- 
tient sans cesse des sorcières et de leurs incantations, des 
métamor|)hoses, de la nécromancie, de la thaumaturgie. 
L'écrivain se complaît en ces récits et ne nous laisse pas 
oublier un instant qu'il nous a conduits sur cette terre de 
Thessalie, terre classique des enchantements, artis ma* 



CABAOTiHI DB l'CBUTHB. 48 

gkm naiiva, où Lucius voit partout un mystère. (Meiam., 
' 1. IIi 1.) C'est là que les sagm mutilent de leurs dents les 
visages des morts pour leurs opérations magiqueS| c'est là 
qu'elles se transforment en oiseaux, en ratSy en chèvreS| 
eif belettes^ c'est là que l'Égyptien Zachlas rend pour un 
moment la vie à un cadavre. (Récit de Téléplirony L II, 
21-30.) Et tout cela est minutieusement raconté par un 
écrivain superstitieux ou du moins fort préoccupé du 
surnaturel, et que déjà ses contempomiiis accusaient de 
magie'. 

Dans Pétrone il y a bien des sorcières et quelques récits 
fantastiques. Mais ce sont des gens du peuple, fort cré- 
dules, qui racontent ces bistoircs de loup-gai*ou. (Récit de 
Nicéros, chap. 61-62'.) C'est le sot Trinialchion qui nous 
narre les méfaits des striges substituant un mannequin de 
paille au cadavre d'un adolescent qu'elles ont volé. Ce 
sont des ignorants qui tremblent au récit de ces horribles 
aventures, baisent la table et supplient les noeturnx de ne 
point sortir de leur rcpaii*e. (Chap. 63-64.) 

En dehors de ces chapitres on est plutôt raillée la 
grossière superstition de ces petites gens qui croient aux 
lyi:antliropes et «'lux sorcières, le Satiricon ne fait pins inter- 
venir la magie que dans une scène d'une drolatique obscé- 
nité. (Chap. 134 sq.) ClMioihée a beau vanter, on des vers 
d'un accent épique, la puissance de ses enchantements ; le 
rôle que lui proie Pétrone prouve bien qu'il n'a voulu 
tracer qu'une caricature de soi*cièrc* 

Plus effrayante, certes, et pins tragique est dans Apulée 
Méroé la magicienne {ilelam., 1. 1, 8) ; Saga..*,ei(livina, po- 
tens cxlum deponere, terram snspendere, fontes durare, montes 



1. V. Paul Monceaux, Apulco, ItoMon et magie. Apulée magéciêH» 

2. Dans Virgilu il est déjà (|uoslion do lycanlhropcs, Ac/vVIlI, 97 : 

■ Ilis ofio sirpo lupuui liori cl se coiidoro s»il\U, 
MciTim.... vidi. ■ 



44 CHAFiTiii ramim. 

dHnêfê, même iuWman, i$oi inUman, êldera êxilinguen, 
TarUtrum ipium Ulumliian. 

Tout autre aussi se montre à nous la verairix ioga eê il» 
vinipoteni qu'invoque ia femme du meunier (!• IX, 28) pour 
Tanger son amant sur son mari. Cette liistoire plaisante a 
un dénouement fantastique. Un spectre éToqué par la sor- 
cière fait sa proie du malheureux mari. . 

Encore moins y a-t-il trace dans le Satiricon de cette 
religiosité mystérieuse dont est imprégnée surtout la der« 
niëre partie de VAne d'or. lci| rien qui réponde à l'appari- 
tion d'IsiSy à la procession et aux cérémonies symboliques 
de la puriflcation, de rinitiation de Luciiis, à sa dévote 
prière. 

Si l'on en croit les Ilerméti^teK, VAne d'or tout entier 
ne serait qu'un symbole, et dissimulerait sous d'ingénieux 
emblèmes les plus Imiitos vérités do la science. Quelle que 
puisse être la valeur de coite aflirmatioui on peut assuré- 
ment déclarer en toute conllauceque jauiuis le Satiricon de 
Pétrone ne huggérora la tiMilation d'uuu inlerprctation de 
ce genre. Il est pou d*œuvrcs dont Tidéo religieube soit 
oussi complètement absente. Voila doue outre l^étroue et 
Apulée' une diircrence Toudamentale. 

Dans VAne d'or on constate le goAt du tragique et même 
du mélodramatique, une recbci*clie de réalismequi va jus- 
qu'à l'Iioriible. Tautôt des coûtes au dénouoinent sanglant 
renouvelés des antiques tragédies, 1. VIII, 1-14, Tbis- 



1. Il Ont vnii i|u7i riVni'tl «Ioh di\ini(«vs do In Fiiblo, Apulée en iiso 
liiMiiAmc iiviM* iiMM^x ih» saii?«-p*Mio. Au livn» VI, *2*2-2.1, cVsl hur un Ion 
flo hunno huaiour «fu'il rarunh* l'us^MuItléo iIim dieux dunt Mcrcuro 
o»t 11* prtrvo, Quicon«|uo, punui U^a humurlrU, uiuni|uoni h l'uppi»!, 
IMTU frappt* d'uuo iini<*ntlo do IO,(NMi vcus. On vorni Jupilor fiiin* uno 
mori'uriido uuiicalo h («upidon ol lo |(runtli*r d'uvoîr onTroiiit la lui 
Julia. IMai^anlorion Ir^èri^H du frcnro do ri^llOH (pic nuuA avons truu* 
vOoH itans VApokoiokijMtoêe, ol ipij, rorcéon JuHipi'ù la cliari^o, seront 
ropriso* |Mir la ni<>d«*nit» opéreUi*. 



toire de Thratylle, de Tiépolème et de Charitei 1. IX, 
* 80-81, rhi»toire du meunier, 1. IX, 83*88, le riche et le 
pauTre, etc. Apulée nous prévient lui-même du cnracièro 
de ces narrations, h X, 2 : Jam ergo, leetor optime, seito te 
tragcpdiam, non fabulant légère, el a soeco ad cothurnum 
adscendere. 

Pétrone tourne bien vite au comique les bituations les 
plus dramatiques en apparence. Ses tragédies ne sont que 
des tragédies pour rire. 

Quoi de plus atroce au contraire que le supplice imaginé 
par IcH brigands d'Apulée ' pour punir la tentative d'éva- 
sion de leur prisonnière! (L. VI, 31-32.) lis ont résolu do la 
coudre vivante dans la peau de Tine, alln qu'elle éprouve 
à la fois toutes les tortures, et les détails de celle mort 
alVrouse, révéc par des misérables en délire, sont décrits 
avec une i*epou8banlo crudité. La môme remarque s'appli- 
que au récit du supplice de l'esclave que son maître Tait 
dévorer par lett Tourmis, après l'avoir enduit do inuA des 
pieds à la tête. (L. VIII, 22.) 

Rien de tel dans IV'tronc. L'anthropophagie préconisée 
par Eumolpc, iniiioséo par lui en son tcstament(Cliap. 141), 
n'est qu'une facétie lugubre, à laquelle l'ironie qui s'y 
mélo enlève ce que les images ont par elles-mêmes d'o- 
dieux. 

Il est un réalisme d'une autre nature, qui recherche le 
pittoresque et la vérité des détails dans la représentation 
des objets vX des personnes. On le trouve dans le Satiricon, 
mais plu8 discret et plus sobre que chez Apulée. Dans 
VAne d'or les descriptions sont surchargées. Pétrone se 
borne d'ordinaire à quelques traits expressifs. 

Les procédés des deux narrateurs nous présentent encore 



I. SuiiH (loulo ici Apiilôo Hiiit son original grec (Luoiiii»,cliiip. *lb)t mai» 
il in^isto »ur cuUo flotK;riiiliuu et nifliiio. 



40 OHAFITM PMIfllll. 

cette diflérenee que run, Apiiléei te met plusieurs fois en 
scène sous le nom de LucluS| et que sa personnalité appa* 
ratt fMquemmeDt dans ses œuvres * , tandis que la per- 
sonne de Pétrone ne se réTèle presque jamais dans le 5a- 
tirteoH. 

Bnfln les morceaux littéraires du Satiricon n'ont aucun 
équivalent dans VAne d'or. 

La comparaison du style des deux écrivains demanderait 
un examen approfondi| mais qui dépasserait les limites de 
notre sujet. Bornons-nous à dire que les artiûces de la 
rhétorique régnent beaucoup plus chez Apulée que ches 
Pétrone. La langue du premier est précieuse etraillnée; 
son style est emphatique et semé d'antithèses. Il ne paraît 
paS| comme PétronOi nourri des bons modelcsi et, pour 
le goAty lui oët fort inférieur. Cet Africain de Madaure a 
eu soin, dès le début de VAtie d'or, précaution nécessairei 
de demander gnke au lecteur pour les imperfections de 
son style. 11 allègue que le latin n'est pas sa langue 
maternelle ot qu'il lui en a coAté pour l'apprendre de 
pénibles efforts. L. I, 1 : Slax in urbe latia advena, studio» 
rumque Quiritium iiuligenam sermonem , iprumnabili labore, 
mdto magiitro prxeuntâf aggressus excolui. lin ecee pntfamur 
veniam, si quid exotici ae forensis sermonis rxidis heutor 
offeudero. M. Monceaux énumère' les divers éléments dont 
se compose la langue d'Apulée. € Patois sémitiques de 
Corthagu et de Numidie, grec, latin de province, archal- 
que et populairOi argot des gens de métier, néologismes 
créés d'eux-mêmes par l'instinct de la rnce ou la concep- 



I. M. Moncoaiix (op. cit», p. 115) en Diit robservalion : t Apiiléo 
iivoi'iit liii*niAmo iiu'il luli^il toute» h-s occasiuiin ilo muntror sou talent. 
Voici (Mimnieiit il cummoncu une (lc>cripliuu : (l'est maiiiteiiuiit U* nio* 
ment de décrire Taspeft des lieux et la ciivemo f|u*habituiont les va- 
leurM. Ku ni^mo temps Jn yoim houmettnii un échantillon do mon 
Mivoir^raire. • 

). O/f. cit., p. 209. 



CABACTkHI Dl L*(BtlTIIB. 47 

Uon littéraire de rauteur, voilà de quoi s'est formé le riche 
vocabulaire d* Apulée. Nous sommes loin, on le voit, de 
Cicéron ou de Virgile. C'est l'arsenal très complexe d'un 
Africain forti des universités de Carthage ou d*Ath6neS| 
c\irieux de la vio populaire, soucieux de rendre tout l'in- 
dividuel de ses impressionsi décidé pour cela à ne reculer 
devant aucune hardiesse '• » 

M. Monceaux analyse les procédés de slyle d'Apulée, 
l'emploi très particulier de l'adjectif (faligalionem sedenla* 
riam), les libertés que Tauteur prend avec la syntaxe, 
son goût maniéré et sa reclierche de récriture artiste. 

A prendre Pétrone dans l'enscuilile, il nous apparaît 
fort dillérent. Mettons & part les passages en latin popu» 
laire, ceux où il fait parler les gens An peuple, sa langue 
et sou style sont autrement sains et élégants. On roconnatt 
non seulement un Latin qui a appris sa langue dés Ten- 
fance, qui ne s'est point gâté par un long séjour à Tétran- 
ger, mais un Latin fort lettré qui a pratiqué assidûment 
les modèles classiques. 

Toulerois, cette langue est, même dans les morceaux où 
n'entre pas le senno pUbeiui, mêlée de locutions qui ne 
sont plus classiques, d'expressions qui semblent puisées 
dans le langage de la conversation familière, ou renou- 
velées des écrivains archaïques. A ce point de vue, il 
prête à quelques rappi*ochements avec Apulée. On les lira 
à l'appendice III. 

Pour résumer ce parallèle, on peut dire : WAne d'or, si 
peu semblable au Salirieon pour la donnée et les péripéties 
de l'action, pour la magie et la religiosité qui y dominent, 
olTre cette conformité avec l'œuvre de Pétrone qu'il est, 
lui aussi, un i*onian à tiroirs, apte à recevoir dos épisodes 



1. Cf. noisMonndc, Biog, un/vers, (art. Lucim), sur Apuléo : ■ 8a 
proso esl luboricuscmcnt élégnnle cl il y a st»m^ inoiiiii lus» llciiri» qiio 
les épines du vieux langage dos comi<iuos latins. * 



48 ORAPiTM nimiB. 

direrti des morceaux descriptifti des eonteti des moralités 
oratolresi mais qui n'admet pas les vers et les tirades lit* 
térairei. 

Tel est le véritable point de contact entre ces deux ro* 
mans. Ils sont de plus analogues par un certain goût de 
réalisme qui s'attache à la peinture des gens et des scènes 
vulgaires. Les meuniersi les foulonsi les pAtres, les pale- 
froniorsi les enclavesi les AniorS| les paysans d'Apulée, 
font pendant au chiffonnier ÉchioUi aux marmiionsi aux 
hdteliers de Pétrone. Cependant le monde de celui-ci est 
en général un peu plus relevé, c'est celui du petit coni* 
merco et de la bourgeoisie. Les lettrés, tels qu'Agamemnon, 
EumolpOi n*ont pas leurs équivalents chez Apulée. 

Tous deux représentent aussi la société galante. En 
face de Méroé et de Byrrhëne so placent Quart! lia et Trj** 
phùne (magie A part)« et la suivante Psyché nous fait res- 
souvenir de Fotis. Mais les aventures iramouret les scènes 
do débauche sont la matière principale du Satiricon, tan- 
dis qu'elles so partagent VAne d'or avec la magie, les his- 
toires tragiques et les faits romanesques. 

Les thèmes de la satire sont plus abondants chez Pé- 
ti*one que chez Apulée. Il semble les avoir puise s dans les 
traditions clatisiquos latines qu*Apuléo connaît moins et 
consulte peu, soucieux avant tout de suivre son original 
grec et ses contes milésiens. Le roman de Pétrone semble 
plus latini celui d'Apulée plus grec. Au point de vue de 
la composition I on constatera que jamais les épisodes de 
Pétrone n'ont la disproportion qu'ils atteignent chez Apu* 
lée (épisode de Psyché). 

La langue du Satiricon est autrement ferme et précise 
que celle de VAne d'or. Le style est de bien meilleur aloi, 
le goAt bien plus sûr. Les deux œuvres emploient le lan- 
gage populaire, mais la première avec beaucoup d'art et 
de discrétion* 



CâlUCTfcRB DB L*OiUVRB. 



49 



Concluons cette comparainon de Pétrone avec les écri- 
▼aiuB qui se rapprochent le plus du genre où il t'est exercé. 
Il ressort de ce qui ▼ieutd'tJti'e dit que, de toutes les om- 
▼res antiques qui nous sont parvenues, VAne d'or est, d'une 
parti celle qui, par la nature des sujets traités, s'éloigne le 
moins du Satiricon. D'autre part, pour le style, la forme 
(mélange de prose et do vers), le goAt de parodie el de 
flue raillerie , cette composition nous rappelle surtout 
VApokohkyntose. A s'en tenir à Taspect d'ensemble du Na« 
tiricun, il appartient à la fois au roman dont VAne d'or 
est le type, et à la Mènippée dont VApoUulokynlose, avec la 
satire politique et personnelle en plus, nous otlre le seul 
exemplaire complet dans la littérature latine. Nous avons 
donc le droit de dire que l'œuvre de I^étrone est une ha- 
bile et originale combinaison de doux genres, et & ce seul 
titre déjà, doit ôtre ronsidéréc comme une véritable créa- 
tion. 



CaiTI^VB blTTÉMAIVR. 



■ - — - 



CHAPITRK IT 



MORALE ET DOCTRINE LITTÉRAIRE DE Pi^TRONB 



L'étude des caractères du Satiricon nous a expliqué 
pourquoi l'auteur y a mile des veri» aiusi que des gêné- 
ralités oratoires ou littiiraires. Il se conformait par là aux 
traditions de la Uinippie, bien qu'il la modiQAt sensible- 
roent pour le fond en y faisant entrer le roman. 

Mais dans quel esprit sont traités ces eorlos d'accès- 
soires, ces morceaux poétiques, ces lieux communs do 
morale, ces déclamations? Nous no pouvons essayer de 
répondre à cette question avant d'avoir examiné ce quo 
Pétrone nous laist^e entrevoir de lui*mémO| de sa philo- 
Sophie, de ses principes littéraires. 

L'homme et TiBuvre s'expliquent réciproquement. Ce 
que nous ignoi*ons du l'auteur, son écrit peut, dans une 
certaine m<*sui*e, nous l'apprendre. Or, nous ne possédons 
aucune certitude sur la personnalité, la vie, l'époque de 
Pétrone. C'est au Satiricon lui-même qu'il faut demander 
quelques renseignements sur celui qui Ta composé. Mais 
quand il s'agit d'un i*oman, combien la difllcullé se corn* 
plique! L'induction d<*vient singulièrement iiasardeuseï 
surtout pour les romaus antiques, qui sont tout objectifs 
et si peu ouverts aux conlidenccs personnelles. Adolphe 
IaOus révèle Benjamin Constant; Chateaubriand est prca* 
que tout entier dans neni. De telles œuvres ont la valeur 
do mémoires poétisés et arrangés* Déjà il est plus ma- 



62 GHAFITBI II. 

Uiié de démêler dans GU Blas le véritable caxaetère de Le 
Sage. Ce serait aMurément Taire le plue grand tort à Thon- 
nôte et laborieux écrivain que de lui prêter la morale aeseï 
accommodante de son héros. On peut donc risquer de se 
tromper si on va chercher dans leurs écriis la personne 
des romanciers grecs et Intins. N*a-t-oa pas douté long- 
temps si Tauteiir des Aventures de Thèagène et de CharieUe 
fut un évi^quo? Si ce bavard d'ApuléO| le plus commimi- 
calif doM hommes, nous n un peu outrt>tenus de hii-niâme 
dau!! VAne d'or, c'ohl surtout grAce à son Ajwlogie et u ses 
autres œuvres que nous discernons ce qui concerne sa per- 
sonne ot los idées qui lui soûl propres dans ce roman. Mais 
Pi^trone est aiitranient discret. Cet ironiquOi c ce Mérimée 
sceptiquei au ton froid et exquis », comme on Ta si juste- 
ment qualillé'i n'est pas liommeà se livrer. Il s'esl retiré 
do son œuvre pour no laisser paratlre que les personnages 
qu'il fait agir et parler. Il semble bien être de ceux qui 
d'instinct ont pratiqué le principe énoncé par 6. Flauliert : 
« li'arlisto doit s'arranger de façon à faire croire i la pos- 
térité qu'il n*a pas vécu. » 

Et pourtant le romancier le plus impersonne? ne par- 
vient pas & s'oiTaror t<*llement qu'on ne puisse distinguer 
aucun d<* »es tmits. Le choix môme du sujet est un indice 
de son raraclàre. ITnu certaine conception de la vie t^e ma- 
uifeslo par la manière dont il imaghie, conduit, dénoue les 
aventures do ses héros. Ceux-ci, quelque disnemblahles 
qu'ils puissent être do l'auteur qui les ci'ée, n*on parlent 
lias moins son style et nous dirent ses habitudes d*esprit. 
L'indifférence même de l'écrivain, son scepticisme flegma- 
tique dans la peinture des scènes h*s plus libres, peuvent 
dire considérés comme une sorte de profession de foi. 

Or, nous voyons Pétrone prendre pour matière de son 



I. E. Uonaii, L'AHlechrist, p. 139. 



II0B4LB BT DOCTRINB UTTÉRâlRB DB PÉTRONB. 63 

roman les Taits et gestes d'un trio de débauchés qu'il guide 
avec indulgence parmi les situations les plus scabreuses. 
Pour se plaire eu la société de tels héros, il faut avoir 
tout au moins Tesprit alTranchi de tout préjugé. On n*ar« 
rôte pas avec complaisance son esprit sur des scènes 
cyniques et des tableaux voluptueux si Ton n'a soi-mdnie 
un goAt prononcé pour la philosophie qui prêche le plaisir, 
pour Tépicurismo. 

Pétrono est un adepte de celte doctrine. Il peut prendre 
à son compte le mot qu'il prâle à un do ses personnages : 
EpicurwH lufminem esse divinnm» (Cliap. 104, 1. 29.) L'éjii- 
curisme pratique, facile, sensuel, qui enseigne à jouir do 
la vie parce qn'elle est courlc, qui aiguillonne la volupté 
trop lente par la pensée de la mort toujours menaçante, cet 
épicurisme qui a trouvé son expression la plus élégante et 
la plus littéraire dans Horace, s*ailirnie a chaque page du 
roman de Pétrone. Il n*ei\ peut être autrement dans cette 
épopée libertine. On peut noter dans le Satiricon boa 
nombre de passages tout imprégnés des maximes de l'épi- 
curisme vulgaire, par exemple les eleijUhifia iniprovisén 
par Trimalchion \ le couKeil donné par le soldat à la ma- 
trone d'ÉpIièse : iiisunite jacenlis corims admoiuve débet f ut 
vivas (Chap. 111, p. 78, 1. i;i), etc. 

Il sc*mble même qu'à un moment donné, Péti*one s'ap- 
plique ouvertement à mettre son récit sons le patronage 
d'Épicurc. Au chapitre 132 se lit une pièce de quatre dis- 
tiques, où l'on croit entendre l'auteur lui-même s*adres- 
sant i ses lecteurs et non plus cette fois par la bouche 
d'un do ses personnages. Ces quatre distiques ne se lient 
pas étroitement avec ce qui précède. On peut, avec 



1. Cbap. 34 : 

■ Ehou nos miscroft ! quam tutus homuiiciu nil est. 
Sic criious ciidcU, postquaui nos aurorct Orcus, 
Ergo vivainus, dum licot esso bcuo. • 



64 OHAPITM II. 

M. Buachaleri tuppoter une lacune. Ou bien il 7 a eu 
Irantpotiiion de ce morceau primitivement placé ailleun 
à Tendroit qu'il occupe aujourd'hui. Ou plutôt encorOi 
Tauteur interrompant la narration de eon hérosi se montre 
ici en personne pour présenter la dt^fense de son œuvre au 
moment où elle paraît atteindre la limite extrême de la 
licence. Il s'écrie : 

Qnid me eoMtriria êpeetaitê frontûf Catoneê, 

D*iMnaiiêque novœ êiinplicitatiê optuf 
8*^rmoniê pnri non iriêtU gratta ridrt, 

Qttodque/acH iMputHê, eandida Itugua rt/erf; 
Nitm gHiâ coueubituMp Vénerie quiê gandia neêcii f 

Qnh vetat in iepido tnembra eafert toro f 
ïii ^ric Jpêe patrr veri dorigf Epieunu am art^ 

AasS* Jnêtiit, ei hœ titam dixU habere ?iÀo;. 

• 

Ces vers s'appliquent bleu mieux à Tensemble du Saii" 
ricvn qu'à la déclamation d'Ëncolpe i]ui les précède. Le 
mot opus débiguerait avec peu de justesse le morceau si 
court qui prccèdei tandis que l'originale composition de 
Pétrone serait caractérisée à merveille par ces expres- 
sions : novx simplicilulis opus. Crst le sujet mé ne du 5a- 
l/rîcoii qui est déterminé par ce vers : 

Quodqne fticit popiilut, eandida lingun rrferî. 

Le Style de l'auteur ne peut pas mieux être déflni que 
par cet autre vers : 

Srrmouif puri non iriitii gratia ridrt. 

Remarquons do plus que, dans ces distiques, Pétrone ne 
présente nullement l'apologie d'Ëncolpe coupable d'un en- 
tretii'U indétent. La justification est plus générale et l'écri- 
vain plaide pour son onivre tout entière. Ovide a fait de 
mémo, notiunment dans ces vers des Hemèdes d'amour : 

361 -302. yitprr eniin noftrot quidam caryierr Hbrffoê, 
Quorum eemura Mnna proterua inea têt. 



IIORALB IT DOCTRINB LITTÉRAIRB DB PÉTRONB. 65 

S85-1I86. Tkiilê in arte mea têt : loêcivia Ubera nùilra ut. 
Nil mihi eum fntta : ThaU in arU mea têt. 

Martial présente à plusieurs reprises sa défense et dans 
des termes qui ne sont pas sans analogie avec ceux qu'em* 
ploie Pétrone : 

Ep, 2, Ht. XI, T. 1-2. Triêtt êuptreilium, duriqut êewraQ%Uiu\m 

Frons, tt araforiê filia Pabrieii 



Quidquid et in tenebriê non êumnê, iie faroê, 
Ep. 15, Ut. XI, V. 1-4, 7-9; et Ep. I, Epiêtula ad leeiorem .* 
Absit a Jocorum noBtrorum êimpUcitate maliguas iiiteq>res.... 
non ititrct Cato theatrum uo^trum; ant •! iiitravcriti spectet'.... 

Pétrone ne proteste pas comme Martial de la pureté de 
ses mœurs : Lasciva est nobis pagina, vita proba est '• {Ep., 
Ii 5| V. 8.) Son impudence prend un air de naïveté , de 
candeur, eandida lingua refert. Qu*a-t-il roprésenléi sinoa 
ce que fait le peuple, qxiodque facit populust Ce n'est pas à 
des enfants qu'il s'adresse : Nam quis concubilus, Veneris 
guis gaudia iiescitf Ces joies de l'amour sont joies per- 
mises : Quis vetat in tepido membra calere torof La vie n'a 
pas d'autre but, selon la parole d'Épicurc, père de toule 
vérité, pater veri, ot c'est aux philosophes mêmes, dodos, 
que s'adresse celte exhorlation à aimer. 

N'avons-nous pas ici la déclaration de principes du par- 
fait Épicurien ot une réponse cati'gorique à ces Calons au 
front plissé qui feraient mine de condamner ces Imdinage» 
erotiques? 

Épicurien, Pétrone ne l'est pas seulement par le choix 
de son sujet et par tint de maximes empruntées à celte 



1 . Cf. Ep,, I. 5 : 1. 36 ; XI, tS. 

2. Catulle avait dit déjft. XVI, v. 5-6 : 

• Nam cttiitum oaso docot pium poetan 
Ipsum : versiculos nihil nocpsso est. • 



«««d^kHMMaMi 



fi6 CUAPITRB II. 

dooirina chère aux bons vivants. Il a puisé aussi à plu* 
sieurs reprises des principes et des arguments pliiloso- 
pliiques dans ce répertoire du scepticisme et de Tirréligiou. 
Plusieurs des morceaux potHiques insérés dans le Sati- 
rieon sont d'évidentes imitations de Lucrèce (Fragments 
XXVII, XXIX, XXX). Quant à l'impiété de Pétrone, 
elle éclate en mainte page du Satiricon. Le seul dieu dont 
on parle avec respect ou crainte, c*ost Priape. Il faut 
faire ccpondant exception pour les gens du peuple qui 
seuls, en ce roman, témoignent de quelques sentiments 
religieux. Observateur fidèle, le romancier a peint tels 
qu'il les a vus, ces aiïmncluB supcrtiliiieux, ce Ganymède 
qui déplore l'incrédulité de ses contemporains et l'abandon 
des vieux rites '. Mais, à part ces regrets naïfs de la foi du 
bon vieux temps, bien à leur place dans la bouche d'un 
honnnedu i)euple, onn'apeiroit dans le Satiricon nulle trace 
d'un sentiment pieux, tandis qu'abondent les preuves du 
scepticisme do Pétrone. Il est vrai que les dieux sont men- 
tionnés de temps à autre dans le roman. Les divinités en 
qnelqueBorteclassique8,ofllcielles, Jupiter, Mars, Minerve, 
Junou, Neptune, figurent comme ornements poétiques 
dans les pièces de vers dont le Satiricon est semé. Mais ce 
sont des machines, rieii de plus. Ailleurs encore leurs noms 
reviennent, mais dans des formules consacrées, des jurons 
populaires, des locutions do la conversation familière qui 

1. 8i 1«M «liiMix nuUM ilrluissont, r'fxt paivo mio iioiih no Ioh prions 

|ilii«. • llii m«M)H rrunUrtir, ut o)(o pulooiiinia illa u iliiliUM ticri. Nonio 

t*nini cifluui pulat» nouio Jojiuiiiim mm'viiI, n«'nio Juvimu pili Tarit, M(*d 

iimn<*M, up«*rliH uriilis, luuia miui ruiiipulaiil. Antou Molala) ihanl, nudis 

p4MlilMi4, in divuni, paHHiM rrinilius, uiiMililius purin, vi Jovoiu aipiam 

u\tinilNinl. lUiipin Hlalim urnsilini pliivrlml : aul tunr, anl numpiam : 

1*1 unnK'K ivililianl utii iampiani uiiir«*;4. Itatpio ilii piulos lanaluM liu* 

ImmiI, tpiiu no.H roligioHi non humii.«, a);ii JaciMil. ■ (CIrip. 4i, !• 35 sq.) 

Cent, rondnt* on lan^^ue vnl^airo, la plainlo potHi<pio du Calullo : 

OMuia /aitUn n^funila iMoio ftrrmistajurore 

Jysti/lcnm nohiM mcn/rm avertere dcornm, 

(LXIV, Kpithat. Pêtei H rhttidos, v. 40G, 407.) 



MOBALB BT DOCTBINB LITTÉRAIRB DB PÉTBONB. 57 

ne supposent pas plus une foi quelconque chez ceux qui en 
usent que l'emploi de : parbleu! et de : corbleu! n'implique 
une croyance théiste. Quartilla dira (Chnp. 20, 1. 30) : 
Junotiem nieam iratam habeam, Trimalcliion (Chap. 34, 
1. 19) : a^quum Mars amaL Minerve appamtlra dans Tet- 
pression proverbiale: omnis Minervx homo (Chap. 43 1 
p. 29| 1. 4), ou se montrera comme un motif décoratif daus 
les fresques qui oriieut le mur du palais do Trimalchion 
(Chap. 29| 1. 25) : et ipse Trima Ichio capillatus eatlucewn 
teiiebat, ilintrvaque duccnte, liomam inlmbat. 

Sans doute les héros du roman sont des coquins passa- 
blement superstitieux et ont nssez souvent sur les levroH 
les nunis dos dieux. Ëncolpe, avant lie s'endiarqner, invo- 
que les aslroSy eip adoratis siilcribus, intro naviginin (Chap. 
U9| p. 08, 1. 8). Trimalchion croit aux slrigos, aux nocturna 
pluseiat{Cl\tip. G3| 1. 22). Liriias, dans un grand péril (Cliap. 
114)| supplie Ëncolpe de rendre le sistre (*t le vêtement 
d'Isis qu'il a dérobés, et redoute les funestes présages (Chap. 
104-105). Mais, d'ordinaire, les circonstances mêmes dans 
lesquelles ils font appel i la divinité nous apprennent 
assez ce que vaut leur piété. Ëumolpe et ses coniiuignouB 
ont combiné dans tous leui*s détails les eHCi*o{]ueries qui 
doivent les enrichir à Ci*otone. Le narrateur ajoute : his 
ila ovdinaiis quod bene fdiciterqiie evenirel, precali deos viam 
ingredhnur {Chap. 117, p. 84, 1. 1). Admettons qne ce soit 
ici un trait de caractère : tels les brigands et les voleur» 
modernes de ce pays de Naples invoquent la Madone et 
les saints pour le succès de leurs mauvais coups. Mais quel 
scepticisme milleur à la manière de Lucien on de Voltaire 
dans des propositions connue celles-ci : tUique nostra regio 
tam pnesentibus plenn e$t numinibus, ut faciilus possis dcum 
quani homhxem invenire! (Chap. 17, 1. 10.) Quoi de plus 
impertinent que ce rapprochement de mots fait par Itln- 
colpe (Chap. 137, 1. 20): ecce duos aureos pono unde possilis 



58 CH4FITIII II. 

fi dfM «i ênanê mnirtf Cet iémoignaget ai d'autres qu'on 
pourrait y Joindre* nous montrent dans Pétrone un parfait 
sceptique. 

Quelle peut être la morale d'une œuvre aussi profondé* 
ment épicurienne et irréligieusoi on le devine sans peine. 
Les personnages du roman sont des coquins sans scru« 
pulcs et sans remords. Non qu'ils ne se roproclient parfois 
l'ignominie de leur conduite et leurs supercheries coupa- 
blés. Au cliapitre 126, 1. 6| EncolpOi redoutant que la iMise 
d'Eumolpe no soit évenléei s'écrie : DU deitqHê, quam mali 
e$t extra Ifgem viiyenUbui: tiuiequid nieruerwu semper exspee- 
tant ; mais ici c'est la peur qui parle et non le repentir ; 
l'aventurier tremblo à la poustie d*avoir à rocomniencer, 
toujours par les manies moyens, celte rude gii<*rre coulre 
la pauvreté qui le poursuit '. 

On doit donc se délier des maximes do sagesse que l'on 
renconlre dans lo Satiricon, quand on voit par quelles sin* 
gulièrot) bouches elles sont [irofùrées. Oui, les di^hauchés, 
les (lions, les écornilleurs que Pétrone met on «cène énon- 
cont parfois quelques sentences verlueuset», quelques i*é- 
llexions philosoplii(]ueS| mais ce sont là simples jeux et 
matières a di^clauuuion. L'ironie du romancier accompa* 
gne à la sourdine ces lieux communs di.* morale. Quand, 
on co ruuiaii joyeux, la note grave, sérieuse, mélancolique 
mémo se fait parfois entendi*e, restons en dcMlanre, car 
elle no ëe soutiendra paslouglemps. Il arrive que le héros 
do Pétrone ne li*ouve jeté dans une siluation critique ou 
mis en présence d'un spectacle qui l'auièno à uu retour 



1. CI', chiip. 1.17, lo vorH 10: 

• Claiisiiiii |ioMsi(li>l an*a Juveiii •, 
qui nioniro los ilifiix oiix-niôiiii'n «uiiiiiig h la luiilo-piiissiinco do Tar- 
goiil; cliaji. SS, 1. 3t : • rutii oiiiiiibiiK diig lioiniiiibiisi|iio forinusior vi* 
fIcAliir iniiiiHa aiirl, (|iiiim f|iiici|iiid A|icllo)» lMii(liui»|iie, Gru*ciili do- 
lirttiil««», l'oforuni. • 
2. « El landom oxpufniiiU paiiporUm nova mciulicituio rovocuiida. • 



MORALI ET DOCTRllIg LlTTiRAfRI DB PtTRONC. 59 

•ur lui-même. Ainsi un naurrage lui fait voir la mort de 
près. Il est «auTé| mais bientôt le flot pousse au rivage le 
cadavre de Lichas, nnguère son ennemi. (Chap. 115.) Le 
style s*élàve soudain : SubsUti ergo tristts cœpique umentibuê 
ocuUm marii fidem impieere, et hune fonitan, proclamo, in 
aliqua parte terrarum seeura exspectut uxor... et tout le déve* 
loppenieiit qui suit a du mouvement, de la chaloufi de 
réloquence. Il semble que Pétrone oublie son personnage 
pour s'inspirer uniquement do la situation. Mais bientôt 
il nous avertit de ne pas prendre au sérieux cette belle 
tirade: En homo quemndmodum natat. C'est sur ce trait iro* 
niqui* que s'interrompt cette ampliilcation sur le tliàmo 
éternel : vanitù ! ô néant ! ô niorlels ignorants de leur 
destinée ! Puis un autre lieu commun : Qu'importe par 
quel moyen notre corps sera détruit, le feu, la ilammo ou 
la dent des bélcs fauves I Kt encore une fois un tnût 
plaisant, une pointe contre la crémation vient conclure lo 
discours '. 

Kt peut-élre, après tout, le morreau tout ontieri même 
dans les parties que nowa avons supposées sérieuses, n'<*sl-il 
qu'un contraste cherché et une longue ironie? Ces scènes 
tragiques et funèbres sont en quelque sorte un a^saison• 
nement de cette épopée libertine. Un naufrage, une mort 
survenui5 tout à coup au milieu des plaisirs de cotte nef 
flottante qui semblait ne porter (|ue les joion eAVénéos des 
amours pervers, c'est comme lo condiment macabre do 
celte orgie sans fin. Le cadavre de Liclias remplit l'oiHce du 
squelette que Trinialchion fait circuler au début du festin. 
11 nous crie à sou tour: Enjo vivamus dum licet esse hene. 
Et après qu'on a rendu à Lichas les dernieri honneurS| 



I. P. S.\ 1. Il : f Tiiii<|iiiiiii moliii.Hi^'iiiHiit'ri|iiiii; iiiiiuu liiiiic pii'iiam 
graviiiHimum ri'odiiiiii.s, iilii jiiM'vi.H inisriiiiiir. Qiih* oip» éuuiciiiitt caI, 
omiiia Cavm'is no ijuiil de iimIiU roliii<|iiiiil HoiuilUiru ? • 



lill 



60 GHAPITRI II. 

qu'Kamolpa t Jeté sur ion tombeau letroutiftélégiaqueti 
l'on M songe plue dans toute In bande qu'àTinegatmeut. 
En roule maintenant pour Crotone ! La chasie aux testa- 
ments va s'ouvrir et la fortune sourire à ces rusés coquins. 

Cependant I par suite d'uue mdprise surprenante, dès 
Tantiquité et surtout au moyen AgOi Pétrone a été con- 
sidéré comme un moraliste. L'aliréviateur, auteur des 
extraits que nous pos^édonsi a quelquefois détaché du con- 
texte une maximCi une réflexion philosophique. D'auln»s 
ont constitué des recueils de sentences puisées dans le 
Satiricon. M. Tliurot' mentionne un manuscrit du xii* 
siàclu*! Summa Pétri llelie de arte grammatiea, où à la suite 
du commentaire de Pierre Ilélio sur Priscien, on lit des 
sentences et extraits de morale tirés de Quinlilien, Ci- 
céroUi SdiièquOi Platon, Macrobe, Boèce, Aiilu-Gellei 
Pétrone, TéroncC| etc. Noire auleui a donc eu auprèrt do 
qiielquo8-uii8 la même fortiuio qii j le llcoiicionx niimo- 
graphe l^ublilius Syrus, élevé d*une maiiiero fort imprévue 
àladigiiité de moraliste. M. Buecheler' parle du FlorUetjium 
Parisinum du xiii* siècle, recueil de senteaces morales où 
Pétrone a fourni sa part. De niâmei Viucoiil de Ueauvais, 
Jacques le Grand, dans son Sophologium, ont contribué i 
transformer le sceptique et malicieux romancier en jiro- 
fcëfiour de sagesse \ Cela est plaisant. 

Non, la morale n'a jamais préoccupé Pélrone. Quelles 
qu aieui pu élre ses mœurs (car le romancier crée les per- 
touuagi^s (|u*il lui platt), dans Tœuvre qu'il nous a trans- 
mise, il n'a songé qu'à divertir. S'ii a cru à ia vertu, il 



1. Koticn et êj-traitâ de» manuiefUi tle lu lîéhUolhèque uationaie, 
t. XXII, p. Tl, ;M. 

*i. <N) llihli«ini««ipio lin rAr»oiiiil (noll<*ii-l«Mtro8 latiiiCM, 4, o//iii Huiiit* 
Vlilor, 7H). 

3. Vr**Uïi'0 ilo I'i'mI. ilo |8(i2, p. 20 «qq. 

4. Viiirontilo lliMiiivaÎM : ■ Do ipioilam libro Poirunii piirtlni inctricOi 
partim prumiioo, \w\ica liirc luorulia, ipiw soiiuiiiitur, cxcorpta nutavl. • 



MORALB BT DOCTRIlfB LITTÉRAIRB OB PtTRONB. 61 

n'eu a rien laisié voir ; iur la vertu des femmen en parli« 
culier, il semble auMi incrédule que les auteurs de nos 
vieux Tableaux'. 

Cette csqiiisHe sommaire, que nous traçons de la morale 
ou plutôt de Timmoralité de Pétronei demeure conjectu- 
rale eu raitfon des doute» qui subsistent sur sa personne 
et son c^poqne. Si le Saiirieon a été réellement composé par 
le Pétrone dont parle TacitOi il est certain, tous ii^s criti- 
ques en ont fait la remai*quO| que la physionomie retracée 
dans les Annales* concorde assi^z avec celle que nous 
imaginons pour l'auteur du Saiirieon. Los termes erudiio 
luxu, sricnlia voluptatum, conviennent à répicnricn éli^gant 
que le roman nous révèle. Fi'aimalilc ot savante simplicitt^i 
la gracieuse nonclialanre de sun style*, seraient justement 
caractérisées iiar cette phrase : Ac dicla faclaipte ejiiM, 
qxianlo soluliora et f/itamdatn nui neijletjenliam pr,rfeirnlia, 
lanto fjratius in xpecicni simpliritalix accipicbantur» Mais 
celle assimilation entre h* Pétrone do Tacite et l'écrivain 
qui* nous éludions , reste encore prohlématique et con- 
tetitéo. Il ne nous est donc pas permis do comparer la doc- 
trine morale de ses héros avec celle qu'il a lui-même pra- 
tiquée dans sa vie. Que nous ayons affaire & un Épicurien 
convaincu, rien n'est plus problable. Toutefoib; nous de- 
vons nous en tenir à des présomptions. 

Pour ses principes littéraires, il en est autrement. En 
écrivant ce roman, Pétrone fait œuvre de lettré et nous 
pouvons contrùlor la sincérité de ses doctrines parTappIi- 
calion même qu'il en Tait. Si, ici encore, l'auleur dispa- 
raît derrière ses personnages , du moins cst-il obligé do 



I. « Milita in tiiiiliclM'i>iii ti«\itiilfiii nrpit Jnrliin*; i|iiiiiii riu'ili* iitln- 
iii.ii'i'iil, <|iiiiiii niu («liiiiii lilioriiiii oliliviHnM'ciiliir; iiiilliiiii'|ii«' chhm ft^* 
liiiiiiifii liiiii |iiMiiniiii, i|iiiM iiiiii )MM'i*^i'iiiii lilMilitiP un |iii« ml riiruriMll 
uvcrlfi'fliii*. • ((:iiii|i. 110.) 

). L. XVI, IS. 



mÊmm 



CNAPITBI II. 

nous découvrir quels «001 les goAU| set prédileeiionti 
quels auteurs il a lus et imités de préférencei quels pro- 
cédés de composition il suit, à quelles règles il se con« 
forme. Quand l'exposition de certains principes, quand 
certnins jugements littéraires interviennent dans le roman, 
sans qu'aucune nécessité les y amënet c'est qu'apparem- 
ment l'autour y attache quelque prix. Quand enfin, énon- 
cés par divcra personnages, ces principes olTrent un corps 
de doctrine suivi, se présentent avec un caractère d'unité, 
on est fondé à croire qu'ils sont bien dans l'esprit de 
l'écrivain. 

Assurément nous ne devrons jamais oublier, en étudiant 
les morceaux littéraires du Satiricon, que le romancier ne 
les prend pas directement & son compte. Comme dans une 
comédie, chacun des héros du roman parie i^on langage. 
Ces morceaux ne sont allriluiés, nous l'avons dit, qu'à des 
personnages qui peuvent les débile:* avec vraitiomblance : 
Eumolpe, un poète, Agamemnon, un rhéteur, Encolpe, 
une sorte de bachelier déclasné, mais qui a Tait de bonnes 
études. Et encore d*un auteur comique (st-il plus aisé do 
dégager une criliqiie ou une esthétique. Molière a des in- 
terprètes de sa propre pensée, des raisonneurs, des Cli- 
tandre, des Alceste, franchement opposés aux Trissolin et 
aux Oronte. Les gens du Satiricon sont sans exception des 
sacripants ou dos grotesques. Aucun ne peut être considéré 
comme muni d'une procuration de Pétrone pour parliT en 
son nom. Leurs tirndes n'engagent, à vrai dire, qu'eux- 
mêmes. L'écrivain a le droit de se récuser si on lui impute 
toutes les théories qu'il fait exposer par ses personnages. 
Ainsi celte critique prétendue de la Pharsale, il la prête i 
un [loèle silllé et lapidé; c'est Encolpe, censeur de mœurs 
plus que douteuses, qui prononce la véliémente invective 
contre la fausse rhétorique des «^coles. 

Néanmoins, nous no pensons pas qu'il faille soupçonner 



«OIULI ST OOCTIUlfl LITTÉRAIRI Dl PÉTRONI. 6S 

chei Pétrone des arrière-pensées profondes. Il est bien 
plus naturel de supposer que, moitié sérieux^ moitié plai- 
sant| ilexprimei par rintennédiaire d'EncolpOi d'Agamem- 
non et d'Eumolpe, les idées qui lui sont personnelles sur 
la littérature, et leur fait réciter des essais de poésie aux* 
quels il s'est diver^. De mémcy toute proportion gardée, 
Cervantes proie à Don Quiciiottc des dissertations pleines 
de sens et de nobles discours. Quand Le Sage (I. VII, 
chap. 13) nous rapporte la conversation de Fabrice et de 
Gil Blas sur quelques auteurs du temps et leur apprécia- 
tion sur le sonnet imité do Gongora, ce sont ses propres 
sentiments qu'il nous communique. 

Examinonsdonc en eux-mêmes ces morceaux littéraires*! 
sans trop nous préoccuper des pe^^'onnnges qui les débi- 
tent, et tAclions d'en extraire, nielle s'y trouve, la doctrine 
de Pétrone. 

Les tirades relatives aux lettres et aux arts sont les sui- 
vantes : Attaques d'Encolpe contre la déclamation ; ré- 
ponse d'Agamemnon, à laquelle fait suite une pièce de 
vers imitée de Lucilius (Chap. 1-6); quelques passages de 
la plainte d'Eumolpe sur la misèie des gens de lettres 
(Cliap. 83-84) ; causes de la décadence des arts énoncées 
par Eumolpe (Chap. 88-89); dissertation d'Eumolpe sur les 
difficultés de la poésie, qui se termine par la théorie sur 
l'emploi du mei*veilleux dans l'épopée et précède le poème 
de la Guerre civile (Chap. 118). On pourrait en outre glaner 
quelques jugements littéraires épars dans l'œuvre ; mais 



1. On peut HC doiimtiilor hI, on iriHiVunt darii muii n'iivro do» mur* 
coaux do ccUo nuliiro, Pétrone Miiit une triulition du K<*nro qu'il va 
transrurmer en pnrUe, de la Ménlppit*. Le peu qui nous rcMto de 
Vnrron ne permet pas de répondre ave»: précision. Varnm seuiblo 
s'être aUuché à faire connaître les .sys^lruies philosophiques plutôt qu'i\ 
traiter des questions littéraires. Dans Lucilius, il y avait des passages 
consacrés à cos questions. Son XXVI« livre comprenait trois parties; 
la prvmiùro avait pour ëi\j6t los poétos ot la |Hiésio. 



• « 



64 CNAriTRI »• 

la plupart sont é?ldemment iroaiqiiea. L'auleur te moqua 
do la foUlio de ceux qui les prononcent. Telle est la com- 
paraison burlesque instituée par Trimailchion entre Cicé- 
ron et Publilius. (Chap. 66, 1. 20.) Il est prohlable que ces 
sortes de discussions litlérairesy qui devaient t)tre un dos 
attraits du roman, se reti*ouvaient aussi dans les parties 
perdues du Satiricon. On entrevoit même que certains des 
fr.'iginents rclatirs aux lettres que nous possédons ont été 
éctuirtés. Ainsi le dialogue entre Eucolpe et Agameuiuon 
no devait pas se bonier aux tirades conservées. Il com- 
nienrait sans doute par des doléances d'Agamemnou lui- 
même tfur la (lécadonce de Téloqucuce ; le professeur en 
donnait d'autres causes que les causes véritables signalées 
par Knculpe. C'ci^t ce que celui-ci semble nous indiquer 
{Kir ces mots : paee vestra liccat iltxissr, primi omnium elO' 
tptentiam pei'ditlislis. (Chap. 2, 1. IG.) 

Quelles sont les idées générales communes à ces di- 
vers morceaux et qui ont par conséquent le plus de chancos 
d'élre celles de Péti*oue lui-même? 

Tout d'abordy de la simple lecture ae ces dilléreutes 
tirades, il ressort que, aux yeux do l'auteur, les lettres, 
les sciences, les arts sont, au moment où il écrit, en pleine 
décadence. Pétrone est donc un ancien. Scd accusalorcs « an- 
tiqnitatis •, vitia lantum docemus cl discimus, (Cliap. 88, 
I. 2.1.) Où sont les grands noms d'autrefois? Il eût dit 
volontiers avec La Fontaine* : 

Art et guides, tout cHt dan» lot Cliaiiips-EljrséuB. 

Le.s matti*eti, c'est Sopliocle, Euripide, Pindare, les neuf 
lyriques, Homère, Platon, DémoUliàne, Thucydide, lly- 
péride, les disciples de Socrate (Chap. 1-3), et, dans une 
autre éunmération, de nouveau Homère, puis Virgile et 



I. ËiiUiv à Ihiol. 



IT OOCTRINK LITTÉRAinK DK rÉTRONB. 66 

(Cbap. 118.) Pétrone est un etautque ; tes Juge* 
rar Virgile et Horace le prouvent ^ Il reproche ao 
tiède présent d'avoir oublié le passé et de négliger let 
illustres modèles. Les sciences sont dans le marasme 
aus»i bien que les lettres. Où est la dialectique? Où est 
Tastronomic? Où est la philosophie jadis si cultivée*? 

Mais de quelles causes provient la décadence actuelle*? 
Les unes tiennent aux mœurs, les autres à Téducation. 
Ce qui a corrompu l«3s esprits, c'est avant toute ciiose la 
corruption des Ames. On n'aime plus, on ne ciicn*ho plus 
que l'argent \ Au temps jadis, quand la vertu toute nue 
savait plaire, il se produisait outre les iiommes une géné- 
reuse énmlatiun à mettre au jour tout ce qui |iouvait être 
utileàThumanité, et iesarts libéraux tleurissaieiità l'envi*. 
Cette noble rivalité des savants et des artistes est attestée 
par les grands exemples des Démocrite, des Kuduxe, des 
Clirysippe, des Lysippe et dis Myrou. 

Aujonrd'liui, nul n'aspire plus à la gloire de la pliiio- 
sopliie ou de l'éloquence. On ne songe qu'au plaisir, à la 
débaucha**. La richesse, voilà le mot d'ordre universel. 
Un lingot d'or, tel est l'idéal de la beauté pour les liomuies 
dégénérés. (Cliap. 88.) 

Malheur donc à jeux qui se hasardent encore à cultiver 
les lettres ! La misère les alUmd. 

tSotn jrttinofiM horrrt facuntUa paniiîê 

Atque inoiti Uiiyua de*ertttg invocut aiicê, (Clmp. b3.) 



t. « Ilorulii ciirioflii rolii'itns ■ (Cliap. tl8) .... « Cl lune priinuni mo 
cUuiit Vir^iliiLs uiromlorit. • (Chiip. 08.) 

2. « Vhï C8l iliiilocUi'ii ? iil)i a.Htruiiuiiiiu ? tilii Hupiciilim cullisiinia 
via? » (Cliap. 88.) 

3. « Ciirpi.... cuusaiii doHiiliin pni^sr^nlis oxrulorc, niiii piilchorriui .s 
mli;4 pf^rlHsciil > (Cliup. 88.) 

4. « Pncutiia) ciipiilitaH Iia!i: irupirii iti.stilnil. > (Clmp. 88.) 

5. • VÏK'i.'banl urlns iiiKOtiiia*, Miiiiniiiiiupio rorlaiiimi iiilor liouiinci 
oral lie ipiiil prorntiiniiii Mu<!iilis diii lali^rol. > (Cliup. 88.) 

G, • Vitiu »i!orti.Hipio doiiKM'^i. • ((«liup. 88.) ' 

Cl>ITIQOB l.lTTKMAJM!t. A 



66 OHAFlTm II. 

Let riches leur feront la guerre ; car ils ne sauraient tolé- 
rer qu*on essaie de mettre quelque chose au-dessus de leur 
opulence*. Telle est la première cause dé la décadence 
des aris libéraux : l'amour de l'argent a tué le culte de la 
vertu. 

Mais il est d'autres causes dérivant en partie de la pre- 
mière. Les mauvaises mœurs ont engendré la dépravation 
du goAt. On n'imite plus les ancélres ni dans leur simpli- 
cité et leur déëintéressement, ni dans la sévère discipline 
de leur éducation et leurs ferles études. Avocats et poètes 
mettent anjourd*liui un déploi*able empressement à récoller 
avant d'avoir i^emé. II n'y a plus dVcoliers : on n'hésite 
pas à se produire avant d'avoir rien appris de solide. Le 
maître so fait le complice des parents, qui, dans leur 
ambitieuse vanité, ont lislle de pousser au ImiTeau leura 
llls & peine i^orlis de ronfance. Pécheur dun nouveau 
genre, il amorce ses dihciples, ainsi que des petits pois- 
sons, par TappAt d'un enseignement agréable et flatteur. 
S'il s'y prend autrement, il ne niorfondra dans son rcole 
déserte, attendant en vain des élèves ^ Aussi cuisiiie-t-il 
à cette jeunesse les friandises les plus douces : vielUtos 
verbonim ghbuhs et omnia dicta faclaque quasi papavere et 
sesamo xparsa. (Chap. 1, 1. 13.) De là ces déclamations 
sans nul rapport avec la réalité, ce tapage creux, ce flux 
de paroles gonflées et vides*. Êtonnrz-vous, devant ces ri- 
dicules matières de l'école et ceti procédés de développe- 
ment puérils et frivoles, que l'éloquence épuisée s'affaisse 
ainsi qu'un corps débilité par l'anémie ! (Cliap. 2.) 

A l'impatience inconsidérée des pères de famille nS- 



1. ■ Qui Hiiliis oxHlruoro ilivitiiis ciiniiil, niliil vuliirit intor liomiiK^s 
niolhiH rrotli, i|iiiiiii «iiiud ipsi toiimt. • (Cliap. 8i, I. H.) 
^. • SiiK* Mpo pni'ilii* iiKirnliitiir in bcnpiilu. * (Cliap. 3, 1. 24.) 
3. • lioriiiu luiiiuro cl soiitontiiiruiii vuiiissimu htrcpitu. • (Cliap. I, 

1. G.; 



MORALE IT DOCTRINI LITTÉRAim DK PÉTRONK. 67 

pond rotttrecuidance des jeunes gens, petite prodiges en 
herbe, élevés en serre chaude. 8ories-les de Tombre de 
récole, iransporiex-les au grand soleil du forum, ils paraî- 
tront stupides (stuhissimos, Chap. 1^ l. 9); ils seront aussi 
dépaysés que s'ils se trouvaient tout à coup jetés dans un 
autre univers '. Voilà pour les futurs avocats. 

Même sottise présomptueuse chez les apprentis-poètes. 
A peine savcnl-ils dresser un vers sur ses pieds qu'ils se 
figurent avoir gravi Tllrlicon. (Chap. 118.) Ou bien tel 
avocat manqué, aprës s'être épuibé sans profit aux besognes 
du barreaui se réfugie dans la poésie comme en nu port 
plus tranquille. '11 s'imagine qu'il e^i plus aisé de cons- 
truire un poème qu'un plaidoyer constellé de petites sen- 
tences scintillantes. Mais il échoue piteusement. 

Ainsi, paresse, ignorance qui ne doute de rien, dédain 
des saines traditions, vanité des élèves cncourag(}e par la 
coupable industrie des déclamateurs, ces marchands d'élo- 
quence, voilà les vices de l'école actuelle. La décadence 
des mœui*s explique celle des lettres. 

Telle est la pnrt de la criliqne, de la satire, si l'on vtut, 
dans les morceaux littéraires du 5a/inc*o?i. On jugera peut- 
être que celle peinture indignée de la corruption du siècle 
et cet appel à l'antique vertu sont en formelle contradic- 
tion avt'c ce que nous savons de la philosophie de l'au- 
teur. Cet épicurien déclaré, ce conteur libertin est peu 
qualifié |our s'«'riger en moraliste. S*est-il amusé de ce 
désaccord qui éclate enti*e les belles théories d*Enmolpe 
et ses vilaines mn»urs? Celte intention plaisante n'est pro- 
bablement pas étningère à Pétrone. Mais je crois surtout 
qu*il s'est emparé d'un lieu comnum pour le traiter avec 
esprit et élégance. De même, dans le De bcllo clvili, nous 
aurons une invective contre l'innuoralilé, l'avidité, le luxe 



I. • Putciit tto in ulium orbeiii Icrruruin doIuluM. • (Cliup. t, 1. 7.) 



98 OHAnTM II* 

ettténi des RomainS| causes de la guerre civile. Ce sont 
là des thtoes de rhétorique que se sont appropriés tous 
les écrivains de rempire, les plus légers comme les plus 
austères. Le eonvicium i^euli est à la mode. Ne voit-on 
pas dans toutes les littératures les écrivains les plus libres 
semor leurs œuvres do tirades coiitre la perversité du 
siècle? 

Au surplus, rien n'enipâche d'admettre que Pétrone est 
sincère quand il déplore la perte de la simplicité anciennOi 
quaud il se plaint que la passion do l'argent ait succédé au 
goAl des belles choses. C*est Tcnrliste qui parle alors. Je le 
crois plus convaincu encore quand, condamnant le stérile 
enseignement des écoles, la faiblesse intéresséedes mattresi 
l'ambition irréfléchie des parents, la naïve infatuation des 
élèves, il regrette les nobles et fécondes études d'autrerois. 
Sceptique en morale, Pétrone est en littc^ratnre un honnno 
de foi et de tradition. Il le pi*ouve p ir la pureté i*elalive de 
son style, par de fn^quentes réminiscences des bons mo* 
dôles, jKir Tadlrmation rt*itéréo de son admiration pour les 
matlreft. Sur ce point, tous les critiquas sont d'accord. On 
a toujoui*s fait lionneur à l'auteur du Satiricon de ses pro- 
testations contre le mauvais goAt des déclamateurs et des 
faux poètes; on s'est accui*d(^ à les connidérer connue 
l'expression de ses sentiments intimes, encore que ces 
tirades i^oient prononcées par des rhéteurs et par un poète 
ridicule. Nous nous crayons donc autorisé à tirer de ces 
morceaux le credo littéraire de Pétrone. 

Quelle est la doctrine qu'il voudrait voir i*égner dans 
l'école et que prêchent Agamemnon, lincolpe et Eumolpe? 
Elle coniiiorle des préceptes généraux et des règles paili- 
culières soit à IVloquence, poit à la poésie. Mais elle offre 
un ensemble bien coordonné et procède d*une inspiration 
unique. Elle est d'ailleurs peu originale. C'est la doctrine 
classique, tout au plus renouvelée par des comparaisons 



MOIULI BT DOOTHIlfl LITTÉII4IIIB Dl rÉTRONI, 69 

piquantes etdlogénieuBeB expressiont. On peut la réduire 
aux propositions qui suivent. 

1* Nul n'a le droit d'aspirer au rôle d'orateur ou de 
poète si ses mœurs ne sont pures : 

priitê moreê 

Frugafiiaii» lege poUai txaria, (Cbap, 6, L 2.) 

Qu'il ne se fasse ni le client des richesi ni leur adula* 
teur gagé| qu'il saciie fuir tous les excès : 

A'ee perditiê uddictuê obruai vino 

Mentit ealorem.... (Chap. 6, 1. 6.) 

2* MatS| comme la doctrine de Pétrone est plutôt lil« 
téraire que morale, la condition essentielle est celle-ci. II 
faut s'imposer dans ses études une règle ièvire. Le mot 
est trois fois enquelqueë lignes : ievtra lege,leelionesevera, 
avtU severx. (Chap. 4 et 5.) On ne devient un orateur ou un 
poète digne de ce nom qu'après s'être nourri de la subs- 
tance du meilleur enseigiiomenti après avoir passé partons 
les degrés d'une savante initiation : laborum fjntdns fierL 
(Cbap. 4y 1. 29.) Le programme de cette indispensable 
éducation nous oht tracé dans les vers imités de Liicilius. 
On commencera par la poésie : 



dttitriiiioê venibui annoê (Chap. 5, 1. 11); 



on se fortinera par la philosopbie avant de se hausser jus« 
qu'à l'éloquence : 

Mox et Socratéco plenuê grtge miUat hahtnaê (Chap. 6, 1. 13); 

alors seulement on essaiera de manier les armes du grand 
Démosthène. 

Mais l'idée fondamentalOi celle & laquelle Pétrone re- 
vient avec obstination, c'est l'obligation de lire beaucoupi 



70 CH4NTAI !!• 

afin de te faire une riche réeenre de iou?enirt où Timita- 
iion piiiiite trouver largement à puiier. La maxime i 

Voê exemptaria Ormêa 

Koetunèa vtrêate manu, vénale diuma*. 

est défeloppée à Taide de nombreuses métaphores em« 
pruntt^es à l*eau dont ou s*abreuve, à la nourriture que 
l'on s'assimile. Cette espèce d' i irrigation » de Tesprit 
|>ar les hclles-lettros que l'on y verse à flots est recom- 
mandée A plusieurs reprises (*t toujours en dos termes 
pri*sque Mouti(|ues. 11 oi^t évident que Pétrone tient à sa 
iu>mpar:iison : ut shuliusi juveues lecUoiie levcra iirigarentur 
(Glinp. 4| 1. eu); Mroniumiiue bibat fclici peclore fontein 
(Cliap. 5, \. 19); si ithiloiophLt fonîein attitjisieU (Gliap. 88| 
1. 20.) 

• ••...,.. «10 « fimnint t largn 

l'ItHun Pierio • thfnndrê pectom • verba, (Chap. 6, 1. 21.) 

L'cxiirosKJon Phrium pectui est hardie. La poitrine du 
poùto devient la grotte du Pierus d'où «lécoule Tonde sacrée 
dt*s Muses*. 

Et eullu: iieque coneipere autedere partummens potestniii 
iiigenti flumine literarum inutulata*. {Chap. 118| 1. 19.) 

Los ima^^^es liràes de la nourriture sont également fi*é- 
quonles : qui interli,venutriuntur(C\ïiip. 2, 1. 15) ; — omnia 



t. Ilorai'o, ICp, ad Pito9irt, v. 208, 9G9. 
t. Cr. Oviiln, AMor., III, U, v. 20: 

« Viitiim PieriJA ora ri^antur oqiiU. ■ 

Pro|M>n'n, III, 2, 51 : 

• Tiiliii Ciilliopo, |yinphi5«|uo a fonto poUU», 
Ont l*liilota*a nustni ri^'iivU aiitiu. • 

S. La •iniililudo ilo^ U\éo* ol doA oxprcKHion:» ontro lo Sehêdium 
iMcHianHm i*t ilivor^ iiiitrcH piiH^ai^os d'^ Pétruno odl uno raison du 
|ilu« do rallribuor a celui-ci. (Cf. chap. Y.) 



IfOAALI BT DOGTlIllfK LITTÉIUIM DB rÉTAONB. 71 

quaH eodem eibo posta (Chap. 2, p. 8| !• 8); — plenus gregê 
(Chap. 5, 1. 18) ; — plenui lUerU. (Clmp. 118, 1. 28.) 

Ainsi, aux yeux de Pélrone, le futur poète ou orateur 
semble dtre un récipient où Ton entonne la poé^ie ou 
Téloqueuce des grands modèles, afin qu'il répanclic à son 
tour. Il paraît oublier le eoneoqtuinins lecta do Sônèque, ou 
plutôt il lo BOUS entend ; car d'atitres précoptes corri* 
gont et complètent colui-ci. Gi*âco a C(*s longues et finie- 
tueuses lectures, on atteindra le but suprdnie des études ; 
on aura acquis la faculté d'imiter. WimUation, tel semhlo 
être en ellet le terme on aboutit la titéorie de Pélrono. 
11 ne cesse d'en faire la règle do l'écrivain : ut qwnl vrlleni 
€ imitari » diit uwUvcut (Chap. 4, 1. .*)2); — fjrmidiaqiie 
indomili Ciccronis vcrba minenUir (Chap. 5, !. 20), — llappe- 
lons encore ces plirases caractéristiques : ueque enneipere 
aul edere jMrlnm mena polcsl iiUl intjenU flumine Ukmrum 
intindala (Ciiap. 118, h 19); — ccce MU civilix inyens opus 
quisquis attifjcrU,uisi plenus litevis, sub oncre lahelur. (Gliap. 
118, 1. 27.) 

La prescription capitale, celle sur laquelle Pétrone re- 
vient avec le plus d'insistance, est donc la suivante: Pour 
arriver à écrire, il tiwxi se faire un fonds de lectures consi* 
dérable et amasser des matériaux qu'utilisera une intelli* 
gente imiialion. 

Certes, cette doctrine n'a rien do rare. Il n'est pas un 
traité do rhétorique ancien qui ne l'énonce. Elle est ex- 
posée avec ampleur dans rM5///fi//Vmora/o/redeQuintilioii 
et remplit le X* livre. Klle est bien conforme à l'esprit 
inêuK* de la littérature latine, habituel! à vivre d'imita- 
tions et souvent de plai,MatH. Il n'en est pas moins curieux 
de la voir énoncée à plusieurs reprises parmi les frivolités 
et le libertinage d*un roman. On se difmaudc si ce n'est 
pas là une idée chère à Técrivain, une conn«len<;e invo- 
lontaire par laquelle il nous avertit de.hes principes et de. 



79 ONAriTm tu 

•es procédés de composition. Oa le croirait d'aatant plus 
aioéinent que l'étude du Satiricon nous montre en maint 
endroit ces préceptes mis en pratique. Pétrone a reçu 
celte forte éducation littéraire qu'il préconise : il s'est 
nourri des œuvres classiques^ et, pour reprendre sa méta- 
phore, bien souventi comme d'une sourcCi jaillissent de 
son esprit des réminiscences dos grands maîtres et des 
écrlvniiis conlemporalu8. 

Mais ces préceptes généraux ne sufllsent pas. Ce n'est 
pas asscs de s'élro acquis par la lecture d'abondantes res- 
sourcées pour riniilation. Il faut que la personnalité de 
l'écrivain apparaisse. Par quoi va4-clle se manifester ? 
Pétrone ne semble pas attaclier beaucoup de prix à l'iu- 
vention des idées. Ce qui est essentiel à ses yeux, ce qui 
doit appeler tout notre effort, c'est l'élocution. Presque 
touK ses conseils porlent sur ce point. Pour ce (|ui est des 
idécsy il se ))orno à recommander la himplicilé, le naturel^ 
naturali pulchritwiine exsHnjU (Cliap. 2, p. 8, 1. 2), le goût 
et la mcëurc, \nulica oraUo. (Cliap. 2, p. 8, I. 1.) II con- 
damne la déclamalion, l'entUire, irnii/f /iimore (Cbap. 1, 
1. 6), non est maeulusa ncc turgUla. (Gliap. 2, p. 8, 1. 2.) Il 
blflme l'emphase et la bouiHioullure de l'éloquence asia- 
tique : ventosa isLve et enormis loquaeitai Aihenas ex Asia 
commigravit, (Chap. 2, p. 8, 1. 3.) Il veut que l'éloquence 
nit de la grandeur et de la majosté : illa grandis oratio 
haberet majesttitii suit pondus. (Chap. 4, 1. .14.) 

Mais le style, phisque tout le reste, paraît le préoccuper. 
Trouver les mots par lesquels on doit rendre sa pensée, 
telle est à ses yeux la difllculté suprême. C'est l'écueil 
contre lequel viennent échouer ceux que n'ont pas formés 
et approviniounés de sérieuses éludes. La tikhe du poète 
surtout est dtMicate, caries lermes communs lui sont in- 
lenlits, refugiendum est ab omni verbornm, ut ita dicam, tu- 
litate et sumendx voees a plèbe semottv, ut fiât : < odi profanum 



MOHALB BT DOCTRINI LITTtAAIllB OB rÉTROKB. 78 

wlgui et areeo. » (Cbap. llS, 1. 80.) L'idéal est le curieux 
bonheur d'expression qu'on admire chex Horace : IloraUi 
curioia félicitai. (Chap. 118 1 1. 25.) Plus que tout autre 
écrivain, le poète devra travailler son style avec une patiente 
industrie et s'efforcer d'atteindre à la distinction^ à l'origi- 
nalité de la forme. Ce mérite du style, que Pétrone semble 
mettre au-dessus do tont| le frappe chez les grands écri- 
vains plus que leurs autres qualités, si éininentes soient- 
elles. Il louera Sopliocle et Euripide d'avoir ti*ouvé les 
mots dont il convensiit qu'ils se sorvibsent : noudumjuvefiâi 
declamatUmibu» continehnnlnr, cum Sophoclet alque Euripidet 
invenerunt verba quibus debcrent loqxii. (Cliap. 2, 1. 19.) 

Une autre qualité du style est celle qui résulte de l'u- 
nité et de rharmonic du Ion. On doit veiller & ce que les 
pensées no se détachent pas du corps de l'ouvrage en fai- 
sant saillie; il faut qu'elles se fondent dans la trame du 
poème et brillent du niifme coloris. Pnvterea curandum est 
ne ienientix éminçant extra corpus orationis exprcssiP, sed in* 
texto vestibus colore niteant. (Cliap. 118, 1. 22.) 

En mettant à part ce que Pétrone dit de l'épopée, c'est à 
cesgénéralilésque se réduit sa théorielittérairc,tellequ'el]o 
ressort des discoun* de ses personnages. Qui peut douter 
qu'un écrivain de ce talent eAt eu hWn plus a nous con- 
dor sur un pareil sujet? Y a4-il touché encore dans les 
parties perdues du Satiricon f Cette supposition est plau- 
sible, mais nous no pouvons raisonner quosurcoquenotm 
avons. Eit ridiculum ad ea quw videmus nihil dicere, quxrere 
qux habcre non possumus '• 

Les théories qui viennent d'être exposées visent seule- 
ment les gcnœs élevés, l'éloquence, la poésie épique, ly- 
rique ou dramatique. Nous avons préiisément de Pétrone 
deux fragments d*épopées et il nous sera facile de consta- 



I. Cicérun, Pro Archia, IV, 7. 



74 CHAriTM !!• 

1er qu'il y a cherohé les effets de style bien plus qu'il ne 
s'y est mis en frais d'invention. En prose, mais dans un 
genre fort différent de ceux dont il nous a entretenuS| il 
s'est cependant conformé aux règles qu'il a tracées et qui 
sont après tout celles que suit par principes ou spontané- 
ment tout écrivain de valeur. Il a la simplicité élégante, 
le naturel. Ses imitations se fondent harmonieusement 
dans la trame de son stylo. Nul n'est plus ennemi de la 
déclamation; ou, s'il dt^clame, c'est par jeu et avec des 
souM-entendus plaisants. Son goût, pour un auteur de 
l'Age d'urgent, ost relativement pur. Assurément il n'a pu 
écliapiiar aux défauts do sou temps et d«ins ses vers sur- 
tout ou trouve des tracon de raU'ectatton et de l'enllure 
qui caracli^risenl Lucain et Juvéual. M<'iis sa prose, où ^e 
ronconlreut tous les tons, depuis le langage le plus raN 
fine et 1(* plus voisin de la poésie jusqu'au jargon popu- 
laire, mérite les éloges que lui a donné» Bunnann : serip* 
torem, m quo latn expressa prisex eleijanlix et mumlilix 
vcsUgtn [deprclieiulunlur] , non in tuw a ut in aliquo hujus 
scripti membro, inl per omnem libellinr iVtjuali tenore diljusa. 
(Prjrfal., p. 3'.) On senr à la lire riieurcusc influence des 
bons modèles que Pétrone a eus sous les yeux. On peul don- 
ner aussi conmie une preuve du goAt de Pétrone la retenue 
de son langage, alors qu*il traite les sujets les plus scabreux, 
11 semble s'titre appliqué à employer le moins possible les 
tenues obicènes dont d'autres écrivains latins ont abusé. 
Cette observation a été faite plus d*une fois ', en particu- 
lier par M. DaillarJ': i Jusque dans ses pages les plus 



I. Tifé Pctroiiii Arùitri .^atgrivon t/uiv supcrMunt. Ulrcclit, 170!). 

9. ■ iMiiH loH pliiM \iv«*.H (li'.sri*i|ilit)ii.4 i|iril fait tloa ili'*lMim*hcs do 
lViii|M*ri*iir i*t ili> SOS raviiriH, (l*i!*lrono)Mi fidoiit'it tiiiijuitr.s los îiiihi^oh 
|Nircli*2i t«*riiiivs ildiil riioiiiiôli^lô 4*1 la iiiu<li\stio un |mmhtuiiI iHrc bics- 
•nVî». M [Nêâioirê iittéraire dr la franve par li»s BôiiéilictiiiH. T. I, 
p. 11)8.) 

3. Prcfare do lu IruitiioUun do Pctruno (collocUuii Nisard), p. v. 



MORAM BT OOCTAIHI LITTftRAIIII Dl rÉTllONK. 75 

éroUgueti Pétrone s'interdit constamment les gravelures 
et orudités de mots si làmilières à Catulle, à Martial et 
même à Horace. » 

De tout ce qui précède, on est en droit d'induire que 
Pétrone avait été lldèle aux principes qu'il édicté par la 
bouche de ses liéros. Il est lui-même ingenli flumine litera* 
rum imtudalui. Il est de ceux qui ont su faire leur profit de 
nombreuses et intelligentes lectur«*Sy qui aiment à utiliser 
leurs souvenirs, et excellent à' leur donner une forme per- 
sonnelle et neuve. Nous allons examiner si le Satiricon 
justifie cette hypothèse, si Ton y trouve la trace des lec- 
tures et des i natations de Pétrone, et d.ins quel esprit ces 
imitations ont iié faites. 

Comnienrons cette en(|uêlo et cotte vérification par les 
moi*ceaux niâmes d'où nous avons essayé d'extraira ses 
principes. Mettons en parallèle le texte des principaux mor- 
ceaux littéraires du Satiricon el les textes dos écrivains la- 
tins antérieurs à Tépoquo de Nt^ron ou contemporains do 
son règne qui offrent avec ces niorceaux quelque analogie 
d'idée ou d'expression. 

I. Tirade d'Encoipe contre les déclamateurs. 
Cliap. 1. Num alio ^ciiere fu- Cette parodie des contro- 



riaruui doclainatorce iiiquictaii- 
fur qui clamant : « lln*c vuliicra 
pro libcrtato excepi ; buiic ocu* 
lum pr<i vubis iiiipriidi : date 
milii duceiii, qui me ducat ad H* 
bcrotf meoA, iiam huccIhI pciplites 
mcmbra non sustiiicnt • ? 



verses et du faux pathétique 
des déclamations est bien 
dans le ton ironique du 
roman. 

On trouve un mouvement 
analogue dans Sénèqun le 
Rhéteur (Contivv., IX, 4, 1, 
éd. Kiessiing) : 

JIme vidttcra qwr in ore vide» 
tiâ mro jtoêten fcci quam diiniê» 



«■M 



MM 



76 



08AP1T1I îi. 



Bm Ipta toleraUlia atMiit, d 
«d eloqvontiam < ilNfrA » Tiam* 
fM«rent. 



Nvnc ot rtnim tamore «1 mu- 
tontlaram TanlMlmo itreplto 
hoc tantam proficlantf at cam 
in foram Tenerinti putent te in 
nllum orbem terrarnm delatoi| 



Pour Teiprestion génère 
furiarum, rapprocher Séné- 
que la Rhéteur {fionlrao., 
IX, 26, 27): 

8ed ne hoc genuê € furoriê » 
proiegere videar. 

Cette expreasion parait 
propre à Pétrone. Il l'em- 
ploiera encore : 

Cotcri onim aut non ?idemnt 
€ vîUM qua ireiur ad earmen ». 
(Chap. 118,1. 26.) 

Pour les mota ienUntia' 
rum vanissimo strepitu, il 
peut y avoir un souvenir de 
CicéroUi cité par Aulu- 
Gelle {N. A., I, eh. 15) : 

Qnt'l etwH est tam furioêum 
(cf. num alio génère furiamm) 
quQM verborum vei Ojtinnorum 
attjue omatlêêhHoruin aanittiê ino- 
ni», nufia êubjecta êenfentia aui 
êcUntia t 

Quant à l'idée de cette 
phrase, elle a été pliisieura 
fois rendue par Sénèque 
le Rhéteur {Controv., III, 
Proanu, 13): 

Ageduin ùtoê dtclamatortê 
prwiuc III êe^atHM, in forum : 
eum hco inutahuntur, velut ad» 
êueta efauêo H delicatm umbrm 



M:T1IIIC1 LITTtRAIRB Dl FtTIlONB. 77 

eorpora $tUf dio êtare fum poê* 
êwU, non imhrtm ferre, non êo* 
Um êcîunt, vix te inveniuni. 



um vene' 



tulotexia- 
Imot fierii 
ift* In UBU 
it aut Ti* 



il In lltore 
01 edicU 
lerciit filiU 
ipita prie* 
H peitilen* 
;• très aut 



Cf. Sénèque le Rhéteur 
(Conti'ov., 1. IXfProœm., Il): 

Cum ventum têt in forum,,»^ 
aut dtf/fcéunt aut Muint, 

Voici qui se rapproche 
encore davantage du texte 
de Pétrone : Sénùquc lo 
Rhéteur {Conirov., 1. IX, 
Prowm.f 6) : 

Jttupie vrfui ex umbrotio et 
ohêcuro prMleunfeu ioco riarte 
luriâ fiifgor obctt*cnt, »!c htoê a 
êchoîtn m « forum frtmtieimteê 
omuîa fantjvairt nova et tUHêi» 
tata » jtci'turtfant. 

Cf. Sénèque le Rhét. {Con- 
trov,, IX, Proœm., 4): 

Aoii etit autan utîlh exerctta» 
tto, tihi tjitn* oyer! tituuffima e»tf 
in quod KXtîrrvJ, 

Ce sont là des matiërot 
bien conuuet) dans Técoleet 
dont le Recueil de Sénèque 
le Rhéteur nous olIVe plus 
d'un e.\en)plo (Sén. , Con* 
iror., I, 2, 8): 

Pirata» omui rrutlttitatc rfftira» 
ta*,,, jtnrjcrcuteê antt ne viurafa 
et catenaê,\. 



78 



Un autre sv^ei de contro- 
verse se trouve mentionné 
dans Pdtrone. Chap. 48, 1. 
Sl^Trimalchiondit : 

« SoU imrra tu inihl, Aga- 
moniiioii, quAin controvertiam 
hcHliedeclmimttiY.,.. Die crgo, 
•I me ainti, pcrittasiiii déclama- 
tioiiis tun*. » Cum dixinsot Aga- 
momiion : c Pniiper et divot 
iiiimlci oraiit • , ait Triiimlchio ; 
«Quidestpauper?t «Urbaiict, 
iiiquit Agamemiinn, ot iivtcio 
qtiiim coiitrovurviam oxpustiit. 
Statim Trimiildiio : « Hoc, in- 
qiiit, n\ ftictniii est, controverMa 
non c»t ; k\ factum nou est, iiiliil 
est. » 



eNAPITHI II. 

Céairov., I, 6. Oapim m pi* 
roHê êeripêk paM de redemp. 

f'OH0 9, vidlmtÊ amniamenh 

Ira vMcuh'â pftêêo..... obtritoê 
cateuiê maniif . 

Il est également question 
de piriiles dnns les Contrth 
verses, 1, 7, — VII, 1 — 
VII, 4, de. 

St^n. leUli<*t. (Controv., IX, 
4) : « Tyruwmn • latreni tu arcem 
cttm (htottMM fih'iê arrem'tt, iwpf 
ravit atiuhfcetitibuê ni patrem 
ewdereut. 



Ce sujet rst commun dans 
les recieils de controverse. 
Sthi. le HluH. {Excevpta con- 
li^v., 1. V, 2) : 

Orner iUtMici divittM. 

Coût, 'JV., 1. V, 5. DoMUê CHM 

arbore fjrtM/n. 

Dtveê juntperesit viemuia ro* 
gavêt ut êibi arborem veuderet 
quant êitti dtrettat obêtare,,, 

Voufrov,, X, 1. Quidatiê euin 
habertt JiftHut et divùein intmi» 
cum, sq. (Lo Kichc et le fils du 
pauvre.) 

L'interruption Imroqiiede 
Trinialchion pourrait ôlre 
un souvenir de Tauecdote 
rapportée p.'ir Sénèque le 
Hliéteur : 

Coufrov., IX, 6, 12. CcMtiuê 



MORALl BT DOCTRINB LITTtlUIM DB FÉTllONB. 77 

eorpara êttb dio êtare lum po«« 
êwUf «on imhrtm ferre f non «o« 
lem êciunt, vtx êe inveniunt» 



Avec : eum tn forum vene» 
rint. 



ot ideo ego adaletcentulos esdi- 
timo in scholis stultiMiinos fieri, 
quia uiliil ei his, qua* in usa 
haboinus, aut aadîunt aut ▼!• 
dcut, 

•cd piratas cum catenis iu litore 
•tantes, sed tyraiiuos edieta 
scri1icntcs,quibut iiiiperciit filiis 
ut patruin suoruin capita prie- 
cidaiit, ted respoiiita iu pestileu- 
tiam data, ut virginvs très aut 
plun*t immoleutur. 



Cf. Sénëque le Rhéteur 
(Controv.fl. lX,Proœm., 11): 

Cum ventum eêt in fortnn,.,» 
(fil/ dffiemut aut lahant. 

Voici qui ëe rapproche 
encore davantage du texte 
de Tùlrone : Sénequo lu 
Rhéteur {Controv., I. IX, 
Proœm», 6): 

Jtiifpte vrhit ex umhro^o et 
ohucuro prodeutifeu loro darne 
lurin fufgor obcaTfit, mîc tuto» « 
êchoftn in « forum tniufeuntes 
OMuia tanquaiiè nova et ntuêi» 
tata • jterturhant. 

Cf. Sénëque le Rliét. {Cm- 
trov., IX, Proœm.y 4): 

Kon rut tnitfM uttltn exercitn» 
ttOf II/*/ (jutr oyeri ntnuUhna eêt, 
in quod exvrrat. 

Ce ëout là des matières 
bien connues dans l*écoleet 
dont le Recueil de Sénëque 
le Rhéteur nous oflVe plus 
d'un exemplo (Sén. , Con- 
trov., I, 2, 8): 

Piratan omui rntdcfitutti rffura» 
ton,,, prn*Jt: rentes ante ne viuruta 
et catenaê:,. 



78 



eNAPITM II. 

CatUrw., I, 6. Oaplm m ft* 
fûHê êeripiu pairi de ftdemp* 

iioH$ 9, MêâÊtê omiito mem- 

Ira vheuUê yreêÊa...t 
eateuiâ maniif • 



Un autre svyei de contro- 
verse se trouve mentionné 
dans Pdtrone. Chap. 48, 1. 
81|Trimalchiondit : 

€ SoU imrra tn iiilhl« Aga- 
moninon, qunin controvertiam 
hmlle declaiiiasti Y.,.. Die crgO| 
•I nio ainti, pcritta»iiii declaiiis* 
tioiiis tun*. • Cum dixinsot Aga- 
memiioii : « Paiiper et divot 
iiiliiiicl eraiit • , ait Trinmlchio : 
« Quid est paupcr ? • « Urbaiic • , 
liiquit Againomiion , ot iictcio 
quiiiii coiitrovuniain oxpusiiit, 
Statiin Triiiiiilcliio : « Hoc, in- 
qiiit, f>i ftictiiiii rat, coiitrovvma 
iioii v»t ; kl factum nou est, iiihil 
est. » 



»•• 



Il est également question 
de pirnles dnns les Cantrth 
verses, 1,7,— VII, 1 — 
VII, 4, ecc. 

S('n. leUli<*t. (Controv., IX, 
4) : « TyrtmHHê • patrem in arcem 
CMM dMoftMâ filtiM arcemilp mpe» 
rat*iY aduhticeuHbuê ut jKitrem 
eapdereHt. 

Ce sujet est commun dans 
les recteiltf de controverse. 
Sén. lo l\\\H. (Excerpta con- 
li^v., 1. V, 2) : 

Onier tntMtct UtviftM. 

Couf» *ji\, 1. V, 5. DoMUê euh% 
arbore exusfa, 

Dtvcâ piwperein vieinum ro* 
gttvtt ni êtbi arborem veuderei 
quant »ihê dicnbnt obêture,,, 

VoutniV,f X, 1. QêUfiaiu eum 
kaberet Jilium et dStilem inimi» 
eum, sq. (Lo Itiche et le fili du 
pauvre.) 

L'interruption baroque de 
Triinalcliion pourrait ôtre 
uu souvenir de Tauecdote 
rapportée p.'ir Sénèque le 
Hliéteur : 

Coufrov,, IX, e, 12. CcMtiuê 



leUitos Terbaram globalot 
inia dieta faetaquo quasi 
rere et setaoïo apana. 

ap. II. Qui iutcr hœe nu- 
tur non magi« tapcrc poi- 
quam bcue olere, qui in 
a habitant. 



MOIULI BT POCTRINB LITTÉRAIIIB DB PÉTnONB. 79 

jmerHiier «e dlxiêêe mteflegdfoi / 
€ Mater f ijnid eut vetienumf • 
Deridfhai ew'in Murredmm qui 
hane êeutentittm nnttatim in epi» 
iogo, rUM adtoqui cœpùmet puel* 
iaiH et dtrerrt,,, « ...• rea en », 
JerenU refpfmdeutein puetlam : 
« jmfer, qiud rM ren f • 

Cf. 8iitiricoii,cliiip.dl,l. 11: 
glircs iiiullu ac papuvcro spanos. 

Iloracu, Ep, udr/n,, v. 376 : 
Sitrdo CM m mrUe jHijtaver, 

Cf. 8éii. lo Ithét. {Coutrov., 
IX, J'rofein., 4) : 

V^ijue eo iiigaêia in êchotoâ' 
ticin rxerrittttioiiibitâ délicate 
iiHtnHHtnr, ut cfaMorein, êiten» 
ttuêH, ri^iiHi, cicIhm denique itati 
neâriittif. 



Dans Pdlroiie cuUoniéUi- 
plioro : nutriuntiir,t*êimivie 
d'iiiio niiti'o coinpamison fa* 
iniliùn} et phiisAiitOf bien 
dans rcBpril du roiimn, et 
(|ui e8t pr(>yaréo par Ich ima- 
gcH ciiliiiaireH do la pliraso 
précédente : mcUUos verbo* 

ruhi tjlohulos (gA(eaux)y 

onmin,,.. papavei^ et sesaino 
s par sa. 

Y a-l-il ici une iHiininis- 
cence de la lettre d'AugiiHte 
à Marc- Antoine citée par 
Suétone {Auguste, 86) : 

An j.otiial Aniaticoruin orato» 



ee vattra lleeat dixisse, 
omnium eloquentiara por« 
Ja; leribuseuim atque iiia* 
I Mnit ludibria qun;(lam 
indo eflTeeistis, ut corpus 
>uisouervaretur vt caderut. 



MâÉ*rii 



80 



eiUPITM If. 



KomImi Jttreaat doeltmatto* 
nlbvt oottUiielNintiiri oam 8o* 
phoclat tut Enripidct iiiToiia- 
runl verUa qnibus dobcrent 
loqttl. Nondnni umbrationsdiM» 
tor liigoiiia delovcrat, cuin Pin* 
danis iiovoiiHiiio lyrlol lloiiicri* 
cli vonibiis vnMuro thiiiioruiit. 



raMi inanAnê êmtimiiiiê v$rhorum 
vofubifiiaê Ai noitrum êûrm<mem 
iranuferenda f 

Quelques lignes plus loin , 
Pétrone va parler des ora- 
teurs asiatiques. Quant au 
terme : corpus orationis, il le 
répélera nu chapitre llS, 
1. 23: Kxtra corpus orntioiiis 
expresssu (seiitcntise)* 

« Umbrat'Cus • ct^t eiuployi} 
au ini^me sens par les Séné- 
que, Qnintiliciiy otc. Cioéron 
avait dil : 

hue iïumt'tttiviî rwnrrthitwun ai 
• umhmttft • HirtUiim 411 ttgiHaUp 
III imfvrtnttp /m chiMoiTêii, in r/M« 
trtî afijMr ni antmi futvHMcM , (Dn 
Omt., I, 34, 167.) 

Pétrone oouipti* dix iK)àles 
lyriques ' ; Quinlilicn n'en 
compte que neuf : « Novem 
vcro hjn'coivm lontje PiiuUirut 
princrps. (Insi. orai., 1. X, 
1,01.) 

Le srholiaste de Pindare 
dit : A'jf ixct n5iT,Tal [jis'jatxciïv 
aa|xa7ov tCalv r/via.... Ttvc'c 
ht XX', TfjV Kcçtr/av. 



I. II. Bogebsde {OèêerPâiiontê griniêhialii-n* tt cril cw in Petro* 
mêum, llnllo, 1880, p. 323) ftiit obuorviM*, en parlmil tlo rii^np' do t/nê 
dsuii Htrono, quo, U*apK*s cotto cunsirtiriioii, Piiiiliiii.* ii'c>i ptMi'diii- 
prU dsn* los nouf lyri«piot. 



MOftALI IT DOCTAINI LITTÉnAIIIB DE PÉTBONK. 81 

PiHrone ajoute Corinne 
à Stésichorei Alcée, Simo- 
nidOy Ibyku0, Alcman, Sap« 
pli0| Anacréon et Bacchy- 
lide. Ou bien il y a do sa 
part une simple inadver* 
tanco. 

Les mots Ilonwieis ver» 
iibus « eanere Umueruni » 
contiounent une bizarre ex- 
plication du la naii»8ancedu 
métro lyrique. 

Pour la couBtruction, i*ap* 
proclier, cliap. 1 18, h 20 : axU 
viium {yiam) « Umverunt » 
ealcarâ. 

Co qui pont âtroneurici, 
c*0ht remploi do coh cSpi* 
tlibtCK pudica, maenlosa, tur» 
(jida, appliquées au dis- 
cours. Noms n'en ti'ouvorons 
d'exemples que chez les écri* 
vaine poslérienrt) a l'époque 
préHuméo de Pétrone. Cf. 
Fronton y Laudes fumi et pul* 
veris : 



I postas [quidoin] ad toitl« 
Ittm eltenii eerto iicquo Pis* 
I neqae Domosthonen ad 
geuas eiercitationis aeeoi* 
I video. Orandit, et, at ita 
m, pudica oratio non est 
alosa, noc turgida, sed na* 
n pulchritudino exsargtt. 



tnodo dufce iVud incorntptum 
êît et « inidieum • ^ ttiëadanum et 
ionicmiif id têt CatonU et Jlero» 
doti ; 



CNiTi^va UTTéaAiaa. 



Et : Ad. H.Cxsarem, 1. III, 
l(;ttre 1 (oratio, nisi gravi» 
tate) verborum honestatur, fit 



CHAPITBI II. 



plané impudent atçue • impu» 
dica »• 

Ad M. Antoninum d$ wreh 
tionibui, lettre 8 : 

poUnta et tùniaminala et varia 

Horace avait dit : 

profetMwê grand/a turg$i (Bp. 
adPiMon., v. 27); 

Turgîtitt» Alpinuê Jugulai dum 
MtmuoHH. (Sut,, I| 10, ▼• 86.) 

Dans une phrase qui n'est 
pas sans rapports avec celle 
de Pétrone, l'auteur de la 
Rhétorique à Uérennius se 
sert des inâmoii ternies (IV, 
10): 

Ut corjioriâ bonam hahitudincm 
tuMOi tmitaUtr êœpe; ita gravie 
oratto êicpe imper ittB videiur ea, 
fyffa* (urget et itiflaia esl^. 

Cf. pour renscniblo do la 
phrase: Sénèque io Rhé- 
teur {ExcerpL Cantrov., X, 
Pi*orii^(. Oji parlant du rhé- 
tour Musa: 

Oiimin u»fju€ ad uUimum tu^ 
tHorem perducta, ut non extra 
êanitatttm, êed extra naturam 
enêent. 



I. Cf. Perte, Sel.. V, ▼• 10 1 

• Non eqttldeni hoo stndoo, bullatis ut niihi nugis 
Psflna iurgoscat, dire pondus idonea Aiino. • 



MORAU ST POCTRIim LITTÉIUIRB DB PÉTAOXB. 83 



oper veiiioM Istne c$ enor- 
loqttftcitai Atheuat ex AsUt 
nigrmTit animoiqtte Juve- 
ad magna surgontes velati 
ileuti qttodam sidcrc afHavit, 



On a beaucoup discuté 
sur ce nuper. — Bock {The 
âge, etc.) veut établir par 
de» exemples puisés dans 
Cicéron (Pro Ligario, 12, 37; 
Pro Sextio, 6, 63), César {De 
bello Gall.f 1, 6) que nuper 
a bien le sens de ricem* 
ment, et cette phrase est un 
de ses arguments pour rat- 
tacher le Satiricon à Tépoque 
d'Auguste. Mais d'autres 
textes prouvent que nuper 
peut avoir un sens beaucoup 
plus large et équivalent à 
celui de naguires. 

Cicuruii. De divin. ^ 1, 80. 
Neqiie anfo phihuophiam jtaie» 
fada M, tjim • uujter • inventa 
eut. 

De net, deor», 2, 50. Ka qum 
€ tiujter 9, id eut jutuciti anteêw* 
culin,,,. reperta »nnt. 

Tacite, Dial. de orat., 
XVI, parlant des quatre 
cents ans qui séparent l'é- 
poque du dialogue do colle 
de Déiuosthùne, dira : 

Si ad natnrum êtcrulormn,,»» 
peniuain brève et in proxitno eêt, 

L*éloquence asiatique a 
commencé à Athènes avec 
Déméirius de Phalèrcs (v* 



84 



OHAPITMI II. 



•tamlqiM tomiptt fegula «lo* 
quentia tlelit el obmtttait. 



Ad ■nmmaiBi qult pottea 
Tbttejdidis, qult Hjparidlt ad 
famaDi proMMltt 



•ièole avant J.-C). On eat 
aurpris de voir ici nommer 
Athènes et non pas Rome. 
Y aurait-il chei Pétrone une 
réminiscence de quelque 
rhéteur grec ? 

Lo terme : ventosa avec le 
sens de vide, enflé, et appliqué 
au discoursi est particulier 
à Pétrone. 

Cf. Perse, Sû<.,V, 10: 

Tu neque anJtelanti, cotjHtturdum 

[iHOêM eamino 
Folle premU c venfoê ».... 

Quant ù l'expression : pes' 
Ulenti sidère, elle est dans 
Tite.Live,l. V1II,9, 12: 

pentifero »idcre tcfi, 

Séiièque le Rhéteur ex- 
prime les mêmes plaintes 
au sujet de la décadence 
de l'éloquence (Coniivv., I, 
Proœm.p ti, sq.): 

• . . ti/ poêêitU trêtiware in quau- 
tuM cofidit! ingénia decreticanf, 
et ne»rio qna iniquHate natur»* 
efoijucfitia »e rétro tttlerit, 

Pétrone est dans la tradi- 
tion du pur atticisme et ron* 
sidère cnnnne des modèles 
Thucydide et Hypéridc, 
qu'il oi)pose aux orateurs 



Mouu wt Doerann LirriHAiiti dk TtritoMi, 85 

uUtiquea.Gf.Cic<roii,Arv- 

tut, paiilm. 
MiMea ^dflm Mal eo- Celte l'pjthfete : iaRu«.ap* 
nltult pliquéa à Tattf cisiue est fré* 

queii te chez Cîcâron (Brutuaf 

cil. XKI, 51): 

a ifiati < nanHaltm > jierdtnt. 
Ibid. MoilU • uiniorf » et 

AffiftirniH timiUore*, 

LV, 302. Hihil eral l'tt ^/m 

omf/one n/iit (/Hcerom, m(Ai7 iwt« 

»irfHia alque * «nnuiH », etc. 

L'cxjti-eaBioii eut siiigu- 
hère. Cancictre a le sens de 
inAi'ir, comme dans ce pns* 
eage de Cicôron, dont il y 
a pcttl'étre id une loin» 
taiiio rémîiiUceiice {Brutui, 
11,8): 

Cum ijia onitio Jitm uontra 
« euiietetrel » babareliiue êuam 
yuamdaiH MiilartttiteM et ynatt 
• leKnçfiitem >. 



8ed omoia qoul eodem elbo 
paata non potnerant luqne mi 



l^ettin qnoqnfl bob allna 
ezituin fecit, poitqa&m Xgyp- 
tiorum audtuia Um magno) artli 
compoudi&rlam luveDit, 



Co n'est im» une nou- 
veauté que reB rapproctie- 
nieiitb entre la peinture et 
l'éloquence ou la poésie. Cf. 
Cicéron, Itrutux ut Oe Ora- 
torc, paBfini ; Ilornce, Kp. 
ad l*is., ul piclwa poeiù, 
V. 3i;i,eto. 

Au ciiap. 88, l'Otroiie dé- 
plora (le nouveau la dtfca* 
dunce de la poîiituro : eum 



HÊi 



86 



ONAPimB II. 

puleherrtmm aru$ pmisieni, 
tfUer quai pietura ne mini* 
mum quidem iut veitigium te* 
liquitset. 

Cf. Pline l'Ancien, nut. 
nat., \. XXXV, 1, et 1. 
XXXV, 10, 86 : 

nie eehritattm prmceittariê 
{Kicomaeht) tiecutHê brevioreu 
9iîamnvm qHaêdatnjnctnrm • eom» 
pendiariaê • invcnti» 



Ck. in. BJpenii d'Agamem* 



Adaletoenti Inqulli quoniam 
•enBonen habei non publie! ••- 
porlt el, fjuod rarlMiniuni 6tt« 
AUiMbonam mentein, non fran* 
dabo to arto teercta. 



NMl nimlnim la hit eier* 
cltatloiiibtts dootoret paoeanl, 
qal nooosiio liabont onm Insa* 
nlentlbus furcro. Nam nlsi dlie- 
rint qttiD aduleseontali probenti 
at ait Cieero, € sol! lu tcholU 
rcliii(|aoiitur ». 



L'expression bona mem 
est fréquente ches Sénique 
le Pliiloéoi»lio. Cf. Natur. 
QuTst., III, Procnn. 14 : 

• • • Ofttare, 'juod m/hû advenario 
opiafnrp « l*onatn mentem ». 

Mnis chez Pétrone ce mot 
est tantôt pris, comme ici, 
au sens de : boa goAt, tantdt 
au sens de : sagesse, comme 
au ch. 88, 1. 27 : ac ne bonam 
quidem metxtem aut bonam va» 
liluiinem petunt. 

Cum insanieniibus furert 
est une locution proverbiale 
qu'emploie aussi Horace : 

luênnoê qu! mtrr verenre nmanM 

[ftaberi, 
(Sut., Il, 3, V. 40.) 

Cf. Théognis, v. 313 : 

h |aS'.vo;a^v6(; |Aflitvx90s!. 



Menun urrtiuifti db pétroici. 87 

Laphrasedu ProOtUo,!!^ 
qui contient la citation faite 
par Encolpei est la suivante : 

J7/imI unum ad iaudem cum 
labore direetum iter fjui proba» 
ventni prope êoli in iekoiiâ êuni 
rdtcti» 



BkifÊt [fleii] adulatores eum 
eenas divitnm eaptant, nihll 
pritts medltantar qaam Id quod 
putant gratitsimum auditoribns 
fore : neo oui m aliter Impetra* 
bunt qaod potaiit, uisi quasdam 
insidias aiiribus fecorint t 



sie eloqaentl» magtster, nitl 
tanquam piscator eam impotue- 
rit bamii escam, qaam seierit 
appetitaros eifs pisciculos, sine 
spe prsNl» morabitur in scopulo. 



Rien de plus commun 
chez les écrivains latins que 
la mention du parasite et 
de l'adulateur. Cf. Plaute, 
Téroncei etc. 

Siiii., Kp,, 128. Vanté equeâ 
romiiHitM rewiritM boMirHM «ee* 
tator, ijiMê improbiUUe Ungum 
merebatur, etc. 

Pétrone répétera un peu 
plus loin Texpression : eenai 
divitum captare. 

Chap. 5, V. 6. Clieiiêve eenoê 
tMyoteuthim cnptet, 

Pétrone reproduira au 
chap. 140 cette métaphore 
emitrunléo à la pèche : 

Km aut loeeUoê aut «ottan/et 
mm mcfifloë pro hamin in turbatn 
miftrreiit,,,, aient muta animalia 
cibo inencuutur. 

L'image est proverbiale : 

Ovide, Are amator,, 8, 4S6. 
8cmpe.r tibi pendmt « hamuê • , 



m^i 



88 



CHAPITM 11. 



Chap. IV. Qnld «go attt pa- 
ffontat oljttrgiitiono dlgni siiiil, 
qui nolvnt liberot laos tovora 
lege profieore. Primnin oulm sic 
ni oDinUii spet qnoquo siim am* 
bitloal donani. 



Dtlada ottflu ad vota propa* 
rantv enida adhne stndla la fo* 
ram pollunt, et eloqnoiitiam, 
qna albil eita majas oonfiten* 
tor, paeris Induant adliue nai- 
coiitibui. 



Horaaa« Sjp., 1, 7* 74 1 
OecMthm vitmê d^emrrerê piêdê 

[ad € AoMttM •• 
Cf. PerM, Soi., h y. 79 i 
iloê pnerii monitim ^Hitroê infum» 

[dert /«|j|)Ot 
Cum Video», quteriêue, vnde kœe 

[êartago tofjuendi 
Venerii tu hnguaê, umU iêtnc de* 

[decuêf.,, 

Gea doléancea sur Timpa- 
tiente ambition des pareuta 
et aur la fAclieuse situation 
qirollecréeaux mattrcB^rem- 
plissaient tout \\\\ livre com- 
^ X^ûsd par le professeur d'Ho- 
race, L. Orbilius Pupillus : 

.... fibntM rfiitM eut eut tîtitluê 
niptSAyi;; td/dH continentcm que» 
rehn de nijuritu qutiM profuMoreê 
urgfrgmftd aitt inubtftone jHiretè» 
tuM acctjir.rnd, (Suétone, De 
graMMnftci» et rhcloribu»^ p. 107, 
éd. Ueitfcrtcheid.) 

Cf. Sciioq. lo Hliét. (Exccrpt. 
Conti'ov., 111, Proœm,, 15.) : 
qui lueri J'tve tnd Juveneë acho» 
ttiM frrtjuruftiHf , 

Ad vota iiropcraiit est une 
expression que Pétrone vi* 
pétera, chap. 89, Trojx halO' 
êis, V. 16 : 



Ih vota projterat. 



MORALE BT DOCTRINB LITTtRAIllB DB PÉTRONB. 89 



Qaod si patarentar iaborom 
gradtts fieri, ut studiosi Juvenet 
leetione severa Irrigarantar, ut 
•apientiiD pnuccptUi aniinos 
eomponcrenti vt vorba atrocl 
•tllo t'ffodereiit, ntc|iiod ▼«lient 
imitari diu audirent, ut per» 
êuaderent sibi niliil ei»»o ina« 
gnificiiin quod pueris placerct : 
jain illa grandis oratio Imbcrct 
inajctfutia suu) pondus. 



Nttne paerl \n scholis la- 
dunt, juveues ridentur In foro, 
et quod atroque turpias est, 
quod quisque i>crpi*nim didicit, 
in senuctute coniitori non vult. 



Pour rexpresision naseen^ 
Ubus, et. Cicéron : 

Quod êi iU! tttm in novU rehwf, 
qHaê! modo c naur^ittê > hv»ita» 
veritnt, (Acadetn,, 11, 6), ote. 

Pour le mouveinoiit de la 
phrase, cr. Sénôq. le Rhét. 
{Controv.,\. I, hocnn., 10): 

Kf fn'r Ê(îmrrhiia m r/wy u p.ntia m , 
(jiiia prtvêtare nnti ituMuntf vio* 
lare non dnêinmit» 

cr, pour gradus, Cicéron, 
Dnitus, LXV, 232 : 

c Oruduê » fttof,,, ntndeo eo» 
gnoMrr.re, 

Le terme alroci stilo aur- 
prend un peu. Cicéron l'ap- 
plique à Trloquence (lana le 
sens de : vigoureux, littic ge* 
neri oratioms vchemeini atque 
alroci.{l)eOrnt.. 11,49,200-) 

Elfodio en re bens ne se 
trouve que dans Pétrone, 

Nous nvnns relové déjà la 
nouv(*aul édi* remploi d'/r« 
riyare. 

Ciréron, De Orature, III, 
24, 04, appelle les iVolexiles 
rhéteurs : impudmlix hului. 

Horace, A>., II, 1 , v. 84 : 

Vcl qutn titrjte puhint parère mi» 

\noriftuM, et qun 
Imberbeê didieere, neneuperdenda 

l/tf/cri. 



% 



■M 



90 



OHAmM II. 



CiiAr. V. — Pièce de ven tmlUe de LueUiui. 

Nous éludieronsy au chapitre des imitations de Pétrone *| 
le Schedium Lucilianm humitUatii qu'improvise Agamemnon. 
On se bornera ici i quelques rapprochements d'idées et 
d'expressions. 



V. 1. Artis tsTonD si qals amlit 

[effectua 
Meutcmqae iiiiiguis applicati 

[priue uioros 
Frugalitstis loge poHat eiacta. 



V. 4* Nsc eurst alto rogiam 

[tmcem vulta 
CUensTO ssnas impoteiitiuiu 

|captet, 
Xeo penlitis addlctus obrnat 

[▼iuo 
Mentis ealorem, nevo platitor 

[in scnMiam 
Medeat redemptus hlstriunii ad 

(rictus. 

V. 9. 8ed sive armigora» rident 

[Tritoiiidis arcoN, 

8en I«aooda)inonio tullus hnbl» 

[tHta culono 
Hirenuinve domus, 



La n^pélition de Tadjectif 
ieverus a déjà été signalée. 
Cf. chap. 4 : € severa » lege, 
leetione • severa ». 

8i!n., EjK ad Lueit., 17, 6. 
KoH iHtteêt MitultHm Moluiare fieri 
êine « frugatiiaU'M • rura, 

Mn.| Dit brevit. vittr, ch. 18. 

Kon ihîf^nr.if et • fniguNtat/ê • 
exnrtiv hotnîu^ji» 

L'expret)t»lon obruere vino 
semble empruntée à Cicé* 
ron(P/ii7/iip., III, 12): 

Ijttie aiifem »f, ttt/nttrem mi" 
tetur, ohrnit tino. Cf. Pro De- 
jotaro, IX, 26. 

lii'leni est sans doute pris 
au sens qu'il a clans ce vers 
d*lloraco,0(/.l.ll,ti,v. 13: 

///« terrtiriiM mthi pricier omneâ 
Angiifu» ridtit. 



I. Chsp. IV. 



MORALI IT OOCTnilCI LITTtnAIM 01 PÉTRONI, 91 

Pétrone ddsigno Athènes » 
Tarente et Naplcs, aimableii 
et studieux séjours, propiceM 
au culte des Muses. Cf. Se* 
nèque, Ep. 68, 5 : 

Jile Tttrenfum êe ahdidU. Jlh 
NeapoU incluêuê eêt, 

Cicéron recomman(ie , 
ainsi que le fera Quintilien, 
de commencer par la lecture 
des poètes l'éducation des 



V. 11: 
. • • • det primot yenibat annos 
Mnoniamqae bibat feliei pee- 

[tore fohtem. 



Mox et SoeraUeo pleaot grege jg^,^^^ g^^^^ Qf^ L^^re VI 

(mittat habenat, 



Liber et in^ntit quatiat Demos- 



Ad famiL et passim. 
V. 12. MiVoniumfontem^Qwi 



[theiiis anna. . . ,.r% . . 

Uinc Romana «au... clrcum- ^^''^ "« '*«"^°»'^ '^ 0^*^^' 

[fluat et modo Oraio ^'"^'••' "^ *••• ^» ^'' ^^ • 

Kxonerata toiio mutot Muiïufia Adjke Mivouidtin, a qno, ctm 



[saporcm. 



V.14. •••Demoftbenltarma. 



\faiï(e percnnif 

Vttlum Ptomê ont rtffuufitrat^uiê, 

V, 18. Socrattco jflemui grege. 

Cf. Horace, Ep. ad Pis.^ 
V. 310 : 

Jiem tilt! Socraftcœ poteru%it o#* 

[Undere chartœ, 
Cic^Ton, De Orat., 1, 10, 42. 
Philoêoihorum gregtm, jam ab 
illo fonte et rtipite Socrafe, 

Cicéruii emploie la mémo 
métaphore : 

JhutnHf 11, 7. IngeniLn^armiê 
et pu ni m 9 

Troporco, 1. III, ol. 90, v.37, 

Pertieiptar nuf tifudiitm liugunfp 

[Demoêtheniê arma. 



09 



CH4PITIII II. 



V. 17 1 InttvdMi tiibdttGta foro 

[det pagina eunsm 

Et fertttiiA tonet oaleri dittineU 

[meata ; 
Dnit opvlaa et bella traei mo- 

. [morata caiiore 
Orandlaqno IndoniiU Clcoroiiis 

[verba miuetnr. 

V. 91 : Hit animuin tuccingo 

[boiili : tic flumiiio largo 

Menus Pierio defaiidct pcctore 

(vorba. 

Chap. VI 

I>uin ergo Juyenet leiitoiitiat ri- 
dent onliiieinque tutiut dictioiiis 
infamant.... 



Le ▼• 16 et les iuifinta 
sont peu intelligiblei et res- 
tenl leUi malgré toutes les 
conjectures et corrections 
proposées. 

Il semble que lesyers 18 
et 19 indiquent la matière 
même du poème que traitera 
PétronOi le De belio civili, où 
lu Fortune jouoraun sigrand 
rôle. 

Cf. Ovide, Fastes, I, 23- 
24: 

Srimuê, . . injeuii curratU/lumina 

\ijtianta tut. 

Cf. Perse, 5(11. III, V.8G: 

///• lojiuluê ridct, mittfumque ta^ 

\roêa jttventuÊ 
jHff^MiHoi trcmufoÊ nttêo erU* 

[|;aii/e eachmnoê. 



On A pu Toir que ces morceaux, ainsi que le Sehedium 
qui les complète et en répète parfois les idées, nous pi*é- 
sentent une doctrine peu personnelle. C*est bien la doc- 
trine classique exposée par Sénéque le Hhéteur, auquel 
Pétrone n fait sans doute plus d'un emprunt, et qui est 
rex)rise par Quinlilien ainsi que par Tacite dauë son IHu' 
loffue des Orateurs. Il faut avouer de plui; que cette criliquo 
de ronseignoment dos rhéteurs et do l'usage des déclama- 
tions reste assez superficielle. Les causes profondes aux- 
ijuelles est due la perle de l'éloquence des anciens temps 



MORALB BT OOCTRllfB LITTÉRAIRB OB PÉTRONB. OS 

n'ont mémo pas été ontrovuos ici. Ellos n*ont pas échappé 
à Tacito. On aurait mauvaise gr&co à exiger de Pétrone, 
au cours d'un roman et dans des morceaux eu quelque sorte 
adventices, qu'il nous donne lui-même pour une déclama- 
tion ', dos vues originnles et un enchatiiemeut rigoureux 
de prlncipett. 11 s'est fait riuterprùtu de ce que ponëaicnt 
les pertionnes sensées de son temps, et s'est le plus souvent 
borné à énoncer la doctrine traditionnelle. 

Ce qui paraît surtout lui ajipartenir dans ces morceaux, 
c'est la forme qu'ont rerue ces idées quelque pou banales. 
On remarque d*al)ord la vivacité du tour, Tallure oratoire 
qui se manifeste dans certains passages (Répétition des 
particules, sed, cliap. 1, nondum, cliap. 2, Interrogations). 
Sur ces lieux communs, Pétrone a aussi laissé l'empreinte 
de son esprit humoristique. Il a d'heureuses trouvailles de 
stylo, des métaphores familières, des comparaisons pitto- 
resques {melUtos verboiMm globuios, cliap. 1 ; quum bciie olcre 
qui in çulina luibitaut, cliap. 2)', des épithèU^s nouvi*llesou 
employées dans un sens imprévu (pudica walio, cliap. 2 ; 
venlosa loijuacilas, chap. 2), d(»s termes hardis et poétiiiuos 
(eloquentiu alelil cl obmutuit, cliap. 2; insidias auribus facere, 
chap. 3; ieciione severa irrigare, cliap. 4 ; cruda adhuc studia 
in forum peliunt, chap. 4; verba utroci ililo effoderc, chap. 4, 
etc.). Autant de termes piquants, d'ingénieuses alliances 
de mots, qui paraissent bien appartenir en propre à Pé- 
trone. Ainsi, sur un tissu d'idées communes, il brode des 
expressions neuves et personnelles. Tel est le procédé qu'il 
a i*ecominan(lé et qu'il pratique. 

Il est dilllcile, eu lisant les morceaux littéraires précé- 
demment étudiés, de n'être pas frappé de la ressemblance 



1. Cliiip. 3. • Non CMl piiHsiiM Apiinoinnun nio diiilius deciantare ïn 
purlirii, ipiam ipse in fM'holii Hudiivonil. ■ 

2. (:r. ciiiip. X. • SouloittiiiM, id est vilrca Ihicta et somniuriiin iiiter- 
pretaiiioiiia. ■ 



94 



ca'APirai II, 



qtt*llt prétentaot ayec eerlaint pattagat de Quintilien et 
du Dtalogut du OraUun de Tacite. Stader (op. cU.) dit : 
• Pétrone te rencontre presque mot pour mot avec l'auteur 
du Dialogui sur le mauvais choix des sujets que l'on traite 
dans les écoles des rhéteurs. » M. Lud. Kloiber^ (p. 70) 
émet l'opinion que Tacite avait lu Pétrone et s'en FOuyient 
dans son Dialogue. Voici les rapprochements que l'on peut 
faire entra les textes do Péti*one et ceux de Quintilien et 
«le Tacite. 



Cliap. 1. Putent se in aliiim 
orbem terraritm dolatot. 



Cliap. S.KondamJayenesde* 
elamationibiM eoutinebsotar. • • • 
Chsp. l.... et ideo ego adales» 
eeiitalos esittimoin schoUsttiil* 
tistimot fleri, quia niliU es hii, 
«ftifl} in usa habemat, aat aa- 
dinnt aut yidciit.... 

»ed respouta lu pestilentiam 
d.*.ta... 



Ces mots rappellent ceux 
dont se sert Quintilien par- 
lant de larcins Lali*0| X, 6, 
18: 

.. . m/.. • impenêe jtetterty, nti Êub* 
nefUa mboMth'ram tranuferrentur, 
Jta iflt • en*httn novitm » fuit, tU 
09Huh fjhê eloijweutîa eontnitri 
terfo ae ^mrtdtbtui videretur. 

Voici dans Quintilien la 
âUême pensée et un des exem- 
ples qui vont suivra dans 
Pétrone, II, 10,4: 

Sint ergo et îjttKC utaterite qum 
fingcnhtr, t^uam stuulfimœ veri» 
tatéê, Nam $naga», « et in jteMti» 
tenfitttn rt^iovêa », af/at/ue ma» 
giê adhue fahulo*a fruit ra inter 
êlionêione» et itUerdicta qiiœre* 

MUM, 



I. Quië TotUmn tm Déalofo prhriltuM seriptorituê debefii, Ilalis 
8axtinuiii, IS8J. 



mohaU ir MCTiifiri littCbaiiii ob pétronb. 05 

La différence eet que Quintilien admet la fage pratique 
de la déclamation. Pétrone la condamne absolument, et, 
par une exagération plaisantOi nOIrme que les écoles ac* 
luelles ne font que des sols. 

Les mots in pestUentiam re$ponsa rappi^Uent une dos dé* 
damations qui nous sont parvenues sous le nom de Quin* 
tilien. 

Declam.|CCCLXXXIV: Inpettilentia responsum est vir- 
ginem immolandanip sorte ductam ; pater virginem negavii, 
magittratut immolavU. Non finiebatur pettUtnlia. Iterum tor* 
au iunty altéra immola ta est. 

Cr. Declam.y CCGXXVI, et i>our le Riche et le pauvre, 
Declam., VII, IX, XI. 

Un pastiage de Tacite, Dialogus de Oralorihus (Cliap. 35), 
énonce le mémo exemple et contient In nii^mo critique & 
l'adresse des exercices de déclamation : 



Chap. 1. 8ed tyraiiiios edicta 
•criboiit<!i.... Sod responsa In 
pestileiitiam data. 



Chap. 1 . Nihil ez hb qu» in 
usa hubemus. 

Chap. 9. Pace yettra liceat 
dixitso, primi omniam eloquen- 
tlam perdidistis. 



Levilms euim atqae inanibos 



touit. 



Sir fit ttt iyrannicidarum prtcm 
mta mit vitiatarum drvf/oneMf 
a Ht « peêti'lenftK » remédia, air/ 
inee^fa nialruM, ant tjuidqiiid in 
êchola coftdie agitur, inforo vei 
raro vel nmuptam, ingeutthitê 
verhin per»equtnttHr, 

Diidog,, 81. Ut fie fi» nec nUo 
modo ad vcrifatem acredcHtibtui 
coutrover»iiM,,,, 

Quintilien, 1. II, 10. Eo qitt^ 
desn re» i»fa rufpa docenlium 
reritlif, ut in fer prKcijmaê, #/«« 
cornimperent éloquent iam, eau* 
êa» lireiitia attme inneitia decla* 
mantium fuerif, 

Ditdog,, 2G. iMêciviam verbt^ 
rum et « levi/atem » êentcutiarum. 



06 



CHAPITMI II. 



Ul eoffpos onHonlt oneryara» 
tiur o^eadertt. 
Ortudlt et y «t ita dieaiii« pn- 



DMog., ohap. S9. DMIUq' 
Diafog.p ebap. 91. Qraiio... 



dlca oratio non est macnloia êed icmperatMê ae bann§ êanguiê 
iiec tnrffida« tcd natuniU piiU imnhtmtiHhratteximrgittoriê... 
ehritndiiie euiirgit, 

Cli:ip. 8. Hicut ficti adulato- 
rct... pic eloqaeutia} maglstcr, 



Diafog., chap. 99. Coii/gunf 
en/iM diêcipuloÊ non « êeverttafe » 
* iiiil taii(|iiaiii pi0cntor caiii lui* diêcipftnœ née ingmii experi* 
potuerit hmnii eteam, qnnm mento, êed ambittone Mlutaho» 
vcierit appetitiirot ossc piicica- num et tVeeebrh « atlutationia • . 
lo«, tiiie tpo pra^dn* morabitar 
iu tcopolo. 

....Hevcra lcg« proficore. Chap. 28. « Deêeveritaie »... 

majorum. 

Ibid. Quœ diêc/pltua et « êeve» 
rititê >• 

Chap. 40. « SevertêâtMOs di«* 
eqtiiuae ». 

« Severtêêim» » /^en. 



Chap. 4. Parentea objnrga- 
tlone digui tant. 



Dainde enm ad rota propa* 
rant, ernda adhne ttndla in fo- 
rum pellnnt. 



Cr. pour tout lo dévelop- 
pement. Tacite I Dialogut, 
chap. 28 : 

Qttti enm ignorai et éloquent 
iiain et ceteraê artes deseivtêêe 
ab ilfa vetere ghrîa non inopia 
koMiuiuHf êid deetdia juventuttM 
et uegfegeuh'a ^tarentum et tVi- 
êctcntta prœnjiietttiuin,»,, f 

Cf. Pline lo Jeune, £/>., 
11,14: 

Ceteri audaeeê, atque etiam 
magna tx jtarte aduteêcentutf 
obêcuri a deelamando kue tran- 



Paerb sdliae naseentibat. 

Ut Ytrba atroei ttilo eflbdo- 
rent. 

Ut qaod relient Imitarl dla 
aadireut. 



MOIULI'BT OOCTBINB LITTtllAlRI DB PÉTRONB. 07 

»$eruHt, tam irreverenter oe le* 
mère nt mûii AUtVue norier e»* 
jireMie dixiMe videatur, êiû im 
foro jmero» a eentumviraObu» 
eauHê auMpicari, ut ab Ilomero 
tu erhoftê, 

Jh'alog., 28. VitiU.,.. qum 
c lur/on » êtaim excîpimU, 

Chap. 39. Et diUgmttÊ êiiii 
anxi'Jatfsui. 

Chap. 80. Nce in aneforibttê 
eognoêcetèdtM, née tu evolvenda 
anttt^Uitafe, née in notifia vel 
reruiu vcl hominum vel temporum 
$atiM operte innumitur, 

Cliiip. 4. Sunctiorem iVam et 
auguMtiorem etoqnetitiam eolam, 

Chap. 35. Nam in loco nihil 
revtrentive ettt, in quem nemo nisi 
œque iMjferituê intret, in condin' 
cipuliê nihil ; rofecfiin, riimpueri 
inierpueroM et aditleticcutiili inter 
adulcucetitulon pari êecuritate et 

diront et andiantur cuin ad 

vero* Judirci vent mit,,,» 



La lacune qui ëuit ces 
mots peut i^tre complétéei 
commo lo fait obtfcrver 
M. Gœlzcr', par le passago 
de Pétrone, chap. 1, 1. 7| 
Ml cum in fm'um venerinl, aq. 

Cr. pour rexpreHeiou 
Quintilien, I, 2 : 



Jam illa grandie oratio habe* 
ret mejestatii eue} pondue. 

Nunc paeri iu icholie ladnnt, 
Juvenci rideiitar iu foni. 



Chap. 6. Née perdIUe addietne 

[oUmat vino 



t. Teclte, Dialogue det Orateun. (lluclicllo.) V. 77, nuto 23. 
eaiTieoe urreBâimi. T 



CHAPITM II. 

Month «dolent ^^^^ plmmor quitoriafiÊmrammêteM^brm»* 

(In tceoMii mut, 
8edMt ftdtnptns bittrionit sd Taeile, Dialog., 99. Jm vtftv 

[rletnt. propria ei peeuiiaria k^f^ê urbiê 
viîia,., c kiÊtrianaliê fafXMT ». 
Chap. 98. Toto jfeetart orri* 



M0onittMqiio bibtt fellcl poc< 



[ton fontom. piaut arîeê koueêtoê, 
Ubtr et Ingentis qnatiat Do- chap. 89. EM aU^iê oraio^ 

[motthoiiit anna. rviii eampyêp yer qnem nfâi « /•• 

beri » et foluti feraniur,,,, 
Chap. 4. Ui omMu forei^ 
[giiia cartUDi. «inm faHuantmaugimtti», tu qui* 

hwi Mtftê mihi Mujtertfue êudatum 
et/.... 

Cliap. 3i. 8 ful ui iin ariibuM 



Ittlordam tabdncta foro dot pa- 



tio fluinino largo 



Plenaa Plorlo dofuiidof pootoro jecfuM ÎMpferenf.», 

[vorba. Kx hî» foufibnii ctiam if la jifo- 

Jitttmt,., 

(Iiap. 80. Kjt Multa erudi* 
tf'onfi,.,, exundat etexubenit ilta 
tuliêurnbnU eiwju wtia . 

Poar expliquer eea rapports ëeiiBiblea ot asoei fréquenta 
aveo le l>ialûgui de Tacite, diverfcs liypotlièBea so présen- 
tent : d*abord celle d'une simple rencontre d'idées et d'ex- 
pressions. Mais les ressemblances paraissent asses directes 
pour que l'on soit tenté de croire qu'il y a chi*z l'un des 
auteurs une réminiscence de l'autre. Auraient-ils puisé à 
une source commune? Gela encore cét possible. Toute- 
foisi si Tacite s'est souvenu du Satiricon, il est fort sin- 
gulier qu'il n*ait pas nienlionné l'existence d'un roman 
auquel il faisait ces emprunta et se soit borné à désigner 
très sommairement le pamphlet écrit par Pétrone à la 
veille do mourir. Une œuvre qu'il avait jugée digne de 
ses imitations méritait de n'être pas pasbée sous Hilence 



I 



MflAU wt Docmiin littArairb db pétroih* 90 

dans ee ebapllre des Annala, où il nous donne sur Pétrone 
des renseignements d'un bien moindre intérêt. 

Bst*ce dans ces seuls morceaux que nous apparaissent 
cea rencontres entre le Satiricon et le Dialogus de Tacite? 
L'étude du chapitre 1 18 va nous permettre de signaler en* 
core d'autres similitudes, lillo nous fera voir aussi Pétrone 
fidèle i ces imitations et & ce.s réminiscences auxquelles il 
sait d'ailleurs imprimer la marque de son style et do sa 
personnalité. 

Nous pah'sons sur le chapitre 83 où il n'est qu'inciilem- 
ment question de la littérature. Le lieu commun Fur la 
misère des geus de lettres, poètes et orateurs, évoque le 
souvenir de plaintes au:ilo;;ucs chez Juvénal et chez Mar- 
tial'. Le chapitre 88 sur les causes de la décadence des 
arts, dont la principale est la passion do Targent étoull'ant 
les scntiuicnt.'i élevés, .ofTre plus d'une analogie avec les 
passages suivants de Sénèque le Illiéteur et do Pline 
TAncicn : 



Chap 88. l'ccuiiitt*...ciipidi* 
tA« liicc tropica îiiHtituit. Priscit 
oiiiin tcinporilmt, cum adhao 
iiuda virtim pluccritt, vig»baiit 
artet inguiiua^ Hainmuinquo cor* 
taincn iiitor lioiiiiiioB crat, no 
qtiid profutiiruin rmculis diii la- 
teret... At uo* viiio scortisque 
dcLicni lie paratas quiduiii artet 
aadcinui cugiiOHCvru, Bcd accu- 
satures aiitiquitatifl vitia taDtiiin 
doceiiiiis et discimnt. 



Séiiiq, lu itliut., Coiitrov,, I, 
Pro€tin,f 7 : In dnUriiui drintlo 
rot tf lie iltita rm eut, ik/i*a hixn 
(atnjtontin — m'fn7 r.nhn itnn mot» 
It/truM mijenit» t/tiam htwur/ti titti 
-* M/ve,,„ (rttwfnfuêH rM oiunn 
rerUtmcn ad inrptu miilto honora 
qtttt»»titfjHe v/fffintta 

8 : Torjtent erre ingenta déni» 
dionic jnvcntutin %tet: m nnwm 
honcêtte rei fabore tigîlafitr : 
WinnttM langitonjtte ar mntnto rf 
lauguore fnq ior lèiaîttnnn rernm 
mdu»tria /iuvm/Y autiuoM, ran* 



I. Vuir Appcmlico IV. 



100 



CHAPITBB !!• 



QoIb, faiq«Mi« Ttoit ia teoH 
plan tt ?ot«m HMiti ti sd elo- 
Hventlam parftuiatat? Qab tl 
philotophln footeui attigiiMt? 



Iptt MMtvti Mttt boniqM pn»- 
•eptor, nllle pondo aarl Capl* 
Ulio pronitt«rt tolet..,. 



ejfèmhiùicê tmmU.... 

Même mouvement dans 
Sénèque le Rhéteur {Can^ 
trov., I| Proœm., 10): 

Qut» têt «itii memonœ niudeatf 
qniê ^i, non dico magni» «t'rlif- 
tibuêf §ed âuiâ pfaeeatf 

Cf. Pline rAncien, HiH. 
Nat., 1. XIV, 1 : 

Qitiê non, eommunicato orbe 
terraruM majeêlute romani ùnye» 
rit, profeeiêêe tvVtfiu puiet eom» 
wcrrîo remm ae êocietate feêtm 
pari», oMtiitHpttt fJiam qnm oo 
euffa anfc fneruni in promiéirno 
11*11 farta f At llerrufcM non rr^ 
perimifur tftii noritU mnifa ub 
anfiijniâ jtnnlifa : tanto priuro» 
rwm rnra feriifior ant imitait ria 
feUrior fait! Cujuê êotnni coumm 
yti/t aliaê qnam pnhfiroM maudi 
invenerii f Kiitiirum alii »abicrn 
rita», rirra*iu9 aiia tnenteê Ac- 
fitinuM dctinrntur tt avaritiiv 
tantum art cm rofuntur,,», 

PoêfijuaM êenator centn Irtji 
nriitoM, Jftdex ficri rewiu,,,, ac 
$ola gaudia in j oMidendo, j>e«* 

MU m itre vita* yr^tia code m 

tauien habmdiqne adtijteâomniiâm 
tmdrute voto. 



Déjà ridée générale du morceau se ti*ouve Jane ces vers 
d*llomco : 



MORALE BT DOCTRIHB LlTTtRAIBB DB PÉTROUB. 101 

...Ai hme animoê mrugo ei eura ]>eeu!i 
Cum êemel imbueriff êperamuÊ carmina fingi 
Poêêe tinenda rtiro ei levi nervanda cupre^êo f 

(Ep. ad Pi$<m., v. 330 tq.) 

Abordons le chapitre 118 qui, avec les morceaux du dé* 
but| est le plus important pour TtHude de la doctrine litté« 
raire de Péti*one. Il précède immédintoment le poème De 
bello eivilL 

Chap. 118. Multos [inqait llor., Ep. ad Pii., t. 24. 

Katnolpus o] juvcncs carmen Mnxnna paré vatum, jiater ei 



dccepit. Nam ut quisquo vcr- 



[Juvcneê jtatre digni^ 



Hum pedibitB instrnxit scn- Der/p/mur »pt:rte recti,,, 
fuinquo toiierioreiJi vcrbornm 246. Aut nimium tr.nerh jf'm* 



ambitii iutexuit, putavit bo con< 
tinuo in llolicoiioiii voiiisse... 



sic forensibuB ministeriis 



\vttiirutHr vemihtiÊ, 
296. Et exelndit êtinoâ IhU* 

\fOun porJan^ 
Ep,, II, 1, /(// Anf/tmfHtM, 
V. 218 : 

Ui ntudio majore peinni UdU 

\conii vtrenftiM, 

Erhard * croit voir ici uuo 



cxercltafî fréquenter ad caruii. allusion à Silius llalicrns* 
nis tranqnillitotem tanquam ad et à Lucain, qui, abandon- 



portuiii feliciorem rcfugurunt, 



ercdentct facillun pocma exfttrni 
poffie, quam coutrovcrsiain sou- 
tuntiolii vibrantibus pictam... 



naut le forum, s'adonnèrent 
à la poésie. Rien n'est moins 
probable, ainsi qu'on le 
verra au chapitre IV. 

llor., Ep. ad Piti., y. 3K2. 
Qui HuMrt'l vr.rt^HH taiiirn andri 

[fingerfi. 

Cic, Orator, 70, 231. Oratio 
iaci'tata rj, vihrann. 



1. Cita |iiir Iliirinnnn, l'd. do 1769, p. .'il'». 

2. Cf. Plino. A>., m, 7; llnrllal. Kpigr., Vif, 63. 



Cttanm Mq«e gmiarotlor 
•pirilnt Tanltile» anat, neqae 
eonelpm aut adare partam 
mené potatt niai inganti fia* 
mina litaranim InnndaU. 



Rafugiandam att ab omni yar- 
boninii at ita dicam, Yiiitata 
af tainanda} vocet a plaba ta* 
mot», nt fiât « odi prufanam 
vnigiia at araoo ». 



PrMtareaaarandam eat. na tan* 
tanCi» aninaant aitra corpna 
arationia aipraM», 



aad intaito vaatiboa aolora ni 
taant. 



Homanu tcttit at iTrIci Ro« 
manasqna Vergilioa at Uoratii 
anriota falicitan. 



CHAPITM II. 

Cet emploi métaphorique 
et poétique de inandatui ae 
retrouve encore cliei Pé« 
trono dnna cette phraae : 

Inundatot liaa Eomolpat in- 
▼idia. (Cliap. 101.) 

Cr. Séiièq.lcRliét.,Coii- 
trov., 1. 1, 2j 23 : 

JéOngfi rereth.ndHM enf ab omni 
ohêrfiHtUttii et verbontin et êen* 
•If Nm. ' 

Ilur., Ep. ad Pi'ê., Y. 182. 
Ker cirai Vifan jmtitlumijue mO' 

[raberùi orbem, 

La citation d'IIoi-ace : Odi 
profanum, t*tc.| est tirée do 
l'ode 1 du livre III, vera 1. 

Cf. idiiB liant, cliap. 2, 
corpus orationis. 

Cîc, JJe Orafore, III, 25 : 
Ornutitr itjitur orafio ijtnnre prt» 
WMiH et tjHttMi' cotore ^Hotlnm et 
êuro êiio,^, in toto êjiertantur 
Aire corjiore. 

Cl. plua haut, en ce mâme 
cliapitre, iiUvxuit, et cliap. 2, 
ae ne cannen quiiiem saui co» 
loris eiiiluit. 

L'idée première de ce ju- 
gement bur Horace est dana 
cea vers d'IIoraco lui-même : 

E]t. ad Pin,, V. 45, iqq. 
lu vérité etiam teaui* cautu»t/ue 

\Merendiê 



MORALB IT DOCTRINE LlTTtRAIRB DB PÉTRONB. 108 



Dixerh egregie, notum$ieailida 

[verhum 

Rcddiderii Jundura novum» 

Cf. Ep., II, 1, ▼. 16G : ef 

[/rficiter audet. 

Sdii.leKhét., Controv., 1. III, 

Proœm., 8: VergHium tlfa/eli' 

eifaê ingen/i m orntione êoluta 

Ceierl tnlm aut non vldenint Noter toiijoii rr» Tiisage 
Yiam quA iretursd earmen, iint de» expressions poétiques ; 



▼isam timaenint enleare. 



cf. Horace, Oc/. 1,28, V. 16: 



Et cafcauda êeintl vnt leti, 
£eeo bclli eivilii ingens opas llor,^ Ep,, H, 1, v. 169: 

qnisquii attigerit, niai plenat ,,,, êt:d futbei cotmed/a (anfo 



literis, iob onero labctur. 

Non cnim res gestœ vcnibui 
coinpTchciidcndflu iuiit , quod 
lo:igc mcliuM historici faciuiiti 



Pluê onrn'ê,,,, 

Ep, ad P/ê., V. 73. Reêgtutm 

\regumque dneumqne. 

VIrg., yKii., YI,v. 98, 99: 



sed pcr aiubagci deoriini(|iio Tah'bu» rx adyto dietU Cumma 



miuÎHteria et fabuloBiim |Mc*n' 



[SiOgih 



tentiNriiin| toriiiuntiim pra*cipi« Jhrrendan eanii amtHtge*,,,,^,,, 
tandus est liber spiritiifi, llor., Ep, ad P/*., v. 217 ; 

/j/ ttifêt elotpii'uM intioUtum fa» 

[tUindêU i rœcejm, 
Utnimmiut »ngax rerum et dî» 

[vtmi fufnri 
Sortihgh non dhcrriiuit «en* 

\ftintia iJefphùi, 

Cf. Ovide, Fastes, I. VI, 
V. 5: 

£fr/ dm» ffi nobi», agitante ea- 

[le*cttMHê itto : 
iMpettiê hie ênrnv MCMÎna menii$ 

[habei. 



nt potiutf furuutii aniud vatici- 
natio apiiareat quam ruligioBfp 
orationis tub teitibas fidcs. 



104 



eHAPiTni II. 



Tanqoam tl pltoet Ue in* 
p«tM, etfam tl noiidam roeepit 
«ttiman manani. 



Cl^.f De Oraiore, II, 46, IM. 
Bmpe emim audM poMam banum 
iieMifitM (id quod a DemoerU^ 
0i Plaione in êerif.to relieium 
uê€ dieuni) f ijm it^mmaiionê 
atÊimomm exêiâtere po9ê€p H fine 
quodam ajfiaîu quoêi/uronê, 

Cio., De lAtfftbHt, I, 1, 4. 
/«/l'y Ti'te, /(triant imjterite, qui 
tu iêto pericuh non ut a poeta, 
Êcd ut a tente f veritatein ex*gant'» 
— Q. Tnteflrffo te, f rater , aintê 
•M kUtoria trgeê obêervatidan jtu» 
tare, ulhtn in poemate,,. 

Cf. Ovide, Amor., III, 
el. 12, V. 41 : 

Kxtt ru immennutn fecunda ti» 

[renti'a vatum, 
Obliffut hàtorien née êua verlnk 

[fide. 

Iliid., V. 19. Xee tamen, ut 

[teêteti, moê est audi'repoetat» 

Cf. Aristote, Poitique, 
chap. XXIII (difTéreuces 
entre l'histoiroet Tépopée), 
xal |JiiQ cpioia; l97o;iac Tac 

Ovide, TrtMfrn, I, G, v. 27 : 
Ker titmen t'fla tngi poterttut pa» 

[tienfer ab utto, 
Keêciatht» êuiiiiiiani êtqut'ê abc»êe 

[manum, eto. 



Pour les iddet comme pour les lermes, les textes ci-après 



106 CHAPirai II. 

Comme nous TaTont couttaté au sujet des passagee re* 

laliftf à la déclamaiion ot à réloquencei il n*y a dans la 
tirade tur la poésie que bien peu d'idées origiaaleS| si 
même il s'cu trouve. Nous mettons à part la question du 
merveilleux dans Tépopéc). 

L'autour s*est borné à des généralités sur la poésie, et 
n'a établi nucnno distinction entre les genres. Tous les 
conseils d'Euniolpe se réduisent à ceci : 

1* Il r.'iut, pour (Hre poêle, beaucoup de littérature; 

2* On doit clierchcr les mots éloignés de l'usage du 
vulgaire ; 

3* Éviter les pensées qui Tout Faillie sur le corps du dis- 
cours et répandre sur Tunivre un coloris harmonieux. 

Cela avait été dit cent fois. Puis il passe h l'épopée, 
exige derechef de fortes connaissances littéraires et ajoute 
(c'est là le seul point intéressant) robliKalion de se distin- 
guer (les hihtoriens en mêlant au poème les embellibse- 
inents de la fahlo, en substituant à l'allure calme et posée 
de la narration historique, le libre essor du génie et le 
délire d'un prophète inspiré. 

l(*i, comme dans les morceaux précédents, l'imitation 
c*st érigée en règle. Ces deux tirades offrent non seulement 
pour les idées, mais anssi pour la forme, des ressemblances 
qui ont été relevées. Ce retour de termes identiques ou 
analogues révèle la personnalité de l'auteur qui semble 
s'exprimer «n son propre nom, bien que trois interlocu- 
teurs dilTérents aient pris la parole, Encolpe, Agamemnon, 
Enmolpe. 

Tontefois, il y a dans ce chapitre 118 moins de trou- 
vailles de style que dans les précédents; mais il s'en ren- 
contre encore qui trahissent un curieux souci de la forme'. 

I. • (!iiiilni\<Msiiiiii Hi'iihMiliiH vihrnniiliiiii pictnin; — HoiUontia* 

iiit<*\l<i V(*>liliii.<« roliin* nilf'iiiit ; — mous iiipMili Hiimino liloraruin 
iinniiliUii ; — lliiriilii riirioMi l'iOiciliH: — por ainlmf^cs dconiiiii|uo mi- 
ninlfTiii pru*«'i|iiUiiiilii.« osl lilier spiritiis. • 



IIORALB KT DOCTIIINK LITTÉAAIIIK UK PÉTHONK. 107 

Le style^ d^ine élégance souteiuiei a une couleur franche* 
ment poétique. Que nous voila loin du parler populaire 
d'un Ganyroède et d'un Nicéros I Ces sentences seraient & 
leur place dans les meilleures pagrs de Qniniilien et du 
Dialogus do Tacite. 

Mais ce qui n'etft chez Pétrone qu'un court épisode est 
Tessenliel chez Tacite. Dans cette étude Kur les causes de 
la décadence des lettres, celui-ci apporte des préoccu|»atiaiiH 
politiques et une pénétration d*esprit qui lui permet dt; voir 
mieux et plus loin qu'aucun écrivain contemporain. Chez 
Pétrone, le regret de l'éloquence ancienne est pui*ement 
littéraire; cet épicurien devait aisément b'accommoder de 
tous les régimes. Il ne parle nullement, s'il compare la 
poète à l'orateur, do la sécurité de la poésie opposite aux 
dangers que faitcourirréloiiuenco'. (Cr. Tacite, chap. 13.) 

Il n\n\ est pas moins vrai que Pétrone a touché dans 
ces chapitres 1-5, 88 et 118 aux trois poiiiti» principaux 
qu'a traités Tacite dans son Dialofjus, les rhéteurs et la 
décadence de l'éloquence, — la comparaison entre le 
poète et l'orateur — et incidemment la question des 
anciens et des modernes'. (Chap. 88.) 



I. • Ail |»ui*iiiiii r<*lii'ior<*iii ivriipM'iiiit » ((ilinp. 118) iloit hViitoiidro 
un sons <l« : un«* ronditit»n nitiins» |irnil>l«*, moins liilMiriiMisi*. 

*2. On |MMHTuil i'nnin^ fxlniin* i|ueli|n<*s jiigi*ni<'nls lillôniircs d'iiii- 
lri*s rhnpiln's ilu Salêi'icnu, Mais ce sont, ponr iiinni iliiv. dos Jng<*- 
nicnl-' it:(lii'rrl>, runtour ritlirnlinint li's iMT.sonniiKcs «pii 1rs pronuii* 
ront. IVlroni' si' ninnln* il<*diiJpiiMix ili* rrioiiniMH-i* )Mi|iulHin* i|Uini«l 
il fîiil ii|i|Mvi'iiT nin<4i |iiir(tiih>iiii'ili> rnvoriil Siilinins i<;liii|i. It» : « Sii! 
illius viix rrrsri'hal liini|niini hih.i, n^r siniavil un(|nain, nrr f>xs|Miil. • 
Cl* qni rra|>|M* l'intniino du )m'|I|iIi\ r'fst ji* Vdliinii* di* la voix, ci* sont 
li*s |>i>ii(i>s l'iri'itHslani'i'.H pii\si«|iii'>. Si li* li*\li* vA l'xart : « t*nlo «Mini 
nosrin i|nid • Asiadis • liaiiriiv<«i* ■, li* ii'lln* ninnlri* i*iisniti* lu bout do 
i'oroilli*. ( jir <*an\nii'*di* >ait*il ri* ipii* r'i'sl i|ni* IV|o«|ni*ni'i* as:n(ii|no? 
Au ('lia|i. il», nous H\<iiis, i*i |ini|Mtsdi«M niallri'.H du priil riraro, ili* ln*i« 
somma ii'ivH iiidiratinns iiôda^M^'i |iii'<«. (^Idiioii l'ail, ^a^« 1'^ \onloii', lu 
«'urirahn'i* d'* i'i'iiain<« | m d'* '»«••! un; inai.'« son« lu rliaiv*. <'ii '^^'Ht di*» 
traiN jn<«livH. l«i< iirmiiiT i*sl nu |M'daiil ipii m* si* li\i* à rii'ii : « iim* 
gisliT iJuH silii iilai'fiH lit ni*i*. niio Im-o ron.Hi<«lil ». l/aidn* i*sl /élu, 
mais iffUiirant : « (^ni pins dnri'l ipiain sril ». Kn ri'xani'lii*, il m* ruii- 
Irnln di*cciin*on lui donm*. C'i'sli|iii*|<pio punxn* dialdi* di» ri*p(Hit<^iir 
ou rabais. 



106 OHAriTRI II. 

8*11 nous a para légitime de chercher dans les moreeaai 
llttérairei da SaUrteon les principes de PétronCi nous n'a* 
vous cependant Jamais dA oublier qu'il choisit pour orga- 
nes des personnages de roman. Le contraste entre leur 
sage doctrine et leurs actes si peu dignes produira un effet 
romique. Ainsi les vers à la façon de Lucilius condam* 
nent d*nnu manière formolle les mœuin d'Agamemnon et 
d'Ëncolpe. Le vers : elienxve eeiias impotentiumeaptet, nous 
Tait songer que lo rhéteur sera le surlendemain le convive 
do Trinialchiou. En lisant : Nec....obt'uat viiw mentis calo- 
rem, nous nous rappelons qu'à re festin Eiicolpe et Aga- 
momnon no donnent pas l'exemple de la sobriété. Eumolpe 
est plus surprenant encore quand il articule ces grands 
mots : si' tjuis vifiorum omnium inimicus rectum iter vitx cœ- 
pit intistere. (Chap. 84.) 

Pour réciimer tout ce qui précède, il convient de dird : 
Dans r^s divers morceaux liltérairesy la forme seule pa- 
rait originale. On y retrouve des redites d'école, des sou- 
venirs de Sénèque le Rhéteur et d'autres écrivains. Mais 
lo clioix f.iit par Pétrone dans ces emprunts est déjà une 
indiration de ses prérérencos de doctrine. 11 n'insiste pas 
Kuis i*aison sur la nécessité de lire beaucoup afin de pou- 
voir pratiquer l'imitation. Cette méthode, il^l'a suivie et 
«livers rapprochements ont fait voir qu'il applique la règlo 
enménio temps qu'il la rormnle. Ces fragmenls nous ont 
fourni une pi*euvo de la manière dont procède Pétrone 
quand il emprunte et imite dins des sujets sérieux, sans 
intenlion de parodie. 

Il nous faut voir maintenant 8i, dans les autres parties 
du romauy nous saisissons aussi la trace de ses imit;:tions, 
et étudier dans quel esprit ell(*s ont été Taites. Ceci nous 
mène k la question de la parodie dans le Satiricon et à 
Texamen du De brito civHi. 



CHAPITRE m 

DB LA PARODIE BT PB l'iMITATION DANS LB SATIRICON 
DB PiTRONE. — VIRGILE ET LUCAIN. 



Pétrone mirait pu s'appliquer le mot de Mâcrobe par* 
lant de Virgile : hune eue fructum legendi, semulaH ea 
qum in aliis probes, et q%ue maxime inter aliorum dicta mire» 
ris, in aliqtAem usum tuum opportunaderivatione eonvertere*. 

Il esti nous l'avons dit déjà, de ces lettrés qui, ayant 
beaucoup lu, ont tiré le plus ingénieux profit do leur lec* 
ture et ont su pratiquer l'imitation avec la plus d'origi* 
nalité. 

Tantôt il se conlcnle de nuancer son slyle de la cou* 
leur de tel ou tel écrivain ; tantôt il parodie spirituelle- 
ment un «auteur célèbre et s'amuse à accommoder à une 
situation comique les réminihcences do quelque passage 
épique ou tragique. D'autres foin, quitUnut le ton du 
pcrbiflage, il s'attache à rivaliser soit eu vera, soit en 
prose, dans des pièces étudiées, avec un prosateur ou 
un poète en renom. Ces morceaux d'apparat, purement 
épisodiqnes, destinés à relever la narration et à en varier 
l'uniformité, nous montrent un écrivain qui s'exerce, sous 
le nom des déclnmateurs et des poètes qu'il met en scène, 
à déclamer et à veraiQer pour 6on propre compte. En effet, 
bien que Tironie et Tenjouement qui caractérisent la ma- 
nière de Pétrone se retrouvent dans tout le cours de son 



1. Salui-nulii, M, 1. 



110 CHAPITM III. 

romaiii oa tarait uno erreur de croire qu'il ne se eouTlent 
des auteurt qu'il a lus que pour les parodier. Celte thèse 
A dié soutenue avec exc*èS| et ce point de vue exclusif 
nous semMe faux. Si Ton s'est trompé dans l'appréciation 
du poème : De hello civill, c'est qu'on t*st parti de cette 
idée i>nW:onrue qu'il y a partout citez Pétrone satire et pa- 
rodie. FiH point délicat do noire étude est prêcisêinent 
d'arriver & discorni*r les morceaux où il y a simplement 
imitation ou réminiscence et ceux dont l'intention paro- 
dique n'est pas clonteuse. 

Eiisayons dt* retrouver leii principaux autours que Pé- 
trone a dA lire et imiter. Main, dani» relte ivrlierche, il 
faut pro«*éd<*r avec beaucoup de prudence. On doit se garder 
avant tout d'afllrincr qu'il y a un souvenir de tel Ocrivain 
parle fait neul dt^ la remontre de quel<|ues oxpresbioutf 
annloguoM. II. arrive rréqni*niniont que Péti*oue emploie 
le style i^piquCi tragique ou ciratoire dauH i^a gém^ralilé, 
et ce serait roi^ccr liiuguliereniout la note que de vouloir 
toujours rapporter à un aulcur drlermiué les exprebsiiouH 
poétiques, les comparaisons uobles, les piirpurei païuu que 
l'auteur a cousus à sa narration. 

Kn dehors des scènes où llguront les gens du peuple, 
le style de Pélrane a souvent une teinie poétique. I^(* ré- 
cit, placé d'un bout à l'autre dans la bouche dMincolpe, 
est d'ordinaire d'une élégance ruuiilièrc et s uis pnHcntion, 
d'une urbanité légère et aî^ée, qui, selon la remarque de 
Studer, devait se rapprocher beiucoup du lang.-ige de la 
conversation chez les gens cultivés et rappelle le style de 
certaines Idlres de Cicéron. MaisiiCQihufniledketuUgenujt 
se nu^lent, même lorsque c'est Enrolpe qui parle, des ter- 
mes et des tournures d'un genre beaucoup plus r<*levé. 
Quant aux tira^les d*Ëuui61po, elles pourraient parfois être 
raraclériiiées par cette phrat«e do Tacite : iive «/•dsus aii- 
tfitis anjuta et brcvi setilenlia elJuUU, sive locus rxqiiisilo et 



LA PilRODII BT L*IMITATION DANS LK SATiniCOSf. Itl 

pœtko euUu enltuU^. La poète ridicule va Jusqu'à Tem* 
pha^e. 

Qu'il y ait dunt cet emploi do la langue de la poéiio et 
de rdloquence« au milieu de scbnoti irivialeK ou sca- 
breuHeSi une intention badine on ironiquOi c'est ce qui ne 
semble pas douteux. Le procédé ent familier aux romans 
burlesques ou aux poèmes héroi-coniiques. Ils décrivent 
en des termes d'une élégance recherchée et exagén^e des 
événements vulgaires ou affublent le langage des person- 
n<ages li*s plus vils de la pompe majestueuse propre aux 
confldcntë de lr«agédie. Ainsi EncolpCi vainqueur de Toio 
de Priapo '| célèbre sa victoire en des vers épiqu(*s d'une 
emphase voulue qui esl un élément de comique. 

Nonibrcnx sont les exemples dr* ce pa^sage soudain du 
Ion simple au ton oratoire ou poétique dont Pétrone fait 
un spirituel usage. Une ignoble quiuidle (éclate entre As- 
cylie et Encolpe au sortir d(*s orgies do Trinialchion. 
C'est le moment que choisit Pétrone pour emboucher la 
trompette héroïque ; le style se gontle d'une emphase nar- 
quoise : ..•• Al ille (jlatlium pamridali manu striimt^.,. 
Pluis loin ce sont des réminisc< nces de Virgile qui parais- 
sent avoir hanté la mémoire du romancier. Qtwd si utiqur^ 
proclamaifdt, facinore opus est, niitfo ecce jwjitUiin, convcriite 
hue Hiftnus *, imprimiU mucrones. Ego mûri tiebeo, qui audci" 
tir sacr^inuntum deUvi. 

Cet accent oratoire, tragique, ce pathétique inattendu 
et gouailleur, se retrouvent en nombre d'endroits du 5///i- 
iicvn*. Dans ces scènes de taverne et de mauvais lieu ré* 
sonne souvent la fanfare de IVpopée. 



I. DhilotjuM de oraloribm, XX. 
i. i:\ui\K l.lii. 

3. ciiiip. se, 1. 10. 

4. yEncit, IX, m. 

't. La piinulii! il^rt roriiiiilos ilc IVtpopéo ont iiOii»i)iln, pur e.\i*niplf\ 



Illl II ^MMIWI 'm^tlÊtt 



lis ciuriTM III. 

A rinfena du i 

d'Horaoe, on pourrait dire avec une Tariante dans Teaprit 
de Pétrone : 

Wgtitt in obêeuroê IraukotHm ^m}ta taber»aê. 

Ce paaaage du atyle simple au style épique ou déclama- 
toire est Tréquent dans ie Satiricon. Avec bien peu de 
cliaiigomonlSy ou traiisronnerail en vers beaucoup de plira- 
SCS du roman ; il n'y a, par oxemplCi qu'un mot à dépla- 
cer dans la ligne suivante pour en faire un très convena- 
lile hexamètre (Chap. 00, 1. A) : 

KKtim teli coiijoctuin licuit coDtittere. 
Kxtni co^JtctuM h'cmt coHêtêtere lefi. 

Au chapitre 83, 1. 2t, un mot modillé nous permet de re- 
ron^truiro ce vera : 

/m fortM pHtri < mantm » reistcavit Ajtoth, 

Le caractère de ce stylo est parfois si évidemment poé- 
tique*! qu'on en vient à so demander, en présence de cer- 
tains morceaux, s'ils n'auraient pas été primitivement 
écrits en vers, puis remis en prose par l'abréviateur. Pour 



d«nt rcUo phraso du cliap. 19 : « Tune voru oxcidii omnis consUintiu 
ailunili» ol mun nun dubin uiisoruruin (m-uIuh cœpii ubducoro. • 
Il voruil hUû do rocuiiHliUiiT dex rni)(uionU do vor^ : 

« Tun«^ voni ox.*idit onini^... 
■ Mura niUeronuu m*ulu!i ulNlucoro ca*pit. • 

1. Cf. rli«p. 80, I. 10 : ■ liuuilliH liibom« •• 

2. Cr. roliMonaiion do M. Ko^i^liadi* (Observât ionet grammalicm 9t 
critêcm in Petroninm)^ rhnp. 9, | .'i, à pmpuH do : • nsl ubi aratro do- 
moracUi ■ ; il in«inlro (|uo « uni », Ti piiilir d'Auguslo, no ho roncuntn* 
<|u*on poû.^io ol riioz Ioh iVrivuiu.s ipii imilonl lo lungagc puéii<|ue : 
• Hélrono, i^i)uto.|*il, Hombin h'Hro Htiuvonu loi i\o i|uol(|uo pAHMgo 
|iciéli>|uo, «luM «urloui f|uo lu foimulo ont ubi ost souvent oniptoyéo 
on do loin pii«4iigo«. • 



LA FARODII IT l'iIIITATION DANS LE lATIIlICON. 118 

• nous limiter à un seul ezemplei on est tenté d'essayer de 
retrouver un mètre dans les lamentations de la vieille 
ProséléuoB à Tadresse d'Encolpe. Cette tirade, par son 
tour, rappelle en oITet les eantiea des tragédies. (Chap. 134| 
I. 25.) 

Il est impossible toutefois d'arriver h uno combinaison 
satinfaisanto ; à moins de multiplier les catalectiques »im* 
picsy doubles ou tripicsi Icb licences ou les infractions 
aux règles, on ne peut rcconstiliior ici des vers et surtout 
des vers d'un seul mètre. Or il e^t certain que dans ce 
passage, il ne saurait ôtro question que d*un seul mètre. 
Les libertés des cantica de Piaule et deTôrence n'existent 
plus dans Tâge d'argent de la poésie latine ; la métriquo 
a des règles plus eévères et les cantica do Scnèque, par 
exemple, sont construits très rigoureusement. Ce qui y 
domine, ce sont les anapestes, et, dans le pnssagiî de Pé- 
trone, il est impossible d*en retrouver un. Les cantica ont 
presque enlièremout pei*du cette variété de nièlres bac« 
chiaque8,îambiques, irocliaïques, créliques, ioniques, etc., 
qui rend si didlrilo la scansion de ceux de Plante. On 
serait donc obligé de 8U[iposer ici une espèce particulière 
de canticam, avec toutes les libertés el les inconséquences 
qui ne sont plus admises & l'époque impériale. 

Il n'crn est pas moins cerLiin que la tirade de Prosélé- 
nos a un caractère poétique, dA sans doute à l'inducnco 
des vers qui précèdent et aussi à la recherche d'un con* 
traste comique entre le personnage de la vieille, le sujet 
de ses lamentations d'un côté, et de l'autre le Ion grandi- 
loquent dont elle traite ce sujet. C'est ainsi qu'on pout 
juslilier le caractère harmonique de ce thrène grotesque. 

Cet exemple est un de ceux qui nous Tout le mieux com- 
prendre commtrnt Pétrone, en maint passage, sans viser 
positivement tel ou tel auteur, parodie le style épique ou 
tragique. 

CIIITI9UK LIITKKAIMK. A 



114 CHAPITRI III. 

Tout roman oomiqiia en um de même. Oottodi celui 
de Scarron. Dès les premières lignes, nous sommes en 
présence d*une parodie de ce genre ^ : € Le soleil ayait 
achevé plus de la moitié de sa course et son char, ayant 
Attrapé le penchant du mondes roulait plus vite qu'il ne 
voulait.... Pour parler plus humainement* et plus intel« 
ligiblementi il éiiit entre cinq et six heures quand une 
charrette entra dans leé halles du Mans. • Et ailleurs': 
« Kl le lui sauta aux yeux, furieuse comme une lionne à 
qui on a ravi sod petits (J'ai peur que la comparaison ne 
soit ici trop iiiagnillque). » Il ei^t inutile d'apporter d'au- 
tres preuves d'uu procédé aussi commun et aussi élémen- 
tains 

La parodie est une loi du genre dont Pétrone nous a 
laissé le plus ancien modèle, et môme c|uand nous pour- 
rons discerniT les écrivains chez lesquels il va chercher 
des exprensions à dessein dicproporlionnéos avec le sujet 
et détournées à un sens railleur, nous ne devrons pas en 
induire qu'elle ait cliexlui une nrrière-pensée de satire ou 
d'irrévérence envers l'auteur parodié. 

M. O. Delepierre' a tracé une esquisse rapide et très 
incomplète de la parodie dans l'antiquité ; il ressort tout 
au moins de ce travail qu'elle est fort ancienne en Grèce 
ot y fut trèn cnllivée. Indépendamment des écrivains qui 
empruntèrent avec une intention plaisante ou comique des 
vers de l'épopée ou de la tragc^die, Platon et Arit«tophane 
entre autres, il y eut des auteurs qui composèrent, sous le 



1. 8<*aiTon, Homan comique, l'* parlio, chap. 1 : Uno troiipo do 
comédiens arrive dans la ville du Miiiih. 

3. Cr. Prtruno, SaUricon, cli«ip. IH), I. 7 : • et surplus poelico (|iiain 
kumanê loriitiis est ». 

3. Hl'urruii, Moman comique, 9* partie, cliap. VII. 

4. De la Parodie chez iet Crées, chez iu Homainê et chez le$ wo- 
éemee, Luiidn*», Trûbiicr, IS70, 182 pages. 



I IT l'iMITATIOK dans LI lATiniCOH. lift 

nom da pHTodlH, dei onrrages cotnpleU ob ca genre ré* 
gnait lana partage. TeU eont, pour ne cUer que lee prtii> 
eipaaSt HAg^moii de TbatM', outuur d'une Ciomtoma- 
dùtf Eubée de Paroe*, conlentpomiii de Philippe de Ma* 
eédoine, Matron'qui parodia plusieurs milliors do vers 
d'Homère en lex nppliqiiniu & l'art valinaire, Timon le Sil* 
lograplie* et plus lord Lucien. 

La parodiu qui somble avoir domind dans ces œuvrot 
eei culle qui subetituo un sujet \ un nutre, un Iiadiiiago & 
un sujet sérieux et réciiiroqiiemciit. Plusieurs do cas poè- 
mes pourraient avoir appartenu au genre qu'on a chei 
nous appi^lé AifWejfiff, où le sujet de l'auteur parodié est 
conser^'é, mais traité en cliarge ou en caricature. Telle 
devait £tre celte Cigaittoiuachie d'IIégi^mon, accueillie au 
IhéiUre d'Atliènus avec un lui succès de guUâ que la nou- 
velle du désastre éprouvé eu Sicile ne put onipâclior lu 
public de vouloir entendre le poème jusqu'à lalln. C'dtail 
[lar avance, avec plus do disrn^lion peul-i'tre et de giiAt, 
le Typhon do ScaiTon. 

It est une auli-c sorte de pnrodio, non saxontiello, mais 
en quctqni! sorte acciilenielle, qui su frllHim dans un ro- 
man, un poème, uno comédie, un enlretiun, où elle fournil 
une plnisa:ite saillie. Celle qui s'exonte sur, une nouvre 
déterminée a d'ordinaire une intention critique; tcUos 
sont colles d'IIemani et de Mirûm bétonne par do Lau- 



1. Ilùgi^inun do Tliasm vivait A )'■'■) un |ii>' ilo lu ((■'''nv <lu I'ùIuih» 
ntao ; vuir Niir lli}|;>-miiii : Aristuli-, Pnëliqut, 11, 1 ; AUiéiiùo, Uvro IX. 
4UG. AU7 (L'ibiliun ilo <;imiiiii-IOuu ilii l'uiiti. ci livr.- XV. ClIB, GO!l. 

2. Lca niri'g <ti>l)ris iiui nuiin n'»l>'iii il'Kiil>i'-ii ilu l'urus «o trt>uvvni 
dans lo'CorpHftH/HM poetlt tfiaa grave iHitibitHdK ilo UruidL Tuiiitf I 
(T<?ubiii»r), 

3. Sluii-un ilo l'IUiiin vùriil au tPiiipa irA|i-xaii>tro. Vuir lo tnit;<i)''nt 
ilo Miitiiin l'iiiisi-rM'' ]iar Alhi-ni-o (IV, UI-IJTj : lAr.wt W-n-Mn. 

\. TiniDii lia IMiMiis. luurl vvnt Vti ; Vi>li' Uiuf>>iiu hn-irla (IX, 109- 
MbltMÛK. Fdl.:. II. I- i~ r 



116 OHAFITM III. 

lanne { mait en parodiant avec Chapelle quelques vers du 
Cid dans son Chapelain décoiffé, Boileau ne se figurait nul* 
loment être inconvenant ou irrespectueux envers le vieux 
Corneille. Racine se divertissait sans doute quand il s'em- 
paratti dans ses Plaideun, d*un vers fameux : 

Set ridet sur ton front gravaient toua aea exploita*, 

et quand le bon Caaimir Delavigne écrivait dana les Conté* 
ilient (Acte I, scène 2) : 

OXANVILLI. 

lia étaient trois doctoura et pourtant,.. •• 

PlNBBOCB, 

Le pauvre honne f 
Que vottllo8«voua qu'il fit contre troia ? 

Obantilli. 

Qu'il mourût ! 

il ne méconnaissait certes pas la beauté de l'immortelle 
réponse du vieil Horace. 

C'est, à mon avis, cette dernière sorte de parodie, in* 
nocente et visant seulement à amuser, que Ton retrouve 
chez Pétrone. 

On a distingué plusieurs formes de la parodie. Tantôt 
elle consiste dans le changomont d'un mot ou m£me d'une 
li'ttro dans un mot. Tantôt elle applique malicieusement 
quelques vei*s connus, sans en modilier un seul terme. 
Tantôt elle façonne, connue Boileau quand il veut railler 
Chapelain, des vera dana le style et le goAt de l'auteur 
qn'on cliorche ii ridiculiser. Enlln^ elle emprunte à ini 
écrivain un morceau plus ou moins long qu'elle détourne 



I. Acto 1, iicOno 5. 



là nanti mt t'iirmTfOH daki lk utuihow. lit 

à an MM M^ «a à nn autre sens ea y introdnlwnt 
fnalgiiM nrUatei. 

C'est ce dernier genre de parodie, muib nulle aigreur et 
puremeat enjouée que Pétrone a pratiqué quelquerois. 
Chei Cicéron, Burtout dans sa correspondanuo, ou troure 
■aseï fréquemment cités des Ters d'Homère, d'Ëuniutf de 
Ptcuviufl, de Térence, d'Accius, sous tesquoU il met de« 
■ouB-entenduB malicieux ou auxquels il prête une inten* 
tlon comique. Pétrouo an usera de la iiiéuie fafon avec 
certain» vers de Virgile. Mais quand il repromlra & Vir- 
gile on à Lucain un titcmc [loétiquo pour la développer & 
■a manière, quand il comiusera, an u'inupirunl d'eux iwur 
l'idée, buuvent môme pour l'oxpitixiiion, l'épisode du cltc- 
val do Truiu ou lu dcliut d'tiii puùino sur la guerre civile, 
il ne faut plut chcrclinr cliei lui niio préoccupation [laro* 
dique ou railleuse. La Trojx hahsis n'ofl'ru point d'analo- 
gie avec ces Antibueotiea qui, an dire de Donat (lïla Ve$-- 
!/ilii}, furent compoués imr uu détracteur du poùte et com- 
meoraieut par ce vers qui nous donneknotodumorceau: 

Tilsfrt, ii l<iga tnida tibi eut, qno lugmiim fagi ' ? 

En étudiant les divers passages qui traliisscnt chei Pé- 
trone des réminiscences do Virgile, iioum tenterons de die- 
tinguer de quelle Taron U a tiré parti de hoa souveuim^ 
tantdt pour donner d'unu manière générale une teinte poé- 
tique & »ou style, tantôt enfin pour n'exercer ù la suite de 
son module et l'imiter dans des pièces de vers. 

NouH avons établi par l'étude de ses principes littéraires 
que Pétrone, pour la ducti'ine tout au niotna, est un clas- 
sique..Virgile uemblu son poète préféré, il est cité comme 
un maître, ou l'a vn, nu cliapilro IIS. llamerut teitii et 



118 CHAPITRE III. 

lyriet Rmnanii$gu$ Yei*gUius. Il a monM la routa qui oon- 
duit à la poéiie. Les autreB| à Texception d'Horace, ne 
Tont pat vue. 

I^n théorie du merveilleux dans l'épopée que soutient 
Eumolpe est colle qu'a appliquée Virgile, et dans le dis* 
sentiment littéraire entre les Virgiliens et les partisans 
de Lncain, Pétrone se range ouverU)mont parmi les pre* 
miers. 

On donne comme une preuve de la popularité de Vir* 
gile au r' siècle de Tare clirétionne les gra/Hti de Pompéi| 
qui nous font voir nombre de ses vers gravés ou charbon- 
nés sur les mnrs par des gons qui parfois les massacraient. 
N'en est-ce pas une aussi que cette citation faite par la 
bouche de Tignorant Triinalchion : 



Str nohiM UlixaM ■ ? 



Wehle* suppose que ce mo( était devenu proverbial. 
Mais Trimalcbion a pu retenir celte bribe de V Enéide dont 
il fait lire par ostentation des fragments à ses repas. Au 
chapitre G8, un esclave déclame le début du chant V : 

A cet endroit méine, Pétrone déclare encore sa prédilec- 
tion pour Vir;,nle. I/osdave lit si nial| méie si grossière- 
ment h sa lecture des voi*s d'atellano (fue pour la première 
fols Virgile lui-mAnie déplaît à Ëncolpe : ul tune primum 
^iie etiam \evijiUus offcndcrii^. 

On pont placer sans crainte Virgile au premier rang des 
écrivains que Pétrone a lus, qu'il possède et imite. Wehle 



1. Viivihs .^ineii, 11, \\, i*i Pôlnnio, Satiricon, clia|i. 39, ligiio S. 

2. OtnerviifiOMti erificiv in t'ctrnMiiiM. Iluiiii, IHtil, |>ago iO. 

3. Viivil'*, .KneiM, V, I. 

4. IVliMiie, SatéricoH, rliap. CK, piigo 40, lif^no I. 



IiA FAAOOII IT l'iMITATIOII DANS LS BATIBICON. 119 

(Op» eU.) a déjà indiqué un certain nombre do rapproche- 
* * meilts entre le SaUrieaii et V Enéide ; nou8 essaierons d'en 
donner une liste plus complètei en suivant dans cette revue 
l'ardre même des chapitres de Pétrone. 
Passons rapidement sur les tournures et termes poéti- 
" ques mêlés à la prose du Satiricon et dont l'emprunt à 
Virgile est hypothéliquOi puisqu'ils se ren(X>ntront chez 
d'autres poblos ; il n'en Tuut pas moins noter que le haud 
mora, si fréquent dans V Enéide, se retrouve dans Pétrone; 
ainsi qu'au chapitre 61 le : lixc tihi dicta dédit (Cr. /Eneis, 
VI, 028; Vil, 323, 471 ; VIH, 541 ; X, G33, etc.), et que 
' ces mots : inter tôt altissimos gemitus, au chapitre 81, rap- 
pellent une expresbion souvent employée jiar Virgile : 

^n,, XI, 95. Subêtitii jKiiea», gémit wjue kœe addidit alto. 

« 

Voici d'autres réminiscences ou certaines, ou proba* 
blés, ou simplement pos'jibles : 

Chsp. 16, !• 4. Sera tua rpuiite doliipta cccidit* 

jEa,, VI, 81, 82. OHia jamque domun imluere ingaUia eenhtm 

Sj.onte tua, 

Chap. 17, 1. 27. l'rotcndo igitur ad gentta vettra lapinas mantis, 

III, 176, 177. Corripio e ttratiê eorpun tendoque tupinoê 

Ad civluM ewH voce inauuê,,,. 

Peut-être y a-t-il un souvenir du chant VI de VÉnilde 
dans le passage où Pétrone nous montre Ëncolpo et sen 
compagnons s'efToirant do trouver une issue pour sortir 
du palais de Trimalchion. Giton se délivre du chien par 
le moyen dont se sert la Sibylle pour apaiser la fureur de 
Cerbère. 

Chap. 72, 1. 8. Quicquid eniiii a nobis acccpcrat de cciin, latranti 
•paracrat; at illo avocatut cibo furorein sapprcMjrat. 



190 CHAPITM III. 

JEk|yi,4174Si. C^rberuê kmc kkgtam UAroiu ttgfka Mfamd 

PtnoMU, •.•..#.••##••••• 

Cui tfoiff Aorrtfi viâm»Jam ûotta eoiuMÊ, 
Mtlh êoporatam d medioaHê frugOm» ojfam 
Objicù. lUtp/ame rablda triagutiurapomdeni, 
Corripii objeeiam atqut immania ttrga rcêolvÙ, 
Fuêuê humi,,,. 

De mémei chapitre 72, 1. 11, oa lit : Nemo unquam ean» 
vtvarwn per eamdeni jannam einUsus est : alla intrani, alla 
ixeufU. 

N'eti-ee pat beaucoup raflluer que de chercher ici un 
lointain souvenir de ce mâme sixième chant? Ênée sort 
des enfers par une porte autre que celle par où il est 
entrd, 

AHh,, VI, 808 • • • , . portaqne emittit ebuma. 

Faut-il remarquer aussi que les mots : novi generis laby* 
rintho iiielusi, qui sont dans le mâme chapitre 72, semble- 
raient encore prouver que, à ch) moment, Pétrone a pré* 
sent à l'esprit ce sixième chant, où le labyrinthe est dési* 
gué par ces vits : 

^H,, VI, 27. //Î0 labor iUt domuê et inextrieabiliê error. 
VI « 20 ip»e dolo» tecti atnbagetique resolvii, 

Uasardorai-je euQn le rapprochement suivant? 

Au chapitre 80, Giton s'écrie, 1. 18 : Nudo ecce jugulum, 
convertitehuemanut, imprimite mucfvnes. Ego mori debeo. On 
croit entendre l'écho ironique du cri touchant de Nisus 
(.«II., IX, 420-427) : 

^fr, me aduum quiferi; m me eonvertite ferrum, 
Itutttli, meafrauê ouuitê '. 



1. Cr. ciiruro clmp, 70, I. *2 : ■ Si ituA oui «inanlibus fldos •, et jBh.m 
VI.4W: - 
cl si f|ua fl(ie« Iclluro sub ims ont. ■ j 






"A 



LA FARODIB IT L*IlCITATI01f DANS Ll SATIAICON. 121 

Les chapitres 81 et 82 sont à étudier. Wehie (Op. eU., 
p. 45) a fait observer avec raison qu'ils contiennent une 
parodie plaisante (joeularem)^ sans aucune arrière-pensée 
de critique, du stylo et de la manière de Virgile. Ces 
plaintes d'Encolpe sont d'un ton soutenu et d'une noblesse 
de langage peu en rapport avec le personnage et les cir- 
constances. Nous voyons ici de quelle faron Pétrone pa- 
rodie un passage déterminé; car, bien que quelques 
autres souvenirs s'y môlent, c'est aux vers G64 à G72 du 
livre II de VÉnéide qu'il t»onge en ce chapitre 81 du 
Satiricon, où^ comme le remarque Wolile, le tour est le 
même que dans ces vers. 

Chap. 81, 1. 10. Effugi Judicium, haroiiio impovui, hoMpitom oe- 
cidi, ut iiiter toi nudaclio iioiiiiiia iiiuiidicut, ciul, in devcrvorio 
Grœcn urbÎB Jacvreui denortut ? 

L. 23 : Scd non impuno.... 

^n,, II, GG4 »q. Jlocerat, aima parem, quodme ptrtela, perigntê 

Kn'piê, ul mediii hoëiem in jttnetralibun utquê 
Ancaniuinqutjiatreint/ue meumjuxtaqut Creiuiam 
AUetum iu alteriuê maetatoê iauguine eernamf 

. , • • ittifi^tiaM otnnti hodie moritmur inuJH. 

Chap. 82, 1. t;5. Hœc locutas, gladio latut ciogor, et ue inftrmi- 
taa mîlillnm perdcret, largioribus cibit excito viret. Moz in 
pnblicum prosilio furentisquo moro oiniicf circumeo porticua. 
6ed diim attonito vultu cffcratoquo nUiil aliud quain cajdem et 
sangttiuem cogito fruquciitiusquo iiiRiium ad capulum, quom 
devovcram, refero 

JEn , II, 671,072. Ilineftrro aeeiwjor ruvêuê, clipeotjueâinittram 

Jnnrtabam aptam, meque txtra lecta/crtbam» 
II, 749. Jpêeurhcinre}^tOfeteingorfHUjnitihuêariniê, 

I, 214. Tum viclu revocant vireâ, 

II, 8 14-81 G. Arma amené capio; née mI ratiomê in armii; 

/uror iraque mentem 

PraeipUant. 



m OHAPITM III. 

lit 588. TMaJa d ah a m Hfwriaia wimfi /èrtbûr. 
IIi 761. Si j€m portieêhuê vaeuiê. 

Ce qui tutorita notre supposition que Pétrone se ton- 
Yient ici du II* clianti c'est quUl tirera aussi de ce chant 
Tépisode du cheval de bois et de LaocooOi qu'il Ta traiter 
sept chapitres plus loin dans le fnigment de poème : Trojm 
halosii. Ce fragment sera examiné à part. 

En suivant la succession des chapitres du Satiricon, nous 
notons encore au passage des expressions poétiques qui 
peuvent Aire des réminiscenceë de Virgile. 

Chap, 94| !• 9, felicom, luquit, uiatroiu tuain, qu« ta talcm 
poporit ! 

ASh., I, G05, 606 Quœ te tam Inta tuleruni 

Sipcufaf qui tanti tahm yenuere parenteêf 

IX, 297, 298 ftec partum grulia tatem 

Parva manet, 

Chap. 98, p. 67| 1. 28. Ego omniam teolerum materiai ego 
caasa sum. 

IX, 427 mea/rauê omniê, ...... 

Ces réminiscences s'accusent davantage dans le passage 
que voici : 

An chapitre lOS, dans l'épisode du vaisseaui Tryphène 
intervenant comme concilialricei apparaît en parlemen- 
taire pour conclure une trêve entre les combattants. 

Cliap. 108, p. 75, I, 12. Data orgo Mocoptaf|iio ox more patHo 
Mo protondlt rttiniun oliva^ a tiitola navigii riiptum atquo lu 
colloqiiliim votilro aiisa. 

^Jii.y VIII, 116, 116. pujijti êie futur ab itHa, 

Paeijcrtrquc mann n.v/itf m prœteuditotivœ, 

XI, 100, 101. Jamqtie oratvrei aderant exurl^ Latina 

Vetatê ramiê oie»», . . 



LA FARODIB IT L'iMlTATIOlf DANS Ll SATmiCON. 12S 

Les vers qui suirenti prononcés par Tryphène, sont éri- 
demment une parodie de style épique : 

Chap. 108f p. 76, U 15. Qoit faroti oxelamati pacem convertit 

[in arma? 
Quid nostr» mcrucre manus ? non Troini horoa 
Ilae in classe veliit dcccpti pignus Atridio. 

JEn,, Vf G70 sq. : 
Quiê/uror ùte uoviêêf quo unne, quo ienditiê, iitqitÙ, 
lieu! miêerœ ctveêf non hoêteia iinmicaque caêtra 
Argitmm ' 

Chap. 108, 1. 21. Oui non est mors una ratis? 

IX, 139, 8td iieriiêêt $enml ititiê etif, , . , 

Il se peut qu'il y ait aussi une réminiscence des Tors 
1 et 2 du livre II de YÈnèide dans ces mots du chapitre 
110, 1. 8 : 

Conversis igitur omnium iu se vuliibus auribusciue sic orsus est. 

Cf. C<mfieuere omntu inttniique ora ienebant ; 
Inde toro pafer ACnea$ $ic or»uê ab afto,*,. 

Le conticuere oinnes était devenu proverbial ; on le lit 
deux fois dans les graffiii de Pompéi'. 

Les deux chapitreii suivants, 111, 112 (conte de la Ma» 
irone d'Éphhsr) contiennoiit d'ailleurs non seulement des 
souvenirs, mais des citations expresses do YÈncide. Ou 
peut conjecturer sans invraisenildance que PtHrono paro* 
die d*une plume légoi^e et discrùle, dans ce conte milésien. 



1. Lsidoro rito iiinxi m vi>rM : • Qnin riinir, o f'ivi>M 

Wulih) (o//. cit,f 1». \\) l'i'oil i|iril fi riMiiiiiiit'; In l«'.\ln du l'ùlruuo pour 
no pas r^*p('*tr*r lo vi»i'lin ■ oxrlamaro », iiUciidii t\\\"\[ iivuil liii-niùmo 
écrit aiipjiraviiiil : « alla ipiji* «^uiii oxcluiiiiilitMio pror<*riiiiliir ». I^ 
qu<>.HUon est wms imporUinrc ; iiiainiti la Icrcind'Isiiliirp riait la vniiOt 
Pùtroiio en col ondruit iiiiitcrait pliil«)l lo di'hiil do la Phanoie : 

• Qui.H fiiror, o i*iv«*H 

2. Cf. Cuniparelll, Vliujilio nvl wnlfo cro, p. 30. 



> 



124 OHAPITU IIK 

les amoun olaMlques de Didon et d'Énée. Telle est éga- 
lement Topinion de Wehle. (Op. eU., p. 46.) 

Tout d'abord, le soldat qui exhorte la matrooe à vivre 
prononce un vers de Virgile : c Que gagnera-t*elle à mou- 
rir de Cainii à s'ensevelir vivante, et avant que les destins 
l'exigenti à extialer le dernier souffle d'une vie inno- 
cente ? » 

Si antcqaam faU poscant, indemustam ipiritam offudcrit. 

Ceci fait déjà songer à Virgile Ç£n., IV, 696) : 

Nam quia neofato, mérita nec morte perilnUp 
8cd miêera anie diem 

L'oOIcieux soldat lui dit doue, empruntant un vers que 
Virgile met dans la l)ouclie d'Anna {/En., IV, 84) : 

Id einerem aut iMfCiiet crcdîf curare $epulto» t 

La servanlo de la mati*one intervient à son tour : 

Chsp. 112, 1. 21. Couoilianto gratiam aaciUa ao subindo dleenta... 

J^aciione etiam pugnabiê amorif 
Née veuii in mentem quorum ooneederiê arott f 

Vers tirés de nouveau de VHnéide, IV, 38, 39. Pétrone 
s'amuse à relever son coule milésien d'une petite pointe 
de parodie latine. 

Le beau soldat ne tarde pas à b'éprendre de l'inconsolable 
veuve ; ce sera, si Ton veut, le pieux mais tendre Énée, 
l'Énée persuasif, entreprenant de la première partie du 
livre IV, le héros dont la niAle vigueur a séduit la reine 
de Cartilage : 



^N., IVy 1 1. Q^em $e$e oreferenê! quam/orti pectore el armiet 

IV, 4 Jlœrent infixé pectore vultue 

Verbaque 



LA FARODII IT L'iMITATlOlt DANS II SATIAICON. 126 

Cf. Sattrkan, chap. 112, l. 20 : Née defomiU oui info- 
euniui juvenis easta vldebatur» 

La veuve si pudiquei désespérément Adèle à son pre* 
mier époux, ce sera Didon qui s'écrie (jEn., IV, 25 sq.) : 

Vel pater omnipoienê adtgat me fulmine ad umbras, 
PaNeniee umbra$ Erebi noetemque profundam, 
Ante, Pudor, quam te vtoio aut tua Jura resoîvo» 

Notre matrone succombera toutefois dans le cotidUorium 
comme Didon dans la caverne ; mais la similitude s'arrête 
là ; rhéroino du conte éphésiaque ne connaît pas le re« 
mords ot encore moins songe-t-elle à gravir le bAcher de 
Didon. 

Toutes ces allusions, que nous ne croyons pas prêter 
gratuitement à Pétrone, ^^e lainsent seulement deviner, 
tant la touche de l'écrivain est délicate I et dans celte ra- 
pide flt joyeuse contrefaçon des amours épiques, rien 
assurément n'auloriscrail à croire que i'élronc ait voulu 
manquer de resp(*ct à son poète favori. 

Do distance en distance apparaissent encore, dans ce 
morceau, des expn^ssions poétiques et Ton voit briller un 
instant la lueur d*un lointain souvenir. 

Chap. 111,1. 12. Faniis passii» proscqui erinibiis sut nadstum 
pcctuë in conspcctu friM|ucnlia3 plaiigcrc 

Mi., I, 479 iq ibani 

Criiitbtiti Iliades paêêùi 

et twiêic peefora pafinii. 

Chap. 112, 1. 88. Supromoqiio inandavcrniit officie. 

XI, 61 qui êupremum comiteniur honorem. 

Notons encore : 

Chap. 111, 1. 88 facicmqao anguibut scctam 

Ov., Faêteêp VI, 148. Et rigide $eeta$ invenit uugue genae» 




^i^ 



1S6 OBAFini m. 

et remploi tout poétique de âidueen dans cutte phrase 
(Ghap 111| L 87) : oc nihil profutuiro g$mUu peeiui diduee^ 
ret} ainsi que les tours oratoires (Ghap. 112): iedgladlojut 
dietunm ignavim mum; et (Ghap 112) : Ne Uiui, inquU, dt 
sttianU 

Sautons deux chapitres et nous voici encore une fois 
en présence de souvenirs de VÉnéide. G'est une tempête 
que Pétrone va nous décrirCi tempête classique dont les 
chanU ly III et V de VÉniide lui fourniront les traits 
principaux. Tout au plus une intention très générale de 
parodie se tmduit-elle par une certaine enflure du style; 
mais le morceau paraît en somme traité avec soin comme 
un thème d'école. 

Les tempêtes des livres I et V de VÉnéide éclatent 
comme colle qui va briser le vaisseau d'Encolpe, non loin 
de la Sicile, bien que dans une région diiréi*ente : 

Chap. 114, 1. 8. giciliam modo vontus diibat, saspissime [iu oram] 
Italie! litoris aquilo poisessor convcrtebat hue illiie obDoxiam — 
ratein. 

ACn,, I, 84, 36. Vùo e co9iêpectu Sictdœ teHuriê in altum 

Vefa dabanl. 

V, 17, 18. Magnanime jEnea, non, ni mihi Juppiter auetor 
Sj)ondeat, koe »perem Itaiiam eontingert cœio, 

Gomparonsi pour ce passage, Pétrone à Virgile. 

Chap. 114, 1. 4. liihomiit mare, uubesquo uudlquo addueta 
obniore tcncbris dicm. 

wf:fi.,1Ii, 194: 

• ••••• ••..•.. imber 

m 

KocteM kieMemquô fereni el inkorruii unda tenebtit. 

et. le même vers, V, 10, 11. 




LA FARODII IT L'iMITATIOlf DANS II SATIllICOlf. 127 
Cf. tU8Bi : 

JBk.p I, 88f 89. Erijpiwnt mbiîo nubtê emlumquê dièmptê 

Teuerorum ex oeuHê. 

III« 198. htvolverê diem ntmbi. 

Vf SO atque in nubem eogitur atr. 

Cbap, 114, 1. 6. Sed noo cortos flactas ventât impulerati née qvo 
destinarct eanum gubernator sciebat. 

JEn.f I1I| 200. Exeutimur cunu, ei eœeiê erramuê in nnUê. 

V, 20-24. Cowmrgunt venti. 

Née no$ obniti eontra uec tendere tanium 
SiifficimHê. tSuperai qHoniam fortuna, ieqnamurp 
Quoque vocal, verfamuê iter, 

Chap* 114| 1. 10 tam spis»» repente tciiebm lueem sap- 

pretserant, nt ne prorain quidom totam gubernator Tideret, 

JEn.fW^ 12, 18. Ipêe gubernator puppi Palinuruê ab alta : 

« Heu ! quinnafn tanticinxerunt œthera nimbif » 

IIIi 201 f 202. Ipee diem noetemque negat diseemere etclo 

Née memiiiiitie viie média Palinuruê in unda, 

Chap, 114, 1. 18. Lichas trcpidans ad me supinas porrigit manas. 
JEn.f I, 93. Ingemil, et dupUeeê tendenê ad aidera palmae, 

Chap. 114, 1. 17. Et illam quidcm vociferantcm in mare ventui 
ezeussit, raptatumque infetto gurgite procella eircnmegit atque 
hausit. 

^£fi.|I, 116 • exeufiiur pron^êque magiêter 

Voleitur in eaput; ait illam ter fluctué ibidem 
Torquei agem circum et rapidun voral ivquore veriem. 
Apparent rari nanteh in gurgite voêto. 

Chap. 116, !• 19. Cibisque naufragio eorrnptit utennque enrati. 

^£^.f I, 111 f 178. Tum Ctrerem corruptam undie 

Expedtunt 




MM 



188 OHAFITAI III. 

Chip, 116, IvtO. Cmi ponertaitts oontlUan, enl bm fftgloal •!•• 
dertmtti. 

« 

Ain., 1, 806* ••••••••• eœtrê lûcoêpiê 

Sœplorart novoê, fuâê tmUa ûêeeêêtrii ûtoê, 
Qm^ i$H€ani, 

Chap. 116, I. 86. Ita nuDe mortaloii •! magiils eogltotioiilbiit 
peeton impiété *, 

ACn.p VII, 426, 420. / nune, nigraUê offer ie, irriêt, perieiiê, 

Tffrrhenaê, i, êUme aeUê; 

Cluip. 116, !• 18. Destlnatum earpimut Iter te momento temporb 
in montem sadantes eotitocndimui, ei que haad procal impo* 
•itam aree tabliml opplilam certiimni. 

^N,,I,418-420« Corriiinere viam initrta qua êemUa mondrat. 

Jtîmiim anendebatU edlem qui plurimuâ urbi 
Imminri advtr»aitqu€ otpeeM dtêuper aretê, 

Chap. 124, p. 02,1. 4. . . . .tcUeitantium, quod gennt hominum 
«at ntide Yeiiiremuf. 

I, 630. Qnod genuê hoc homiitnnt t 

VIII, 114. Quigenuit undê domot 

I, A17, 618. Qiwforînna vin$, ehuem qno Utort Unquanif 
Qnid veniani, ...... 

II est claiFi d'après la collation qui vient d'ôtre faite, 
que, dau8 le passage précédemment étudié, Pétrone a mis ' 
à contribution lo vocabulaire de V Enéide. 

AiuKi qu'il est natui*el| dans les vers de Pétrone, plus 
encore que dans sa prose, se rcmonlrcnt des imitaiions 
directes de Virgile. Les poèmes sur la prise de Troie et 



I. r.o iiioiivom«Mil i*Hl (iiiiiM lldrnro aiiMHi liioii qiio ilans Viiyilo. MnU 
M. («dltiiclilirli <V. <«liii|i. IV, |i. "i^i't) iiyiiiil vuiilii rocunnalln^ ici iino 
IniiUilitiii c«l lll^lllo iiiii> |)iiriHlio do 8t*iin|iio, iioiih no riiisoiitt roUe rol« 
IhUoii i|iio |Hiiir nuiiilriT l'iiiiinitt* tli* roiiaiiiM ra|i)iru('liciiiciilii runilé« 
»iir ilo tfiiiiploii iviiftiiilroH do muiii uii do l(iiiiiiiirc«. 



i 



LA PAHODII IT L'iIflTATlOlf DANS LB 8AT1III00K. 129 

•ur la guerre civile vont Aire étudiés i ce point de vue. 
Signalons encore quelques autres réminiscences éparses 
dans les morceaux poétiques du Satiricon : 

Chsp. 127, 1. 7 cttin io ooncoMO Juiixlt amoii 

Juppiter et toto eoncepit pectore flatnmas. 

^A., VII, 856. Kecdiun animuê toto pereepii peetore flammam. 

Cbap. 181, p. 98, 1. 2, Et mollet violas. 

Eeloff., V, 88. Pro molfi viola 

^M.y XI| G9. 8eu MoffiM vioiœ 

Et dans la prose qui suit : 

Chap. 131, 1. 8. Premebat illa reioluta marmoreii cervicibas aa* 
reum torom '. 

Oeorg., IV, 522. Tum quw^ue marmorta eopui a eerviee rtvulêum. 

Chap. 183, 1. 12 • . • led inopi et rébus egenis. 

A^n., VI, 91 .êuppltx in rthtu egeniê 

Cbap. 13:1, 1. 20. Spuiiiabit patoris horuat liquor. 

ACn., I, 738, 739 hatuit 

Spuinaniem paieram, 

Chap 184, 1. 28 liiiin descendit Imago 

Cartniiiibus dodiicta incis, 

i?c/o^., VIII, G9. Carmina vel calo po$iunt dedueere Imuim*» 

Chap. 184, 1. 27 Phœbeia Circe 

Canninibus magicis socios mutavit Ulixb. 

C'est un vers de Virgile presque littéralement transcrit. 

Eelog., VIII, 70, Carminibuê Circe toeioê mutavit Uîixi. 



I. Goraelisson, Ad Petronium; Mnémotifnt, I88'Z, lit : • revoluta •, 
«ful serait alurii à mpproclior de ^«.^ IV, G91 : 

■ Tor revolula toro oHt •. 

% Ce vers se trouve parmi les graffltè do Pompôi. Gomparottl, Ytr* 
§tiio nêl medio evo, i^ago 30. 

OBiTieva LirréiiAïaii. 9 




180 CHAPITM lit. 

Le mot m^gieii se lit quntre vers plue haut : 

• • • • • «1 magieiê êanoê attritn êacriê, eto. 

De la même t^glogue VII I, Pétrone peut e'étie souvenu 
dans ce pussago du chapitre 181» 1. 22 : 

UIa de sina lielnm protniit varii colorii fllis iatortniii eorrieeoiqao 
vintit 



Cf. Eclog., VIII, 78 : 

Tema tt%i kne primum iripiiei divôna edorû 
léieia circHuèdo, 

Chap. 189, V. 8. Ilellcspontiaci lequitar gravit ira Priapl. 
Oeorg,, IV, 111. Heihji} outiaei servei Mefa Prùiid. 

Frsgni. XXVI. Hie ilue coiicabitu tvxtit apis eicita coris, 

Q^rg., IV, 1!*7, 198 : 

///if/ii adeo liaciuMô aj ibuê mirahûrc mortm 
QwhI netjn9 coneHlitu mMgnui 

rragm. XXX oppida bello 

Qui quai If. 

Ain.p IX,ti07. Àutraêifi» Itnnm tiouini, auiquatU ùpi:idahdh. 

Nous avons n^servé un pas^aKe où des vers de Virgile 
sont reproduits dans une ùvidonte intention parodique et 
•ous forme de contons. CVst la seulo trace de ce genre de 
plaisanterie que nous suihibsions dans POtrone. Ces con- 
tons de Virgile n*ont qu un rapport tout extérieur avec 
ceux que plus lanl| sérleuiieuiont et Ial)oriou8ement, coni- 
|M)seront des auteurs dont IUoho a réuni les pières an 
tome 1" do son Anthologie lalh\c\ On songerait plutôt à la 

I. AHthoitigta Intlna, Vnn isréoi*. CanuiHa irnUvtt ParêMiiii 103IM 
nZ/M Snimtiii«9tt ; pluct^M 7 à IS. Un y ruiuur<|uo, ciilro AulroH, la 
Irtigôilio ilo .l/f'i/i'e (p. 17. 40t wro, «puvrc d'Ilu^ldius Geta, conlcin- 
poiniia do TerUillicn, miIoii CumparfUi. 



A 



LA FAAODIB BT l'iMITATION DANS LB SATlllICOX. 181 

dernière partie du Cento nuptialis d'Ausone (Idylle XIII, 
Pareebaiii). Mais ce qui est ches Ausone un Jeu prolongé| 
un exercice qui a ses règles (voir la I^face & Paulus), 
n'est pour Pétrone qu'un dlTertissemeut d'un instant. Il 
n'est pas homme à s'attarder à ces futiles ingéniosités où 
se complaira une littérature vide d'idées. 

On s'étonne toutefois qu'AusonCi dans l'Apologie dont il 
fait suivre son centon, n'ait pas cité Pétrone pai-mi les écri« 
vains dont l'exemple l'autorise; mais, cette surprise, nous 
l'éprouvons cliez bien d'autres auteurs, également muets 
sur le Sfitft'icon, et ccpemlant si voisins parfois «le Pétrone 
par l'inspiration comme par la date, Martial et Aiiulée en- 
tre au tre.4. 

On ne peut nier que la parodie à laquelle nous faisons 
allusion, rhap. 137, 1. 27 sq., soit spirituelle, bien qu'étran- 
gement risquée. Les beaux vers de Virgile y sont trans- 
posés avec une impudeur singulière. Les deux premiers 
nous peignaient au sixième livre do V Enéide (v. 4G0-470) 
le farouche ressentiment di; Didon insensible aux lardives 
et froides fxituiies de celui qui l'a abandoum^o. Nous la 
voyous, implacable, inllexible, s'enfoncer «lans la forêt do 
myries où errent les tristes virttuies de l'amour dont l'in- 
guérissable blessuro saigne élernellement. Mais au lieu 
de poursuivre comme Virgile : 

Qmnn fi dura i>if*ix mit utet Mnrjicua caufeâ, 

Pétrone termine sa phrase par deux hémistiches em- 
pruntés, le premier à TÈglogue V, v. IG : 

Leiita salix ..«....•« 

le second à VÉnèidc, IX, v. 435 : 

Uifêove pa pavera ro*h» 

l^as plus qu'il n'a respecté le pathétique épisode de 



182 CBAFITRB III. 

Didoni 11 ne respectera la comparaison si gracieuse ^par 
laquelle Virgile exprime la mort toucliante du jeune 
héros Euryale. 

1/effet est comique : Pétrone n'a pas voulu autre chose 
et n'a certes pas cru manquer de respect à son poète de 
prédiIoi*.tion« Ausone lui aurait reproché d'avoir transcrit 
litlérolemont doux vem de suite : Yariis d$ loeis semibus' 
que diversU qturdam canninii itmctura tolidatur : in wmm 
venum ut eoeaiU aul citii duo, aul unui et ietiuem cum iiif* 
dio. Nam duoi junctim loeare ineptum est, et très nna série, 
merx nmjx. (Ausonius ad Piiulum.) Le dernier vers se 
conformerait donc seul aux règles du centon, telles que 
les a édictées Ausone. 

Nous croyons avoir indiqué les principales réminis- 
cences de Virgile chez Pétrone. Peut-être un dépouille- 
ment encore pi 18 rigoureux en découvrirait-il de nouvelles. 
Les exemples <]ue nous avons apportéis prouvent que Pé- 
trone so souvient ù propos, soit en vers, soit en prose, des 
expre^Hions et des tours de son poète favori. Il sait à Tocca- 
sion fuira dévier à une signiflcation comique les vers qu'il 
emprunte; le plus souvent il puise dans r£WiV/r le vocabu- 
Inira de ce style épique dont il revêt avec une li^gère ironie 
la narration d'événements qui ne sont rien moins que no- 
Mes, faite par don héros do tavorno et do lioux pires encore. 
Go style liérulH*omique est celui que di^llnit Doilc.iu dans 
la préfaco du lutrin : « C'est un burlesque nouveau dont 
je me suis avisé on notre langue \ car au lieu que dans 
l'autre burlesque Didon et Ënée parlaient comme dos 
harengères et des crocheteurs, dans celui-ci un horloger 
et une horlogèra parlent comme Didon et Ënée. » 

A quel genre d'imitalion appartient le poème : Troj3e 
halosis (Chap. 89), que Pétrone fait déclamer par Eumolpe? 
C'est ce qu'il convient maintenant de i*echei*cher. Cette 
étude entraînera logiquement celle du poème : De hcllo 



LA PAAODIB ET L'IMITATION DANS LB SATiniCON. 188 

eifMi, débité aussi par Eumolpe, et où nous rencontrerons 
encore des imitations de Virgile, unies cette fois à de 
nombreux souvenirs de Lucain. 8ont-ce là deux parodies, 
comme on Ta soutenu ? 

L'une et Tautre pièce tiennent au sujet par un faible 
lien. Mais, puisque c'est le procédé de Tauteur do mêler, 
connue dans la Ménippie, les vers à la prose, puisque les 
vers ou les dùclaïuations in8éi*ért dans son œuvre ont pour 
but d'y introduire plus de variété, et qu'enfin il cnt vrai- 
semblable de prêter à un poète la manie do réciter ses 
poésies, nous accepterons sans la discuter la donnée de 
l'auteur. 

Donc, à la vue d'un tableau qu'Encolpe considère avec 
une extrémo ailention et qui représente la pri^e^e Troie, 
Eumolpo, poète improvisateur, éprouve le besoin d'expli- 
quer à sou compagnon dans la langue dos muses le sujet 
de celte peinture*. Il nous gratifie de G5 senarii gracanici 
qui raconteni exclusivement Tépisode du cheval do bois* 
Ils correspondent aux vers 13-5G, 105-227, 250-207, du 
chant II de VÈnèide. Un seul vers : 

hoc ad flirta cornpositus Sinon 

FIrinabat 

résume l'épisode de Sinon. (57 à 104 de VÈnèide.) l/intro* 
duction du cheval dans les murs de Troie (^K/i., II, 2:i8* 
249) est ici coniplètomcnt omise. Au tot^il, la matière trai- 
tée eu 192 vers hexanii'treM de Virgile, pour nous l>onier 
aux piirli(>s diractement imiléen, est chez Pétrone conden- 
sée en C5 sénaircs. Celte première constatation rend déjà 
fort suspecte toute supposition de parodie. La p.'u*odie est 



l. II osl (liflicilo ilo fli'viniT, d'aiin's lu Trojic haionèi,\(*t\\\o\ ilosup!- 
sodcfl qui y Muiit rrlnti'if (•lail Miippusi* n*|MVM>nl«* hiii* li* luliloaii. Pn>« 
babliMiicnl lu niurtilc Liiofoon oi île ««'M oiifanli. ((X lo raiiicux gniupo 
d'AgcHumlru, i'olydufo et AUii''nufJor(*.) 



184 OHAPITM IM* 

d'ordinaire parallèle i Tœuvre qu'elle veut railler, puis- 
qu'elle porte surtout sur certains détails qu'elle exagère 
ou ridiculisa. En fail| nous avons ici une réduction d'une 
partie du chant II de V Enéide. 

L'auteur a-t-il voulu on critiquer les idées? mais son 
résumé suit de très près et sans y rien changer d'essen- 
tiel la narration de Virgile ; le style ? mais il lui emprunte 
textuellement bon nombre d'expressions; la versification? 
mais son mètre n'est pas le mémo que celui de V Enéide. 

Alorsi cst-co d'Enmolpe qu'il se moque? de cet outre* 
cuidaut qui ose rivaliser avec lo divin poète? Mais, dans 
ce <*aS| il lui aurair prôté des vers franchement mauvais, 
Geux*ci| pou originaux, sont recherchés quoiquefois, né- 
gligés souvent, mais non pas ridicules on dépourvus de 
qualités. On peut mc^me reconnaîtra une certaine valeur 
à ce morceau d'écolo, exercice do versification qui ne 
manque pas do brillant. Le jugement énoncé par M. Mau- 
rice Souriau* me semble le vrai. Péti*onoa fe^implemeut uti- 
lisé à cet endroit uno do ces pièces d'école où les jeunes 
gens s'attacliai(»nt à refaira à leur manièiv quelque page 
célèbre dos grands autours. Il fallait, dans un travail de 
cette nature, tirer parti de ses souvenirs, mais innover 
dans l'expression, étendra ce qui était braf, raccourair ce 
qui était long, varior les couleurs et le tour; n'est-ce pas 
1& prcViséinent lo point capital de la doctrine littéraire de 
Pétrone, telle quo nous l'avons extraite do divers chapi- 
tras du Satiricon f 

On no saurait décider si nous avons sous les yeux une 
composition do ce genre, essai de jeunesse que Técrivain 
glisse dans un roman, ou s'il s'est anmsô à refaire ici un 
développement analogue à ces exercices d'élève. Quoique 



t. De deornm MiHisteriit in Phartaiia, Tll^•o lutino pour lo doc- 
lonit, 1885. 



LA FAnODII BT L'iMlTATfON DANS IB SATIBICON. 186 

, Pétrone se soit affranchi et parle avec beaucoup d'indé- 
pendance et d'ironie des travaux de l'écoloi il a passé par 
cette discipline et s'en souvient*. 

Remarquons seulement que Pétrone va moderniser Vir- 
gile tout en l'abrégeant. Les hexamètres de V Enéide seront 
réduits en sénaires et le sujet sera repris à la façon de 
Sénèque le Tragique. On croirait lire un chœur des 
Troymnes. Telle est la nouveauté. Que vaiU-oUe? Pétrone 
nous eu laisse juges et su dérobe. La pièce déclamée par 
Eumolpe est accompagnée du commcnlairn que voici : ..• 
ex is, qui in porticibut spatiahantur, lapides in Eumolpum reei" 
tantetn misentnt. (Gliap. 90, 1. 1 •) C'est ainsi qu'on accueille 
ces vers : on lapide l'auteur; mais Eumolpe e.*t habitué 
à de tels applaudisnements : at iUe qui plausum ingenii sui 
noverat (Ghap. 90, 1. 2) et no s'en ti*oublo pas. L'auteur ne 
saurait mieux indiquer qu'il u'attnche aucune vanité à un 
moi*ceau hasardé dans ces conditions. C'est par précau- 
tion oratoire qu'il lance sur Eumolpe quelques cailloux. 
En tout cas, on ne saurait considérer comme une parodie 
de Virgile une pièce où nous relèverons constamment des 
centons, des vers du poète, simple adaptation en sénaires 
et raccourci plus ou moins heureux de l'épisode du cheval 
de bois, tel qu'il est raconté au deuxième chaut de V Enéide. 

Ainsi que chez Virgile, le récit est ici placé dans la 
bouche d'un Troyen, qui raconte les événements funestes 
dont il a été témoin. 

patria, piilnas mille crcJidimtis rates. (Vera 11.) 

Mettons en regard Pétrone et Virgile dans la Tivjx Aa- 
losii : 

Vers 1. Jam décima mœstos inter ancipitet metus 



1. Cf. chap. IV,. p. 28S. 




186 CHAriTm m. 

Vert 9. Pluygas obtUtobat meMb et ▼aCls ûâm 
8, Calobantb alro dabia pendebat meta, 

JSk., Ut 14 Mjam labm U ibui amù. 

198. AVn anni domH9rû dee$m 

182 Ha digêrU omina Caiékûê. 

IX| 718. Immiêitqnû/ugam Teueriê olmm^iM timorm^ 

V..4. Cttm DelU ' profniite c»ti Tertices 

6. Ida» trahantar aciifaqae in molem eadant 

Ifi 185* liane tamen mmenêam Ctthkaê aitotterê mottsi 
18G. Robwihnê iôxiiê eœ!oque edueere JuaU, 

y. 6« Robora, miuacom qiia» figarareut eqaum. 

Ifi 160. Qmo moUm hane mmauiê equi êiatueret 

V, 7. Apcritar ingons antrum et obducti tpecns 

8. Qai eaitra caperent. Ilac decenni pra)lio 

II I 19. Jnetudunt emeo iateri, penituêqut cavemoê 
Inginttê Hteruntqite armato milite eomplemi. 

Cf. II, 198. Non anni doMHere deeetn, 

V» 9. Irata virtus abditar ; stipant graves 
10. Danai receMUi, in tao voto latent. 

VI| 516 Ki armât uin j^editem gravie alMU alva^ 

II, 18* Une détecta virui» êortiti eorjiora furtim 
Inetndunt eœeo tateri, 

II, 17, Votnm pro reditu simulant 

II, 48. ÀHt atiquiê tatei error 

V, 11. patria, puisas mille credidiinns rates 

\ \ II, 241. jKitria, o dimm domuê llium 

\^ II, 198 non mille earinm, 

II, 26, Noê abiiêêe rati et venlo lyetiiêêe Myeenae. 



t. Comme il .Vagit do Diane. « Pallsdis arte i, Je lis v. 15 : • Délia •• 
Cr. JEn., II, 171 : 

• Neo dubiis ca signa dédit Tritonia monstris. • 



LA PAAODll IT L*III1TATI0II DANS L« SATIRICON. 187 

y, 19. Solamqae bello libanmi x hoo titulas fsro 
Incboii 

IIi 28. DeêûHanmû videre loeoê, fifHâque rdieinm, 

IIi 61 inqnêfêri eurvam eomfmgibuê tUtum. 

y* 18 Hoc ftd flirta eompotltas Sinon 

14. Firmabat et mqpa temper in damnam potont, 

II, 162, Ilie dotU iMtntciuM et arte Peîanga. 

IIi 164. Voi «terni iyntn (Sorinont de Sinon.) 

II, 64 êi menu non Itcwi /tuêêei, 

y. 16. Jam turba portii libéra ae belle carcnt 
In Tota propcrat. 

II, 27. Pandunfur jioHoi ; juvai ire et Dorica coêira 
Denertoniue vîdsre loeoê, litusque reUetum» 

y* 16 PIctibut manant gcnn 

17. Mentîtque pavidn gandium laerimaB habet 

II, 26. Ergo omniê longo $o!vit êe Teiierta luetu, 

y. 18. Qaat nictoe abcgit. Namque Neptune tacer, 
II, 201. Jjaocoanf duetitê yejtttino êorte »(ieerdoi, 

y. 19. Crinem tolutut, emiie Laocoon raplet 

II, 41. Ijaoroon arden» êtimma deenrrit ith aree, 
Et prorul ; < niiVteri • 

y, 20. Clamore valgus. Mex reductii cu«pide, 

II, 280 $acrum tjni etmpide robur 

Lteêent, 

y* 21. Utemin notavit, fata sed tardant mnnum, 

II, 62 tiferaqne reciiêêo, 

VI, 516. Cum fataVê equuê • 

II, 54. Et, êifatadeum, êi metu non itrva fuiêêei, tq, 
II, 34 êeujam Trqfœ »ie fata ferebant» 

y. 22. letatque resilit et délit addit fidem. 

II, 48 Aut ulla putatiê 

Dùna earere doliê Danaum f 




188 OHAPITM III. 

V. t8. IltniM ttmen oanAmiiit invalldani aaaum, 
M. Atquê blp«nnl latarâ portamptat Frendt 
96, Caplira pnbM intui, ot dum mannar»t| 
90, Roboraa moles tplnit alieno meta* 

U« 58, Inêonnerû cavie gemitumquo dederû MVtfMi, 

V. 27. Ibat Javentaa OApta, dum Trojam eaplti 
98, Ilcllumque totam fraude dueebat nova. 

Vllf 296. Num eaptipotnere cajii * ? 

V, 90, Ecco alla monftra : cclta qua Tenedos mare 

]Ii 908. Kcee antem yemini a Tm^do îranquUla p$t «ite. 

V. 80. Dorso replevfti tumida eouturguiit fréta 

81. Undaque retultati iciësa trauquillo miuori 

82. Qunlii tilouti iiocto remorum toiiut 

88. Lon^ rcfertur, cuui premuiit clastei mare 
84, PuUuDiqitt marmor abicte iuiiioiita gémit. 

Qeorg,f 1, 264, reifuê tmjteitere wiannùr. 

V, 85. Kctpicimus : aiigncs orbibui geminii C^rnut 
86. Ad suxa Huctut, tuiiii«Ia quorum pcctora 

^*N., 11, 204. iinmenêiê orbêbttê anffU9Ê» 

V. 87. Uatct ut alta) latoribus spumas aguut. 
II, 209. Fà êoniiun nputnante êalo 

y* 88. Dat cauda tonitum, liber» ponto Jnbje 

II, 206. Peetora quonan intw fluctué arrecta Jubmquê 
Sanguinew êuperant undaê. 

y* 89. Couientittiit luminibus, fulmiiieum Jubar 

II, 210. Ardett(e»qu6 ocuhê êuffeeti êanguine el ^^im. 



I. Cf. Lucr6r«c, 1, 034 : 

• deceptaquo non céplatur i. 

Horace. EpUt,, 11, I. IjO : 

• Gripcia capta ferum victorem cepit t 



il 



Intj>!{('((f 

V. 45. Ad ora rcferunt, ucutcr auxilio sibi, 

46. Uterquo fratri : tr«ii8tulit pictos vicot 

47. Morsqae ipsa miscrot iiiutuo perdit mota. 

If, 218 biê collo êquamea eireum 

Terga dtiiî, 

V. 48. Accumulât eccc libornui funut parons, 
49. Iiifirmut auxiliator. Invaduiit virum 

II, 21 G. Pont i'imum auxii/o êiibeunlcm ae îtlafûrmU^m 
II, 213. ÏMocoonta jmtunt 

V. 60. Jam morte pasti, membraquo ad terram trahunt. 
II, 215 et miêeroê morêu depaêcitur artuê, 

V. 51. Jacet tacerdot iiiter aras victinia, 

Virgile noua otTre également la comparaison avec une 
victime : 

II, 223. Qnaliê mugi'un,ftigit cum êuuetuê aram 

Tauruê et ineertam excuêêit eervke êeeurim, 

V* 62. Terramque plangit. Sic profanatii sacris 
- 53. PeriCura Troja pordidit primum deos. 



140 OHANTM III. 

V. 64. Jam plana PhttiM candidam eitalonil Jobari 
55. Minora daeans astra radiantl faeti 

II, 250. V$riiiur ùUerea eir/mii, ei m/l Ocâono mom. 
II, 2M taeitm per amiéa $UmUia twm, 

y. 66. Cttm Inter lepaltos Priamidat nocte et mero 
II, 2C5. Invaduni urbem êomno viHoqne êepullam. 

V* 67. Diiuai rekxaut ckuttra et effandant Yiros, 
H, 269. Laxnt etawiira Sinon 

V. 68* Tomptant In armie se dacot, cea nVi tolet 

59. Nodo roniltaat ThoMali quadrnpct JugI 

60. CervicoDi et altaa qoatoro ad excurtam Jubas. ' 

61. Gladiot rétractant, eoinmoveiit orbes manu 

X, 8ilG, 8tiHfanme$qHô miatul dîgUi^ ferrHmqnc nlMMfafil. 

V. 62. Ucllnmciue tumunt. Hic graves alint mcro 
68. Obtraucat et eontinuat in murteiu ultimam 
Houuios, 

IX, 331-337. Eijuvenem Sermuma, itla qui pturima uoeU 

Litêerat, insi'fuis faeie multotine jaMhat 
Memhra deo vietuê. 

Cf. IX, 324. 

Cf. encore Pétroiiei cliap. 79, p. 64| 1. 2 : 

DMbilavi, an uirnmquô îrafieerem ghdio, êomnumque wnofH 
Jnngerem* 

V. 64 ab aris aliui acceiidit faces 

66. Contraque Troas invocat Troia) sacra. 

Ainii qu'on a pu en juger par cette comparaisoDi dana 
tout ce nion*.eAU| lu prt^occupalion des idées et des termes 
de Virgile est sensible. Ce parnllàle nous montre PétronOi 
tantôt reprenant les oxprc^isions de son modèle, tantôt dé* 
veloppant une indication fournie luir un mot du poète. 
Quant à la parodie, on en cherche vainement les traces. 



LA PARODll IT L'iMlTATIOlf DANS LB SATIRICOK. 141 

Nulle part n'apparsitt chez notre auteur le dessein de ridi* 
enliser celui dont il pille ainsi le vocabulaire. Un corn* 
mentateufi Gohsalo de Salas, comparant les doux mor« 
ceauX| va môme jusqu'à donner la supériorité à celui de 
Pétrone '• 

Mais ii y a dans la Trojx halosit autre chose que des 
imitations de Virgile et c'est le caractère de ces additions 
qu'il nous faut à présent étudier. 

Tout virgilien qu'est PélronOi il n'a pas pu se dégager 
de Bon temps ; il aime le traity les antithèses briilantesi 
les expressions rares : refufjiendum est ab omni verborum 
vilUaU. (Chap. llS, 1. 20.) S'il a encore des prédilections 
classiques, le goût classique lui manque ; il en ont ainsi 
de lous ceux qu'on a nommés les pseudo-virgilienS| do 
Stace, de Sitius Italicus. On n'a pas impunément lu et 
imité Lucaiii. Les fautes de goût, la préciot^ité, la bonr- 
souflure, qui déparent si rarement la prose de Pétrone, 
sont, au contraire, très fréquentes dans ses vers. 

Dès lors qu'il refait un morceau de Virgile, il se tra- 
vaille a imaginer du nouveau. Il semble, s'il m'est permis 
de hasarder de tels barbarismes, qu'il ait voulu ici lucani^ 
tel* Virgile, alors que dans le De bello eivili, il s'ellbrceRi 
de viryUianiser Luciiin. 

D'abord, c'est bien le même écrivain qui a composé les 
deux morceaux; on en est averti par la couleur géné- 
rale du style, par le retour de certaines expressions qui 
paraissent plaire à Pétrone. Le début do la Trojx halosis 
a quelques rapports avec celui du De bello eivili. 

Trojœ hatoêiê, v. 1. J«in docinis iiiiettoi inter tncipitos metut 

Phrygat 

De bello riv, , eh . 1 1 9, 1 • Orbnm jatn totum vielor HomanuM habehat. 



1. Cf. sot Commenta, p. U2. Burnunn, édit. do Pétrone, 1709, tome II. 



149 OHAPiTm m. 

Trt(fm kêlHiÊf ▼• 84« Pttltumqtta marmor 

De Mtê 9t9., %h. n9«S gratiitê ftnêa fiêtêa mrMè. 

88 Ilbcm pottto JttUi 

89. CoiiMiitlttiit Itttnlnibtta 

246. ConneH^itqM fngn ûkII titmtr 

68* TeiniiUnt lu armit m doeet. 
175. Et iemjitutû manuê 

Le morceau dont celui-ci te rapprocherait le plus aérait 
UD chœur de VAgamenmon de Sénèque. Pour le ton général 
ai lei elTeta de ityle, les deux passages offrent des resaem- 
blancet aisées à saisir. 

Cf. Trf^m hatcêtê : 29. Ecce alla monttra 

De brth cii/N: 18. Eccu ali» cladcs 

Agam, 522. Kcce ah'ir eîatlnê : fnhiiina irati Joviê^ 

618 iq. U^êtiVi anuin 

Tmjn biê qHtut», 

Uuhià nticfiê itr.ntMra faio, 
Vidimnê ntuiHtufa doua moUb immenêm 
DanauMque falnh Mimiiê dHxmnê uoêtra 
Cmdnli dajr.fra : friMMthjHe êirjte 
Umme m primo $outjHm, euvenèiê 
Coudifoê rr.geê belhtmqua grjtian». 
Et Henit venare dofoM, nt ijmi 
Fraude una rajtti caderent Peia»gt\ 
Strpe eoiHiHoite êonnere jHtrtHOPf 
TacitUfuqHe MitrniMr perrurnt aureê, 

Et /rcMHtt imth ênhdoh 

Purrtiâ Pyrrhiin Uhjni^ 

Sftrnra met m Troiûu pubeê 

Sncron gmidd faugtire funeê. 

On reconnaît ici le mémo procédé d'imitation que dans 



LA FARODII IT l'IMITATIOIC DANS Ll SATIRICOK, 148 

Pétrone : des expressions prises à Virgile , des traits 
cherchés et des oppositions de mois : 



Les vers : 



• • t • • tremUi'tqH6 êwfiû 

Téiminû in ivrimo 9oni}te$ • 

Taeitumque murmur^ 



EtfremttU maie êubdolo 
Parens Pyrrhuê Uly$td 



rappellent : 



.frsmi^ 

Captiva pubtê intuêf et dum Murmurât, (y, 24-26.) 

Cf. encore : 

Fraude iua eapti eaderent Pcloêgi (Agam., (î22) 

avec : ^ 

Ibatjuventuê eapta, dum Trojam eapit, (?. 27). 

Mais cc!S affinités sont toutes Tortuites. Pétrone subit 
simplement led mêmes influences littéraires que SénêquOi 
lequel, bien qu'il cite et loue souvent Virgile, n'en est 
lias moins dans ses œuvres poétiques asHox pou virgilien. 

Voici lei princip«iux cnjolivcmoula ajoutés par Pétrone 
à la malièro traitée par son modèle, avec lequel il rivalise 
discrëleinent, eu écrivant dans le métro Irngiquo un frag- 
ment d'épopée. Il ftemble s'élre propO:sé par-dessud tout de 
rechercher la concision ; il a une prérérencc marquée pour 
les expressions énergiquesi les alliances do mots brèves 
ou frappantes, les tours hardis, les termes emphalii|ues. 

Chap. 80, 2. Ohêidehat mtnun'ê, . ., ta lieu do : annim, 

8. Qui eaêtra eapercuf, . ,, au Heu du siinplu s 

• . • , armafo milile comptent 
• de Virgile. (éEn., II, 20.) 



144 ONAriTRI III, 

!• Jraia WWn« aUiUir 

16. h fÊOia fnit€rat 

19. CriiMm êottêiHê^ au lieu d« t «ntM#. 

Il force presque toujours rexproMion juste et naturelle 
qui est dans VÊnHde; il ajoute des traits presque puérils : 

• s 

10 iM «MO voto latent, 

ou oonloumés : 

17. MmtlêfjH9 favid» gaudinm lawirnaê Aoftel. 

que suit cette brusque transition : 

18. Qhoê metuê abegit, 

24 iq firemU 

Captiva pubeê intuê, et dum mummrat, 
Boborea motee ejfirat atieno wtetu. 

Ces derniers mots ne peuvent guère s'entendre qu'ainsi : 

La masse de bols semble respirer par Teiret d'une peur 

qui n'est pas la sienne '^ ce qui est évidemment détestable. 

D'autres vers sont encore plus recherchés, par exemple : 

81. Undaque reêutiat êciêêa tranqutllo mifior% 

88 • liber» pontojubm *, 

47. Morsque ijiifa mUeroê muiuo perdit metu. 

Les antithèses sont nombreuses : 

27. Ibatjuventuê capta, dum Trojam capù, 
51* Jaeet êaeerdoê, inter aroê vielima» 
53. Perifura Troja jterdidil jtrimum deoe, 
86. C ont raque Troae invocai Trojm êaera. 



U Oa pourrait encore oxpliquor : • par rclfol do U crainte qu'aUe 
eause à autnii ■, main no iiens semhlo bien forcé. 

!• 11 comparo les aerpenU ù un nnviro ; l'ondo qu'ils ont fendae 
s'abaisse au-deuousdu niveau de lu mer {tranquille m/iior), se creuse 
en aiUon («c/i#a; et rejaillit (retultati, 

3. Lêt^erm pento : flottant ù la surface comme la proue d'un navire 
sortant do la mer, tandis ((uo lo ro^to du corytê y est plongé. 



LA PAAODIB BT L'iMITATION DANS LB SATllIIGON. 145 

C'est sur l'expression que Pétrone semble done avoir 
eoncentré ses efforts. Pour ce qui est du fond| il a modi- 
fié en deux ou trois points la donnée de YÈniide. Dans Vir- 
gilOi Laocoon enfonce du premier coup le javelot dans le 
liane du cheval de bois. Dans Pétroney le javelot rel)on* 
dit; c'est avec la hache que le grand prêtre essaie de son- 
der Timmense machine. 

V Enéide nous peint Laocoon qui accourt pour dégager 
ses enfants étouITés dans les replis des serpent». De ces 
enfants, Virgile dit simplement : vnseros artus. l^étrone 
va enchérir et prêter aux deux flh de Laocoon un senti- 
ment de tendresse héroïque : iU s'oublient pour songer 
uniquement Tun à rauti*o (v. 45-47) : 

, neuter ttuxiHo Mi^ 

Uterqtte fratri : tratututit pietaê vitsê 
3/oi*«<ytie rpêa mineroê MUtno jperd/t meitt. 

J'interprète ainsi ce dernier vei*â pou intelligible : «C'est 
la craiute qu'ils épi*ouveut l'un pour l'autrequi est la vraie 
cause do leur mort » ; à moins qu'où n'entende : < Et la 
mort les perd alors qu'ils tremblent seulement l'un pour 
l'autre ». Ou reconnaît ici une pointe à la Lucain. 

J. ToIliUB (Collatio Pelronii einn Virgilio, édition de Lon- 
gin, 1694, p. 3G4-371) a fait la critique do ce fragment de 
poème que Lessing', Bock, Studer et d'autres ont jugé 
sévèrement. Bumiann suppose que Pétrone a composé à 
dessein un moi*coau plein d'eullure pour ridiculiser Eu- 
molpe. C'est, je crois, siller trop loin. 

Nous n'avons pas dissimulé les faiblesses de la Troja? 
Iwiosis. Outre les taches de mauvais goût que nous avons 
signalées, on y trouve de nombreuses négligences; les ré- 



1. laocoon, t. VI, vd. I^arlimano, p. 300 Mf. 

CBITIQVB LirriRAIIIB. !• 



146 OKAPITH tll. 

pétltioDi da mou abondent ; ainii miim roriant oioq fdis 
an aoiiantaH^inq van ; manuê guatra foii| capto ou eapturli 
quatroi bettum quatrai êaeer quatrei altui, mon trois fois ; 
votum, gêmina, jub», motet, ara, raUê, gratté, faa, jubar, 
deux fois* Quatre vers commencent parjamf quatre finis- 
sent par iaeer, iacri, iacra, tacrit, quatre par manu, manui, 
manum, quatre par metn ou metui, deux par fidet, fidem, 
deux paTjubM,jubai, deux par mero, mare, etc. 

On ne saurait cepeudont refuser à cette pièce certaines 
qualités; le style y est quelquefois d'une concision vigou* 
reusOi d'une poétique Imràiesse. Ainsi : 

V. 89 /uhnMum Jubar 

Ineendii nqnor tibtlîêque nndm fremuni. 

Plusieurs comparaisons sont beureusesi expressives 
dans leur brièveté. Le sourd murmura des flots que fen* 
dent les serpents mouslrueux est comparé au bruit que 
font au lointain les rames d'une flotte dans la nuit silen- 
cieuse : 

V, 82*84. Qualtê êifmti noete remorum êonuê 

Ijong9 refertur, eum prémuni etoêêeê mars 
Ihihuinque marmor abith impoêita gemii. 

Pour n'être pas neuvOi la comparaison suivante n'en 
est pas moins Torte et rendue en bons tonnes : 

V, 58, sq. Temiilani in armU «s dueefp teu ubi êoiei 
Kodo remiêêuê TheuaH qnadmpu fvgi 
Cervieem ei alla» quatere ad exeunum jtÊhaê. 

Notons encore ces vers précieuX| mais d'une expression 
poétique : 

V. 64, 55. Jam ptena Pkeibe eandidum extulerai jubar 

dneenê astra radtamti faee» 



LA PAAODII BT L'iMITATION DANS Ll SATllIlCON. 147 

Rien dans tout cela qui sauta la parodia, ni da Virgllai 
ni da qualgua auira poëta. Gartains critiquas oiit supposéi 
an effat| qua Pétrona a voulu se moquer dans ca rnorceaUi 
soit du poëma de Néron : ^AX«iatc MXtbu» que celui-ci chan« 
tait eu s'accompagnant de la lyre pendant l'incendie de 
Rome (Suétone, Néron, SB), soit d'une œuvre de Lncain : 
« Exilant ejus eoniplures et alii [UOri] et Iliacon. » (Vuccai 
Vie de Lueain.) Examinons briàvomout ces bypoihèses. 

TeulTol dit': < Il est certain que la Troj^e halosis vi^o 
un poème de Néron du mânie genre et que le Dellum civile 
n'est qu'un persiflage, exagéré, il est vrai, de la manière 
de Lueain, bien qu'il ne le nomme pas, quoique vivant 
encore. » Est-ce pour le parodier que Pétrone viserait le 
poème de Néron ? Mais, à l'époque supposée de la compo- 
sition du Satiricon, Péti*one était au niiou.x avec reuipo- 
reur; et si, dans le De belto civili, il perHiile Lueain, il 
serait difllcile d'admettre que la même œuvre critiquât à 
la fois les poé-sies de Néi*on et celles de son rival, alors 
en dittgr&ee. Il faut opter. 

TeufTel veut-il dire que Pétrone puise seulement son 
inspiration à la môme source que l'empereur, et cela pour 
fl.'itter sa manie ; qu'il lui fait une cour indirecte en em- 
pruntant ainsi un sujet au cycle do Troie? Il serait pt*r- 
mis dans ce cas de s'étonner que l'empereur pAt éprouver 
quelque plaisir à la rencontre d*un concurrent tel qu'Eu- 
molpe. Est-ce que les pierres lancées sur le vei*siiicateur 
ne devaient pas par ricochet rebondir sur les i^paules de 
l'empereur? 

De plus nous ne savons que bien peu de chose de ces 
Troica de Néron dont parlent Dion, LXII, 29, Sei*viûa, 
ad Ceorg., III, 36, el dont nous possédons à peine quel* 



I. iiiitoire de la iiitérafure laUne, Tnid. Bonnunl cl Pienoii. 
Tuuio II, p. 'ia.!. 




148 CHAPITIII III. 

% 

quel Yen ou hémittichat. (Cf. Sdhottm Lueani, III| SOI ; 
Pertei 1, 98, 96| 99| 102; Sénèque, Mai. QuMtt., I, b.)L9 
peu que nous en entrevoyons ne ressemble guère à la 
Troj» halotii. Péironei avec sa concision précipitéei paratt 
avoir adopté une mnniëre directement opposée à celle de 
Néron, dont les quelques vers conservés se distinguent par 
une surabondance d*épithète8 rares, par un cliquetis de 
mots vides et roton tissants. Une parodie ou une imita- 
tion eAt fait ressortir cette endure. D'autre part, le mor- 
ceou lo plus célèbre do ces Troica, celui que Néi*on, en 
costuinodo théâtre, hiUlosuo scjcnico habilu, aurait, suivant 
une tradition très douteuse *, chanté devant Rome en flam- 
mes, roulait évidemment sur Tincendie de Troie* dont il 
n*est pas un instant quoslion dans le fragment de Pétrone. 
Est-ce alors Lucain qu'il <iurait eu en vue ? Rien de 
moins vraisemblable. Les lliaea île Lucain étaient une œu- 
vre de premièi*e jeunesse, assrz insigniilante ^ans doute, 
une réduction do V Iliade, exécutée par un brillant écolier, 
un simple excrcict! pour le futur auteur de la Pharsale, 

Ae prtMum Uneri$ atlhur in anuinp 
léUdnê Jfeetoni T/»nM$afoinjue eurruê, 
Ki êuffjilrx Pritimi jtoteufiê niirum, 
Fét êcdm reêftnihiê inferonim, 

nous dit Stace, Silves, II, 7. (Cenethliaeon Liieani ad PoUam^ 
V. Ô6, sq.) Ces vers nous apprennent que Lucain avait 
traduit ou imité les deniiers clinnts de Vliiade (mort 



I. Cf. E. Ilcnnn. VAnltthriât, p. 17. 

î La preuve on est dans res vert d'une des doux éghigties sur 
Niirun, cumpoHi'OH |>ar un puèto conlomporuin du prince ^armèna 
cmUcit KiMMéëleniiê, W'iono, Anlhol. lai., tome II, n* 725, v. 36 (Mf.. 
Thamgra) : 

« Tu ipio'pie Trolu Murru;» ciueres ad sidcm tulle, 
Jiun tiuiii cecidisio Hiit ! Gaudotc ruiniu 
El laudato rogos; venter von tullit alumnus. • 



LA PAAODIB BT L^IXITATION DANS LB SATIRICON. 149 

d'HectOTi supplication de Priam). Ceci n'ofhre aucun rap« 
port avec le sujet de la Trojg haloits, qui se rattache bien 
au cycle TroyeUi mais û une époque qu'Hoinèro a laissée 
en dehors de son épopée. Au reste, Stace u'atlribue que 
peu de valeur à ces essais qui furent des jeux d'eufants : 

V. 68 à 65. Mox eœjtta generon'or Jnventa 
Alboê Oêêihuê Italie l'hilijtpoê 
Et Pkartialiea befla detowibiê. 

Rien de plus commun à cette époque que les poèmes 
sur la gueiTo do Troie'. Stace nous rappi*end encore 
(v. 48 à 51) : 

Koetumoê alii Phrygnm ruinai, 
Et tarde redueiê vias Ulixiê, 
Et puppem temerariam Minervm, 
Trita vutibuê orbila, tiequantnr. 

N'insistons pas davantage. La Trojx halosit de Pétrone 
n'est pas une parodiei mais un moi*ccau poétique tel quel, 
avec des défauts et quelques qualités, dont Virgile a fourni 
beaucoup d'élénienls, mais qui a été remanié danslegoAt 
de Sénèque ou de Lucaiii. Les vers sont de I^étrone, mais 
c'est Eumolpe qui en endosse la responsabilité. 

Si ces conclusions sont justes, elles nous aideront à ex- 
pliquer Tintention du poème De bello civili, où Pétraue a 
refait le début de la Pharsale. Est-ce celte fois une parodie 
que nous avons sous les yeux et Lucain n'y est-il pas di- 
rectement pris à partie? Oui, sans aucun doute, répond la 
majorité des critiques, et pour le démontrer, on a écrit 
des dissertations très étendues et très minutieuses. Selon 
d'autres, Pétrone s'est seulement proposé de rivaliëeruvec 
Lucain et de montrer pur ëon exemple comment il cou- 



1. Cr. A. CarlauU, fieouede philologie, 1887, W : Sur un passage do 
la vio (le Lucain tirée du coininunuiro do Vucca. 



100 CBAPiTM m. 

■ 

▼ient de traiter un pareil sii^et. Contemporaiii de Lmain 
et écrivant alors que celui-ci vit encorei il le raille, mais 
sans le nommer. Âulant d'aflirmations à discuter. 

Avant tout» il faut étudier l'œurre en elle-mémei cher- 
cher de quelle inspiration elle procèdOi quelles sont les 
imitations qu'elle nous révèle. Établissons par une com* 
paraison détaillée les rapporls qui existent entre la Phar^ 
sale et le De bello civili. 

Le passage suivant du premier livre fie la Phartale a 
d'abord été visiblement imité par Pétrone. 

Clinp, ini, V. 1. Orbuiii Jftin totuin vietur Uoiiiaiius hsbcbat. 
120, 80, Luxurlam nimliuruiii ot voiisuiii iii dniiins furentsm. 

87. ifiiliflcsiit auro todcttquo sd tidora iiiittuiit. 
1 10, 31 oiniimc|iio orbit 

82. rnumia corruptit miloii vagus ctarit armls. 

20. Et laxi criiiPB ot tut uova iiuiuiiia vci^tis, 

27. Quoïquo viriim quœruiit. 

i^art., 1, 160, tq. XaMQue ut opeu mumlo Mm/aêforlutMêubaciù 
Intuitt, et r^^huê wkorc$ ûeênere êecuudU, 
rrwditfftie r.t hontileê fuxiuH tnattere mpinm : 
Kon auro t-*.etUve moiln»; tneHnaêqus pr/oreê 
Aifjternata faum» ; chUhh gcêtare decoroê 
ViX nitrtbun, ntjêuere maren. 

Chap. 119, V. G fatlM|uc in trittia bolla paratis 

T. Quorebantar opc« 

160. ..••.•..••• Jototjue arcemtnr orbCp 
Q»jo yeuê qiwfjne périt, 

68 Uomaiii 

59. Qua) potorant arton saiia rationo inovero, 

60. NI furor ot bolluiii forroquo Oïoita libido Y 

171. iVbn nntt U itoptdti», qnem jmx tranqHUlajntarét. 

42. Est favor iii prctio 

17H, //ifir raptt ftretto fanceff êettorque favoriê 
Ijêe ênipopuluê; 



LA PARODIE IT l'iMITATION DAK8 Ll SATIRICON. 161 

Chap, 119, T. 46 fascetqae podet rapnlMa Catoni. 

49 qttare Jam perdita Borna 

M. Ipta aai merees erat. 

39, Née miner in Campe farer est . . • • 

Phan., I, 179 lefaUêque ambUuê nrbi, 

180* Annua venali re/erens eeriamina Campo. 

41, Venalis pepulus, renalit coria Patrarn* 

61. PnotercA géminé doprontam gurgito plebom 

62. Fœneris iiilnvies ususqne cxcdor4t mrif* 

181. Whc uêuravorax, aviduMque in (emifora/Knuê, 

M, Arma placent mliiuriii. ..••....••• 

12. UcNa g^riitlacuU uiUlos htbUura (rtHMphoê, 

67 inept audacla tnU est, 

182 ai Mtiltiê utile Mlum. 

Voici maintenant d'autres emprunts faits aux différents 
livres de la Pharsale. Nous les notons en suivant la suc- 
cession des vers dans le x>oème de la Guene civile : 

Chap. 119-124. 1. Orbcm jnm totum victor Uomanns habcbati 
2. Qua marc, qna terraî, qua sidiis currit utrumquo. 

Phars. Cf. pour Tidée, 1. VU, 423, sq. 

Jlaud muUum terric MptUinm renfalHtt Kotr, 

Ut tibi nox, Ubi Iota din», tibi rurrercl iclher, 

Omniaque errantcê êtellic Itoinnna videreiU, 

Vil, 422. Te gfjminiitn Titan jtrortsdrre vidii in axemm 

I, 110. Qutv mare, quœ terran, qum foiitm rontinel orbem. 



6 fati^quo in tristia bulla parntiii 

7» Qunrcbantur opes 

Il, 351 Jamfafo in belfa vacante» 

X, 149 XoH sit licel il le nefando 

150. Marte j.ùratn$ opes nmndi quotêiêêe ruina. 



m 




Hiriftitaw^ 



ISS CHAPiTRi m. 

16 famat premlt adrena cI mioi . 

Ii 48 t • • • t • . • 0f çMOt prâmii oêpera eltuêu * 

SI. Barripsere viroa ezieetaque Tlieera ferro 
n. Itt TOtterDm tngort. 

Cf. 26 1 Et Uud erittes 

97. QucMiuo Yirttm quairant, 

Xf 181 iq , Paré êangtUmiê uêH 

Tofia eaimt, rtf^goêqiM germiê afroifUê eapfftùÊ, 
Née non in/eilx ferro moliitajnoentnê 
Aiqne esuiecta'ftirnm. 

VIII| 867. IlUe et taxaê veêieê ttfinxa ^^irormm 
Velamenia videê. 

n Eeeo Afrit erate terris 

99. Ponitur ae maculis initator filins aamm 

80, Citrea mensa, gregos sorrorum ostrutnqae renideiis« 

81, Qun sontum tmliat. 

IXf 420-490 Tanium Maurmia gmiii 

Robora divitiop, quarum non noverai Mêum : 
8ed cUri contenta eom'ê vtvebai ei umMê» 
In netnuê ignotum noêtrie venere êeeureê, 
téXtremwjne epntaê menêaêqne peiivimnê orhê» 

Cf. encore i)Our l'idée pliildl que pour les mots. 

81« • • « • oniiiaque orliis 

89. Fmania eoiruptis miles ? «gus esnrit armis. 
86* Ut renof ent per dsmna faïueu. 

Plart . IV, 878*376 prodiga rerum 

Lnxnrieê, nunqnam jtarvo rontenta paratUp 
Ei quvêiforum terra pelagoqne eibomm 
ÂmbiHona fame$ 

86« •#•••#..•• Jam Phasidos anda. 



LA PARODIB IT l'IMITATION DANS Ll 8ATllUC0!f. 168 

Cette fin de vers se rencontre deux fois dans la PAar- 
iole : 

II, 586 ad Fhaêidoê undoê. 

Uf 716 • • peterei eum Pkoêidoê undoê, 

58. Hoe mensiB enuo Roman tonnoquojacuntom 
69. Qa» poterant artes tana ratione movoro, 
60. Ni fnror et bellom forroquo excita libido ? 

II, 812,813 kae ewde iuatur 

Quiâquid Romani merueruni pendere marCÊ. 

Telle est l'idée fondamentale du développement de Pé« 
ti*one : la guen*e civile a pour cause la corruption des 
mœurs. 

65. Et qoati non posaet tôt tellut ferro sopulcra, 

66. DiTÎBit cinorcs. 

rhan. VI, 817, 818: 

Kuropam, miêeri, Libyatnque Aêiamtjue timete : 
Diêiribuii iumufoê vestrii Fortuna iriumphiê, 

80. Fors, cui nulia plucct nimiuin secura potostan. 

lli 12, 13. Sive Hihil jtofittum enf, êed For$ ineerta vagaiuTf 
Fertque referiqne vtceê, ci habei tnortalia eoêUê, 
I, 81-84. In êe magna rttunt ; Itcltê hune nitmina rebuê 
Creêcendi jiwiitere modum ; née gcntibu» uiltê 
Commodat in iiopuiuM, terne jiriayique jtotentemf 
Jnvidiam forinna ttuam, 

89. Ecqnid Romaiio sentis to pondère victaui, 
88. 'Keo posio alterius periturnin extollere molem ? 

I, 70, 71 êumtniêqut nr.gatum 

. Stare diii, nimioque gravt» *ub innidere lapêUê» • 



85. Et qaas strnxit opes, maie sustinct 

I, 73. Née «e Itoma ferens 

93. Infcrui mancs cnlum spcctaro Jub^ntur. 




154 ORAPimi ni. 

VI« 748|744 immU t a m rupiiê TtUma Miifemiê, 

n êMlo firierê dk •• 

Lneain to touTient lui-même de Virgile (jEiu, VIII9 
S48iq.)t 

96. Jam pridem avllo parAindlniaf on eruore. 

Ii 89 • • • . d iVmi' êoiuneniHr êonguinê JfofMf, 

Cf. pour ridée VI» 718 : Êrichtho aux divinitée du Styx, 

8i benê de vMê dvûia btlia mereu(nr. 

98. Ex quo Sallaiiot bibit ontis 

If 880-839. 8ie ei SuHaHum êolîto Ubi lamherê ferrum 

Durât, Magne, êtVê, Nufinê êemel oft rMcpdM 
PollHiaê itafifur êtingHiê tiianêueêeere faueeê, 

II, 180.141. âftt//ci 

• • . • , qnod exignum retAahiU êangmnU urbi 
Jiuuiîi 

111. Cerno oqaidom goinina Jam ttratot morto Philippot. 
Prophéties semblables dans Lucain : 

I, 679, 680 Video Pangma nivotù 

CanaJugiM, latoêt^He Ilwmiêub rmpe Pkitiypoê. 

I» 694 vidé Jam, Phmbe, PkilipiH^. 

116. Pandtf, ago, terraram sitieutla régna tuorum. 

VI, 799, 800 ttegni fioMe$9or inertie 

Paliente» operii eedtê, 

117 Vil navita Porthmcut 

118. SofBslot tlnnlacra virum traduccro camba. 

III, 16, 17. Prirparai inmimera» pnpiK» Acheroniiê aduêH 

Portitor* 



Pour la description des présages do la guerre civile, 
Pétrone et Lucain ont un modèle commun, Virgile : no- 
tre auteur a puisé chez Virgile et chez Lucain* 

128. Defonnit Titan vultum caligino tozlt. 

Phan» 1, 640, 541 . Ip$e raj.tti wtdto Titan enm/crrel Ofympo, 

Condidit ardente» atra cali'gine ourruê, 

180. Parte alla pleiiot extiuxit Cynthia vultat 
131* Et laoetn scoleri subtluzit • 

I, 688 1 689. Jam Phœbe toto finit reta eum redderei orbe,.*. 
Terrarum êubita pereuêsa expallait nmbra^ 

181 Rnpta toiiabant 

182. Vertieibut lapsis niontis Jaga 

I, 662*654 Tnm eardine teiluâ 

Subêed/t, veteremqne jugiê nutantibuê Alptê 
DUcHênere nivem ......••• 

182 ncc raga ptiMim 

188. Flnmina per notas ibant inorieiitia ripas. 

I, 664, 666 Tethy» majortbuê undiê 

Jleêperiam Cafjftn, iuinininnque impfevit AtlMftL. 



« A J A 



• * * • • «i 



166 OHAFITAI lit. 

Ii 678-680. /iiMfiai«r« luto, «I quanto tiamom eokùrUê 
Miiointmrp iantum no» aira êitmUibuê undii 
KdidU 

185 '. Jamqoe ^tnâ vontar 

186. Ignibtti inioUtis et la ntbara fulmina mitllt. 

Ii 64A-647, Oraftrox Sienfm laxavii Muleiber JBhm f 

Kee ttt!it in nelnm ^amma$, nd vwUeê pr miê 
IgHtê in Htêjttrinm cûcfdU laiuê. •••••• 

Pétrone l'écarte ici du LucaiOi mais il ne semble pat 
moins l'aroir eu sous les yeux, ainsi que Virgile. 

187. Eeea Inter tamalot atqiio otsa eareotia battis 

188. Uubraram faeios dlro •tridoro minantar. 

If 668. ComjH^itiê jtfena ytMneriint 0ê$ibu9 «m». 

670 et ventenfei coMMtnuê umbrm. 

VII 1 179, 180. DefuHcttuNjneiMfreê, eleuncioê êa9iffui$Uêumhraê 

Ante ocfûoi voitiare êuoê . • 

VI. 623. Auribitê incerfunt fcrtifi» »trideat umbra, 

189. Fai stelUt aomitata iiovb incendia ducit. 

. I| 636*629. Tgnota obêcurn Vidernut aidera nœieê, 

Ardentemque jtofum flammù, cnloque vo t amiêê 
Obliquai ]ter inane faeeê, crinemtjue Umendi 
Siderii 

168. • tuinmo do vurtico rnoutit - • 

164. Iletporin oainpon lato pruspoxit 

III I 88. Kxrelêti de rttjte prorni fain pronpieU urbem. 

166. « Jnppitar onnipotuiit et te, Saturoia tcllat, 

I, 195| 196. • « magme qui mœuin proêpieiê mrbiê 

Tar^teia de rupe, Tonans » 

158. Tester, ad bas acics invitam acccnere Martcm. 

VII, 91 , 92. Tetilor, lioma, iamen : Magnum, quoeundapêrirmiif 

Aeeepiêêe diem. 



LA PARODII BT L^miTATION DAMS LB lATlRICOIf. 167 

161. Dam Oallot ileram CmpitoUa nottra peteutef 

162. Alpibns exelado, Tlneeudo eertior exnU 

I, 807-309 Qnitl f $i mihi âfgnaJaeirmU 

Marte êub odverÊO, rHênntquê in t$rga/9roc^ 
OalloruM pojtuHf • 

168, Sangalua Oermano texagintaque triamphb 
164. Hue noconi cœpi* • ..... 

Vllf 256. 7fi tjuatn dUMimM veittoê rtmtarê îrinmiilkoê. 
I, 203. 7//e «rtif, ilh nocens, qui me tiOi/ererit hoêUm. 

106. nierco(libu8 cmptio 

100. Ae viles oper», quorum 08t moa Roma noverca. 

X, 407-109. KuUa fide» pietatujuê virlu, qui eoêira êequuniur ; 
Vtnàltuiue manm; ubifttâ, ubi maxima Mereett, 
Aûre mereni itarvo, 

108 Victores ito furontct, 

109. Ite, mei comités 

I, 200 Non lefuriaUbuê artuù 

PerMqtior 

II, 498, 499 Kqutium ftraptratt eatervm : 

Ife êimul peditci 

109 et caunam dicite ferro. 

1 70. Namque omues uuum crimeii vocat, omnibus una 

171. Impoiidet clades. 

Vil, 252 ,jam fatum aeeenf te ferro. 

VII, 303. Aul mercen hodit belionim, ati/ jtœna paralur, 

174. Judico fortuna cadat aléa. Huiiiito bellum 

175. £t ti^mptatc manns. 

I, 220. < Te, Fortuna, êeqnor 

I, 227 Uiendum eêtjudiee beflo, » 

VI, 7 Fiacet aleafati. 

Quelques rapports lointains entre la peinture de Tinon* 
dation devant Ilerda et celle de la Tonte des neiges au pas- 
sage des Alpes par César. 




168 ORAPITAI ni. 

187. 8«d potlqttMi tnma ttimbot fregeit Ugatot. 

IV| 60, 61 • PfffO hruma ^u, êkeU AquOmUiuê kmnn9, 

189. Inoalaaro nivet; moi flumina moatibaf tltit 

190. Undabant modo nata. 

IV, 88-86, Jamque Pjfrtnmm, qHOê nmnquam êcivere TUam 
Evaltûif fluxen nhtêp fraetoque made$emU 
8axa gelu, 

191. • • et vineta fluetua ttopuero raina. 

VI, 472 .De rup€2}ependU 

AbêeUa fixuê torrenê» • . • • • 

VI, 848,849 êubUxque rumam 

Senêii oqHw Ner€U9 

908 Nottdom Ca)sar omt, 

III, 108. OmNifi Ctrêar •ra^ 



908. Et perituroriim dii^oolt tola GIgaoturo. 

I, 80. Kon hM «irroniMi fiduit itoii beila O^ntnm. 

910. Intaroa Yoluerlt motli eontorrita pennit 
Fama Yolal 

Analogie, au moina pour le mouvement de la phneOi 
avec ces vers : 

I, 469 iq. Vaua quoquê ad vêroê aceeêêitfama timorée, 

Irrupiique animoê populi, eiademque fuiuram 
Tninlit, ei velox projferantie nuntia beifip 
Innumeroê eolvU/aha in prwcokia tùigmiê, 

910 , Ergo pnlinta tumultu 

917. Peetora perqao daot tcindniitur torrita oautat, 

918. lloio fùga par tarrat, llli magis oiicla proliattir. 
991. Qaaiitum quitquo tiiiiut, tantum fugit 

II, 44T,448. Thhc nrbe» JMii dubiœ, va r toque favwre 

Aneipiie», 



LA fABODll Et L'iMlTATIOlf DAMS Ll SATlRlGOlf. 169 

Ii 490t 491* TiÊiieçimiuiapeUfdfH^iumnieiumidar^linqiêani, 
JnMrtif pio ^îtemquefuffm MU impeinê, urgent 
Prmeipilem popu!nm, 
I9 486* QfUB finxâre iimetU, •••••• 

2tt* Hot inter motas popnlut, mberabilo visa, 
Qao ment icU jnbet, déserta ducitur urbe. 

Ii 496-498 Sie turba per nrhem, 

Prveijn'ti lympkata gradu, velut uniea rebm 
Sptê foret ad/Ueiîê, patrtoê exeedere microf, 
TneontiuHa ruit, 

990. Ille mano pavida natos tenct, ille pénates 
227. Oconltat gremio doploratiimqae reliiiqait 
228/Limen 

I, 511-6U Urbeui. . 

ftirifcM veiituro Cœuare prœdam 

Jynavœ Uqnnre manuâ, •••••.•• • 

229. 8unt qui eoiijugibut inureiitla poetora Jungaot, 
290. Grandasvosquc patres oiieritfque Ignara Juvetitus 
22)1. Id pro qno inetuit, taiitiiiu trahit. ......... 

232 prrodamriiio in {irœlia daclt : 

Cf. 223 déserta diicitnr urbe. 

I, 604-608 Niilftttn Jam iaugmduê mvo 

Evatuii revocare jHtrens, e<n\fuxve maritum 
FlelibM, aiU jiatrii, dithiœ dum vola êoiutiê 
Conciperenîp teuuere Laree, née liinine quUq^am 
Ilϐit 

238. Ae Teint ex alto enm magnns luborruit Auster 

234. £t pnlsas erertit aqnas^ non aruia miuistris, 

235. Non regimen prodest, ligat alter pondéra pinus, 
23G. Alter tuta sinas tranquilltique litura quasrit. 

I, 498*504 Qualiê, cum turbîduê Auêter * 

liejMlii a Libyciê immeiimm Sgrt/btêê œquor, 
Fraeiafjue vel/fnri fouutirnui jfoudera mali, 
DeêiUt in fluctué, déserta pujtjte, mngiêterf 
Kaviiaquep et, nondnm fpana compage earia», 



160 CRAFITRI III. 

• 

Na9rf\raj^um êibi quiêquê faeU : $ie, urbe r^lieiu, 

In MlumfkgUuf ........ 

If 619t6S0» Tm tanhtm andito bdhrum nomiM^ Bima, 

Deêereriê. 
VII« IM9 IM • • .et «1 tfieiuê vMento navUa Caro 

Dai regimen ventiê, 

888. Qnld tam parva qoeror? gomino eum eonaale Magnat, 

989. nie tromor Ponti 

248 fuglt. 

I, 691, 622. Dawla tamtn vema etit, taHiarum daadapavarumr 
l\nnj»eio fngteate, timent. 

241 quem fracto gurgite Pontat 

242. Kt veneratiu orat f^ubinissa Hosporot anda. 

H, 580-682. hlcM ego per SrgihM pro/ngum divortia Pànii 

ludomitiim regem 

Ad MoHcM ire coegi» 

(Ënumération que fait Pompée de ses victoires.) 

246. Ergo tanta Incs diTum quoqae nnmiua vicit, 
24G. Consensitqiio fugai co^li tiiiior. Eeeo pcr orbem 

247. Mitls turba denm terras eiosa furontcs 

248. Doforit 

Cf. 126, 127. Continno clados hotninum vouturaque damna 

Auspiciis patucro donui... 

I, 622-625 Thih, ne qua/nturi 

Spei naïf CM trépidai nieuleê ievet, addUafati 
Pejori» manifeêla fideê, Mperique minaeeê 
Vrodigiiê ierraê itnpferunf, wtheraf pontum, 

204. Bentit torra dous miitataqno sidora pondus 

205. Qua)sivoro sunin. 

I, 56, 67. ACth'irin iminenêi paHem êi premeriê unam, 
Sent tel axiê ou m. 



271. lutremu^ro tubro 

I, 578. Inêonuere tabw, 



LA PARODIB IT L'hHTATION DANS LE SATIllICOlf. 161 

277. Sângnineiim tromoU qaatiebat lumpaiU deitra. 
Cf. 284 in médian inumittico Umpadai orbes. 

III, 14, 15 Vitli ijmt tenenlw 

EntHeuidati, qêtutertmt quaê veêtrU lampwlaê arm/ê. 
Vil, 668. SnnffHiimHm velufi tjHtttinuM Ihtiona fiitycllnm, 

279, Alta petit gradions Juga nobili» Apciiiiiiii, 

280. Unde omiieH terras atqae oiiiiiia litora ponsct 
28 !• Aspicero ac totu fluitaiites orbe eaterras. 

H, 396-398. UtnbroMtM uifultUM «yiuf roitthiiê ApeuMunê 
KrhjH HttlitiM, mdlo ijhu cmiice t et ht m 

AitÎMM intUMMtt , 

VU, 649-651 SIrjn at/ffftre rainjn 

KniimiM, nudn OMum fjtarfun jier Thauttala rura 
A^Mp/vuret rhithn, fjttn* hctlo obêtaiite fafebani» 

288 • tu cuncute plebcm, 

289. Curio 

I, 269-271. AwlajR venaU toinitalur Curio I/ngua, 

Vax qnontlam popHÎi, iihertttiemtjne in "sri 
Auêiiê, et armaioê jtlehi mtticere jtofentoM, 

Cf. IV, 799-801 : 

Qniil vu ne rouira ithi proêunt iurfHita, forutuiiue, 
Vuth iribunieUi pteheitm êtijuifer aree 
Arma dabaê jiopuNM t 

Lo parallèle (|iji vient d*âtre poiiranivl on détail entre 
le De bello eirili ot la Plitusate aura proiivd| plus complète* 
ment pout-âire qtron ne Ta Tait jué(]U*ici, à quel ^loint P^é* 
troue se souviont do Lucain. De si nomljreuses rencontrea 
et de mots et d'idées m: peuvent provenir quo de la préoc- 
cuputiou coustaule où Pétrone 03t do son modëlo. Même 
là où il prétend innover, il reprend inconsciemment Ioh 

C'VITiqUR LITTiÎKIIMK. Il 



16S CHAPITIIB III. 

expretitoni du poème dont m mémoire est remplie. \Jm 
tournurOi u& mot lui en suggère d'analogues. L'emprunt 
alorS| pour ïCéire pas directi n'en est pas moins réel. 

La collation qui précède me permet aussi de penser 
que Pétrone a eu entre les mains la Phartale tout entière 
et a puisé ses réminiscences dans tous les chants de ce 
poème. Ce n'est pas l'opinion généralement acceptée ; ce* 
pendant M. Wosterburg' avait déjs\ constaté que Pétrone, 
contrairement à ce que croyait Môssleri n'avait pas eu 
souë le» yeux seulement les ti*ois premiers chants do Lu- 
cain, mais aussi le bepliùme. 11 supposait que Pétrone au- 
rait connu ce septième chant par une recitatio. Lucain, on 
le sait par deux do ses biogi*apheS| faisait des lectiu*eis de 
ce genre. 

11 est incontestable que les emprunts de Pétrone ont 
été faits surtout aux trois premiera chants et au septième ; 
nous avons cependant retrouvé quelques traces de l'imita- 
tion des autres cliants. Eu fait, le cluut I est celui qui de 
beaucoup a fourni In plus au poème De bvtio civiti. La rai- 
son en est simple. Coniuie Pétix>ne essaie de refaire le dé- 
but de la Pharsalc, il est naturel qu*il se souvienne surtout 
dans son œuvre des moi*ceaux correspondants de Lucain. 
K*il avait choisi pour sujet la mort de PompéCi nous au- 
rions nécessaireuKMit des réminiscences du chant Vlll. 
Quand M. Westerburg découvre dms le De MIo civili cer- 
taines imitations du cliant VII de Lucain, il n*en indique 
pas la vraie cause. C*est que Pétroiiei voulant prêter un 
di3cours & César arrivé au sommet des Alpes, ne se con- 
tente pas de celui que Lucain lui attribue après la prise 
d'Ariminumi mais va chercher dans un autre discours de 
César chez Lucain (VUi 250-320) des idées et des exprès- 



I. Hhfè^ètrlieê MuneniH fkr Phîiuhgir, I8S3: Poiron uiid Liiran. 



LA PARODII BT l'iXITATION DANS LB SATIIHCON. 168 

sions. Or, cette abondanle liarangue do César à ses soldats 
avant Pliarsale oITre une riche matièi'O à rimitalion. 

Pétrone en agit donc avec Lucain lomnie avec Virgile. 
Quand on voit que dans la Tivjx hahiis, il «'inspire pres- 
que exclusivement du deuxième clmnt de VÉncide, en con- 
clurflit*on à bon droit qu*il ne connaissait de Virgile que 
ce cliant? Au déineuranli dans d'autres xtarties encore da 
Satiricon, je crois enirevoiri assez rarement, il est vrai ^ 
des souvenira de la Plutrsate, asses cepiMidunt pour me 
confirmer dans Tidée que Pétrone avait lu tout le poème. 
Voici ces rapprochements plus ou moins disculabl<*s : 

Chap. 19,1. 2G. Et mors non dnbia niitfcroruiii oculon cœpit obdiicero. 
Phare,, m, 735. Xox fiihtf, nhiwi ovufofi vtttitw ohihtx :r^ tftuehrœ» 

Cliap. 89, V. Ti. Scissaque iu iiiolem eaJuut. 

I, 306. 1h cftiMetH cndit oiHiie n^miui 

Chap. 93, h 33 ntquo arata Syrtis 

8i quid naiifragio cicdit, probatur. 

IX, 440, 441 • qudM MUHtli barbara damniê 

Sijrtiê tiltt, 
IX, 443, 444 • • . • Sic chm loio coinmnrria mutidi 

ynufmtfuM yuMiHoiieê habeiti .•••••• 

La pensée est diiTérenlei mais le vers de Lucain a pu 
donner à Pûlrone TiJée du sien. 

Chap. 114, 1. 9. Âqiiilo po8.sctsor. 

II, 454 lit, ctiM mare itoêêiiht Au*t9r 

FlatibM horrUouU 

Chap. 115, 1. 38. Nciiipo piscibus bclnivqao cxpotitut et. • , .\ • • 
P. 82, i. 10. Feras taineu corpus lacerabunt. 

VIII, 764-7GG HejtOHti belna qHédtjnamf 

A> fera, fie vohiercêp ne nievi Civmriê ira 

ê 

Atuletit, • • . . • 



« 



rih^BÉh 



164 GHAPITAI 111. 

Au même chapitre 116| les réflexions d^Encolpe sur la 
mort de Liohas oiTrent quelque similitude de mouvement 
avec celles qu'inspire à Lucain la mort de Curion* 

L. ai. Ubi naHeott.... iracaudia tusYubilmpotentiatiui? Nenpe 
pineibat b«luifC|ne expositn» vt 

Jiiart.p 1V| 799 sq. Qntd nnnr roêlni ttUproftmttHrfHitapforumtiii'sf 

• • • • qii**l prwlita jnra êenatmi t 

Hiiê nrbi mUerte vtêiro de mwgHtne iiœnoê 
Kempe tUth'â, 

Chap. 115, p. 8t, 1. 8. Taii(|oam intcrtit pcrUarun corpus quw 
rsUo eonsauati igiiis an fliietut aa mora.., Oiniila hœe eodcin 
Ventura tuiit, 

VU, 809*81 1 tahimm etulavnm êofvtii 

Ah rogitê, htwd raferi : plariil» nain m re^eptal 
Vmrta êiHit, JfneHUjHe êui »ibi corièora iUbeut. 

818, 819 ni;jV omnia Hhâ 

Qhip ffttumt ; rtth trtfêtur «jwt uou htiM urniUH, 

Chap. 117, 1. 92. Ke todaleaciue Alii sui nut scpnlcruiu 

qaotldio cauiam laerlmaruin ceriiorvt 

111,607,008. ACtnrMt» caHMaui lurnMt» : ienei tffe dolorctH 
SetMjter 

Peut-âlro daim les vers où Prosélénos (Gliap. 134) énu- 
mëro les prodiges que son iK)uvoir sait accomplir, y a-t-il 
un souvenir du clinut VI de LuaiiUi où colui-ci nous dé* 
crit les enclianlements et les nialéilces de la magicienne 
do Tliessalio. Les traits qui se rapportent ù ÉriclUlio sont 
pIuM iMirticuilinrs ot plus maciihros. Néanmoins los doux 
morrtMUix ont quelquc^s points connnnns, 

Cliap. i:U, vor0 4 «q MIlil poiitut inortet 

HulmtittitfluctUH, Mi*iibyriquo tiicuutia puiiuiit 
Auto inooii tua Hubra iiodui 



LA PAIiODll IT L^miTATlO!! DANS Ll SATIlllCOlf. 165 

Vert 6, Mihl flumitta parent.».. 

4« KilIftOM Jacolantur aqoas. 

7| Hyrcanioque tigres et jussi ttare dracones. 

Plan., Vf, 469-471 ir'/Nor 

IniuMuii : tHrêHê veiHutu êentire proceffiu 

CoHtkuitf ÎHrbanie Kofo 

478tf ammuqne eiirHrni 

Kon qua i»rouu» état. NituM non exinfti m*ta9^ 

yii 487 iq. lioM avtilte ihjre» 

Orefovent hiando : tjeUdoê hic expîicat orbeê 
Iw^ue prninoM coluher dUttnidUur arvo» 
Viiterei coetnd, abrupto r«r/#ore, no///; 
Jlumanwine cudil ëtifptu» udflata Vfneuo» 

Telles sont les réiiuiiiHcencos po^sibloM do Lucain dans 
le Satiricon en dehors du De bcllo cirili \ 

Revenons à ce poème et rncliorclions les nutres élé- 
luentsqui y entrent. Conimo Pétrone ci itiquocliex Lucaiii 
la trop petite place laisséo au niorveillcux, il va s'uITorcer 
de verser à doHos convenables dans son fragment d'épopée 
la mythologie qui manquait à la Vharsale; c'est chez Vir- 
gile qu'il la puisera ; mais il empruntera encore an maître 
classique beaucoup d'expressions, ainsi que le tableau sui- 
vant ponuet d*en jnger. 

2. Qua mure, qua terni*, qu>i tidus currit utruinquo. 

Aln.f VII, 100, 101 iput no! ntrumqna rectirrcHê 

jUpivit OreauHM, 

9. Xu Epliyruiacum 

Oeorff.f II, 408 EphyrrMiqne trra. 



1. It Appelons encoro lo • Prlmus Iti orbn ilcim fi*rll tirnor •# imité 
selon le KriilinNto ilo Htiico, Cieliuii FirmiiinuA Liicluntlu» Placlduft,du 
ven di) Lut:ain, I, 4S0.: 

' • Quui flnxoro timotil. ■ 



IM CHAPITRI III. 

81, Tvrbft fapaltft «mio 

• > 

iCSpi.i Ilf S65, Invaénni urbem êonmo vêno^uê 99fmllam. 

78, Uolllt diseordi ttrepUa virgultft loeoiitar, 

Bemper haM» 

1B. Ao tait Tolttorem Fortuntm voce keeMit. • 

ACn.p X, 044, IrrilaUim vimm îtUê ei roM taeeuU, 

19. Rerum humtiuruin Utvtimrttinqae potottat* 

ASu.p X, 18. O jmhr, o Aoimimnim dicnmqM mterna poêeêiM t 

98. Inforni tuanot ca^liim «poctara Jubontur. 

VIII, S43, tq. XoH êentê ae $i qna iteHêtnê vi terra dekiêeenê 

In/nrMaâ reserci »edeê. •••••••••••• 

Irtiiideiit immiêMo tnmme Mane». 

98, El quo Sttllanui bibit entb. 

XI, 803, 804« Ilantn 9iib ex»crtam donee periata papilhm 

liœMitf viryintHmqne atte hibU acta eruorem» 

99. Extttlit tn Ittcem imtrltai tanguino fruget. 

Oeorg.p 1, 491,402. A'er/ff// mligHHM SiqitriêhUMnffmnenotiro 

Eimilhiam tUatoê llmmi jungHeêcere eampoê^ 

m, Conio oqulilcm goiiiina Jaiii itratot murto Plitllppot, 
I, 490, HomaHtîê acien iltriua vidcre l%Vjtjit\ 

115, ActtoooMiiio iiliiui ot Apollliili anna ttiiioiitet. 

ACh., VIU , 704 tq. Arfitt» h»*e remen» iiimm intendûbat Apoiio 

DetiHjter. .... 

198. Deformli Titan vultom caligine texit. 

Oeorg,, 1, 467 • Chm cajntt ob$eura uttidum fermgine iexU» 

184. Armoniin ttrepitu ca^lum furit 

1, 474, 4 7 A, ArMorHM êonUmn Mo Otrmania eœh 
Auiiiit 



155. Intciitntt» cuin voce niauus ad sicicra dixU : 

^H,, X, G(î7. Kt dujtliccê cinn vftre Munuê ad aidera tendit : 

166 et te, 8aturnia tellut. 

Oeory., II, 179. • Salurnia teffwi. 

180 ilamma souuere tequcnti. 

jKm., VUl, 432 JtaMMÎMque êequaeibuê irai. 

197 uee rapti turbine yenti. 

II, 416 rujfto eeu quondain turbine venti. 

S08. aed magiiam iiixut in liastam, 

XII, 398, . • • ittgenteui nixitâ in hoâtam. 

11. Faiiiavulat 

m, 121, Fuma voht 

S17 perquo duas teliiduutur torrita causaii, 

^H., II, 89. Scinditur inccrtnin étudia in contraria wdffUê, 

228 et abiienttfin yutia interftcit boetem, 

IX, 63. Snvit in abtiente» 

(Emprunt à Yariua : Sofvit in abtefitem.) 



168 CHAPITRI III. 

Ain.p VIL 6I8, Ki îrepidm Moh-M jiriMNri ûd peetora naioê. 
IIi 717, 3^, gmUtorp cape êoera wumu pairioêqme PmuUei. 

S80, Gnmdnvotqoe patres onoritqae igoam JuTentui, 
AUuiion à Ênéo portant Auchiiie : 

II, 707* Krgo a^e, tare itaier, eeroiei imponere noêirmf 
Ijtêe êMbo humerin, née me tabor iMe gravahit, 

« 

S49. Et Teneraton crat tubmlMa llotporot unda. * 

ASu., VIII, 7S6 Kniàmteê ihaîjam moilior uMê. 

268 mourant lacora Conconlia palla. 

Cf. 971 ao sclmio Diiicordia crmi*« 

VIII, 709. Kt mstêea gawlenn viulH Dincordia paUa. 

950, Et Dellona mtiiai facibusquo armata Megiera. 

VI, 988. • . • • 0aMMiM/ue anuata Ckimmra. • 

957 • • et lurlda Mortii imago, 

II, 869 r/ liurimn morli» mago^ 

9G9 Cylleiila proies. 

IV, 968 Cgiienia proie». 

979. Eitttlit ad superos Btyglum caput. • • . • • 

VII, 476. Atiecio m TenrroM Shjyii» $e eoneitat alU. 

974. • • scabra rubigiue dentés, 

Oeerg.f I, 405 tirahra rohigine pila. ' ' 

978. ll»e ttt Coe/tl touebras et Tartara liquit, 

A^n.p VII, 569. CœytitjHe petit âedcm,iiitperaarduaUiiqitetiê. 

905. Factuni est in terris, qiiicquid Discordia Jassit. 

Vil, 545. Allecto à Junon : 

t Kh jter/ecla tihi hetio dineordia trUHÎ » 

Cet exomplea sont sudisanta pour démontrer que dam 
le De belh civili Pétrone s*e8t assex fréquemment resnou- 



LA PAJIODIB BT L'IMITATION DANS LB SATiniCON. 160 

venu de Virgile. Les réminiscences sont moins franches 
que dans la Trope halotii ; c'est Lucain que notre auteur 
suit ici de préférence. Mais^ a-t-il besoin d'une épittiètOi 
d'une fin de vers, d'un reinpliss^age^ on dirait qu'il inter- 
roge Virgile^ comme un écolier consulte son Thésaurus, 
Voyez ces vera que terminent un dactyle et un spondée 
virgiliens : 

100 dcxtnc conjuiigore duxtniin. 

ACn^p VIII, 1C4 fit thxiric ronJnngere dextram, 

106 • • l(ïvlon|iie cxiirit fiaminu iniMlitlIa», 

IV, 06 K^t molhê fiaêHMH mntUdUnt, 

122. . • . • • . cum fulgure rupta coniBco, 

VIII, 891, 892 ionttru cnin rnpia contêco 

Jt/neti rima uiirium 

222 iiiirtorabilo vinu ! 

I, 111 • iiiinr,raht!e vhn ! 

Tout compte fait^ c'est moins encore par les emprunts 
de mots que par la manière do traiter le sujet et la place 
laissée au merveilleux que Péti*oue imitera Virgile dans 
le De hello civili. 

Doit-il quelque chof^e à d'autres auteurs pour la compo- 
sition do son poème ? On trouvera au cliapitre relatif à 
Ovide quelques rapprochements^ mais qui peuvent s'ex- 
idiquer par ce fait que tous les deux ont imité Virgile. 
Certains passugcs de Manilius oifreut auKsi des ressem- 
blances avec le !)e bdlo civili; mais il est plus quo probalile 
que Pétrone et le poêle des Astronomiques so sont rencon- 
trés dans l'expression de lieux communs qui alimentaient 
les exci*cices do Técole. Par là s'expliquent aussi des rap- 
ports assez fréquents avec Sénèque le Hliéteur et Séuèque 
le Philosophe. lUeii que Pétrone ail dA lire ces deux écri- 



170 CHAPITRB III. 

faint (pour le leooiidi ce n*est pas dottteax)| il ne faut 
pat conclure d'une similitude dldées et même d'expressions 
i une imitation directOi surtout lorsqu'il s*agit de thèmes 
aussi généraux que ces déclamations contre la corruption 
du siècle ; on les lit dans Pline TAncien aussi Bien que 
dans Sénèque. 

Le De belio eivUi nous présente encore bon nombre de 
termes et de traits qui semblent des réminiscences, mais 
qu'on ne sait à quel prototype rapporter. Sur des données 
tant de fois traitées, comme celle de la guerre civil0| les 
poètes étaient exposés à répéter, souvent sans s'en douter, 
des expressions on des sentences qui étaient la monnaie 
courante des déclomations do l'école. Ou bien, telle pen- 
sée exprimée par un historien ou un poète célèbre circu- 
lait dans les controverses ou les épopées, sans qu'on sût i 
quelle empreinte elle avait été primitivement frappée. 
Que de mots de ce goui*e ont dA passer, suis que nous 
puissions le sonpronner, des andens annalistes, ou des 
poète sépiques archaïques, tels qu*Knniu8, chez Tite-Live, 
Virgile, et de là dans les écoles et dans la littératiure des 
premiers siècles de l'ère chrétienne ! Pour quelques pla- 
giats hautement avoués, combien d'autres emprunts igno- 
rés ont dA être faits a ces œuvres dont nous ne connais- 
sons plus que de bien rui*es fragments ! 

Voici, par exemple, une idée qui de bonne heure a dû 
trouver sa formule chez un prosateur ou un poète : < Rome 
succombe sous le poids do pa propre grandeur. » Pétrone 
l'a rendue sons deux formes (De beito cMlt) : 

V. 82. Kcquiil Homiiiio leiitit te poiidor» victain ? 
V. 86. Et qtini ttriitit opos, iimlo ttintiiiot. 

Quel est l'écrivain qui le premier a énoncé cette pen- 
sée? Il est impossible de le deviner. On lit dans Tite-Live 



LA PARODIB BT l'iMITATIOU DAlf« LB SATiniCON. 171 

{PrmfalUi) : Jampridem prmvalenUs populi virti te ipus confi" 
ciufU. Pioperce dira(l. III, élég. 11, v. 60) : 

Frangitnr ijmi ntiti lioma 9H}ferba btmiê. 

Dans Calpurnius (Eetog. I) reparaîtront ces mots : 

Romanœ j}ondera mofi», otc. 

Pensée et termes sont du domaine public : publica ma* 
teries. 

Pétrone a-t-il eu besoin de lire Salluste pour apprendre 
que Rome a conquis l'univers, que tout peuple riche est 
devenu son ennemi? Non, ces idées étaient banales : 

li sq. Orbom Jiim totum victor Uomanuii babobat. 

Qua marc, iq 

iiec satiatui orat. 



t 



Si quis hIiius abilitus ultra, 

Hostis crat 

Jug., 81. BomauM tnjiuton, jtrofunda avuntia eommuneê omnium 

hoêieê eêêe /umi êetie, pafdo ante Cartfiagmienêeê, item 

regem Perseti, pont, ubi qtiitujue oi^ulenttêfuinnê vldantHr, ita Ro* 
moiitt hoêtem fore 

Ces pensées que Pétrone revêt d'un style plus ou moins 
poétique appartiennent à tout le monde; le mérite d'un 
écriviiin consistera à les i*enonveler par la Torme. Ainsi 
Tacite {Vie d' Agricola, chap. 30) dira : « Raptoret orbite 
potiquam cunctu vastautibiis dcfucre terrx, Jam et mare teru^ 
iantuv : si locuples Ixostit est, avari, ii pauper, ambitioti, 
quoi non Orien», non Oceidenx satiaverit. » 

La mrnio rcnmi*r|ue s'applique vmisemMnbleiiiont & des 
coïncidences d'expressions, telles que celles-ci : 

26 et tôt nova nomiiia vcttis. 




172 CHAPimi nu 

Pltato, SpidieuÊ, «ota H, fa. 9, t. 911. QM ùim, ftmvmli 
^MtwMiê Nomâia imvmimU nowi, 

4a. Pellitar a popolo Ttotut Cato i triftior Ule est» 
40. Qui Tioit, faieaiqtte pudot rapuiite Catoni. 

Valère*Mazime, VII, 5, 6. Acm dUoniiHMyrœiura, ê&dpnHurm 
Cato nrgaUê enU. 

Cr. Sdnèquei Dû const. sap., II : 

[CcffoN/|,,.«. ÎH puiaê it{fnriam, tq. 
66. Intra moinbra farent caria Utrantiboa arral. 

Enniua cité par Varron {De ling. LaUna, VII| 108) : 

ÀHimM eum jfectore iatnU, 

L'expreaaion est repriao par Slace {SUv,, II, If 18) : 

• ••••. admoio Uilrant prœcordta îaetm. 

et Thibahie, II, 838 : 

• ••••• a< magnaê lairantia pûriora euroê, 

06. Et qaaal non posavt tôt tallui ferra aapalcra, 
60. Divialt cluoraa 

HartUI, Kp,, V, 74 Jaewê 

Uno NOM potemt tania ruina tûeo. 

Cet hémiatiche de Pétrone : 
V. 88. IngonloM gula att. 
aa retrouve textuellement dana Martial (Epig., l. XIII, 62) : 

Oalliaa altiUa. 

l\têctfHr et dhirf/acifi» gaUina farina, 
I\ueiiHr et tenebrit. Ittgenioêa gula eti. 

Ceci a tout Tair d'un vora proverbial que lea deux au- 



LA PARODIB BT LIMITATION DAVS LB tATIBICOV. 178 

leurs peuvent avoir repris à Lucilius ou à Varron^ ou^ se- 
lon Wehle'y aux Ileduphageika d'Ennius. 

On pourrait admettre encore, avec Môsslor*, comme une 
source du De bello civili, la partie du livre XXI de Tite* 
Live où est décrit le passage des Alpes par Ilainiibal. 
Voici les rapports que Ton saisit enti*e les deux moi*ceaux : 

162. Ilœc ubi calcAvit Csusar jugii milite \toto 

153. Optavitque locum, tuinmo do vortice iiiontis 

154. Hesporin» compos lato protipeiit 

Tite-Lîve, XXI, cliap. 35, 8 \ PrwgrtuHâ êigna Jlannibat tu 
promuntono tjuodam, vmle longe ae latn prottjteeiuâ erai, conêiêtere 
juêêiê miUtibnê Itatiam otiteutat, <q, 

185. Prima quidcm glacies et caiia vincta pruiua 
18G. Non pagnAvit humus mitique borrore quievit, 

Chap. 36, 5, Kaui, cum êuper veteveia tiivem inlaciam nova mo* 
dictp altitudiniê eêêef, molli nec prxalUt* facile pedeê ittgredicèiiiusH 
inêiêtebant. 

187. Scd pottquaiii turmn; nimbus frcgcre ligatos 

188. Etpavidus quadrupes undarum vincula rupit, 

189. Incaluero nivcs. Mox lluniina montibus altis 

190. Undabant modo natu. 

Chap. 3(j, 0. Ut vero lot hominnm juMentorHiuque ineenn diiajun 
e*(, per iitidum in/ra glariem finenleinque taheni Uqnentiê niviê /m* 
grediebuutur, 

193. Tum vero malo iida prius vestigia lusit 

194. Deci'pitque podcs; paritor turma*quo viriquo 

195. Arnmquo congcsta strue doplornta jacubant. 

Chap. 30, 7. Tirtrn ihi Ittvtatio erai via Ittbrira gfaeie no» re* 

cipinuln veMigiam ri in prono citiuf pedm /affenit^, ut , , 

il-tiiM adminictdi» prolaitêi» iterwn corruerrtit. . • • • . , sq. * 



I. Op. eu., p. 40. 

i. Quxitionum Petronianamm ipecimcn alterum, ISGâ. 

3. Édiliun WcitMCtilMim, Teulmor. 



\ 



tmtmilmm^ÊmmiÈÊÊÊÊamm 



174 CHAnmi iih 

Ubap. M, !>• Omniê mUm ferme tia prmeepê, a9iffmia, Mfteà 

eraif ut neqne muâlMre te a hpêH poêêeiU. « • « aiiiquê êuper 

iûioê MjnmMta in kominoê orrid^retii. 

197 • • • . ueo ruptl turbine ventl 

108. Danint aut tumidt ooiifraotiim graudine enlani* 
lOO. Iptie Jaui nubet naiitii^ loiioi^arma cadebaat, 
200. Et Gononta irola |ioiitl velut uiida ruebat* 

501, Victa orat ingjiiti tello» iilve vlctaquo ca*ll 

502. Hiilera, vleta suit hn*reutia fluiniiia ripU, 

Chap. HA, i\. Fefêtâ twtlh M mahmm uhiê eUam mêuê, oeet* 
îlfMUjttm êiihrn VttrffiiitirMiH, int/finttim terrotK'M a^ûcU^ 



E«l-ce encoro une réiniiiit^ience do Tite*Liv« qua 
tanno de Uiheif apiiliqud chez Pélrono comme chei Thla- 
torien à ruaiiro qui| comme uiio ^nnKrèiie, rongeait la mi* 
•tf mblo plbho ? 

fi4. 8iîd vvltitl tabot tncltit coiiccpta iiiuiliillii. 

Tito-Livo, II, 93, 0. Ain aNmitm io»tfcmo v^uli taiâem 

jtcfveHime ad rorjfH», 

Il ne «orail nullement surprenant que Pétrone eAt pria 
Tile-Live pour modale dans sa dei»cription du paaaage des 
Alpes par César. Car la Phanale ne lui oITrait pas de mor- 
ceau qui correspondit directement à celui-ci. 

Quant aux analogies qui existent entre Péirone et Flo- 
rus dans certains passages du De bello eivili, elles no pa- 
raissent pas avoir d*nntix*s causes qu'une comnmne imi- 
tation du Lucain'. 



I. or. |iniir n» <|iil niii<M«nii* Ion ni|iporlri ciilro Liinilii vi Flunt> : 
O. Jailli, i'mI. d<* FloriH, p. XI«V1I, n\.\ Mrinerf, Wiener lahrtnek. 
XXVII» p. IHO, M|. Kolon lluicr ibe Livio Lucanl in ainnine • be 
èeUo tiriié • aneiore; 8iiiiiiliii<*iii% IS7K les n«HM>iiihliin<-c4 «*iilro l«*ii 



LA PAnODIK KT LIMITATION DAN« LK •ATIIIIGO!!. 176 

49. « quare Uni pcnlita ICoina 

50, Ipta sui rocrces erat ot lino vindlvo prircla, 

Floruty II If 18, 0* Kl miêtra r>*9i ithUca ni exiltuM uni mereeê 

Le ternie merca n'esi pas daim Liicain, maië ilapu âtre 
puUé à nue même source par Pétrone et par Florun. Cf. 
Yelleius Puterculus, 11^ 22 : u^•• sui guiique pericuti mer* 
ces foret. 

58. Hoc inorsam cœno Romam toinnoqtto Jacentein, 
80. Ut rénovent per damna famem 

Florus, 1. III, 12| 7. W(p opvê attjMo iUeit/te ojfl/xerc turmfi mo» 
re$, merMiêiitjHe vHiiê êiuM, qwmnenttua^ reminbltctim jtetêinudedere, 
S nui ler faïuem tjMtêu ium» fererat. 

42 Houibut quoijuc libéra virtiii 

4:i. Eiciderut. 

' L. III, 17, 8. SewitHn, • • • • , otitHf! derim majenUitiê amf»erai^ 

L'idée que la Fortune, envieuse du la puistmnce excea- 
aive de Uoniei Turme enfin contre elli*-ni(^me| est com- 
mune à Pétrone, à Lucain, à Florus, à liien d*autrea assu- 
rément. C'est la Némésitf des Grecs. 

FloruSy I. IVy 2, 1. Jani iolo p,rne orbe pacatu, majnt erat 
impeiium nomanwn, quam ul ulUs riternis viribus opprimi 
posseL Jlftque inviiletis ForUtna principi genlium populo, 
ipsum illum in exilium sui anuuvit. 

De bai. nu,, 243 (Pompée), l'ro piidor, imperii dcucTlo nomine 
fugit. 

Même mouvement clicz Florus^ 1. IV, 2, 20: Turpe 



d(!ii\ iVriviiitiM pnivinnilriii«.*nl do vo t\i\'\U ont Ioiim Icm iIoii\ «iiivi 
d'uMiti'x |iri*4 lo rùt'ïi du Tito*Live. Main plut d'un patfMigu Inibii cii«.*x 
Flonu rinHpiruUun directe do Lucuin. 




--> 



176 .' CHAPITRE III. 

HMufmodo prlneêpi Patrum, paeti belUquê modiratorp per 
Irhmpkaium a te nian.... fuglebai. 

Dans Pdtrone commu daiifl Floru8| on tronva des ex- 
pressions A elTel. I/abrégé oratoire de Florus est le type 
do riiistoire composée en vuo des lectures publiques, 
Mânio enllure dans le Oe bello cMlL 

iO[K nuiii (V*isr tiitiiiilas iratiu dopriiiilt sroes. 
Florus, m, 10, S2. tlhum crevfntut Aipcn. 

Coinnii» dans la Vhanale et dans le Ue bello eMU, la For- 
tune joiio elles Florus un ràle considérable. (IV, 2^ 85| 
Setl Jam iMntum par Furtww flagilmite;"^ ihUU^ 44, •••.For- 
iiina vidit; — ibûl., 61, qmni de induttria captante For^ 
tuna; ot [lassim.) Il mentionne également les présages de 
la gnerro civile (IV, 2, 45) : Nunquam immineiitit ruiner 
manifestiora prodhjia : fuijn virtimai'um, examina in signis, 
intri'rtiu tenebiw. 

Mêmes iintiiheHcs que dans Lncain et Pétrone. 

64. tluliiu liigriitain |iorfiidil iiiiigiiiiiu Koiiinm. 

Florus, IV, 3, 9ri. Sir iftr, t/ni tsrmi*HM orbam civili MangHiue 
iMphvfnif, tandi'M êaiigitiue tino cnritiM iui^tlevif. 

Il serait aisé d*élenJi*e la liste de ces rapprochements 
Uornons-nous à const^itor que Pétrone et Florus^ tantôt 
imitent Tnn ot rauti*o Lucain, tantôt développent à la fa 
çon des rhéteurs nu sujet qui n'était rien moins que neuf 

Do tout co qui vient d'ôtro dit, il résulte que l«.*s mode 
les indiscutables de Pétrone dans le De bello cirili son 
Lucain d'altord, puis Virgile. Tite-Livc lui a prêté peut 
être quelques traits du passage des Alpes par Hnnnibal 
Sur cette trame, l'écrivain a brodé les ornements que la 
poésie ou les déclauiation^i de Técole mettaient à sa portée 

Nous voyons donc l'autour du Saliricon pratiquer ici 



LA PAMDIB BT L^IMITATIOlt DANS LB SATIIIICOlt. 177 

cette théorie do rimitatioii qu'il a fait exposer par Aga* 
memnoa et par Enmolpe ; le poète qu'il met en scène est 
vraiment : ingmti flumine lUerarum inwxdatui ; pareil à 
OvidOi dont la mémoire était si admirablement meublée et 
qui se souvenait alors qu'il croyait Improviser^ Eumolpo 
dans cet impetut, fait rouler pélo-môlo les hémislichos de 
Lucain^ les lins do vers do Virgile ta grossit de ces réml« 
niscences le Ilot do sa propre poésie. 

Personne n*a pu sériouscnieiit contester la prédomi- 
nance de Timitation de Lucain dans le De belto civilL 
Mais l'intention de Pétrone en composant ce poème a été 
interprétée d'une m«inière fort diirérente par les divers 
critiques. Les hypotliùses exprimées à ce sujet peuvent se 
ramener aux trois suivantes : 

1* Le De bello civili est une parodie du début de la PhaV" 
sale. 

2* C'est un poème fait par Pétrone dans la pensée de 
rivaliser avec celui de Lucain et avec la prétention d'indi- 
quer la vi*aie niauièrc* dont le sujet devait être traité. 

3'' Enlin, c'est une imitation pure et simple du début 
de la Pliarsale, qui n'implique eu aucune faron le désir de 
rabaisser LucaïUi mais constate uniquement chez Pétrane 
une doctrine dilTérento on ce qui concerne le merveilleux. 

Chacune de ces hypothèses doit être examinée séparé- 
ment. Nous ne répéterons cependant pas les argumenta 
qui| concluant contre l'unoisont parle fait mémo en faveur 
de l'autre. 

M. Eugène Westorburg (niieinischrs Muséum fur Philo- 
logie, 1883, p. 93; Petron und Lucan) a soutenu cette thèse 
que le De bello civili est un persiflage de la manière de 
Lucain. 

Môssler, en de copieuses dissertations, avait seulement 
tenté d'établir que l'intention de Pétrone était de donner 
un spécimen de la fanon dont il convenait de tmiter le 

rKITIQDH LITTliKAIMM. lÉ 



178 ciupiTiiB m. 

•i\J6t de la P^riot^. Pour M. Wetterburgi Pélrona a parodié 
al Iravesli Lucain. Toul en suivani de près la PhanaU, il 
pottsie tout au ridiculOi refond les pensées el les expres- 
sions de telle sorte qu'elles produisent un elTet grotesque. 

Telle serait la vraie tendance du De bello eivili. M. Wes- 
terburg i^oute que ce travestissement n'existe pas dans 
tout le poème, et voilà qui déjà complique la difllculté. 
Selon lui, le persiflage de Pétrone no vise pas uniquement 
Lucain ; Fauteur du Satiricon dirige aussi ses traits contre 
les advorsAires du poeto. Il se propose d'atteindre en 
même temps ceux qui critiquaient les nouveautés de Lu- 
cain et le blAnmieut do ce que, supprimant l'action du des- 
tin, jetant par-dessus bord la machinerie mythologique, il 
n'avait admis que des moteurs purement humains. Eu- 
molpe qui débite le De bello civili est le représentant de 
ceux qui, dans une épopée historique, voulaient conserver 
les formes de répopêe héroïque et dont se moque aussi 
Pétrone, Le merveilleux qu'il ajoute à la Pharsale est en- 
core une parodie. 

Rien de moins clair assurément. Parodier tout le monde, 
c'est eu i*éalité ne parodier personne. Si la satire frappe à 
tort et & travers sur Lucain et sur ses adversaires, elle n'a 
plus aucune portée ; c*esl la libre fantaisie d'un esprit mo- 
queur qui s*amuse. 

M. FriodUinder' a déjà fait justice do l'hypothèse de 
M. Wrsterburg; il montre l'invraisemblance qu'il y aurait 
à attribuer à Pétrone dans une même œuvre deux points 
de vue si différents. Il est convaincu que, dans les passa- 
ges où Pétrone imite Lucain, il ne le persifle nullement, 
et que, dans ceux où il introduit les machines mytholo- 
giques, il n'apporte aucune arrière-pensée railleuse. De 

1. lahreMbericht ton BHrtIaH, 1880, p. 190 : Hûmitche Satiriker. V5ir 
auMHi, lùld», 1800, p. IH'2, lo Jugomcnl do M. Liidwig Jeep sur Tar- 
liclo do M. K. \Vfslerburg. 



LA PABODIB BT L*IXITATION DAKt LB lATIRlCOlt. 170 

mémei dans 8a déclamation contre le luxe, il n^y a nulle 
raison de le considérer comme moins sérieux que Séné* 
que et Lucain dans des moi*ceaux analogues. Il conclut 
que Pétrone trouvait Fon poème assez bon pour avoir 
voulu le soustraire à Toublii qu'il y donne son propre sys« 
tème sur le merveilleux, et qu'il a moins clierclié à criti- 
quer Lucain qu'à le surpasser. Cejugement sera en grande 
partie le nôlre et nous uous eirorcorons de le jusliUer par 
d'autres raisons encore. 

Sur quelles preuves s'appuie M. Wcsterburg pour ëou- 
lenir que Pétrone a parodié Lucain? Une parodie, on l'a 
dit déjà| s'attaclie à suivre pas à pas l'œuvre qu'elle veut 
ridiculiser. Quand Scarron travestit Virgile, il ne s'érarte 
guère de l'ordre dans lequel les événements s'encliatnent 
dans V Enéide. Pélrone, au contraire, ne respecte nullement 
la succession des idées et des faits telle qu'elle se pré- 
sente dans la PIvarsale. Il bouleverse le plan adopté par 
Lucain, développe longuement des épisodes que celui-ci 
a indiqués en un vers (le passage il^é Alpes par exemple), 
en omet de très iniporlanis (apothéose de Néron ; passage 
du Rubicon; joie de la Gaule au départ de César). Il taille 
à sa fantaisie dans l'œuvre et recoud aux morceaux qu'il 
conserve toute une partie mythologique, où il ne pourrait 
en somme parodier que Virgile. 

Esl-ce donc aux idées et au slyle qu'il s'en prend? Mais, 
à part la question du merveilleux, ses idées ressemblent 
fort à colles de Lucain, son style également ; il est concis, 
parfois jusqu*à Tobscurité, tendu, boursouflé. Mais ici, 
M. Westerburg nous arrête : cette tension, cette boursou- 
llure même, voilà !a parodie. Et il allègue les exemples 
suivants : Lucain dit, 1, 42, parlant des Hottes qui seront 
envoyées à Actium : 

. . • e/ qiiaê prcmtt aupera danaê 

Lctirtiê, '. 




180 CHAriTM III* 

Pétrone, lelon M. Westerburg, appliqua cette expres- 
sion aux bêles féroces qui par les mers sont transportées 
à Rome {Di Mlo eitili, 16) : 

Fameê premit advetun doêêeê. 

Si le texte n*est pas altéréi l'expression ; famés advena 
est i coup sAr singulière. Elle ne peut se comprendre 
qu'ainsi : ces tigres affamés qu'on va chercher i Télran- 
ger*. C'est précieux et d'un goût bien peu classique. Mais, 
quel rapport peut-il y avoir entre le vers de Lucâin ou 
prewere a le sens de : détruire, et celui de Pétrone où 
premere signiile : remplir, combler, cliarger, comme dans 
ce vers de Tibulle (El., I, 3, 40) : 

Preêêerat extema tiavila meree ratemf 

L'intention de parodie, si elle existe, est tellement sub- 
tile qu'elle s'est entièrement évaporée. 

En est-il autrement dans ce secoud exemple? Lucain 
écrit, III, 16, 17 : 

l^wparaî itmumeraê pnpitu Aeherûutfê aduêU 
Portitor 

Pétrone, remarque M. Westerburg, parodie très bien 
cette fadeur quand il prête à la Fortune cette prophétie : 
la barque du vieux nocher ne sufllra pas ; il faudrait une 
floUe entière pour transporter la foule des ombres, vie* 
timesdes guerres civiles. (De belle eivili, 117-1 19.) 



i. M. KralTort (Ifeue Beitrûge zur KriUk und Erklûrung iateMicher 
ÀHlortn. Yvrilon, 1888, p. 18) veut voir ici tmo allusion ù co tàii 
rapporiô par Suélono, SéroM, c. 45 : ■ Forte accidit, ut in publica 
fliinu AlcxanUrina navin nuntiarctur pulvorem luctatoribus aulicis 
«ilvoxixso. ■ 8i l'ail UHiuu oxitto, on doit reconnaître qu'elle manque 
do tnin^iNirence. 



LA PAAODIB BT L^lIflTATIOlf DANS LB tATIBICOlf. 181 

•••••••• Vil nairiU Porthoiettf . 

Suffielet timulaera rimm trtdac«ra eamba ; 
CUmo opa« est. 

BfaiSy en vérité, y a-t-il une telle difTérence entre ces 
deux expressions : innumerai puppet et datte t On peut se 
demander laquelle est la plus emphatique'. 

Pétrone montre les dieux courant au combat : 

246-248 • ecce i>cr orbem 

Mitis torba deom terrât ezosa farcntes 

Doiorit atqae bomiimm dainnatiim arortltur agmen. 

et il ajoute, 264, 2G5 : 

Sentit terra deos, matataciuo sidéra poiidat 
QuRssîvere Boain* 

Il se moque ainsi, selon M. Westerburg, deTapothéose 
de Néron dans l.i Pharsale (I, 45, sq.) et smrtout de ces 
vers-ci : 

5G. JEtherU iêninenêi inirtein êi prcênartê umim, 
Senti fi axi'ê onim. 

Mais ce vers de Péti*ouen*est qu*uneexagération poétique 
conforme aux liabitudes de Tépopée. Lucain s'est emparé 
de cette convention ponr son apothéose de Néron. Elle est 
déjà dans llomèro {lUaile, XIII, 18). Durmann, d'après 
Guperus, nous oUre des exemples analogues. Le poids des 
dieux fait pencher la partie de la terre où ils se trouvent. 



1. Séiièi|ii«? s'ost inontn; pliH siiiiplo «iiiu l'un et qiio ruulro dariA co 
chœur tï Œdipe, lG<i A((. : 

« Quiqiio cnpaci tiirbida cumba 
Fliiiiiina sorviil duni.s, Moiiinr 
Nuvitii cnidiis, vix iissidiio 
lli'urlim cunto lusHultt refcrt, 
Fe.ssui tiirbuin verUiru iiuvum. > 



18S CHATITAB III. 

Ofidti FoêUê, IIIi Sn. Omiêiai Aveniàm ifmui§ê§ eommina êilfne, 

Têrraquû êuhêedii pondère preêêù Jo^ê. 

et. Javënal, Saî.^ XIII, 46 : 

Xae fuite dwmm 
Taliê, Mi ai kodie : e^nientaquê Mera pauHê 
NumMbuê mlêemm urgeÎHiiU AHania màwri 

Et Glaudieni Di Ut eantulatu Ilonorii, ▼. 100 : 

Qnamviê emerHnm peteret natura reverii 
Kitmen, ei auraitiê aitrornm jMuderei aree», 
KittaretqHe oueri veuturo connemê Afhê. 

Mais pourquoi ne pas cherclier plul6t dans Virgile lut« 
même le passage où Pétrone aurait pu puiser tout au moins 
l'idée première do ces vers euipliatiques? 

Ktf.f 1V| 60, 61. Àêiiict convexo nutantein j)ondere mundnm, 

Terramjue, (rartiwjue mar/ê, rœUtmque profundum. 

Le dernier exemple cité par M. Westerburg est encore 
moins concluant que les précédents. Lucain, nous dit-il, 
au livre I, v. SSO, fuit déclamer César; celui-ci cependant 
se contente de cette expression en parlant de Pompée: 

Sic et SiitfiiitUM folito lihi < ttiinherj • ferrum, 

« léetier Tépée de Sylla ». Chez Pétroney Tliyperhole de- 
vient une ironie flagrante ; ré|)ée de Sylla boit elle-môme 
le sang : 

Otf ex quo Sullnuut blbit ciisls. 

Or, bien loin qu'il y ail là dans l'expression un enché- 
rissemeut grotesque, c*csl Péirane qui est le classique ; il 
se souvient simplement de Virgile : 

AHii.f XI, 803, 80 (. J filât a êvb exêntiain donee fmrlata papi/hm 

liwêU^ virtfmcHMque aile hibit aeta rruorem» 



LA PARODII IT L*llflTATIOlf DAM Ll SATIlllCOlf. 188 

Ainsi tombent les arguments les plus précis mis en 
avant par M, Westerbuig. Non, le poème De belh eivUi 
n'est pas une parodie au sens que la définition de Riche* 
let (JDict^^ 1732), reproduite par Littré, donne à ce mot : 
€ Ce sont des ouvrages en prose et en vers, où Ton tourne 
en raillerie d*autres ouvrages, en se servant de leurs ex- 
pressions et de leurs idées dans un sens ridicule et ma- 
lin'. » 

Si le dessein de Pétrone eût été réellement de composer 
une psirodie de la Pharsale, les éléments ne lui eussent jias 
manqué. 11 aurait prodigué les traits, les antitliëses, les 
initiges forcées, les brèves sentcnct^s stoïciennes. D'antre 
part, tout ce luxe d'érudition scientifique et géographique, 
qui s'étale hoi*s de propos dans la Pharsale, prétait à de 
spirituelles conti*efaron8, a des charges facétieuses. On a 
justement blAmé cetle aU'eclation pédantesquo do Lucain ; 
on dirait que, presȎ de tirer parti de t^ou bagage de con- 
naissauces, il prenne plaisir à utiliser tous ses cahiers de 
notes. Ne jurerait-ou pas, p«ir exemple, qu'il s'est imposé 
la tilche d'énuinérer dans son puèine ii peu près tous les 
coui*s d'eau connus de son temps ? Sa Pharsale ressemble 
par instants à un cours de géographie lluvialo. Certains 
noms supposent eu vérité une science très informée. C'est 
se piquer d'être hou géogmplie que de uonuner VJEas^ 
fleuve d'Épire (L. VI, 3G1), le Sapis (Picenuui, II, 400>, 
le Genuse (Êpire, V, 462), le Rutuba (Ligurie, II, 422), 
le Cinga (Kspagne, I, 432), l'Iadar (Dalmalie, IV, 405), 
le Dipsus (Cilicie, VIII, 2ô5) et bien d'autre.^. 

Lucain semble porter aux fleuves un tendre intérêt ; il 
sait leur état civil, les déliuit, les compare, les classe. 



I. Teilo e^t aiisii Topinion de Di.tIc (The âge), de TciifTel {tlhei* 
niiches Muneum, l8iG),— qui a, il est vnii, iiioditlé son Jiigcinont dons 
son Histoire de fa Littirature latine, — el do beaucoup d'autres. 



N 



184 CHAFITAB III. 

IV, IS, 14 naeidfê prmiabfliêr undlê 

HoÊfêrioê iuhr Siroriê nom uiifmiêê iiiiiMi. 

11 oonnatt lourt droits ot lourt devoirS| a souci de leur 
gloirOi les console quand un autre fleuvOi plus ambitieuxi 
leur ravit Thonneur de porter leur nom jusqu'à la mer : 

ly, S0-9S« • • • • CamifotiqHe roerreê, 

Ciuffa mpaxp teiifun fittctnê et Ulora rtir»H 
Ofuahê impH/iêêe îho ; %iam ffurgift mixfo 
Qhî yrœêfai fern$, an/ert tibi nomtn J berna. 

Il les interpelle, les excite contre les fautenn» des guer- 
res civiles : 

IV, 116, 117 • • . • • Iloê etmiiOê nhenuê iunnâet, 

lloê Modannê: voêtoê Miquent finmlua fmUeê. 

Si un fleuve déborde, il est puni : 

IV, 141-148, Ae ne qnid Sêcoriê r^pelith awleat Hudtêp 
SjMirgitur m êntroê, et êrhêo gurgite rin» 
Dat imnaê majoriê aqHos, 

De tels traits pouvaient dtre aisément parodiés ; or il 
n*est fait aucune allusion dans le De bilh civUi à toute 
celte science géographique, historique, médicale répandue 
dans la Pharsale. On répondra que Pétrone la désap- 
prouve, puisqu'il n*imite pas Lucain en ce point. Mais, 
c'est alon une critique et non plus une parodie. 

Le De bello ciinti doit-il donc être envisagé comme une 
critique do la Phartale f Telle est la seconde question qu'il 
nous faut examiner. Mais, avant do reprendre le poème 
lui-niiMne et de le comparer do plus pràs avec celui de Lu- 
cain au point do vue des idées, de la composition et du 
style, il convient de reciieixher si, dans le morceau litté- 
raire qui précède, nous trouverons déjà quelque pi*cuve 
que Pétrone vise directement Lucain. 



LA PAAODll BT l'IMITATIOH DANt Ll SATiniCON. 186 

Cotte tirade d'Eumolpe (Chap* 118) arrive en effet uns 
être préparée par rien I et uniquement pour junlidor riii- 
•ortion dant le Satiricon du iioème Di bello eivllt. Holi« 
Bons-la : 

Uulta juvtnes earmen decepit, Nam ut fjuUque versum pedl* 
bus instruxU sensumque teneriorem verborum ambttu intexait, 
putavitse eontinuo in Uelieonem venisse. — Rion do plus ba« 
nal que cette idée. C'est le développement du : 

SeribiiHUê indocli daclêtjHe jtocMtita jiaftnn * 

et de ces autres vers : 

Sinir ml!» eut lUxtMe : « KtfO mira loemuta iningo ; 

^ • • . • • M*hi tntim rnfiHtfUé 

Kt tfiifHl uou didiri muir.f Hfmf'tre /nUri*^ 

Voudrait-on voir dans cette phrase une allusion à l'ex* 
clamation orgueilleuse attribuée à Lucaiii : Et quantum 
miM restât ad OdiecmJ Mais ce mot est de Lucain adoles* 
cent| et il s'aginiit ici do l'auteur de la PImrsale. Il serait 
absurde eu tout cas de prélcndro que Lucain peut être dé« 
signé par ce qui suit : Sic furcnslhus minisleriis exercitati 
fréquenter ad carminis tranqniUitatein tanquam ad portum 
feliciorem refugerunl, crcdentrs facUius porma exstrui posse 
quam controversiam sentcnlioUs vihrantibus piclam. « Kxerei* 
tatus » suppose un long exercice. Or Lucain u été avocat 
pendant peu de temps, et il est mort k vingt-six ans. Il avait 
d'ailleurs commencé par la poésie, puisqu'on le voit dès 
l'Age de seize ans composci* ses lUaca. A Tiuverse du texte, 
ce serait la poésie qu'il aumit quillée pour le barreau, 
momeulanémenly il cnt vrai. EnUi)| l'adverbe fréquenter 
prouve que, aux yeux de Pétrone, ce cas n'a rien de rare 



1. Hoi-arc, A.>., lî, I, M7. 

2. Uuim-fs Fp., ad i'isoHei, UG-il8. 




186 GHAPITM III. 

Quand il poursuit ; Ceîemm mquê generoHor $ptrllui mu/- 
taiem amal, on peut pennar à Lucain dont la vanité nous 
est bien connue. MaiS| que le trait est général et com- 
bien sont atteints du même coup parmi le genus irrUabUe 
tatum I Eumolpe continue : Mque coneipere aul edere partum 
mein potest nisi ingenU fliimliie literarùm Inufulata. Ici, toute 
allusion posttiblo à Lucain nous échappe. L*élève de Rem- 
mius Pnlémon et de Gornutus, le neveu de Sén&quei ne 
Tut jamais considéré comme un ignoranti ni milme comme 
un ogprit mcMlucromcMU lettré. 11 Tant retenir, môme en 
faisant la part de rcxagt^rationi ce que nous apprend sur 
son éilncation la biographie écrite par Yacea' : € PrxeeptO' 
ribus tiuir eminenUxnimis rst erwiitus eosqiie iiUra brève tcm* 
poiii spfitiinn iii'jenio iulviinavii, nna vero studentcs tuperavit 
pivfectibus. DceltiinavU cl giwce et latine cum magna admira* 
tioiie audientium. » 

Lucain ne tombe pas davanUige sons le conp de la cri- 
tique qui est ensuite expriniéo par Pétrone : RefUgiendum 
est ab omiii vrrborum, ut ita dinim, vilitate et suinendie vocet 
a plèbe semotx ut fiai : « odi profanum vulgus et arceo ». La 
recherche do TexprosHion rare jnsquVi la bizarreriOi les 
efforlë continuels du style pour rajeunir les idées commu- 
nesi les innovations dans les mots, voilà ce que M. Nisard 
a depuis longtemps relové dans Lucain *, et ce qn*il lui 
reproche le pins siWerement. ViliUis verltorum, c'est la der- 
nière dos critiques qu'oAt tolét*ées Lucain. Qu'il soit 
gnindéi contourné, apprâté, on l'accoinlo, mais banal dans 
son stylo, jamais. 

Voici qui soniblo l'attuindre mieux : Pneterea eurandum 
est, ne senteiUix emineant extra corput orationis expressx, ied 



1. Vifn M, AMi*n*i Lncant tir Commenlario Vacem mblata, p. 77 — 
Cf. SarloMlé rvliijuiK, cmI. noiirer.4(!huid. 

2. hiéfnlaliHêdela Décudeiiee, tuino II, Lucuin, lV*i>arUo,|>0<i/Mi. 



LA PAHODII BT l'IMITATIOII DANS LB tATlIIICON. 187 

inUxio verslbut edore nlteanL Oui, comnie tout les poètes 
de la décadence, Lucain poursuit le brillant et le trait. 
Les sententim chez lui se détachent et Tont saillie : € Je 
crois superflu, dit M. Nisard', de donner des exemples du 
trait. On peut ouvrir Lucain au hasard; il n'y a presque 
pas une page de la PhartaU où l'on n'en rencontre. » On 
ne saurait méconnaître ce caractère du style de Lucain. 
Mais cette redite de la doctrine classique condamne tous 
les écrivains rontemporainsi à commencer par Pétrone 
lui-même. Les smtentix ne manquent pas dans le De bello 
eivili, par exemple : 



221. Qusutum quisqns thiiet, taiituiii fugit 

60 hoé gloria reildit botiorvsl etc. 

Cet épiphonème à la façon do Juvéual, sans rapport 
aucun avec la guerre civile, sans lien avec le sujet, indi* 
que bien d'ailleurs la tendance pm*ement déclamatoire, 
nullement critique et satirique du iioeme. Si Pétrone avait 
entendu donner à Lucain une leron ihi goilt, il se serait 
e£roi*cé de joindre rexcmple au précepte. 

Dans toute la partie du morceau littéraire que nous ve- 
nous de parcourir, je ne vois qu'une tuerie de règles géné« 
raies, de jugements consacres, île principes classiques, 
dont l'enclialnement n'est pas des plus rigoureux, malgré 
toutes ces conjonctions : nain, celentm, jmrterea, enim. 

Si, dès ce moment, Péti'oue avait visé l^ucain, il ne ci- 
terait coumio modèles qu'Homère et Virgile. Pourquoi 
leur adjoint-il les lyriques et Horace en tant qu'auteur des 
Ufies*? C'est que, conrormémeiit & la doctrique classique, 
il met ensemble les mattres de la poésie pour les opposer 



1. iUit., |i. \1\K ni. iii-IG. 

2. « CiinoMi foliriliiH » tlvul^nw en rWoi Icm OUei, lluriK^o rcpuiid aux 
lyrii|iics gruci» cuiiiiii(>> Virgilo ii iluiiiôro. 




188 GHAPITRB III. 

à qui ? A Lttcaln ? Non pas, nutis à tout les autres poètes/ 
cfUrip ce qui semble bien sévère, même si Ton admet que 
par ce moi| Pétrone condamne en bloc tous les modernes. 
Voilà certes une critique littéraire fort vnguei et combien 
pou inspin^e d*un sentiment d'animo^ité ou mémo de riva* 
lité contre Lncain 1 Crteri eniin non videriifU viam, qua ire* 
tHradainiieiiptiul99isaintimuenuit caleare» Dans laf|uollo de 
ces catégorios faudrnit-il rangnr Tauleur de luPhanaUf 
Celle dos ignorants, i^ans doutOi qneltiue invraisemblance 
qu'il y ait à cela, puisque les niDls : nisi plenui literis in- 
diquent que Pétrone va reprendre un sujet traité par un 
auteur insufllsanunont lettré. Quant a la timidité (limue- 
runl)^ elle n'a jamais été la caractéris^tique de Lucain. 

Après cet exposé de doctrines très général, Pétrone se 
llxe enfln sur un exemple, celui d'une épopée sur la 
guerre civile : Kcce biili civilU iugens opus quisquis atUyeritf 
nisi plmus tilcrir, iuh onere iahetur. Il n'hésite pas à décla- 
rt*r que c'est 1& une tikho nmluiséo : inyeêts oims^ Quisquit 
uUiyerit est plein de niéuAKCinents et ne désigne personne 
avec quelque précision. Nisi plenus literis ne friit nulle- 
ment souKcT & Luc{iin, qui possède à Tontl Virgile, l'imite 
et se souvient do lui, — M. Nisard l'a nhondamment 
prouvé, — même quand il s'ell'oi*ce de s'en distinguer. 

Si Pétrone a eu Lucain on vue, ce ne peut être qu'A 
partir des mots qui suivent : Non eniin res gesUe vcrsibus 
comprehendemhv sunt, qmnl lowje melius liistovici facivnt, sed 
per ambages deorumqiie ministeria et fabulosum stntentiarum 
tormentum pvireipitandus est liber spiritus, ut potins furentis 
animi ratieinatio appareat quam religiosit orationis sub testi' 
bus fuies. Ce jugement oITre en ell'et certaines analogies 
avi!C ceux qu'ont portés sur Lncain Quinlilien et Servius. 



I. iU*4 iiKitH i>oiirriiii»nt dire un MuiviMiir do Lucain. Pharsale, \, GS : 
« Iiuinonttum*|uo aporitur opus 



LA FARODll BT L^lIflTATIOlf DANS Ll SATIRICON. 189 

Au sujet de l'emploi du merveilleux dans l'épopée, il existe 
un dissentiment entre Lucain et Pétronoi qui critique la 
part trop restreinte faite h la mythologie dans la Plumale. 
Et oncoroi cette critique n'a-t-elle rien d'amer et semblo- 
t-elle fort atténuéOi si on considère le personnage qui Tex* 
primei ce poète ridicule^ souvent lapidé, insupportable* 
L'appréciation d'Enrolpe sur le poème que son comiiagnon 
oppose à celui de Lucain se borne a ces mots : 

Gliap. 124, p. 92, L 1. Cum hxc Eumolpus ingenli vota* 
bilitate verbo}*um effudisset. L'éloge est modeste. Eumolpe 
lui-mémo paraît s'excuser de rivaliser avec la Phartale : 
Ghap. 118, 1. 33. Tamquam si plaeet hic ivipetus, etiamsi 
iwndum recepil uUimam manitm. 

Ainsi, les critiques de Pétrone, à supposer qu'elles 
soient adressées à Lucain, sont simplement d'un homme 
qui pense autrement que lui sur un point de doctrine, mais 
le méprise si peu qu'il lui emprunte beaucoup. Ici aucun 
trait mordant, uucun coup de dent à la Lucilius ou à la 
Juvénal. Que de circonspoetion, de mesure et de formes ! 
Lucain se montrait moins délicat h l'égard des poésies do 
Néron : adeo ut quondam in latrinis publicis ctariore cum 
crepiiu venlrit hemislichium Neronis, mayna consessorwn 
fuga pronuntiarit : 



itib terri ê tonuiêêe ituieê *• 



Auprès de cette parodie grossière, la critique de Pétrone 
serait d'un atticisme parfait et tout académique. Ni Luci- 
lius, ni Honice n'apportent dans la satire littéraire une 
telle modération. On se demande d'ailleurs en quoi la 
gloire de Lucain aurait pu offusquer Pétrone, dont les 
poèmes ne sont qu'un accident dans son roman. Redon* 
tait-il un parallèle entre César et Encolpe, entre Caton et 



1. Suétone, De virli'iliHêiribus, XXXIII, p. 51, éd. RciiïoriMîheid. 



100 CHAPITRI m. 

• 

QunrtiUarBaaa, s'il était si évident que le l»# Mto ei^Ul 
est dirigé contre la Phartale, les commentateurs ne se 
donneraient pas tant do peine pour le prouver et on ne se 
trouverait pas en face d'appréciations aussi contradictoires 
que colle^si : € Je ne crois pas que cette déclamation s'ap- 
plique à la Pharsale. Lncain était très lettré. Le liber ipi^ 
l'Hus ne lui a imis manqué. J'estime bien plutôt que Lucain 
a été très apprécié de Pétronoi qui Timile de près dans ce 
lioème tant pour les idées que pour les mots. » (Résumé 
de Oonsalo de Salas; Commenta, p. 195 , t. II| Bumiann.) 

« 11 est certain que le liellum civile n'est qu'un peraillngCi 
exAg«'*ré| il est vrai, de la manière do Lucain, bien qu'il 
ne le nomme pas, quoique vivant encoi*e. » (Teuffel, op. 
nV., l. II, p. 288.) 

Voyons ni le De bello cMH révèle cites Pétrone, commo 
MOssler a voulu le démontrer, Tintention de critiquer Lu- 
eain et de corriger, eu le refaisant, le début delà Phanale. 
Telle est la thèse soutenue par Môssler dans quatre disser- 
tations', dont les drux dernières ont pour objet rétablis- 
sèment du texte et la discussion d'un certain nombre do 
leçons. Dans les deux premières, il traite la question de 
la rivalité avec Lncain, et prétend en mâme temps appor- 
ter la preuve indubitable que Tépoque de Pétrone est celle 
de Néron. 

Nous ne pouvons reproduire dans sa minutie et sa con- 
fusion l'argumentation de Méssler, d'où les idées généra- 
les se dégagent péniblement. Sa comparaison entre la 



1. 1. Commentatiù de PetroHii poemaie • De belio eieiii t ; nrcslmi, 
IBï'l, Gm.^<4, HarUi i«t G'*. — 11. QuœtfionuM PelrPHiananiM ipeci» 
men ^Ho ftorma • De belip cieili • cum PhanaUa Lueani coMparu- 
fur; lUrH«*liht»rK» Kundult, 1857. — III. QuivitiOHum PelrotUaMurum 
eprcimei^ aitcrum ; IlintrlibiM-g, \Vilht»liii PrUml, I8G5. — IV. Qicir«- 
NnMiiM Peironianarum tpevémeH ierUnrn ; IlirHclibcrg, Willieliii 



LA PARODII IT L*1XITAT10N DANS Ll •ATllIICOSf. 101 

PharsaU ot le De bello etvUl est trèR détaillée, très conicieii- 
cieuse, très savante; mais je crains que, à force de regar- 
der chaque vers à la loupe, le critique n*ait dnalemeut 
perdu la vue de rensemble. Son principal mode de rai- 
sonnement est celui-ci. Quand, en mettant en parallèle 
Péirone et Lucain, on constate entre eux des dilTérences, 
c'est qu'à cet endroit il y a un blâme & l'adresse de Lu- 
cain. Il re^te à chercher le motif qui a déterminé Pétrone 
à traiter difTéremment uite donnée de la Phanale. 

Au lieu de nous perdre à la suite de Môssler dans une 
analyse extrêmement menue et éparpillée, nous nous con- 
tenterons d'examiner de nouveau après lui le poème De bello 
eivili, en le comparant à la Phanale, Chemin faisant, nous 
discuterons ceux de ses arguments qui ont quelque poids. 
Il en est en effet qui ne méritent pas une réfutation. 
Ainsi, il fait honneur à Pétrone do sa déclamation sur le 
luxe et la corruption de Rome. (V. 85, sq.) Il lui sait gré 
de s'être étendu sur une donnée qui ne fournit à Lucain 
que quelques vera sobres et expressifs. Il n'a pas vu que 
Pétrone, composant une sorte de déclamation poétique, 
reprend un développement d'une flagrante banalité, tandis 
que Lucain l'a rejeté comme usé et fastidieux. 

Le De bello civili cori*espoud au premier chant de la 
Plxarsale. Mais, de même que, dans la Trojx lutlosis, Pé- 
trone a réduit Virgile et s'est borné à amplifier quelques 
détails et accessoires négligés par son modèle, de même 
ici, il va condenser le premier chant de Lucain, en chan- 
ger la disposition et y importer quelques développements 
nouveaux. 

Le premier chant de la Pliarsale compte G95 vers, le De 
bello civili 20Oj c'est-à-dire 400 de moins. Ainsi, Péti*one 
est loin de suivre pas à pas celui dont il aurait eu l'ambi- 
tion de devenir à la fois le censeur et l'émule. Les pi*o- 
portions des deux morceaux dillèrent sensiblement. 




102 GRAmm m. 

Le tableau suivant indique ce que Pétrone a pris et ce 
qu'il a laissé dans Lucain. Le De beUo elvUt peut se diviser 
en sept parties principales. 

A.lkW. Peinture de la corruption de Rome. Causes 
de la guerre civile. Chefs qui la conduisent. 

B. 07 à 121. Plutoii exiiorte la Fortune à ruiner la puis- 
sance de Home. I4t Fortune y consent. Elle prédit Ptiar- 
salCi Pliiiippes et Actium. 

C. 122 à 140. Prt^siiges do la guerre civile. 

D. 141 & 170. Du sommet des AlpeS| César harangue 
ses soldats. 

E. 177 & 208. I^assage des Alpes. 

F. 200 à 244. L'épouvante s'empare de Rome. Fuite de 
Pompée. 

0. 244 à 203. Les dieux se partagent entre César et 
Pompée. Triomphe de la Discorde. 

Mettons en regard les morceaux correspondants de Lu* 
cain. 

A» Phanale I. 168 à 182. Luxe et corruption de Rome. 
Causes de la guerre civile. 

B. Rien ches Lucain qui réponde au développement 
mythologique de B. Tout au plus, on l'a vu, peut-on en 
découvrir le germe dans le vers 718 du livre VI de la 
Phanale, à la Un de l'invocation d'Êrichtho aux divinités 
infernales : 

8i bene de vobiê civUia betla mermUnr, 

Le discours de Plu ton ches Pétrone no fait d'ailleurs 
que reprendre et compléter la tirade sur le luxe démesuré 
de Rome. 

C. 522 à 583. Présages de la guerre civile. 

0. Discours de César à ses soldats. Chez Pétrone, il y a 
des souvenirs de trois discours mis par Lucain dans la 
bouche de César, l'un très bref avant le passage du Rubi- 



LA PARODIB IT L*IIIITATION DANS Ll 8AT11I1C0N. 193 

con (I| 105 A 203), le second, plus court encore, après que 
cette rivière a été franchie (1 , 225 à 227) , le troisième à 
Ariminum, lorsque Gurion est venu rejoindre Tarmée^ 
(I, 299 à 851). 

£• Le passage des Alpes décrit par Pétrone en 81 veni 
est mentionné par Lucain en un seul. 

I, 183. Jam gelidoê Cœêar eur$u êuperavtrat Aljteê. 

F. 4G6 à 522. Épouvante de Rome. Fuite de Pompée. 

6. A la scène mytliologique qui termine le De belle c/- 
vili répondf*nt chez Lucain les vers qui nous peignent le 
peuple consultant les devins toscans. (Cérémonie expia* 
toire ordonnée par Aruns et Figulus. Prophéties de Figu* 
lus et d'une matrone qui, inspirée par Apollon, prédit les 
événements de la guerre civile.) Ce dernier passage seul 
présente quelqnes analogies avec les discours de la Dis- 
corde {De bello civili, 283 sq.) et de la Fortune (v. 111 à 115). 

La concordance est donc loin d't^tre exacte entre les deux 
œuvres : 

1* L'ordre des morceaux n'est pas le même chez les deux 
poètes. 

2* Pétrone a ajouté B, E et 0, c'est-ù-dire les deux 
morceaux mythologiques et la description du passage des 
Alpes. 

Quelles sont les parties de la Phanale que Pétrone a 
négligées entièrement? Rien dans son poème ne rappelle 
de près ni de loin : 

1"" L'introduction et l'imprécation si pathétique contre 
les guerres civiles. (1 à 32.) 

2* L'apothéose de Néron. (33 à 66.) 

3* La prédiction de la On du monde. (72 à 80.) 



1. nappelons que Pôtrono a pris aussi quelques traits do son dis- 
courut dans le livre Y II de la Phanaie (250 & 3*29). 

CBiTiQva uttAbaub. II 



104 * GHAFITRI IIU 

4* Las causes politiques de la guerre oiTllei ramâtion 
et la rivalité des cherS| leur portrait si frappanti et toutes 
les belles comparaisons dont Lucain relève cet exposé 
historique. (84 à 158.) 

6* L'apparition de la Patrie & César sur les bords du 
Rubicon et le passage de cette rivière. (183 A 224.) 
. 0* La prise de possession d*Aritninum ; Tarrivée des 
tribuns ; le discours de Curion. (228 A 291.) 

7* Le discours de Lœlius. (359 à 391.) 

8* Le rnppel des légions disperaées dans toute la Gaule 
et le recensement des Torces de César. (392 A 4G5.) 

9* Toute la consultation des devins. (584 A 673.) 

Nom» n*avons énuméré que les morceaux les plus longs 
et les plus caractéristiques de la Pharsate auxquels nous 
ne trouvons aucun pendant chez Péli*one. 

Il est facile de constater que Pétrone a surtout laissé 
de côté la partie historique de la Plvarsale. En celay il se 
montre lldèle au programme qu*il s*e8t tracé : faire au 
merveilleux une plus large place. Mais, comment expli- 
quer que ce clnsiiique ait supprimé les invoc^itions aux 
dieux et aux muscë, que tout poète épique, a commencer 
par Homère, place en tête do sou œuvre? Pourquoi a*t-il 
retranché ce dénombrement des armées, indispensable A 
toute épopée qui se respecte ? Comment surtout cet ami 
du merveilleux n'a-t-il pas tiré partie de cette grande et 
bolle scène de la Patrie apparaissant aux yeux de César, 

Iiigeuê viêa dtici I\ttna trepidautin mat/o, 

quitte A remplacer cette abstraction par une divinité plus 
concrète et plus vivante? Pourquoi, si cette critique de 
Lucain était composée en partie pour satisfaire les rancu- 
nes de Néron contre un poète dont il était jaloux, Pétrone 
a-l-il entièrement fait disparatti*e Tapothéose de cet em- 
pcreiir et n'a-t-il glissé aucune allusion A sa gloire? 



LA FARODII IT l'iMITATION DANS LB 8ATI1IIC0N. 195 

On a vu quelle riche et intéressante matière le De bMo 
elvtti a laissée de c6té. Pétrone abat d'un coup 400 vers de 
la Pharsale, et dont la plupart comptent parmi les plus 
beaux. Et par quoi les va-t-il remplacer? Par des machi- 
nes mythologiques empruntées surtout à Virgiloi par une 
peinture assez banale du passage des Alpes, dont Tite-Live 
lui fournit les principaux traits. 

C'est cette imitation étriquée, mutiléOi où la Pharsale, 
largement mise à contribution, dépouillée de beaucoup de 
ses ezprcbsions caractûristiques, est par endroits plaquée 
d'un merveilleux posticlie, que Pétrone prétendrait oppo- 
ser à Lucain comme un modèle ! Une telle hypothèse ne 
saurait être sérieusemtMit défendue. Pétrane a pu avoir sur 
le merveilleux une théorie dilTérente de celle de Lucain 
et esquisser la manière dont, à son avis, ce merveilleux 
aurait pu être introduit dans la Pharsale; mais il n'est ja- 
mais venu a la pensée do cet homme d'esprit de mettre 
Vimpetus d'I^umolpc au-dessus de la Pharsale. 

A-t-il essayé du moins, par la manière dont il a traité 
son sujet, d adresser u Lucain un blAnie indirect? Ainhi, 
au point de vue politique, a-t-il pris le contrepied de la 
Pharsale f Si Lucain est Pompéien, l'uutcur du Satiricon 
va-t-il s'enrôler dans le parti de César? Oui, répond 
MOssler. 

Admettons qu'il tfoil permis do rechercher dans la P/iar« 
sale les vues politiques de Lucain, encore que nous igno* 
rions quelle a été la rédaction primitive de ce poème. 
M. G. Boissier* a résumé avec beaucoup do finevse les 
opinions les plus vraisemblables sur la question. Il écrit, 
en parlant des trois premiers livres, IcsscuIp, selon Moss- 
1er, que Pétrone ait connus : « L'on peut afllimer que, 
malgré la partialité du poète pour Pompée, il n'y a rien 



1. l'OppoiitioH ioui i€i Césan, p. 272. 



100 CH4PITM IIK 

dans les trois pramiart li?ret da la PhanaU qui na soii 
d*un tii^at soumit »| ot| p. 280 : < Lat ditpotitiont de l'o- 
piuiou publique étaient telles que, mdme dans un poème 
dédié au successeur de Césari il était permis de traiter 
César séfërement. • 

Or| nous ne devons pas Toublieri c'est le premier chant 
seul qu'imite Pétrone, c'est-à-dire celui où en somme 
Cénari cliez Lucainy est le mieux traité. Quand Mussier 
croit s*apen*e?oir que l'auteur du De bello eivili fait de Cé- 
sar son liérosi il no voit imih f|U0| dans ce iioinie, César 
est h pou près soûl en scène. C'est lui qui donne le signal 
de la guerre civile, qui franchit le Rubicon et les Alpes. 
Dans le premier livre do la Pharsale, le rôle de Pompée 
se borno à fuir loin do cotto Homo qu'il no sait pas défon- 
dro. Le moyen d'en faire un héros à ce moment 1 Dans la 
Pharsale mômo, il no nous apparutt pas bien brillant, 
quand son départ précipité nous est annoncé sommaire- 
ment et comme escamoté entre deux tirades. Sa fuite, il 
est vrai, sert d'excuse à tout le monde. 

I, 621, 022. Danda tainen venta eêt, (antorum datida jmvorum : 
Pom^fûio fugiente, UmchI, 

Il n'en est pas moins compris dans cette apostrophe gé- 
nérale : 

614. Ignavm h'tjuere manu». 

Dans les raros passages où Pétrone nous entretient de 
Pompée, il n'emploie pas des expressions bien dilTérenles 
de celles de Lucoin. Il ne lui rofubo aucun de ses anciens 
titros de gloire. 

238-244 Gouilno oum oonsulo Mtgnus, 

Illo tremor Pond tasvlqoe repertor Hjrdaspit 
Et piratarum scopalus, modo qacm ter ovantem 



LA PAnODIB BT L*IICITATIOII DANS LS tATiniGOIf. 197 

Jappiter homertti qoem fraeto gargite Pontos 
Et Yaneratas erat •abmbea Boiporos andai 
Pro pndor ! imperil dcierto nomina fogit, 
Ut Fortona lavii Magni qaoqaa tcrga ridarat. 

Cette antithèse entre les triomphea passés do Pompée 
et son infortune présente est continuelle dans Lucain qui| 
lui ausai| le représente comme une victime do la Fortune. 

narê,p II, 099. Dux eh'am votên hor. te, FortHna, prcentur, 

Qmua retinere vetan, liceui Mi pnrdnrt »afUm 
Ifaf/aw, 
ai ?• 708, lien pudor! exitjwt entfuj/tcnn virforîa Maynmi. 

Toutefois, Pétrono ost plus réservé & l'égard de Pom- 
pée et n'en fait pas son lieras. Mais, y a-t-il un héros dana 
cette déclamation i>ot*tique ? On ne peut nior qu'il y ait 
un accent de repi*oche dans cette apostrophe de la Discorde 
à Pompée : 

292, 293 Ncscit tu, Magno, tueri 

Komaiiat arces ? 

Mais, l'histoire ne parle pas autrement. Pompée s'est 
montré aussi imprévoyant que possiblo. Lucain a beaa 
enguirlander son personnage préféré do comparaisons ma« 
jostueuscs et do nohlfs discours, co général verbeux et 
solennel, ro politique à vuo courto, qui no parle que do la 
néccsHÎté do sauver sa léto sacréo, devient dans la l'Iyirtale 
mémo agaraiit et insupportable. 

Pétrone se montre-t-il sévère i»our Caton, co donii-dieu 
de Lucain, plus grand niAme que Poiii])ée? NuUeniunt. 

Nous lisons dans le De hetlo ciuili ci.*r4 deux vers : 

45, 46. Pallitur a populo victut Ctito ; tristior illc ott 
Qui vicit, fnBcCBque pudct rapuî^sc Catoiil. 

Reste César. Si dans le De hello civili il occupe aprèa 




108 CRAFITM Ut. • 

les dieux la plaea d'honneuTi c'est qoe le premier ehaot 
de la PharsoU est tout rempli de lui. Eatre le César de 
Pétrone et celui de Lucaini pas de dilTérence essentielle. 
L'auteur du SaUriem, Qdàle à son systt^me myihologi- 
quci en fait surtout un instrument de la divinité. 

141, 142. Une OAtents brevi solvit deus. Emit omnes 

Qulppa morts Cassar, 

Mais la suite donne ouvertement tort à celui qui| poussé 
par l'amour de la vengeancei a commencé la guerre civile. 

142, 143 vindictAqna actas smore 

Oalliea projecit, cirUis suttalit arma. 

Ceci est dit sans atténuation. 

Chez Lucain, Cét^r hésite avant de franchir le Rubi* 
con ; chei PiHroiiei il s'avance d'un pas assuré. Le fond 
du discours de César est lo même dans les deux poèmes. 
Pétrone Va fait plus bref, mais non plus modéré: ces 
mots sont catt^goriqnes : 

V. 1G8. Viotores ite fureiites 

Cf. nanate : I, 200, 201 Non te • furiafêbuê » armiê 

Au passage des Alpes, César déploie dans le De beUo 
etvili une vaillance et une audace singulières. Il apparaît 
très grand, quand, donnant l'exemple à ses soldats, aumi« 
lieu des inondations et des avalanclies, il marche d'un pas 
intrépide, appuyé sur sa pique, 

203, 204 magiiam nizoï in hattam, 

llorrida tecaris fraiigobat greitibus arra. 



comparable à Hercule ou à Jupiter vainqueur des géants. 



/ 



LA PARODIB ST L'IMITATIOK DANS LS tATIRICOlf. 199 

S(M^208« Qoalis CaaeaBca decnmiit arduoi aree 
Amphltryoniadet, aot tonro Jnppitar oro, 
Cnm se rerticibas magni damitit Oljrmpi 
Et peritaroniin ditjecit tela Gigantam. 

Mait| nulle part, Lucain n'a dénié à CéBar ce courage 
et cette indomptable énergie. Ces mérites aont mis en 
relief I jusque dans les livres les plus hostiles au vainqueur 
de Pharsale. 

Il est même piquant de voir, en certains passages, Lu« 
cain partagé entre son aversion systématique contre Ten- 
nemi de Pompée et le respect de la vérité historiquei 
énoncer, sur César, à quelques vers de distance, des juge* 
ments visiblement contradictoires. Ainsi, au livre X, Lu« 
cain nous peint César surpris dans Alexandrie et obligé 
de s'enfermer dans le palais. Il a peur, bien qu'il s'indi- 
gne de celte crainte. 

443, 444 tnagunt atitMOM iriequa metuêque : 

Et liniet itintrêitn, vnh't/naturtjue thnere. 

Mais, tout de suite, une comparaison, inspirée d'un 
tout autre esprit, le montre semblable à un lion généreux, 
à la flamme puissante de TËlna : 

445-448. Sic frémit in juirviê fera nobili» àbdita eîauitriêp 
Et f rang H rah/dM, prœmorêo carcere, denteê: 
Kec êecuê in Sindiê fureret tua flamma eavemiê, 
Obêtrueret tninmam ii qitiê tibi, Mulciber, ACtnam^ 

La suite le représente de nouveau tremblant, pareil à 
un enfant timide, à une femme. 

458, 459. Ceu puer tmbeUiê, ceu captiifemina muriê, « 

Qutcrit tut a domuê. 

Qu'est devenu trente vers plus loin ce puei' imbellUf Un 
héros que Lucaia admire : 



SOO CHAPITIIS III. « 

488491. ••••••••#.•• 8ed admê dqfmiêar Mpiê 

Cmmr, «1 Aot aditm gtadiiê, koê ig$Ulm§ oreM ; 
Ob^eêêUêfUê gerU {tanta eM etmêtamtia mentiê)^ 
Expugnantiê opuê. 

On pourrait de mdina découper dans la PhanaU nombre 
de passages où est exaltée la valeur de César. Les contem* 
porains ou les successeurs immédiats de Lucain n'ont pas 
été frappés autant que nous de cet esprit de dénigrement à 
l'égard de César, que la critique a signalé cliex lui. Quand 
Stace (Horoscope de Lucain, SUvei^ II, 7) annonce par la 
Uouche de la Muse l'apparition de la Phanale, il place, 
dans le sommaire pot^tiqno qu'il en donno, le vers suivant : 

V. G7. Quod/nîmen dncU inttr arma divi*, 

qui déëigne évidemment César, puisque nous lisons en- 
suite : 

V. 68, 09. Libertate gravem pin Caionem 

El gratum jHipidantate Magnum. 

Les trois acteurs principaux du drame semblent mis sur 
la même ligne. 

Mais, c'otft trop s'attarder à cliercher des divergences 
politiques entre Lucain et Pétrone. L'auteur du Di bdlo 
civill se soucie assox peu de Thintoire et n'a vu dans la 
guerre civile qu'un motif poétique. Clies lui, c'est la For- 
tune qui conduit toute l'action : les hommes ne sont que 
les inslruments de cotte divinité capricieuse. La Fortune 
a produit ces trois généraux qn'atlend une mort violente 
et prénmtuiH3o. VoilÀ ce qui a frappé le dcclamatcur, et 
non pas la diversité de leurs caractères, plus intéi*e6ëante 
pour riiistorien que cette analogie de destinées. 

1. La cdinimriii.^on do César avec la foudre dbi Ui*cc de la Phanaiê 
mOiiie. (1, I&I-Ij7.) 



L4 PARODII rr l'imitation dans LS tATIRICON. SOI 

61-04. Très tulerst Fortona dneat, qoos obnilt omnet 
Armoram itnie divena feralis Enyo. 
CraMam Parthus habet, Libjreo Jaoat lequore Magnns, 
Jaliat ingratam pcrfadit tanguine Romain, sq. 

C'est la Fortune que Géiar fait Juge de la bonté de sa 
cauie. 

174. Jadice Fortana cadat aloa 

Pompée de ton côté s'abandonne à la Fortune : 

287. Hio dat Tela Atgœ Fortana?qa6 otnnia crédit. 

Les dieux conduisent les armes de Cé»ar : 

2G7-269 Primnmqua Diona 

Cnsarit acta tai dueit, cornes additar iUi 
PaUas. 

La Dibcorde enfln va décider du sort de la guerre : 

295. Factum est in terris, qaicqaid Discordia Jastit. 

La personnalité des acteurs du drame s'eiTnce. A tout 
prendre cependant, Pétrone semble plulùt du parti de Ce* 
sar, ou tout au moins, s'appesantit davantage sur ses hanta 
faits, comme l'exige la matière do son poème. Mais, entre 
le De bello civili et le chant V do la Pharsale, il n'y a 
qu'une question de nuances. 

7%., I, 12G sq. • QiuM jimtiiui imlutt arsHO, 

Snre n^faâ ; niat/no êejndtce tjii/nijue tuetur. 

César à ses soldats : 

Ibid.,349-351. .••••...•• Xer niuHÎna dcruni : 

Nom liée prœtla mcfn, neijue ragnum tjiitrrttur armiê t 
Detrah/MUê dominoê urhi nervire jtaratœ. 

Qui ne voit que, si Pétrone eAt voulu remanier la Phar^ 
iale dans un esprit tout opposé, il e&t raillé ou abaissé 



V 



\ . 



202 oiuriTAB m. • 

Pomp46| do manière à ne laiiser auonn doute sur son des- 
•eini et eiallé Césari lui donnant raison sur tout lei 
pointe*? 

Ce u*ett pai non plut en aecordant un rôle si important 
à la Fortune que Pétrone te distinguait de Lucain et amen- 
dait l'œuvre de ton rival. Let mott : Foriunaf fatum re« 
vieiinont à satiété dant la Phanale. 

On ne taurait davantage prétendre que, en faisant dans 
son poème une plus large part à l'action des divinitéSy Pé* 
trône a voulu se montrer plus religieux que Lucain et le 
blAmor do son scepticisme. I/écrivain qui professe envers 
les (lieux les sentiments que nous connaissonS|répicurien| 
le chnulre de PriapOi uo peut se placer au point de vue re- 
ligii*uX| s'il reproche à Lucain do n'avoir pas admis dans 
son Œuvi*e d(*s divinités plus nombreuses et plus actives. 
Entre eux, le dilTéroud est exclusivement littéraire. 

Abordons un nutro ordre d'idées : Pétrone se serait-il 
attaché à reprendra laromposilion de la P/iar^a/ef Nous ne 
le croyons pas, bien quo Môssler ait vu dans le De bello 
civili dos arrière-pensées prorondes, toute une critique sa- 
vanuneat dissimulée dont il pénètre les arcanes, tout un 
arsenal de traits aiguisés et tellement Uns qu'ils en de- 
viennent imperceptible^. 

Éludions (|ucl(iues-uns de ces passages où Pétrone fe- 
rait la leron& Lucain ot cherchons ces acuki q\x*y découvre 
la vue perranlo de Mohsler. 

Dans sa dissi^rtation de 1857, il raisonne ainsi : Lucain 
a eu le tort de Tairo intervenir la Fortune avant d'avoir 
peint les mauvaises mœurs de Rome. Pétrone, plus avisé, 
commonco par le taldeau de la corruption des Romains, 



I. Cot arguin<>nt mippoiio ailmiso ^llypotll^8o quo Pétrono a lu, non 
Muloroonl io4 truis prcniior« chant* do la Pkanaiê, mais lo poème 
tout entier. 



LA PARODIB BT l'iMITATION DANS LB iATIRICON. 203 

ce qui Justifie la colèr j de« dieux et rintervention de la 
Fortune. La guerre civile n'est plus qu'une Juste punition 
de Timmoralité romaine. Gela revient à dire que Pétrone 
est plus moraliste que Lucain. Plus déclamateur. Je Tac* 
corde. D'abord, la corruption et T excessive puissance de 
Rome sont mentionnées dès les premiers vers de Lucain : 

V* 2, 8. Jusque datum nrehri jtojmlumque poUntem 
In sua vtctrtct eonverêwn tiêrera dextra '• 

De pluS| Lucain n'éiait-il pas libre d'adopteri dans Té- 
numération des causes de la guerre civilci Tordre qui lui 
agréait? Gomme Pétrono no donne qu'une seule de ces 
causes, il n'éprouve aucun embarras pour son classement. 
Lucain apporte au contraire des causes diverses, et en 
particulier des causes politiques. Dès lors, nous admet- 
tons parfailement qu'il eoniiuence par énoncer les lois de 
la fatalité, qui veut que rien de grand ne soit durable. Puis 
il passe à la rivalité de César et de Pompée. Eniln, il 
arrive aux causes plus générales tirées de la décadence des 
mœurs. Il est plaisant d'ailleurs d'entendre soutenir que 
Pétrone a tenu à Juslilier la Fortune, lui qui, dans son 
roman, la fait intervenir û tort et à travers. 

Ailieui*s, MOssIer constate que Pétrone a supprimé le 
passage du Rubicon. Il aurait voulu ainsi modifier et cri* 
tiquer Lucain. En nous peignant l'aigle de Jupiter qui 
donne à César un présage favorable, il se serait montré 
meilleur poète que Lucain. Peut-on croire en effet que lot 
dieux n'aient pas signifié par des prodiges les grandes 
choses que César entreprenait? Mais, répondrons- nous, 
l'apparition de la Patrie n'est-elle pas un événement mer* 



t. Weljcr {Oe duplici Phanatitc exordio, Miirhoiirtr, 1860) a établi 
c|iie ce prcmi(?r « proœméum » do la Pharâuiê «loil Aire, coiiiino lo so- 
ctiml, l'a'uvrc de Lucain. Mai.s il a tort do cruin* (|iio IVlruno pread 
on tout lo contro-picd île Lucain et d«) tirer do là un argument. 



S04 CHAPITRB lit. • 

vaiUaux et ne faut-elle pas cet aigle de Japller qui manque 
tout au moins de nouveauté? 

Ne poursuivons pas dans leur minutie les observations 
de Môssler. Son critérium ne varie pas. Toutes les fois 
que Pétrone procède autrement que Lucain, c'est qu'il lui 
fait son procès. Est-il court ? c'est qu'il a voulu opposer 
cette hrièvelé à la longueur de Lucain. Est-il abondant? 
c'est pour reprendre la concision de la Pharsale. Quand il 
fait quelque changement, c'est qu'il blâme Lucain. Quand 
il l'imite ou le copie, c'eët pour annoncer qu'il va le criti- 
qucr. € Pour qu'on reconnAt facilement que son poème 
était opposé à la Pluinale, Pétrone s'est appliqué non seu- 
lement & changer et à corriger, mais aussi à imiter les 
pensées de Lucain*. » 

Or, comme cette imitation se poursuit pendant plus de 
la moitié du poème, on peut trouver que l'avertissement 
au lecteur est l'une longueur quoique peu dispropor- 
tionnt^o. 

Prenons les présages do la guerre civile chez Pétrone 
et chez Lucain. {De beUo civili, 126-140 ; Pharsale, I, 522- 
683.) Ce morccaU| selon MGssleri est une censure for- 
melle du morceau correspondant de Lucain. En compa- 
rant le tableau des prodiges chez l'un et chez l'autre, on 
constate que Pétrone en a omis beaucoup qui sont chez 
Lucain. Môssler en conclut qu'il adoucit les prodiges les 
plus funestes. Ceci devient une question d'appréciation. 
Mais nous rcninrquoîis, d'autre part, que Pétrone a simple- 
ment ici suivi Virgile comme modèle. (Présages de la 
mort de César; Georg,, I, 4G4, sq.) A peu do chose près, 
les phénomènes sont les mémos chez lui que dans le célè- 
bre épisode des Gêorgiques^. 

» 

t. DUtiTt. «lu 1.^15, p. I.V 

*i. PliiMliMirM lio» rii|i|iiMr)ioini*ntfi qui miivont ont élà il<^Ji\ indiipiét 
dsns la lUln d«vi iiniUilioiifl ilo Vlr^llo par Pulruno, p. ItiO, 107. 



LA PAIiODIB BT L'iMITATION DANS LE tATIRIGON. 205 

Pëtr., Dt ML eiv., 197. • Namqne ore eraento 

128. Déferais TiUui Tnltam caligino tazit. 

Virg.i Oeorg,,l^ 467. CumeapuiobêeuranilidumfemiffinetexO* 

J80. Parte alla plenos extinxit Cjrntliia vnltus 

181. Et Ineem iceleri •nbduxit. 

468* Impiaque attemam timneruM êœeuîa noetem, 

181 Rupta tonabant 

182. Vartieibnf lapab moiitit Juga 

185 Jamqna ^tna voratar 

186. Igiiibttt iniolitis. 

475 imoUtU tremueruni motibuê Alpeê. 

471 f 472 Quotieê Cyehpum effervere in agroê 

Vidimuê undautem ruptii fornciclbui JEinwnt 

184. Armorum ttrepitii e«lttm furit 

474, 475. Armorum êonitum toto Oermania emlo 
AudnL 

179. Nco non horrondi nemoris de parte sinistra 

180. Iiitolitfl) V0CC8. ••.•... sonuore. ..... 

476. Vox qtiotjueper lueoê tulgo exaudiia êûenttê» 

137. Ecce inter tumulos atque ossa earentia boitis 

188. Umbrarum faciès dire stridore minantnr. 

477, 478 et nmulacra modiê palletUia miriê 

Viêa êub obêcurum noctiê 

140. Sanguineoqae recens descendit Juppiter imbre. 
485. Aut puteiê manare eruor eeêêavit, 

189. Fax stellis cotnitata noyb incendia ducit. 

488 née diri toties arêere eometm. 

Ainsi, chez Pétroii6| il y a quelques prodiges de moins 
que chex Virgile, et au plus seulement une éclipsa de 
lune (v, 180, 131). . 




806 CHAHTM III. • 

Parte alla pimiot eitiniit C/BthU Tattnt 
Et laoam toaleri subdiuit* • • • • • 

encore que dans cet vers on puisse voir une autre rtfmi* 
nlsoence de Virgile pour le sentiment prêté aux astres, 

Otorg., I| 466 1 467. We etiam exêh'tteio mheratuê Cmêare Ramam, 

Cnm eajiHt cbêenra , sq. 

MaiSi pour le restOi les doux morceaux offrent une cou- 
cordanro assox sonsildo. C'est doue à Virgile qu'il fau- 
drait pour ce passage comparer Pétrone. Lucain s'est sou* 
venu aussi des présages do la mort de César ; mais il a 
ajouté ou modiUé beaucoup de traits. Mûssler prétend 
que Pétrone critique Lucain , lorsqu'il écrit en parlant de 
l'Etna : 

135, 136 Janiqae JEtna yoratur 

Igiiibus insolitli et io actliora fulmina mittit. 

tandis que, dans la Pharsale, l'Elna ne lance pas ses flam- 
mes dans les airs, mais laisse couler ses feux le long des 
pentes du volcaui sur le liane italien. Ceci est simplement 
un phénomène décrit par Lucain d'après VirgilOi mais en 
termes différents. 

Pkttn.f I, 64G| 647. Née (hIU m ciclttmflammaê, êtd teriiee prono 

ItfHi» in llenierium eeeidU fatuê 

Oeorg.f I, 471 '473 Qnoi*c» Ci/eîojium tffervert in agroê 

Vidimuê tuidatitem rnj.tin fornacihiiê A'tnuM, 
Fiammarumi^He yhboê liqnefuctaqut volvere êoxa! 

La critique de Pétrone atteindrait donc Virgile aussi 
liien que Lucain. Il lilAmerait aussi l'auteur des Giargi^ 
quei en écrivant (De bello civili, 132, 133) : 

Kco vsga passim 

Flnmiaa por notas ibaut moricntia ripas. 




LA PARODII IT l'imitation DAift LB tATiniCOlf. 207 

GaTi chai Virgile au contraire TÉridau déborde : 

481-488. Profuit inêano eoniorquenâ vertiee êUvoê 

Flnviomm rex Kriditunê, eamjHMUjUt per omnet 
Cum êtabnli» armeuta îhUU 

11 est vrai qu'on lit Iroii vers plut haut (479) : 

SUtHni amntê • , 

ce qui paraît contradictoire. Pétrone s'est borné à déve- 
lopper ces mots, négligeant le débordement de TÉridan* 

C'est ainsi que Môssleri partant d'une idée préconçue, 
a mis une patience louable, mais excessive, à regarder au 
microscope chaque vers du De bello civili pour y aperce- 
voir Vaculeui do la critique. Un tel système permettra 
toujours do découvrir chez n'importe quel imitateur un 
censeur ou un parodiste, si tout changement est par le 
fait mémo un blâme. - 

Concluons donc hardiment : le De bello civili a été fait 
avec des moi*ceau.x de Lucain et de Virgile, auxquels Pé* 
trône a joint des vers de sa farou. C'est uu exertnce poéti* 
que, i>arrois assez heureux, mais rarement original. L*au- 
tour ne s'ent pas renfermé dans le cadre de Lucain ; il a 
négligé un grand nombre d'épisodes du premier chant de 
la Phartale et même quelques-uns des plus importants. Au 
développement de Luctiiu sur les causes de la guerre ci- 
vile, il a substitué une déclamation sur la corruption de 
Rome et les rafllnements du luxe, qui s'applique aussi 
bien et mieux peut-être à l'époiiue supiiosée de Pétrone 
qu'à celle de César. Mûssler en a fait la remarque et en a 
donné des preuves '• Dans le reste du poème, la seule in- 
uovalion de Pétrone a consisté à exposer les causes de* la 



I. Itùsilcr. Dtssort. de I8I2. p. 56 sif. 




908 CBAPins III. • 

guerre ciTile et les éréneaienU d'ane double manièrei 
Tune fabuloutei Taulre historique \ 

En effeti il semble qu*il y ait dans le De bello elvUi 
comme dos tranches de Lucain et de Virgile Juxtaposées : 
développement historique i développement fabuleux | et 
ainsi de suite. 

I. Histoire, 1 à 66. — Généralités ; causes de la guerre 
civile. 

II. Fable, 66 à 140. — Pluton et la Fortune. (Mêmes 
causes de la guerre civile exposées par les dieux.) Pré- 
sages. 

III. UistoirOi 141 à 244. — Passage des Alpes par Cé- 
sar. Terreur à Rome. Fuite de Pompée. 

IV. FnblOi 246 à la fin. — Les dieux se divisent entre 
les deux partis. La Discorde appelle les nations au combat. 

Los morceaux fabuleux font double emploi avec les 
morceaux historiques; car ils redisent sous une autre 
formCi j}cr deorum minisleria, ce qui a été précédemment 
exprimé. Môssler a fuit cette juste observation que, dans 
son discours, la Discorde provoque à des événements ac- 
complis déj&. 

288, S89. Ta logein, Msreolle, tene, ta oonoate plobenii 

Curio 

290. Quid porro ta, dive, tais oanctaris in armis? 
292, 293 Nescb, ta, Magne, taeri 

Romanas arees? 

Or, nous avons vu César marcher en avant et Pompée 
quitter Tltalie. 

L'intercalation de morceaux fabuleux au milieu de dé* 
veloppements historiques, voilà la principale différence 
entre le De bello civili et la Phanale. Pétrone reproche à 



1. Cf. Md8«lor, Dissorl. do 1S42, p. SS 




LA PARODIB ST L'iMITATlOlt DAXt LS •ATIRICOlf. 209 

Lacain d'avoir été plus historien que poète et prétend 
faire au merveilleux mythologique une plus grande place. 
Aussi, négligera-til de parti pris les détails historiques 
précis et ira- t-il de préréi-ence aux ampliflcations décla- 
maloiresi aux généralités brillantes et aux lieux communs 
de la fable. 

Nous indiquons ici la seule critique que Ton puisse ad- 
mettre dans le De bello civUi envers un écrivain an(|uel ce 
poème doit tant, et encore 8*agit-il d'une critique nulle- 
ment acerbe, mais d'une simple divergence de vues sur 
remploi du merveilleux dans l'épopée. 

M. Maurice Souriau' no croit même pas que le blâme 
de POlrone {deorvm minisleria ; fabulosum seilkntiarum lor* 
mentum) vise. en aucune faron Lucain,qui n'a i)a8 exclu la 
fable de son poème et a même protesté contre ceux qui 
veulent l'exiler do la poésie : 

Phare,, IX, 359-300. Jiividnn aimofto quifiiiimm deroyat tcvo, 

Qiu vnteê ad vera vocat. 

Il estime que I^étrone doit être considéré comme l'é- 
mule et non comme le critique de Ijucain. Cependanti il 
est difficile de ne pas voir dans ces mots : dcornm minisle- 
ria et fabulosum senlentiarum lormentum une allusion à la 
Pharsale. 11 est certain que Lucain, qui mâle tout dans 
son poème, superstitions du vulgaire, doctrine stoïcienne, 
épicurisme, qui semble tour & tour crédule et sceptique, 
qui tantôt nie le gouvernement des dieux sur le monde, 
tantôt les ramène dans TOlympe pour les accuser, ne nous 
offre plus le merveilleux traditionnel de Virgile. 11 com- 
prend dans le sien, d'abord les divinités consacrées qu'i} 
relègue au dernier plan, l'histoire Tabuleuse qui olfi*e une 



I. Op. cit., p. 77, sq.. • 

c«iTi<ius uttAbaibs. 14 



MHt 



MO OHAPITRS lit. ' 

malièM à son taloni descriptif ; maisi en fapportaiit les 
▼ieiUet fablesi il i^oulo cet correctife : endiîur, til ftma ut. 

FkafÊ,, Uf , 406. 8i qua Jtd^m mwuU 8mpêro$ wiiraia vehêêtoê. 

Il introduit dans ce menroilleux les divinitét ttolcien- 
nei, cet abttractiont : la VerlUi la Concorde, la Liberté, 
la Patriei puit let oraclet| let sibyllet| la magie. Âtlro* 
logie, tongety tpectret| appari tient, prodiget de tout 
genre, enchanlementt, nécromancie, tels tout let moyent 
dont te tert Lucain pour donner à ton épopée un caractère 
morveilloux, moyent propret à frapper det lecteurt plut 
tupertlitieux que croyante. Aiiiti, il y a chez lui confu- 
tion, contradiction, disparate, incohérence. La philoso- 
phie et la religion sont en lutte dans la Phartak aussi bien 
que l'épopée et l'histoire '• 

Sans douta, ce morveillcux est celui qui pouvait conve* 
nir aux liommos do son temps ; mais nous ne devons pas 
élre surpris qu'il ait choqué des gens habitués à la tradi- 
lion de la mythologie homérique el virgilienne. Il est 
permis d'induire de quelques textes que de bonne heure, 
dans les écoles, s'ent posée cette question : Lucain est-il 
un poète ou bien un historien et un orateur? La Pharsale 
fut en effet, dès la mort de l'auteur, beaucoup lue, com- 
mentée et prit place dans l'enseignement à côté de Vir- 
gile et d'Horace '• Do la, devaient nécessairement natlro 
des parallèles, des critiquen. Nous reUrouvons la trace de 
ces discussions dans le célèbre jugement de Quintilien 



1. Nous résumons ici lu tlio.so <|i* M. Suiiriuii. (O/i. cit.) 

2. On vutt, luii(,'U'iii|i!i cnroro apri'H lu inurt ilo Lucain, lu Phanate 
scmr ilo luxlu aux rh(iiiu<*i» liUéniiroH ou vf*rl>ali*s des « Grumiiia* 
lici ». Le ftcc iié<lu(;oguo Frunlon [Epèilntm ad M, AntoMium impe» 
ratortM, fie OraiioHiùHM, Iflln* III;, upiv» uvuir censuré 8cn<M|uo et 
rumparé »(*iia*uvroM & de* iK^'iitM, • rl«iuci:i ■,uù il y a quol<|uo]» \\o\\m 
loUoM d'arK^nt, prend h |uirlie Lurain <*l mille hiurdeinenl le^ pléu- 
muimoH dos se|)t prûuiicra vcn» do la Pttarêale. Puur lo» faire mieux 
roiMorUr, il igoute un ver^ do non cru : 

£7 êimiieê tituot et carmina nota tuttorum. 




LA FARODII IT L*I1CITATI0N DANS Ll lATIRIOOM. 211 

(ln$U Orat., X, 1 , 90) : Lueanus arden$ et coneitatus et ten* 
tentUê elarissimus, sed, ut ita dieam quod sentie, magie ora-^ 
toribus quam pœtii imitandus. 

. SeryiuB se rapproche encore davantage dans les termes 
du jugement de Pétrone (In Virgilii jËn., I, 382) : Luea- 
nus ideo in numéro poetarum esse non meruit, quia videtur 
historiam eomposuisse, non poema. 

Martiali de son côté, écrira (Ep., XIV, Apophoreta, 194, 
Lueanus) : 

Su fit ifitttlani, qui mt dieunt non efêepoetam; 
Sed qui mt vendit, hiblifipcia putat. 

D'autre part, Lucain est loué sans rénerve par certains 
écrivains et mis sur la même ligne que Viigile et Ho* 
race : € poeticus décor.... ex Iloratii et Virgilii et lueani sa* 
crario prolalus. » (Aper, dans le Dialog. de OraL, XX.) 

Ainsi, la Pharsale devait-elle être considéi^ée comme 
une histoire ou comme un poème? On disserta là-dessus 
dans récolCi et forcénieiit la question du merveilleux était 
mêlée à la solulion du problème. Fallait-il traiter un sujet 
moderne comme la Pharsale avec ou sans les embellisse- 
ments consacrés do l'épopée ? Quelle part y devait-on faire 
à l'action des dieux, mais des dieux envisagés comme de 
véritables moteurs mettant tout en jeu (tormenlum chez 
Pétrone n'a pas un autre sens)? Car les dieux no peuvent 
être éliminés d'aucune épopée; mais, chez les uns, chez 
Lucain par exemple, ils sont un simple décor; chez les 
autres, ils sont les acteurs principaux du drame. 

Les épopées dont le sujet était ancien et mythologique, 
impliquaient par définition le rôle prépondérant des dN 
vinilés. Pour la guerre civile, si voisine, il pouvait y avoir 
«louto. Déjà des poètes romains avaient chanté en histo- 
riens le passé de Rome. Uitni que Nx*vius ait fait une 
part à la fable dans' 6on poème, les cinq derniers livres 



■rii 



212 OHAFITAI lit. • 

panduant avoir été aurtout una chroniqua TaniQéa. A 
TaicapUon daa pramiara Unaa, la marvaillaux lambla 
avoir tanù bien pau do plaea dans las Annalei d'Enniua. 
Dèa la quatrième , il entra dans rbiatoira et n'en aort 
plus. An contrairoi son continuateur UostiuSi racontant 
en vers la guerre dlstriOi faiiaiti à Texompla d'Homèrei 
intervenir les dieux dans les combats ^ On dirait parfois 
que Lucnin a voulu renouer la vieille tradition d'Knnius. 
11 est regrettable que nous ne puissions comparer avec 
la Pharsale les autres épopées précédeinuient compoéées 
sur les guerres civiles. Le sujet fut souvent irailé, j'en* . 
tends le cycle de toutes ces guerres depuis M.irius jusqu'à 
Auguste. Cornélius Sevenis est cité par Qiiinliiien pour 
son poème sur la guerre de Sicile entre Octave et Sextus 
Pom|M5e| dont il nous reste le fragment tout oratoire sur 
la mort de Cicdron. Ou ignore si la mytiiologie avait une 
place dans ce poème. C'est probable. Nous n'avons de 
PeJo Alliinovauus qu'un frngmeut descriptif peignant la 
navigation de Gemianicus, débris d'un poème historique 
dont Targumunt est impossible à préciser. Soxtilius Ena, 
de CordouOi et Rabirius avaient aut^si choisi des sujets 
relatifs à la dernière guerre civile. Ce Rabirius est-il l'au* 
teur du morceau retrouvé sur un papyrus d'IIerculanum, 
qui dé«:rit la bataille d'Aclium et la fuite do Cléopdtre? 
Ou ne pont ralllrmor; toujours est-il qu'on relève dans 
ce morceau' des traces du merveilleux mytliologiqiio tra* 
(litionnel ; la Pai*que Atropos regarde avec un rire ^ardo- 
nique CléopAtre sous le coup d'une mort prochaine. 



I. Les i|ueli|ue!i vers qui ont été conservés du poôtno d'A. Furius 
d'AnUuni «ur lu guorm runlro loa («imhres no nous ronsoif^ncnt pas 
sur le rùlo qu'y pouvaiont Jouer les divinités. Le seul Trugnient do 
quelque imporlancQ qui nous reslo du poi'mo do Cicérou sur Murius 
relate les présa^'es par lo8(iuels Jupiter raiïermit lo counigo de 
roxilé. 
2. V. Ricto, ÀHthot, tat, ■ Carmen Papyri Horculanensis >, 4S2. 




LA FARODII IT L*IIIITATIOX DAMS Ll SATIRICON. 218 

0O| 51. Hme regina gtrii. Proeul hane o a videbai 

Air^wâ inrident. 

C'est à un dos héros de la guerre civile que se rappor* 
tait une des épopées de VariuS| De morte Cxtarie. Macrobe 
nous en a conservé douxe hexamëtreS| auxquels Virgile a 
fait de sensibles emprunts. On serait assex porté à croire 
qu'il y avait puisé aussi quelques traits do la dositription 
des présages qui annoncent la mort do César. {Georg., I, 
464, sq.) Varius avait également écrit une c^popéo célé- 
brant les hnntK faits d' Agrippa et d'OclavOi sujet contem- 
porain ennobli apparemment, comme ses autres poèmeS| 
par les ornements de la mylholo[;ie. 

Nous n'avons aucune trace d'une épopée sur la Pliarsale. 
Cependant, cette époque de la guerre civile préoccupait 
les esprits et avait dA tenter d'autres poètes. Les épigram- 
mes du Codex Vossianus^ sur Pompée et ses fils sont pour 
la plupart du i*' siècle après Jésus-Christ, à ce que croit 
TeufTel', les unes moiiai*cliiques et césarieiines, les autres 
pompéiennes et courues dans un esprit d'opposilion. Elles 
prouvent tout au moins que cette matière était fréquem- 
ment traitée dans des pièces assez courtes, sinon dans les 
glandes proportions de la Pharsale, Los dieux no sont pas 
absents de ces petites pièces. La Fortune y figure, .Jupiter 
également. 

Mais ces quelques indices très superficiels ne nous font 
pas connaître la manière dont les épiques que nous venons 
de mentionner mêlaient le merveilleux au récit des faits 
contemporains. A leur défaut. Properce et Virgile nous 
rapprennent. Dans Télégie G du livre IV de Pi*opercey 
qui a le ton épique, Apullo Aclius, les dieux non seulement 
apparaissent, mais conduisent Tactiou. Apollon s'arrête 



1. V. Riosc, Anthoi. lai., 397-i04. 

2. Op,ci(.,i.'l, p. 241.' 




114 



CMAFITRI lit. 



lur U poupo du Tiittaau d'Auguita, aaoouxage la héroii 
auquel il promet et prdpare la victoire i 

65, 61. TtmpHê aâeH; eommiiiû rai^Êf effo iempord auetor 
Ducam iaurigera Julia rôtira manu. 

Les armes d'Auguste ne feront qii'achever la défaite, 
Dti haut de l'Olympe, César déiûé admire son fils. Triton 
sonne la victoirei et les Néréides applaudissent les aigles 
triomphantes. 

Mais prenons au huitième chant de VÉniide la descrip- 
tion du bouclier d'Énée. Il s'y trouve une bataille d'Ac* 
tium ciselée en relief^ qui nous offre les sc6nos principales 
d'une épopéo telle i]uo l'oAt conçue Virgile sur un sujet 
contemporain. C'est un raccourci d'un poème sur Actium*. 
Dans ces Aetia bella on aurait vu d'une part s'avancer les 
flottes armées d'airain et, sous cet nppareil guerrier, bouil- 
lonner tout entière la mer de Loucale. Au premier plan, 
Auguste suivi du sénat, du peuple, des Pénates et des 
grands dieux, est debout sur sa poupe élevée; de ses tem- 
pes jaillit une double flamme et Tastre de César brille sur 
son front ; d'aulre part, Agrippa, que protègent aussi les 
dieux et dont la tête est ceinte des éperons do la couronne 
navale, conduit flèroinont son armée au combat. En face 
d'eux, Antoine, à la tête de ses légions liavbares, des 
peuples de TÊgypte, de l'Orient et de la Bactriane, An- 
toine qu'accompagne une épouse égyptienne ! Nous assis- 
tons au terrible choc des deux flottes ; telles les Cyclades 
ou de hautes montagnes heurteraient Tune contre l'autre 
leurs masses gigantesques. La baUiille ne nous est décrite 
qu'en qnel(|uns vers. Quelles ressources n'oAt-elle pas 
offertes au K<^nie de Virgile, cette bataille où vase décider 
le sort de l'univers 1 



I. V.075»ii. 




LA PAUODIB IT L'IMITATIOX dans LK SATiniCON. 215 

Mais les hommes ne luttent pas seuls. C'est dans le ciel 
que se livrent les plus merveilleux combats. D'un côtô| 
Neptune, Vénus, Minerve ; de l'autrOi une foule do divi« 
nités monstrueuses, Anubis à la tdte de chien et tous les 
dieux bizarres de l'Egypte sont aux prises. Et, dominant 
cette étrange mêlée, Mars, les Furies, la Discorde à la 
robe déchirée, Bellone agitant son fouet sanglant. Enlln, 
Apollon, de son temple d'Actium, bande son arc, etla dé- 
faite se change en déroute. Tous ces Indiens, Égyptiens, 
Arabes, saisis de terreur, s'enfuient dans une inexprima- 
ble confusion. Voilà, certes, une bataille selon le vœu de 
Pétrone, une bataille d'épopée classique par oxcellencei 
où les dieux ont des minisleria cifertifs et Kont les vérita« 
blés nioteura du drame humain. Un autre chant de ces Aelia 
bella que nous imaginons nous eiH montré dans un savant 
contraste, ici le dieu du Nil, le grand fleuve à la barbe li- 
moneuse, à la robe azurée, oH'rant aux vaincus un refuge 
temporaire, puis la mort tragique d'Antoine et de Cleo- 
p«ltre; là le triomphe d'Auguste et cette splcndide revue 
des nations vaincues qui délllcnt nous le portique éblouis- 
sant d'Apollon. Les dieux seraient donc sans nul doute 
intervenus dans cette épopée sur un sujet contenipomin, 
ainsi que dans la Phdvsale, si Virgile l'eut traitée'. 

Ni Silius Italiens, ni Stace dans sa TMba'i'lc, ne man- 
queront do reprcnlre ce merveilleux mythologii|ue et 
d'expliquer par Taction des dieux les événements histori- 
ques. C*est cette épopée selon la formule qu'admet seule 
l'écolt! à laquelle se rattache Pétrone. Sans se piquer de 
valoir Lucain, notre auteur le blAnio de n*avoir pan voulu 
entrer dans la véritable voie. Voilà, senihle-t*il insinuer. 



1. Ou trouve épnr^ ilnui Vilnéltle r|uolf|ue4 éléuicnU d'un poeroo 
Bur co sujet : !• ((«Iinnt VI, SiO-Si.'») le purlrait dos deux chfîfsi ot la 
deiestalio des f^ucrres civilo.4: 2* lo vcr.4 G70 du cliunt VIII »ur 
Caton; 3" Wa présn^'cs de lu mort do Oés^ir. (Géorg., 1, 4GMU7.) 



216 



OKAnni III. 



eomment Je comprendraiB rinier? ention des dieux dans ua,e 
Phanalif et, s'emparant du premier chant de Lucain, il en 
modifie la disposition, y interpole des morceaux mytholo- 
giques, sons se mettre pour cela en grands frais d*inven* 
tion. Outre ses emprunts à Virgile, il prend à la Pharsale 
même son personnel de divinités, mais le tire du dernier 
plan pour le placer bien en vue. Des comparses ou des 
utilités, il fait de grands premiers rôles. 

Le tableau qui suit prouvera que, à peu d'exceptions 
près, les dieux et les accessoires mythologiques sont les 
mêmes chez Pétrone et chez Lucain, 

I, 84 ot paiBiiii. FortHHit, 
VII t 668. SaMyuineuin vefuti quatienê 
UtHoHafiiujtUuM. Cf. T, 665. 

Le Léthé, TAchéron et le Styx 
sont nommés dans Lucain, non le 
Cocyte. 

VI, 614, 617, 663, etc. StyyUê. 



De brih nvHt\ 

61 ot )muim. Fortiiiia. 
62. Kiiyo ; 266, Uullo* 
ua. 

€9, loa, 278. Coe/ti. 



121.Stygiot;272.8ty- 

giam. 
76.Ditit.Cf.261,266. 

97, 120. Titiphone. 
116.ApollioU;128.Ti. 

tAii;181.Phœbi.Cf. 

269. 
117. Porthmsus (Cha- 

roii). 
130. Cyiithia. 
969. CiimPhœbosoror. 
134. Martoin. Cf. 168. 
183. Mavortia signa. 

Cf. 261, 268. 
140. Juppitur.Cf. 166, 

206. 



I, 455. DitUqut profHndi, 

VI, 612, 797. [Megmra. 

VI, 730. TÎMi'jtkoHe vociêque mem êeeura 

I, 48. Photbi; I, 90. Tttana. 

Cf. I, 415, 640, 666, 677. V, 86. 

Ajtollo, otc. 
VI, 704 fiagrantiê itorfitor undm. 

I, 77 /tairi contraria Vkmbt. 

I, 299 ; VI, 266, etc. Jlfar/i«, MaHtm. 
Vil, 669. Mavorê. 

I, 86. Tonanti. 

I, 198 ; I, 638, etc. JuppUer. 



j 

1 



LA PARODIB IT 

146. Herenleis. 
270. Tirjnthiat. 

206. Amphitryonladei. 
16G. Satarnia tellat. 
177« Delphicut alei. 

207. Oljrmpi. 

208. Gigantam. 



211.Fama. 
249. Paz. 

262. Fidct. 

263. Justitia. 
Concordia. 

264. Krcbi. 
266. Erinyt. 

266. Megœra. 

267. Letum. InsidUB. 
Mortis. 

268. Furor. 

266. Dione. 



268. Pallat. 

269. Cyllenia proies. 



L*IICITATI0lf DANS LB SATIRICON . 217 

I, 406. Sm6 Jfereuieo êocratuênumine..» 
I, 677. Meifleê. III, 178. Hereuleam. 
IX, 644. Àmi>liUryoniadt$. 

I, 662. Saturni. 

V, 70, 74. Deliihka. 

II, 4. Reetor Olympi. 
I, 36. Qtgantum. 

III, 316; VU, 146; et toat le myÛLt 
d*AiittSo ; IV, 693 tq. 

I, 469 ; IV, 674. Fuma. 
I, 61. Pux mUêa per orbem» 

V, 81. T/temtê. 

IV, 190. Coêicord/a, 

I, 466. ErM. Cf. VI, 781, 788, etc. 
I, 672 ; Vr, 747 ; VIII, 90. Kn'nyi. 
1,677; VI, 730. Megœra. 

VI, 601. Moitetn. 

N'est pas sous cette forme dans 
Lucain ; on no trouve que Vénus : 

I, 661. Venen'ê. 

III, 206; IX, 668, etc. Pafiaf. 
I, 662. CyUeiùuê. 



271, 296. DUeordIa. 



278. Tartara. 



Je ne trouve i»a8 Diseordia pria 
allégoriqueuiont chez Lucain; mais 
le sens du mol dans le vers suivant 
est bien près d'Otro allégorique : 

VI, 780. Kffera Uomanoê agitai dineor» 

[dia man€9, 

m, 17 ; et VI, 694, 748, etc. Tariara. 



218 OKANTIII III. 

Aloiii à part eiiuii toutes les divlnltét du Ih béOo cMU 
axUtaient déji dans la PharsaU. Les cinq qui n'y figurent 
pas sont: Fides, Letum\ Insidiœi Furor, Discordia*| 
c'est*à*dire des allégories comme on en rencontre précisé* 
ment ches Lucain. La seule différence entre la Phanale et 
le De belto eivUi, au point de vue du merveilleuX| est donc 
dans le rôle plus ou moins actif que les deux poètes assi* 
gnentaux dieux, rôle restreint et mystérieux ches Lucain*, 
prépondérant et manifeste cliex Pétrone. Celui-ci revendi- 
que les droits de la liberté é^iique qu'il oppose a l'allure 
méthodique et circonspecle do l'historien. Tout le dissen- 
timent est 1&* Au reste, Pétrone pille Lucain et s'en cache 
à peine ^ Pour la facture comme pour les traits, c'est sou 
inod61(*. On voit qu'il le possède à fond. Il l'imite, mais 
sans l'égaler. La supériorité de Lucain s'aflirme d'une 
manière éclatante, non seulement si l'on considère l'am- 
pleur do son développement opposé à la brièveté sautil- 
lante de celui de Pétrone, mai» si on se borne simplement 
à comparer les morceaux correspondants de la Phanale et 
du De bello civili. M. Souriau (op. cit.) juge que Pétronci 
tout en s'inspirant do Lucain, a été parfois meilleur ar- 
tiste que lui et que sa Discorde, par exemple, est supérioura 



1. PtUi*une a pu Iniiivor « Loluin » ilann Vir^ilo, J?n., VI,'277,oinsi 
qiio • DitM'onlia •, VIII, IQrl. 

■ FidoA » »o ronr.tiatro aiiMi clan.<i Sluco, Thtb., XI, 98, et dans Si- 
Uufl lUilicim, PuMica, I, 3)0. 

• Flirur » dann Staoe, Theb., VII, 52, ainsi (|iin • Insidiu^ •, Theb,, 
VU, riO. 

2. W no nommo \mA non plus !o Gocylo. 

3. El <*nnti*o, Ni Ton son louait au hciis strict d* • omlmgos •, y en 
a-t-i! pluA dans Liirain qiio dann Pèlruno. Voir les prôiliclions d'ArunM, 
de la PylhoniHHO, do l'ondirc do Julio, d'Éricbtlio, Ole. Ccllos do Pé- 
irono sont boaucoup moins cnvoloppéos. 

Cr. Pharêaie, I, 037, ri38. « Floxa sic omina Tuhcus 

Involv«»ns, muUa<|uo togons anibago canobat. ■ 

4. Gonsalu do 8a!aA prét(*nd (fu'on poul diro do Pétrone imitant 
Itfttcain : t contraria hO(|ui vesligia valuin. > 



LA PARODIB BT L*IICITATf01l DANS LB tATIRlOON, 219 

à Érichtho. Tel n'est point notre avis. Êrichtho nous sem- 
ble beaucoup plus originale. Tout le scénario de l'appari- 
tion do la Discorde est emprunté à Virgile*. 
Pétrone s'est borné à modiQer quelques traits : 

De le!!, eiv,, 271. iDtromnoro tubii), ac sckio Diicordis erina 
972. £xtulit ad suporos Stytjîum eaput. (Ceci est un soavotiir de 
SiygiU alU.) [IIhJui In ors 

Concretui Mnguis. 

Il applique asses hardiment à la Discorde elle-même ce 
qu'Ovide dit des serpents qui forment lachevelure d'Ërin* 
nys : 

JMeiam,, IV, 493. Sibila dani êaniemque vomunt, 

Pétrone, V. 278, dit : 

contttsaque lamina flebant, 

mais le trait n'a rien de bien horrible. Des yeux meurtris 
et qui pleurent, ce n'est pas d'une invention fantaëtique. 

274. Stabant icrati scabra rubigiiie doutes. 

Restituons ceci à Ovide, Neiam., VIII, 802, dans le 
portrait de la Faim : 

êeahrœ rubighie faueeê, 

276. Tabo Uiigtia flucni. 

Virg., A]n., VIII, 487 et paBsim #aiit« tahoqut fiutuUê. 

• • Obscflsa dracunîbas ora, 

qui est une expression forte, paraît moins neuf quand on 
en rapproche ce vers d'Ovide qui nous peint une furie*: 



i. Cr. 1. VII, 323 tiq. Évocation d*Allccto et lot autres rapproche- 
ments, p. IG8. 




980 CHAPITRI lit. 

MHaw^, IV9 478» 474« Titiphonê wm9ê, %U irai êurbaia, eofittoê 

Movitp 9i obiiatU€$ r^/eeti ab orê eoiut^raê. 

La laaratam veMm du vers suivant est le $eU$a palla de 
Virgile. Dans Gelui*ci : 

277 • Sangoineam tremula quaeiobat Utnpada dazira, 

Virgile se combine avec Lucain. 

On pourrait poursuivre cette comparaison. Ce portrait 
de la Discorde manque tout à fait d'originalité *. 

Qu'on oppose à cette peinture banale la scène d'un fan- 
tastiquo puissant, où, à la prière do Sextus, Êrichtho ou* 
vre le séjour des mAnes et contraint la mort à révéler les 
secrets de l'avenir. Celte page est pleine d*une sombre ter- 
reur. Ce cadavre arraché un iiiëlaot aux EnferS| galvanisé 
parles inranlations formidables do la magicienne, tout 
cet appareil ( t cotte évocation lugubres sont d'un cll'et 
nouveau et troublant. Le (ahloau pourrait âtre qualillé de 
romantique ; nons avons ici un art airr.mclii des procédés 
d'une imitation superstitieuse. 

Le discours de la Discorde chez Pétrone n'a pas de mor- 
ceau qui lui corresponde directement dans la Pharsaic. 
Mais il se trouve néanmoins dans le poème de Lucain des 
apostrophes et des invectives du même genre. Partout où 
Ton rapproche Pétrane de. Virgile on de Lucain dans les 
passages qu'il imite, on doit reconnaître son infériorité et 



I. Ia) poitruil <lo TUiphoiio daiiH 8Uco, Theb,, I, 88 !i(|., est fait 
■biKiliiiiiiMil d ttpivH lo iiiùiiii) prucùclé d'iiiiiUitiuii clus5i(|U0. 
Cr. V. -m «lu !)€ beUo civiii : 

• Tubu liiigiiu IhiiMitf, ubiciimi di*ucc)iiibu« ora • ol : Theb,, I, 103. 
100-107: 

• Oiiliiiii nu ttlaiitos uiubrubaiii oru coraBUo ; 

nulFiiiMi vcitcno 

Toiiditur ac suiiio glitcil cutis. ■ 



LA FAftODII IT L*IIIITATfON DAMS LB tATiniCON. 221 

surtout son défaut d'invention. Du moins, cssaie*t-il d'in« 
nover dans le détail et de trouver des expressions per- 
sonnellesy des alliances de mots. C'est en celai nous le 
savons, que l'invention consiste surtout à ses yeux. Ces 
innovations ne sont pas toutes heureuses. 

11 fait apparaître Pluton par le trou béant aux exhalai* 
sons méphitiques, qui est une des bouclies de l'Enfer et 
qu'il place entre Naplcs et Pouzzoles. (V. G7, sq.) Le pays 
désolé qui Tcnvironne est décrit avec élégance, quoique 
en des termes un peu vagues. Le dieu surgit du fond du 
Tartare; son vis«'ige est noirci par la flamme des bAcliers 
et sa chevelure, blanche de cendres. Dans sou discours il 
y a des traits énergiques, des sentoncos brillantes. Mais, 
que penser des vers qui suivent : 

100, 10 i. liivc uhi iVcta dfifltt, dtxtvw eonjiingare deximin 
ConutuM riipto tellnrcm »olvU hiutn / 

N*ost-ce pas une image singulière, que celle de Pluton 
entr*ouvrant la terre et crouKaut une fissure dans l'efTort 
qu'il fait pour donner une poignée de main à la Forlune? 

On ne saurait non plus goAicr beaucoup ce vers : 

102. Ttnic Fortnna ievi dtfitdtt ledort vocfn. 

Que penser de celle poilrine légère, parce que la For* 
tune est inconsUnte i*t volubilis f 

Passons condamnation sur les vers peu intelligibles. 
Ces obscurités tiennent sans doute au mauvais état du 
texte. Aucune des conjectures proposées ne semble satis- 
faisante pour les vers suivants : 

9. A'^M Kiihyrciacum laudahnt tniltiê in ttnda; ^ 

11. Ifùir Kiimid(v tirriiêautf in/ne nova veffera tScref, 

28-30 ecec Afr/ê erufa ttrri» 

Pouitur ae maenliê imitutur viliiiê aurnm 

CUrea menfff, grrt/eê êervorum oêtrumque renidetui. 



fSti CMAPITRB IIL 

Je eraint que rabréviateur n'ait rtsumé dans ce dernier 
yers l'argument d'un développement plus long. 

Le début du poème paraît surtout offlrir un texte altéré. 
Dans la suite, on est moins rarement arrêté. On trouve 
encore des constructions équivoques : 

200*908. Ki eonereta gefn itonti vtfut uuda ruébai. 
Vida erat ingenti tcfittê nive vtetaque emU 
Siderap vic/a êuiê hœrentia Jtumina ripiê : 
Kondum Cxêar erat, tq. 

Faut*il entendre : nondum Cxsar eraîvictutf L'ellipse se* 
rait bien forte ; ou bien. César n'était pas encore là ; à son 
arrivée, tout change de face : cela ne s'accorde gu6re avec 
le contexte. 

Ailleursi on rencontre des vers d'un pittoresque pré- 
cieux qui font songer à la manière de Stace ou de Claudien. 

186 ti}. PriM I tjuidem ghcieê et cana vincta prutna 

Kon put/Mavtt /««mim « mititjue horrort » quievit '• 
Sed pouttiUiiiH tunnœ « miuftoê fregere Ugato» » 
Ki pavidtiê tjuadruptê « undiintm vincuia » rupif, 
et vtncta fiuciuê itupuerc ruina* 

Cf. encore 73, MoUia diêcordi êtrtpitu virgittta lornntur. 

Tout cela est rafllné et d'une curieuse recliercbe de 
•tyle. 

Pour le goût, Pétrone ne diffère donc pas sensiblement 
de Lucain, et son poèmo, quoique imprégné de souvenirs 
virgiliens, est, comme ceux de Stace, de Silius Italiens, 
de Claudien, une œuvre de décadence. 

Los négligences de style s'accusent par de fréquentes 



1. Cr. Claudtcn, De rapi» Proscrp. I, 106 sq. : 

84*U nivibiis «crxaro fldom 

fumoque /Idrti 

Lanibii coiitigiias innoxia lluiiima pruinoa. 



LA PAnODII BT LIMITATION DAMS Ll SATIRlCOlf. 228 

répétitionB. Ainsi| dans les 28 premiers vers du De bello 
eivUt, quxro est employé cinq fois, et avec une nuance 
de sens parfois identique : 

24. Qumn'i n natura. 

27. Qutctjue vitum quœruni. 

Les vers 79 et 80 se terminent tous doux par potestas 
qui unit déjà les vers 43 et 48. Arma est répété 16 fois 
dans le poème, vineo ou victor 15 fois. 

Il serait oibcux de relever ici toutes ces redites ; c'est 
bien un impetus, comme Eumolpe nous en a avertis. De 
semblables négligences se rencontrent aussi chez Lucain. 

Verttm operi hngofaê cêt obrepere êomnum. 

Comme Lucain, Pétrone recherche les antilhèses : 

143. Gallica projecit, civih'a lustulit arma. 

Cf. Ph., I|G, 7 infeMiêqtte obvia »igniê 

Signa, pareâ aquilaê, tt pila minantia pUiê, 

les répétitions à effet : 

46, 4G. Pellitar a populo victuB Cato ; tristior illc ost, 
Qui vicit, fasccsquo pudct rapuisao Catoni. 

Cf. Ph,, I, 128. Victrix cauêa dii» placttif, êed vieta Catoni» 

Mais à quoi bon s'attardor à ces exemples? I^a liste que 
nous avons donnée des imitations de Lucain chez Pétroue 
est assez significative. 

La métrique et la facture des vers se ressemblent beau- 
coup chez tous deux. Peut-âtre faudrait-il remarquer que 
les rejets sont plus fréquents dans la Pharsale. Mais en 
somme les coupes sont les mômes. Pétrone pourrait pren- 
dre à son compte ce jugement de VEintaphium Lucani* : 



I. iiie&c, ÂHthoi. iat»,2, p. 12G. « Carmina codicU Valontiniani •,008. 



S24 * gmàpitai iii« 

Oû^iihmû fum^uam diftxt tarmhin AmImi 
Qlim hûêlim êerpani ; pfuê miht tatima pt^pêt. 
t\Jmtitlê tn morem, qu» êM mirafèda, tiUnUun 
ttmt vtrt ênpiet diciio, qumftriH. 

Piéoceupé de faire voir les procédés d'imitation de Pé* 
trône, de marquer les différences et les ressemblances que 
son poème présente avec la Phanale, j'ai peut-être insisté 
plutôt sur les défauts que sur les qualités du De belle civili. 
Pour être juste, il faudrait louer davantage la concision 
énergique do beaucoup do vers, Theurouse hardiesse et 
Téclat d'un certain nombre d'expressions : la préciosité 
môme de ce style u*est pas sans charme. C'est ici que 
Pétrone s'est le plus montré poète. L'œuvre a du souffle, 
do l'entraiu, de la verve ; mais l'imprcësion générale de- 
meure bien celle que M. G. Boisiiier a rendue ' : « Ce 
poème contient aësurément do beaux vers, mais quand on 

le compare à la Pharsale , il faut avouer qu'il a 

grand'peine h soutenir la comparaison. Pétrone a mal 
réufëi dans son eutropriKe, et roll'et que produit sou ou- 
vrage est tout & fait contraire aux principes qu'il voulait 
établir. Il prétondait prouver que l'épopée ne pout pas se 
passer de merveilleux, et le uierveilleux qu'il ajoute à 
l'iruvre de Lucaiu se ti*ouve être entièrement inutile : il 

n'explique rien et tout se comprend saus lui En somme, 

Pétrone écrit à pou près comme Lucain; ou trouve chez 
lui lie la recherche et des poinlcs, de Tesprit hors do pro- 
pos, dos pensées brillantes « qui sortent du tissu du dis- 
cours »• 11 avait beau maltraiter son siècle, il n'est pas 
parvenu à lui échapper, et de ce passé qu'il admirait, il 
n'a reproduit que quelques formes vides. * 

Eu résumé, uialgré les savantes dissertations de Môss- 



1. L'OpitosUion êom la Céêarâ, p. 2tO. 



LA FARODIB IT L*1ICITATI0H DANS LB BATIIHCON. 22b 

loTy dont on peut d'ailleurs tirer grand profit pour rélablii* 
sèment et rinterprétation du texte. Je domeiire convaincu 
que Pétrone n'a pas prétendu rivaliser avec Lucaiu ni le 
critiquer sur un autre point que sur la part trop restreinte 
faite dans la PharsaU aux machines épiques. Il n'a pu 
songer à opposer son impelus à Fœnvro considérable et 
achevée de Lucain. Cet exercice d'écolo ', qui consiste à 
refaire d'après un système diiïéreut une iiartio d'une épo- 
pée en vogue, en utilisant largement les vers de cftte épo- 
pée, n*a rien de commun avec une satire perëouncUe. 
Quand on se mêle de critiquer un poète conlemporain, 
qui est de plus un ennemi politique et qu'on cherche par 
ce moyen à faire sa cour au prince, on s'y prend d'autre 
Eorte. On ne choisit pas pour attaquer son adversaire un 
yersiflcateur ridicule qui vient à briMe-pourpoint, après 
avoir déclamé sur Tiurroyablo diiUculté do la poésie, dé- 
l)iler ses vei*s et en tyranniser la conversation'. On no 
s'entoure pas de tant de précautiouK oratoires. 

Nous ne pouvons donc voir ici qu'un ossai, de jeunesso 
peut-être, une pièce enlropriso après la lecture de Lucain, 
avec l'intention de faire à la mytiiologit; plus de place. 
Un classique remanie dans le goiU de Virgile, son maître 
préféré, une pcirtie d'une œuvre où il trouve des beautés, 
mais (|ui ne répond pas au système épique traditionnel. 
Je m'imngiiie Silius Italiens jugeant que la Pharsalc nian- 



t. Voir la citation do Plino lo Jeune. Tailo ir«**s îi propos par M. Sou. 
riait [op. cit») : « Niliil obriioril, ipiu! Icgoris liiirtiMiiid ut rom urgii- 

moiilumi(Uo tcnoas, «(uasi ii*muluui sfriliero locti.sjuo runlVrro 

JJcobii intcrdum et nutiiisium clib'fM'Ool cortan* ruui ol<H*lis, hi|. •iAd 
FuMCum. ICp.,\ll, 9.) 

2. Toi Vadius, Femmeê êavaniei, arlo III, hc. V : 

• Voici do petits vers sur de Jimiuca anuinlHi, otl^ 
es, Pùtniuo, chup. 119«'lin : • taut|uam ni placet hic iinpotus. • 

CBiTIQCM LITTt'BAINn. IS 



226 CHAPITM III. 

que de menreUleux*, puis l'appliquant à y intercaler les 
dieux d'Homère et de Virgile et à leur faire jouer un grand 
rôle. 

Car rien n'empêche d'admettre que le Di belto eivUl ait 
été composé plus ou. moins longtemps après la mort de 
laicaini qui était clashique, très lu dans les écoles. Juvé- 
nnl en pirle comme s'il vivait encore 

8ai,p VII| 79, 80. Conientuê fama jaetai lAicanM» in korUê 

Marmoreiê, 

Pétrono n'a*t-il pas rofait à sa manière un épisode de 
VÈnèide (Troix haloiit)'i 

Quand on voit par quelles M\^% transitions sont liés 
au récit les doux principaux morceaux poétiques du Sali» 
t'ieoii, on se confirme dann Tidée que c'étaient des pièces 
comp08i*os d'avance et que l'auteur a recousues à son ro- 
man, puisqu'il avait & faire parler un poète bavard et im- 
provisateur. Ëncolpo aurait pu dans la galerie regarder 
n'importe quel tableau, Ariane à NaxoS| et nous aurions 
ou une imitation de Catulle ; la dispute des arnieS| et c'est 
Ovido qui oAt servi de modèle. Le De belio eivili serait de* 
venu aussi aiséuieut une Thèbaide ou dos Puniques, si Pé- 
trono avait eu sous la main uu exercice iraitaut ces sujets. 



t. Voir on particiillor, Punica, 11, 175-031, lo long morcoau niytho- 
1ogii|uo par loiiuol Silius oxp|iipio riiéroïi|uo rôsisUnco do5v SagonUns. 
(llerculo ot Fitlob; Jnnon évoifiinnl Tisiphono «|u'onlouront Luctiis, 
Planclu», llwror, Ôolor, Pumiiu ; Prodiges, etc.) 



CHAPITRE IV 

LB8 SOUVENIRS DBS AUTRES POlSTES ET DES PROSA- 
TEURS LATINS. — HORACE, OYIDB, séNlCQUE. — 
LES SOURCES GRECQUES 



L'examen (Io8 poèmes Trojœ halosis et De bello eivili nous 
a permis de juger de quelle manière Pétrone pratique il* 
roitatiou de certains morceaux poétiques déterminés. Nous 
Tavons vu remanier à sa façon des fragments du deuxième 
chant do VÈnéUie et du premier livre de la Pharsale. Nous 
avons recherclié en mémo temps dans le reste de son œu* 
vre les réminiscences qu'on y peut découvrir de Virgile et 
de Lucain. Il Tant poursuivre cetlo élude el essayer de dé- 
mêler les autres modèles do Pétrone. Nous commence- 
rons par deux pièces de vers qui, comme les précéilcntcs, 
semblent des pasliclies do poètes connus ; puiii, après avoir 
passé mpidouient en revue les autres fragments poétiques 
répandus dans le Satiricon, nous tenterons de dresser la 
liste des auteurs latins et grect* que Pétrone semble avoir 
mis à conlributioUi auxquels il a emprunté ou des situa- 
tiens ou des ternies savamment Tondus dans ce style com- 
posite et cependant très pi.Tsonnel. 

C'était une des traditions de la ilénippée de pasticluTdes 
morceaux célèbres et d*imiter la manière des écrivains en 
vue. Pétrone suit en cela Texemple de Varron \ 

t. V. chapitre H, ciUUon do M. G. Bob^ticr, Étude tur M, T. Var» 
roH, p. 78. 



.228 CB4PITM IT. 

Il 6tt certaia qu'il a cherché à introduire plut de Tariété 
dans son roman en y faisant entrer des intermèdes poéti« 
quoS| où il s'exerce à la suite des mattreS| sans intention 
do dénigrement à coup sûr, et tout au plus, par endroits, 
dnns un esprit de rivalité discrète. 11 saisit toutes les occa- 
sions de donner carrière à sa facilité do versincateur, ou 
hieii do tirer parti de pièces déjà composées auparavant. 
Il ne lui déplatt pas de refaire à son goAt, ici du Virgile, 
là du Lucain ou du Liiciliiis, de donner comme un frag- 
ment de Publiliiis Syrus un morceau où il reproduit le 
tour et le style du mimographe. 

Qu'il ait au chapitre ô le dessein d'imiter Lucilius, les 
termes mdmesdont se sert Agamenmon l'atlostent : Sed ne 
me putes improbatse schedium c Lueilianx hutnilitatis •pquod 
sentio, et ipse carminé efflngam. (Ch. 4, 1. 37). Cfs mots : 
et ipse semblent indiquer qne^ dans un passage perdu, 
Encolpe avait ou cité ou imité Lucilius. Ihmilitatis est le 
texte du Codex lîernemit^^ adopté par M. Duccholer et par 
Lucien Mueller*. 

Go mot doit être interprété comme un jugement sur Lu« 
cilius : « Go Lucilius dont je no blAme pas les improvisa* 
lions ot les vci*s terre à ierro (/itim/tiVai). » G'est on somme, 
Iràs résumée, l'appréciation d'Horace sur son dovaucior : 

Af/,| I, 1V| 9 • • • tu hora êirpe dueeutoê, 

Ul Magnum, verânâ déctabai, »tauê jtede in fiiio. 
vt 8af,f I, 10| !• Kempe iHCompoêito dixi jtede enrrere ventiê 

LneUi. 



I . La |ilii|iart dos nmniiicrlU donnent t improbituUd • qui pruvion- 
drail d' • imiiridHiHHO •. A la rigiiouri on oxpliiiucniil • im|irobitas ■ 
imr co xovÉ do l<uciliu% XXIX, 19 : 

• AnilcoH hudio cuin imiirobo illo aiidivlmus Liicilio advocaro. ■ 
(Lii«!lllu», Sut, reiiq., imI. L. Mucllor, Toubnor, 1872.) 

i, Liiciliurti .Vol. reiêq. 



POfcTIt n PIIOllATlUnt LATINS. 281 

N'iotlstont pas sur ces épithètes inattendues qui sem* 
blent prises au hasard dans un Gradut, comme : 

V. 9. 8ed êivt € armigtrm » r/cfe iif Triton/dit aree». 

Que viennent faire ici les armes de Minerve, alors que 
le poète la considère comme la déesae des arts ? 

On peut expliquer rident par le vers d'Horace {Oda, II, 
VI, 13 et 14) : 

JIU Urrarum mihi pnvter omne» 
Atiffuluê ridej. 

Mais ridentf constrtût i^ans régime dans PétronCi semble 
à peine coiTect. 
Que penser de : 

V. 16f 16. ///lie Jiomana manuê c/rcuwfluat et modo Oraio 
Kxoneruta moho niutet miffuêa mporem f 

Ces mots : nianus, sono, saporein constituent un assem- 
blage do métaphores incohérenles*. L'abréviatour a bieu 
pu supprimer ici un vers ; je rétablirnis : 

Ilttne Romaiia manuM ctrcuinfluat, 

« Qu'autour de lui se presse la foule des écrivains ro- 
mains. » Cf. Quintilien, Iiist. orat., XII, 10, 78 : eircum* 
fluentibut undiquc eloquenliœ capiù. — Ibid., X, 1, 76. Se» 
quitur oraiorum inyeus vianus. Il devait y avoir une idée 
intermédiaire : Qu'il ajoute à notre Iniigue la richesse du 
vocabulaire grec ; que ces mots grecit versés dans noti*e 



1. Kiitrc auli'CH cunJiMttiire.H, on a proposé ilo lire (llolnnius) ; 

« iii'U(|iio Gniio Ululent ■ ; 

ce qui n*Crtt pa^ beaucoup plu» cliiir. 



282 GHAFITHI If. 

langue (tu/fWa), dépouillés de leur ton étranger (exonerala 
tono)^ AcquièreiU une nouvelle aaveuTi toute latine (mutent 
iaporeni^). 

Au vers 19| dent epulat ne «^explique pas. On a sup- 
posé : dein dct epoi, det hella (Heinsius) ; dein pugnae {J^mI- 
gersius) ; deiU elegoi, dent bella (Bumiann)i etc. Tous les 
verbes qui prëcèdent étant au singulier, on ne peut en- 
tcMidi*e daU epulat qu'en prenant pour sujet bella : « Que 
les guerres fournissent un aliment à son talent, une ma* 
tièro. » Il Tant eu ce cas attribuer à Pétrone une hardiesse 
poéli(|ue un peu Torto. Cicéroni dans un passage où il tra* 
duit Platon, a bien employé epuLv au sens de noumture 
lie Tesprit {De divin., 1, 2!), Gl) ; En pars animi erecta satU' 
rataque bonarum eogitutionum epulit. Mais rexpression de 
PiHrone serait bien plus osée, si le texte est exact. 

Le vers précédent olTra aussi un sens peu net : 

V, 18. Kt Furtuiia Moncf céleri tliâtiacta weaUt, 

On pourrait lire avec Barth : diseincta, qui serait plus 
clair. 

Remarquons on passant que le sujet proposé par ce iehe* 
dium aux jeunes poètes est celui-là môme que Pétrone 
traitera dans t^on Tragment le plus étendu. La Fortune ac- 
complissant ses rapides révolutions, les gncri*os chantées 
d'un accent farouche et sur un ton éclatant, c'est la ma- 
tière du De bello eivili et de la Pharsale. 

Prenons la pièce toile qu'elle nous est donnée par les 
manuscrits et examinons si elle s'éloigne beaucoup de la 
satira do Lucilius, telle qu'elle se laisse entrevoir. 



t. C:r. lliiriino, Kp, ad PiMOHet, v. ai, 53 : 

8i 

Gru*co Tonto ciulont, iNin*o doturtu ..... ■ 



• 1 



POfcTBS BT PROSATBUHB LATIIf8« 238 

. Beaucoup des mots employés par Pétrone dans ce 
sehedium se Usent aussi dans les fragments de Luci- 
lius. Ce sont, il est vrai, les expressions de la langue 
la plus usuellei et les mots qu'ils ont en commun sont 
pour la plupart très peu signiQcatirs. Si peu probante 
que puisse être cette collation^ j'ai relevé cependant tous 
les termes du schedium qui sont communs à Pétrone et à 
Lucilius. 

Ârtis; LuciliuSi éd. L. Muellor, Sut. rrL, livra XII I, 
1. 16; — sevoRu; XXVI II, 12 : xeveros philosophus; — 
effcclus; XXVI , 9 : ut ajo efficinm tjuod le in primit cupere 
intelleyo; — nientem; XXX, (51); — nioi^es; ex Hb. itteerL, 
9, 10 : moi^m; — If^'c; XX, 10, etc.; — ciiret; XXVI, 
75, etc.; — alto; XVI, 11; — vullii; 1, 29, 30; — 
cenas ; I, 34, etc. ; — caplcl ; I, 20 ; XXVII, 32 ; — per* 
ditis; dans un aulre sens, ex Ub. inccrlis, 140 ; — obruat; 
XXVI, 30: sumtna in erxnnna obrntam; — vino; XXX, 
55; — rictus; III, 49; — aires; X, 10; — domiis; 
XXVI, 49 ; — vei*siis ; V, 1 ; — anuo» ; XI, 8 ; — bibat ; 
XXVI, 43; — pectoie; VllI, 5; — funlcm; XXX, 2; — 
Socralico; XX VU, 40; XXVIII, 40; — gie^c; IV, a2; 
— liber; exlib. inc, 135; — ingcnlis; V, 29; XV, 17, 
otc. ; — mutet ; XXVI, 15, 31 ; — saporein ; je ne trouve 
que sapereaw bcns du : avoir le goAt do; IX, 9; — in- 
tcrdimi; XIV, 10; — siibducla; XXVIII, 33; XXIX, 
80; — foro; ex Ub. inc, 17, 114; — forliina; VI, 85; 
XIU, 4; — mealii ; V, 2 ; mcarel; V, 3, mcal; — opulas ; 
IV, 8; — bella; XXVI, 55; — Indoiiiili; XXX, 01; — 
vorba; XXIX, 57; ex Ub. inc, 19; — anlmum; III, 71, 
etc.; — bonis; ex. Ub. inc, 5, etc.; — Humiiiu; III, 21; 
VllI, 18; — plonus; XII, 0; XXII, 3; — defundes, 
XXII, 3, defusum. 

Defiimm c pleno êttt hir »ij honeve. 




284 OBAFITM IT. 

Ainsi les mots plmui et defimâen sont rapprochés chet 
Luoilius comme dans lo Ters 22 do Pétrone : 

Pleiimê Piêtio d^undeê peetort vtrba. 

Il serait téméraire de rouloir tirer une conclusion ferme 
de cette collation que nous faisons par un scrupule peut- 
tére excessif. Mais, en rait, il u'ost aucun terme du tehe* 
dium de Pétrone qui n'ait pu vraisemblablement se ren- 
contrer cliex Luciliiis. Les idées elles-mômos ne sont pas 
en contradiction avec celles du vieux satirique. Seule Ta!- 
lusion à la claque (v. 7 et 8) poun*ait viser une époque plus 
récente. Mais déjà du temps de LuciliuS| AtlièneSi TarentCi 
Naplen (Sirenvm dotnus)^ étaient l<*s villes grecques ou hel- 
lénisées où allait étudier la jeune aristocratie romaine. 
Les généralités morales et littéraii*e8 qu'exprime le sclu- 
dium auraient pu tout aussi l)iou rtrc formulées imr Luci- 
lius lui-même. No condamuc-t-il pas ceux qui bo livrent 
aux excès do la table? 

L. IV, 8. Quott êiniiptiun ah^ue efiiiiuâ vîctu prœjioui'ê koncêto, 

(Cf. PétrouOi chap. 5, v. 5 sq.) 
A l'ivrasso : 

L. XXX| 64, 55. Seito etenim bene longineum mortalibn' morbum 

In vino eêne, ubi qui invitavii dapêiliuê «e. 

11 exhorte aux nobles travaux : 

L. XXVI, 10. Itnne taborem êumaê, laudem qui Obi ae fruetum 

[ferat. 

Il apprécie les écrits de l'école de Socrate : 

L. XXVII, 45, 46 , wctrâ mM 

Grœrf, ubi'nuHcSocraticicharUf — quidquidqMKriêfpeiiimuê. 

Cf. Pétrone, Chap. 6, v. 13. 

Socraftco pUnuê grtgt 



POfcTBS BT PnOBATBURt LATINS. 285 

Le vers 12 de Pétrone 

Mmoniumqut hibat fdiei peetor€ foniem. 

fait songer à celui do Lucilius : 

L. XXXf 2. Quantum haarirt ammvê MuMrum te fontUm* gmtU. 

Enfliii remploi asbez rare de irrigari au sens métapho- 
rique (Pétr.| Chap. 4, 1. 30) : ut studiosi juvenes lectione 
severa irrigarentur, se trouve déjà dans Lucilius. 

L.f XXV1| 61 • Hœe tu êi voten ptr aHri/i pectnâ mrhjarkr '• 

J'ai groupé les arguments qui me font présumer que, 
en ce xchedium, c'est bien Lucilius que Pétrone a imité, 
ainsi qu'il l'a lui-même annoncé : ne me pulei Improbasse 
sehedium Luciliaive humilUalis. Pour ne qui est des vers 
(Chap. 55) que récite Trinmlchion comme étant do l^ubli- 
lius Syrus, la question semble plus sujette u controverse. 
On snit de quelle Taron sm*prenante e^t introluite cette 
prétendue citation du Taineux auteur do mimes. Trimai* 
chion, ce lin lettix^, demande au rluHeur Agamomnon 
quelle dilTérence existe, à son avis, enti'o Cicéron et Pu- 
blilius. Quant â lui, il oitime que le premier Cist plus élo- 
quent, le second plus moral et il ajoute : Quid enim lui 
melius dici pot^stf Suit une pièce do 16 vers en séuaires 
italiques. 

M. O. Ribbock' attribue ces vers ù Publilius Syrus. 
C'est également Topinion de Mo?sler et de Welile. Bem- 
hardy* et Orelli^ jugent difTéremment. Suivant eux, celte 

1. Au cliiipilro 'l'^, le mot : « spiiUiloriii;iMli > rii|i)M*llo lo : « nni^irho* 
citiu;ili > ilo Liit*niu4 (1<. \\X, 77 1. 

*l. Sctrnfcn* JtomauoniM jmtMii /ragnienla, vol. H. • Cuiiiiconuii 
fni^Mni'iiU », p. .10:1. 

3. CruMtlrisM drr Hùmhvher Uttrratiir, iCJO. 

\. S'orf, vel. curiii,jent., l, 1, p. *ÎH3. 



S86 CBAPITM !?• 

pièc« imita plutôt l*art do Publiliut Syrut qu'elle ne re^ 
produit un texte de lui*. Tel est aussi mon sentiment. 
Nous n'avons ici qu'un thème très génémli comme nous 
en avons déj& rencontré plus d'un dans le SaUrieon, maiê 
imité cette fois avec une certaine ail'ectation d'archaïsme. 

Pour le fond| il ne s'y trouve prasque rien qui ne soit 
chex d'autres écrivains. Los rléments de cette déclama- 
tion contre le luxe de la table existent chex les satiriques. 
En est-il un qui n'ait tonné contri? la somptuosité eCTrénée 
des Testins? L'autour nous énumere les mets nires et c^oû* 
teuxquo va clioivhor au loin la curiosité raffinée des gour- 
m(*ts. Il s'indigne à la vue do ces perles, do ces éineraudes 
ot oscarboucleSi do toutes ces pierreries dont les matrones 
SI? parent à iirofuttion. Il flétrit ces tissus transparents qui 
voilent à peine la nudité. Rien de plus conmiun que ces 
idées. 

Pour ainrnier eu nier avec certitude i'aullienticité de ce 
fraginent'i il fanilrait avoir du «lyle de Publilins Syrus une 
toiuiaissance plus nppi*ofondie que ne le pei*mettent les 
rares débris qui subsistent du miniogniphe. En debors du 
recueil des sentences, nous ne possédons de lui que trois 
vers et demi. 

Ce qui frappe tout au moins, c*est le peu de rapport qui 
existe entre l'ennure, la recherche du morceau de Pétrone 
et la concihion h sobre, les soniniuires antithèses des sen- 
tences de Publilius. 



1. A iiii|i|)UHOi* ifiio (*i*M von Aiiioiit iino riiuliuii ot non l'tiMivro de 
iNHnmo, ruUhlMiliiin à Pnlililiutf Syni.n nVn ili*vriiil pus inuïnn rertlor 
Tort iliinliMiHO. dur la riuillon oni fûito \mr Tnaiul«*liiun dont i'étruno 
•o piiilt à liilro n«MHiii*tir l'i^aiorann*. Il auruit pu ivvA bien lui prêter 
Ici uno i.'iiuhiHiuu do noms plniMUito. 

*i. li«* li*\li} tlo Cl) IViiKuicut 0!*t piMi mk. M. Ililihcck a pruputô 
quiMi|u«*tf rurnvtiutiH ai InuispoMitionn d«« vom : 

lu. « Nihi lit «t'intilU*^? PnibitUH est carbunculun. ■ 

Le« vcn lU ot 1 1 dovicnncnt Icn vers 13 et IG. 



J2 



FOftTIt BT PnOSATBUnt LATIIft, 287 

Quant aux allitéraiionB ' et aux mots eompofét* de phy* 
8ionomie archaïque que Ton relève en cette piècCi ils peu- 
vent n'être qu'une imitation des anciens poètes. Au sur- 
plus, ces allitérations ne se rencontrent pas seulement 
chez les vieux comiques ainsi que ches YarroUi qui, dans 
ses Ménippèes, en faisait un fréquent ut^age. Dans la partie 
du Satiricon où se trouve insérée la pièce qui nous occup«3| 
les allitérations, placées pour la plupart dans labouclie 
des gens du peuple, existent en assez grand nombre. 
M. J. Segebade*eu a dressé la liste. D'autre part, dans la 
pièce attribuée à Publilius Syru!<, on est frappé de ccrtai* 
ues expressions, d'un tour recherché et ingénieux, (|ui 
semblent porter la marque d'une époque plus récente. 
Ainsi : 

V, 15. •,.,•.....•.• veiitum Ittxtiltim *, 
V. 8, Neqnitiœ nidtun in carrafH) feeit modo. 

Ce sentiment de pitié pour la cigogne, exilée de l'hiver, 
messagère de la tiède saison, ne semble guère propre a un 
auteur de mimes. Les vers ont je ne sais quelle mièvrerie 
qui est plutôt de la décadence. 



V, 5 et 7, CicOèiitî et ta m, g rata perrtfmia liotipita 

Aviê exitf hieMtn, fifuluê teptdi tctiijforiâ. 

Ce sont là toutefois, il faut le reconnattre, des indices 
bien vagues. Je me fonde plutôt, pour restituer cette pièce 



1. Y. 1. « MiirUH iniirronl iiMi*riiii. • 

V. 'i. f Piiliito clniiiiiiM piivo |iUH('itiir. • * 

V. 7. « Tiliitii» tfpiili tfiii)MinM. » 
?. V. 0. « PifliiUi'iiUi'ix; i;iiiriti|ifm ». 

:\. Obieroationet grafumaticm et eriticm lu MroulMW, p. *21i7. 
1. Cr. Iluniciî, .SVi/„ I, 2, V. loi, ul 8ôn»Mpi«s Oe bene/,, VII, 0, 
p. III t 5, 6d. Iluuso. 



X 



S88 GH4PITM IT. 

à Pétrone*! sur les reMamblaneet qu'elle présente areb 
plusieurs autres morceaux du Sattrlean. Cette déclamation 
somptuaire se répète nu début du Di bilto eMlt, t. 88 sq. ; 
ainsi que dans la pièce du chapitre 98 en dix hendécasyl- 
labes*! où nous voyons énuméré8 le faisan, la poule de 
NuroidiOi le scare. Ici la poule de Numidie est également 
citée ; l'auteur y joint le chaponi le paon* et la cigogne. 

Pétrone semble s'être souvenu de ce passage d*Uorace 
où sont réunis presque tous ces mets rares : 

Sat.f 11, 2, 22-28. Nec êraruê ant jtotent jteregnna* juvare lagoiê. 

Vix tamen er/ptamp poêito pavoiie veiiê quin 
Hoc jtoltHê quam gallina tertjtre jtalaium, 
Corriiptiês vaniê renim, qnia veneai auro 
Uant att» et jn'rta pandat »perfaeufa eauda, 

.•••..•• NuiH te»eertê iêta, 

Qnam ianthiê, pluma f 

V, 49 1 50. TutH» trat rhombu» tutotjue cicouia nido ', 
DoHte voê uuHor doenit prn*torhui. . . , • 



I, • Cosi là uno (t<&(*laniAtlon luboriouMcinoiil spiriluoUo ot élt^ganio 
où do bons criliiiiios ont vu moins r«i'uvro rM\o qu'un imsticho plus 
ou moins HUMo uo Publillu» Synm. On so rofùno vraiment à y rocon* 
nsUro U m6mo main tfuo dami co» bollo« oi siuiplo» ««mloncog iiar 
josi|uollo», bien mieux ifun pur les proMliKen ilu bel eiiprit, il relovait 
tout à coup do son bumilitù le genro vuJKuire, groniticr, liccncioux, 
«mpiol il lui Aillait se nibuiMor. • {Vaitu, Étude» titr ta Poéêie tatiue, 
t. i, p. .155.) 

1. Y. ?. « Abpio AlVu* volucros placent puluto. • Cf. (Vugm. attribuô 
à PublillUH Kynis, v. 1 : t luo palato cluusus pavo •. 

3. Kelun TertuUion {De PatHoU llurteusiu» aurait lo premier fuit 
sor\-ir di»» \mtim sur mi table. Publilius 8yru4 i'rili<|ucrait tluuc uno 
innovation toute cunteinporuinc. Mai» do tout temps, on H*inili((nertt 
contre re ralllnementdu luxe el on plaindra le paon au beau plumage. 

Cr. Martial, Xlll, 7U. • Miraris ipiotiest gemmantes cxplinit alas, 

• Kt pot(3S buuc Siuvo tradcro, dure, coco. • 
cr. Juvi'*nal, Sat., 1, 112. t .... et crudum pavonem in balnoa portas. • 

4. Pétrone, cluip. 55, v. 5 : 

« Cieonia etiam poregrinu ■ 

A. Pi^trone, clmp. .m, v. .î et 8 : 

• (!i<'onia 

• NiMpd*.ia» niiluni in i'at*i*alNi forit uiudoi. 



POftTM BT PROSATBUnS LATINS, 889 

Les dix hendécasyllabes du chapitre 98 ont en moins 
l'arehalsmei mais le thème est analogue ; 

Vii§ têt, quod Ueei. • • • • • 

Publilius Syrus a dit de même : 

Kit magie am<U eupidiioêp quam quod non tieet % 

La similitude de plusieurs expressions avec des termes 
du De bello eivili indique que Pétrone est aussi l'auteur de 
ces hendécasyllabes. 

V. 1 . Aies Phasiacis petita Colehit. 

De bello Chili, v. 86, 87 «Aiiii Phaniâoe unda 

Orbala ettt avifiuê, • • • • . 
V. 5. IMebeium sapit. . • . • • 
V. 8, •••.••• • non mu plebeio trita voluptae. 

V. 6 et 6 nUiniis ab oris 

Attractus scaroa. 
V. 83 • • • • Siculo êcarM œquore merêUê, 

On ne saurait d'ailleurs trop le redire, ce sont là de pu* 
res banalités saliri(|ues et moralos, Sénëque, Juvénal, 
bien d'autres écrivains non» offriraient do Tacilos rappro- 
ments *• 

Il est donc impossible de préciser pour chacune des 
pièces du Satiricon l'auteur que Pétrone a imité, si toute* 
fois, ce qui est fort douteux, il a eu un modèle pour tous 
les morceaux poétiques dont il a semé le Satiricon. 



1. PubHin Syri tentenUm, Vn, Rîbbcck, op. cit. 

2. Par nxoinplo, cliiip. 0.1, v. 0. • .... rusa iMiinamuni vorolur ■• 
Cr. JuvtMial, Sat., XI, lU-l'i^ • .... pultre videntur 

« U liguent a utt/ue rotœ, .• ■ 
Clmp. 03, V. 10. t Qiiicfpiid i|iiinnliir, opUmiiiii vidotiir • 
Cr. Juvuiittl, XI, V. .10. • Mtigii illa Juvant, t/um piur/t emuntur. ■ 




S40 . CBAFiTM nr. 

Juiqu*iol| nous Tavont tu s'appliquer à nous donner, 
refondues ou remaniées selon son goût, des imitations de 
Virgile, de Lucain, de Lucilius et de Publilius Syrus. 
11 s*est évidemment complu à ce bariolage pocHiquo ; il 
s'est nmusé à ces variations plus ou moins heureuées sur 
dos thèmrs d'école ; il n'est guère de genre oii il ne se 
soit essayé. Ici, c'est l'épopéo dw De belh eivili; là, l'épi- 

, gramme, oillenrs Télégie. Plus loin, dos fragmeiitii des- 
criptif dans le goAt d*Ovide, on des tirades satiriiiues. 
Los motrOH sont également divortfidés. 

Passons rapidement en i*cvuo les plus importantes de ces 
pièces. La peinture en 8 hexamètres (Cliap. 131) du bos- 
quet où Circé attend Poly^enos a l'aisance et la grAce des 

I vei*s desrriptifs d'Ovide '• Quelqno» traits do Tinvocalion â 
Priape (17 liexamètrcs, Cliap. 133) rappellent lu morceau 
de Cnlullo (XI\ : Horiorum tiens). Il y est enti'é aussi 
des sonvenii*s dt Virgile et d*Ovido. Ces vers ont une élé* 
gance et une facilité qui contrastent avec la manière do 
certaines pièces si tonrmentées ou tronqntW^s. La tirade 
de la magicienne (lU hexamètres, Cliap. 134) contient 
des imitations d'Ovide, de Virgile, peut-être aussi de 
Tihnllo et do Lucain. Les vers ont un tour tout classiqne. 
On sent que Pétrone, pour développer celte donnée fami- 
lière & réi>opée et à bien d*autres genres, a eu sons les 
yenx do bons modèles. Il a mi^nie sans fa(;on emprnnié a 
Virgile un vers entier, le vers 13. 

Au chapitre 135, une pièce en 17 hexamètres peint la 
simplicité d'une habitation rustique conti*astant avec la 
vaine magnillcence des palais. Virgile, Ovide, Tibulle, 
nous offrent des oppositions de ce goni*o : ce sont là Icb 



t. A prnpuiiiIcH Boiircoa grorqiioM dn IVUronn, nous parlnrons ilo lu 
pi6co nu 7 hQxaiiiOlro« du cliuiûlro 1*27. Voir pluH luiii, iiiôiiio cliujiilro» 
p. 310. 



POftTBB BT PII0IIATBUII8 LATINII. 241 

modèles de Pétrone dans cette dernière coupure de son 
romiin, Ovide surtout. 

Parmi les autres pièces eu hexamètres figurent les vers 
d'une emphaso amusante où lincolpe célèbre sa victoire 
sur l'oie de PrL'ipo (Ghap. 136, 6 hexamètres), comparée 
aux oiseaux du lac Stympliale, aux Harpyes*. Également 
tragiques dans mie situation burlesque sont les 8 hexamè- 
tres (Gtiap. 139), où ISncolpe se plaint d'être la victime du 
courroux de Priape et évoque le souvenir dea héros ou des 
demi-dieux qu'a poursuivis la colère d'une divinité : Her- 
cule, Laomédon, Pélias, Télèphe, Ulysse. Rappelons 
comme une auti*e parodie du style de la tragédie ou do l'é- 
popée les 8 hexamètres (Ghap, 108) que déclame Try- 
phèno pour prévenir le combat sur le navire, ni où entrent 
des réminiscences de Virgile ou de Lucain. Une autre 
pièce en hexamètres (Ghap. 83, 6 vers), probablement ré- 
duite par l'abivviateur, est un court développement satiri- 
que, débité par Eumolpe, sur le dénùinent où est laissée 
réloquonco, lieu commun cher à Martial et h Juvéïial. 
Non moins banal est le sujet dos 9 hexamètres du chapi- 
tre 128, qui racontent les déceptions des songes et la tris- 
tesse du réveil après Tillusion d'un agréable rêve. 

Gcs moralités générales ou satiriques sont de préfé- 
rence exprimées chez Pétrone dans des distiques élégia- 
ques. Tel est en eCTct le caractère des trois distiques du 
chapitre 14 contre la vénalité des juges, des deux disti- 
ques du chapitre 18, pièce probablement écourtée, où se 
trouve rendue assez obscurément cette pensée que le dé- 
dain que Ton témoigne à un ennemi est une ofTense, que 
le pardon est la vraie victoire. Des quatre distiques sur 
l'amitié (Ghap. 80), les deux premiers sont un pastiche 



1. Cr. Virgilo, jEn., III, lÙO^'lW. 

ciiTiQUii uttAkaiiiii. ti 



rilMH 



84S CRAPITM If. 

d'Ofidei les deux derniers expriment Tidée que tout ici* 
bas n*eet que comédie S 

Le tétrastique du chapitre 82 compare Tantale à un 
riche en proie à la crainte (qui Umei — * texte de Jean de 
8alisbur)*)| pièce qui semble incomplète et où il y a encore 
des souvenirs d'Ovide. 

C'est plutôt de Properce que s'inspirerait Pétrone dans 
la pièce on trois distiques du chapitre 126, madrigal Tort 
galant que Polymuos débite à Gircé. 

Le Tragment déjà étudié au chapitre II (quatre disti- 
quesy chnp. 132) appartient aussi & un genre à part. On y 
lit la juslillcatiou que IMtrone, & l'exemple d'Ovide, pré* 
sente à ceux qui critiquent la licence de ses écrits. 

Enfin, le caractère hatirit|ue reparaît dans les cinq dis- 
tiques du cliapitre 137, qui contiennent l'ironique apo- 
théose du coirrj-rorl. 

Si la diversilù des sujels est grande, gninde aussi est la 
variété des mètres. LMicxamètre se marie au choliambe 
(Chap. 5, Schedium)^ le distique à l'heudérasyllabe (Chap. 
109, trois distiques, sept hcuiJécasyllabes), dans Velcgido' 
rion d'Ëumolpo contre les chauvoi, pièce de circonstance, 
sorte de silve sans inleuliou do parodie. 

Les autres pièces en lioudécasyllabes sont celle du cha- 
pitre 93 contre les excès du luxe de la table (10 vers), celle 
du cliapitre 79 eu 5 vers, qui est proliablemeiit mutilée 
ainsi que la pièce dont devaient faire partie les deux hen- 
décasyllabeii du clupiti*e 15 sur ce sujet : la difllculté de 
posséder aiguise le plaisir. 

Les senarii grxcanici sont représentés par la Ti'ojx halo" 
sii (Cliap. 89, 65 vers) ; les senarii italici, par le morceau 



I. JiMin do SalUbiiry, PoUcrai*, 1. 111, rlmp. S : « Fcro tutus mun* 
dus 01 Arbitri riostri soiitcntia iiiimuiii vidotur iinplcre. ■ •» Cf. pour 
ridéo, SvuiMpio, Lucien, etc. 




POftTIS IT FROSATIUM LATIlfS. 243 

imité de Publilius Synis (Cbap. 66| 16 sénaires) ; lessota- 
déensi par une pièce en 4 vers (Cbap. 23 *) et par la pièce en 
9 vers du cbap. 132, parodie indécente du Btyle tragique. 

Notons encore pour mémoire les doux eUgidaria do 
Trimalcbion (Cbap. 34 et 55) et rappelons qull manque 
assurément un cortnin nombre do pièces; ainsi Vepi^ 
gramma compotié par Kuniolpe pour la sépulture do Li* 
cbas. Nous cherchons vainoment, dans co qui nous reste 
du roman, los pièces en vers anacréontiqiios qui chaicnt 
fi*équenlos chez Pétrone, au dire do Tcrentianus Mnurus 
et de Marins Victorinus. 

De cette i*écapituIntion on conclura que ces morceaux 
en vei*s, de forme c*t d'inspiration variées révèlent le des- 
sein qu'a eu Pétrone de rehausser son œuvre d'oniements 
poétiques , selon la tradition de la ilénippie, et en môme 
temps son eflbrt pour i*eproduire le tour, le mètre, le style 
de plusieurs aut'?urs célèbres. Ce procédé de composition 
a dû être de bonne heure constaté chez Pétrone, puisque 
les anthologies lui ont attribué bon nombre de morcoaux 
où se trahit le pastiche. 

On ne sait où placer, dans ce qui nous a été conservé du 
Satiricon, les citations que nous donnent de Pétrone les 
grammairiens anciens*. 

Trois do ct*8 fragments portent bien distinctement la 
marque do Timilation de Lucrèce. Le fragment XXV* 
s'inspire de ces vers du livre III, v. 090*992 (éd. lier- 
nays) : 



1. « Eniiius dans son Sota mettait aussi en sc&no des « malaci *, ce 
(fiii Tuit pniisoi* aux sotadir|Uos du « cinœdus » do Pétrono. • (L. Uuvet» 
iCHHius, Hev. do Pbil., 18U0, i^ livraison.) 

2. V. sur ces fi'oginents l'Appcndico I. 

3. f Qui vultur Jccur intimum perorrat 

Kt pcctus trahit intimosquo librus. 
Non .est qucm lopidi vocant pootœ 
8ed cordis maia, livor atque luxus. • 



244 OHAPITM IT. 

8êd JïiffOê NoNi kic atl, in amor§Jaemii$m 

Q^em voluerm iaeeratU aiquê exe$i anxinê oiyor, > 

Aui aiià quatftê êèin^ni euppedine eurm. 

Les fragments XXIX sur les erreurs des sens et XXX 
sur les songes sont non moins manifestement imités du 
Di nrum natura, livre IV, v. 851-353. » 

QHadratfîêqHû proeui turrt» eum eemimnê mMi, 
Propterta fit nti videaniur êmpe rotundœ, 
Anguiuê obtuêHê qnia longe eemttur omnU *. 

Cf.| ibid., 409-500, et 959| sq., les songes*. 

Et qw> ^lêque fere êtudio devinctuê adhœreip sq. 

Il est permis de saisir encoi*e, sinon une imitation de 
Lucrèce, au moins une réminiscence de sa doctrine dans 
le fameux morceau dont mi vers, le premieri est disputé 
entre Stace et Pétronoi fr. XXVIP : 

Priraus in orbo doot fecit timor. 

Lucrèce n'aurait pas eu à modifier profondément son 
système pour trouver une place à ce vers dans le Dererum 
natura. Ne semble*t*il pas résumer ces passages du livre V, 
1159, sq.V 

Kunc quœ eauêa deum per magitaê numma gtuteê 

Pervuigarit et ararum compievertt urheê. • • • • 
1168f 1164. Uude eiiam nune e$t mortaiibuê tnêituê korror, 

Qui delubra deum nova toio iuêcitat orbe, . • • • 
1192f 1198. O genuê wfelix humanum, talia diviê 

Cum trtbttiifacia atque iraê adjunxU acerbaêt 



I. « Nam turris, propo qum «iiiadrata surgit 

Dolritis procul an^iili^ rutatur. • 8q. 
S. f Somnia quw montes ludunt vulitantibus umbris. • Bq. 
9. Voir Appondico I, p. 3G5. 



FOkTBS IT PROSATIURS LATIIfS. 246 

1S16 iq. Prmierea eui nûn animnê formidine ditmm 

Ctmirahiiurt Cui no» eorrepunt membra pavore, 
Fulminii horribUi eum plaga torrida teUnê 
CùnUrtmU. 

1S91 divum psreuMêi meinbra timoré. 

Si ces trois pièces sont justement attribuées à Pétrone 
par Fulgentius Planciades, il en faut conclure que l'au* 
teur du Satiricon a lu et goûté Lucrèce, ce qui n'a pas lieu 
de nous surprendre. Nous connaissons les sentiments épi- 
curiens de Pétrone : pour lui, Épicureest (Cliap. 132, v. 7) 
ipsepater veri... comme il l'est pour Lucrèce (VI, 6, 24.): 

Oiimia veritlico tjtit quoitdata ex ore profudii; 
Veridiciê igitur jmrt/avii jieetora dictiê ', 

Dans le Satiricon il y a cependant peu de traces de l'i- 
mitation de Lucrèce. Tout au plus pourrait-on rapprocher 
du texte de Pétrone quelques expressions et quelques vers 
du De remm natura. 

Pëtr., cbap. 80, 1. 35. Ciiin fortuna maiiot. . • • • 

Lucr. V, lllU. Ut fundiifntsiito êtabili fortuna mnneret. 

Cbap. 127, 1. 27. Ex cnjiu, tq. 

I, 87. Kijue tuo pendet rempini êpirifwi ore, 

Cbap. 115, p. 82, 1. 10. Feno tamon corpus lacerabunt. Tan* 
quain mulius ignis accipiat ; sq. 

III, 886, sq. Nain êiin morte Molnin eut malin monuqueferarum 
Trartari, wm iuvenio qui mou ait aeerbuin 
Jtfnibu» iêuponitum eafidiê torreticere flammiê^ 

On songe aux elegidaria de Trimalchion : 
Cbap. 34, ▼• 1 quam totus homuucio nii est! 



t. Cf. L. Tor«|iiatus 'dans lo Pe/uibuM, I, 5, U: •Qiiciii (Epicurum) 
•rbitror unum vidisse vcruio. • 



246 OHAPITM I?. 

en lisant les ren suifanu : 

De rtr. mai., III, 910-918 i 
Hoe Mtm faciuHt ubi dUeuhHerê tmèeni^mB 
Pùeula êitpe Aojm/nm «I iHumhraui ora eorowiêp 
Kx animo ni dieatU : • Breviê hie ett/metuê hommlliê; 
Jam/kerii, fêeqne po»i Huqnam rev0earû lieebU^ • 

Au total| c'est peu de chose. Aucune imitation bien ca« 
ractérisée de Lucrèce, en dehors des pièces rapportées par 
Fulgeiitius Planciades. 

D'autres fragments conservés aussi par ce grammairien 
dénotent des réminiscences d'Ovide. 

Fr. XXYI, V. 8. Sic format lingua fctnm cum protulit uns. 
Cf. ileium.^ XV, 379-381 : 

AVe ratutHMf parfm t/wsm rtddidit una reeeuti, 
Sod maie vii?a raro tmt : lambendo mater m artua 
Fiugif, et tn /orMtiiH, tjuaiitHM eapii t'itêa, reduùU. 

Fr. XX Vf, V. 10. 8od permutatat gaudet habere vices. 
Cf. J/ffam., XV, 288 : 

QiMi«7t»e vke» peragant [etementa)^ animoê adkibeiep dœebo. " 

Le flr. XXVIII, où Thistoire très résumée de Midas est 
alléguée comme une preuve de la difllculté qu*ont les 
hommes à conserver un secret, renferme, outre un souvo* 
nir possible d'Ënnius', une imitation d'Ovide. 



I. dite pnr Cit'^ron, Oe ora/ore, II, 51, 222 : * Dioero aiiint Ennium, 
fltminiini fiiriliiiH on* in uril<Milo o|)|iriiiii, itiiiiiii buiiu iliclji t««iieat. » 
Cf. Pi*lr., Tr. XXVIU : « Naiii citiiiH lluiiimiis murtules oro Icncbunt 

Quam fccrela tcgunt. » 




POfcTKS BT PROSATBUIIB LATINS. 247 

Pétr», fr. XSLVIII, ▼. 6 : 

8ie commiMa vereim aridut reierare minlitar 
Fodit bamam regitqne Utcntet prodidit auret ; 
Conccpit nam terra tonot calamiqno loqnentea 
Invenere Midain, qaalcin narravorat index. 
Metam., XI, 183 iq. : 

Viderai hoc famuiui : qnip rnm née proderû vinum 
Detlecu» autleret, eupitn» effet re Mvb anraêp 
Ker ponnet retieere Utmeiif êecedit, hHmiiui*/ne 
JCffofiti et, domini quale» unprxirU aitref, 
Voce refert jtarca, fttrnf*«jMe mmumiuraf hauftWp 
JudtriuMfjue Âuœ vori» tellure ret/entn 
Obriiif, et nmtlHhn» taritm dinred/f uperth^ 
Creher armidiiiibuM ir-iMuUê tbi ênrijere htruê 
Cœptt, et, ut pritiiHiu pleiio mafurutt niètèo, 
ProtUdll agriroUnn : leuî mnu inotn» ab awtro 
Obruta verba re/ert, dominiqne roarfftitt tuireê. 

Ces exemples sufllseiit à montrer de quelle faron Pé« 
tronei dans ses vers, imite les poètes et tire parti de ses 
souvenirs de luttré. Seul, le D« M/o r/W/i comporte, avons* 
nous dit, une arrièro-penHce, non pas de parodie, mais de 
critique. 

Dans sa proso, qui a si souvent une couleur poétique, 
Pétrone a utilisé aussi mainte expi^OKsion de ses poètes du 
prédilection. On Ta vu pour Virgile et Lucain ; c'est ce 
que nous prouvera encore l'étude dos rappi*ocliemea is 
qu'on peut établir outre non texte et celui d*llorace, d'O- 
vide, dr. quelques autras luiteurs qu'il faut retrouver. 

IloRAGB. — Horace a certainement été très lu et ires 
goAté de Pétrone : le. 5(i/ir/ron contient un élo^^e formol de 
l'artiste délicat, du curieux disciple des Grecs. Ces mots 
si justes par lesquels est caractérisé le stylo des Odes : 
< Iloratii cvriosa félicitas » (Gliap. 118) ; « ce bonheur d'ex- 
pression qui est le fruit de la peine », semblent une rémi* 
niscence d'Horace lui-même. 




248 



GHAPITM IT. 



Sf.p U| 1, id Aiiyiithia, 106 êêfaieUêt ainW *. , 

Dans le mi^me chapllrei Horace est cité : ni /lai ; odi 
profanum vulym et arceo. (OdoS| III| 1| 1.) 

Rn de nombreux passageS| se trahit ches Pétrone le soa« 
Tenir des idées ou des termes d'Horace. Wehle* a indiqué 
mi genre particulier de rupprpcliements que Ton peut faire 
entre les deux écrivains. M. Martin Herts' a suivi avec 
une érudition très sagace la forlime d*iiorace dans la lit* 
térature latine Jusqu'à l'époque de Prudence, et parmi les 
œuvres où apparaissent des traces de ce poète, il n'a eu 
garde d'oublier le Satiricon. Il montre comment, même 
dans les passages c^crils en prose, Pétrone emprunte à 
Horace des couleurs : colores ab eodem poeta mutuatur. 
M. Duoclieler^ avait déjà fait reman]uer que le festin de 
Trimalcliion n'est pas sans rapports avec le repas de Na- 
Hidienus. (Horace, Sai., II, 8.) 

Je vais m'attadior, on prolltant des indications fournies 
par ces critiques, à faire un relevé complet de ces imita* 
tiens ou de ces souvenira d'Horace chez Pétrone. Nous 
suivrons, comme noua l'avons fait jusqu'ici, l'ordre même 
des chapitres du Satiricon. 

V6îr. CImp. S, 1. 10. Qui iiocomo habcut cuia inisniontibus furere. 
Hor., «SVif,, 11, 2I| 10, Iiimttoâ t/iti inhr vrreare iiwtnM kabari^ 

Chap, 4| I. no. Qiiod qiiisqiie pcr|»orain ditlicit, lu soncctuto cou* 
OtcrI non viilt. 



1. Cr. Oc/r«. INMI, 31,3*2: 

« opcrosa par\'ut 

Ciirminii llnf^o. • 

2. Ohirrvatiuiie» eritécit in PHronium, p. 20. 

3. index âchoiarnm in utiiverMifufe literarum Vraiiiiaviêfiii, 1870. 
Prtemèun «un/ Martini iieriz Annletta ad carminum iioraiianorum 
èittoriam (I, \V. IVioilriiln, ot II, I87H; 111, 1879; IV, 1880. 

4. Préfttco de réititi<iii do 18C2, p. X. 



point IT PROSATIURS LATINS. 249 

Ejf; Ily If M-85 , 0i, quw 

Imberhêâ dùUcere, êeneâ jwrdenda fateri. 

Ckap. 17, 1. S4, Mi^or enim in priocordilt dolor iiovlt. 
Bpod^p IIli 6, Qaid hoe veneui twvit in prœeordiU f 

Ckap, 87| K 85. Qoid nommot modio motitor. 

8at.9 1, 1, 95, 96 dheê 

Ui mettretur nummo», 

CliAp. 44| !• 14. • • • • • et larvas tio i»tot porcolopabantf ut illis 
Jupiter iratnt eiset. 

Sat.fl^ 1 , 20, 21. Qm'dcatttitc eut, men'to quintUiêJujtinterambaê 

Iratuf buccaê infini 

TroÎB de ces citations nous oITrent des ternies de la lan- 
gue populaire, des proverbes communs à Pétrone et à 
Horace'. Tous deux peuvent avoir puisé dans le même 
fonds, le sermo plebeiiis et le riche répertoire do ces locu* 
tiens provtTbiales, dont la littérature latine, les œuvres 
des Comiques et li's letln's de Cicéron, (*iitre autres, nous 
offrent tant d'exenipl(*8 et qui abondaient d;nis le langage 
de la conversation . On trouve dans le livre de M. Otto : 
Die Sprichicôrifir itnd sprichwMUclicn Itedeiwirten dcr Humer 
(Leipzig, Teubnor, 1890), la liste des expressions do co 
genre qui fi^^ureut dans Pétrone. Elles sont nonibreuseB* 
et nppartieiuient presque toutes au fragment du festin de 
Trimalchion. Notons d'autres similitudes du même genre. 



1. Wolili? {op.cit.,\K*20) : « Nnc |iiiiirii in llonilii M«riiioiiil»iiM at<iuo 
(*)»istiili.s i*\stjint, (|ii«i' ciiiii pl<')MMi!4 (lirlioiiiliiH l'i*lroiiiiinis iiiiruin in 
iiiudiiiii f-oiisciiliiitit. • 

2. hiiiis Hoii rr>ri*iisfiiioiii ti*i**M niiniitioii\, piMil-rtro M. Olta est-il 
trop porli* ù noli*r romiiio iiiio loriitioii pi'ovcrhiiilo W\U* tiirliiplioro 
liiiiuoristii|iii* qui iiVhI pas ailloiini i|iii* iIuiih le StiUrIcon. \\ l'iiut lais- 
ser à l'étroite le iiiiTite d'avoir trouvé dcH <*xpn'SHioiM piUori*.Hi|ues 
et uri((iiialoM, îles romparaisoiiJt pifpiaiilcH, .soiih leur fornio lainilifTi*; 
par fxouiple, chap. '2*: « Qui int^r Iuit uulriuiitur, non nuigis hupcro 
posftunt, ipiain bciiô uliTe, «pii in cnlina linbitaut. » 




KO CUkftTM IT. 

P4tr. Ohap. 48| I. 87. Plimt Porlmue Sliiii. 
8ai., II, a, 49 FoHuHm/ltêUêt 

Chap. 6I9 !• !>• Ilot fkcto putabat m tolium Jorla tanare. 
Kp., I, 17, 84, AUêngit êolium Joviê et cmlutia tetitat. 

Chap. 77 1 U 26. Crédita uiibl t aMam habaaa, aaMm Talaat; 
habai, habebarit. 

Bai., I, 1, 62 qnia tanti quautam kabeaê êiê*. 

Cbap. 99, 1. 88. Dum loiinerit. 

iklen, I| 11, 7 c^Nifi foqumur» 

On peut faire remarquer une autre analogie entre la 
manière dllornce daiia les Êpitres et les Satires et celle 
de PiHrone dans ces mdines parties du romnn où il fait 
parler dos gens du peuple. Tous deux aiment, outre les 
proverbes, los iipologues familiers. Dans Horace, la fable 
est. souvent enqui^Kc^e en un vers ou deux; ou bien, sa* 
cbant l'upologue très connu, il se borne à une rapide 
allusion. 

Jip,, 1, 10, 5, 6. AdHHiMm jtarîter^ Vetnli uotiqut eoiumbi, 

Tu uidniit êerva», iq. 

ICp,, I, 2, 41«48 Qm/ recfe vivendi prorogal horam, 

RuêttCHê extipectat dum dejtuat umniê : at Hie 
Labitur, et fahetur l'n omue voJubilU mvum, 

Pétrone procède de mâme : 

Chap, 4ri, !• 4. f Modo sic, modo sic », inqiiit rntticui; varium 

porcani pcrdiderat. 
Chap, 74, 1. 20. luflat te tanqnain rana. 

Allusion à la fable de Phèdre, I, 24. 



t. Cf. biiriliii!«, tn ichot. ad Juvenatii, Sat., 3» 111, (« os lUi. lno« 
ft. », V. 'M». 

■ Qiiiiiituiii haboan, Uniluin ipio éIoè UnUquo baboarls. • 




rofcTIS BT FNOSATBUIIS LATIM8. 251 

Cette bble est aussi dans Horace : la grenouille et ses 
petits. 

Soi,, II, 8| 818 tq. • • • • Cum magii aique 

8e magie infiarei : € Non, «i te rupen'e », inqnit, 
€ Par erh ». Htee a ie non mnîtnm ablndit imago \ 

Chap. 77» 1. 14. Ta viperam tub ala natricas. 

Cf. Ésope, 97 ; Phèdre, IV, 19. 

Les mots asinue in tegulis * pourraient être aussi , sui- 
vant M. Otto, le commencement d'une fable. Il compare 
Babrius, f. 125. 

Continuons à chercher les termes ou les idées qui, chex 
Pétrone, peuvent ôtre dus réminiscences d*Uorace. 

Cb. 55, V. 15 ot l(î, iKqiiiiin ci»t iiidnoru iiiiptaiii veiitum textiloni, tq. 
Sut., I, 2, 101, 102. Altf.iut, Hêl ohutnt, tq. 

Chap. 64, I. 29. Kt aaiio Jaiii liiceriia? tnibi plurot vidubautiir 
ardere. 

8(ît,f II, 1, 2t}, Acr-rMit fwnor rapifi uttMeriiMjiie lucarmn^ 

Cbap. 84, I. 8. Deinde qui tolas cxstriiere divitias curant. 

Or/eir, II, 3, 19-20 et exntruHin in ait tan 

Dicitiin potietnr hère*. 

Cbap. 99, 1. 25. £/^ tic seinper et ubiquo vixi , ut ultimam • 
quamquo lucein tauqnain non rodituraui consuiiioreui. 

Ayi., I, 4, 13. Ountem rrede diein ttbi ditttxtMe nupreinum. 
Cbap. 108, p. 75, v. 7. Cui non e»)t mon una ftatinV 



1. Cr. Vurron, Agatho (Duocbclnr, p. IGl, I. 1.1) : f Quid multa f 
ra<'tu8 Muni vosipoi'liliu, noi|iin in miirilius pluuu noi|uo in volucrUiuH 
uni». • C'ctft le intime nrucédé, 

2. Cliup. G3, 1. 4. f Nam ot ipMC rcui horribiloin nurrabo. A»iru« in 
totfulis. • 



952 OHAFITM IT. 

(Met, m, S7, 87*S8 Livii um mùn mê 

Virginum etJpm *•••••• 

CliAp, 118, l. 99. Ni ioter initia coeantit gnûm neantaa ele«« 
triotm rescind6i«t« 

Kp., I| 8, 81| 89. • • • • au ma!e êaria 

Oraiia nequictiuam eoit et rucinâUur. • , • 

Chap, 117, 1« 16, Jaravimat : ttri, vineiri, rerberari, ferroqaa 

nocari, 

* 

Sat.p 11, 7, 58, 69. Qnid r^eri, uri virgiê ferroque neearS 

ÀHetoratuê ea#« 

Cliap. 196, !• IG. Patabamqno a cnttodia mai removiiM valtam 
Fortauam, 

Kp^, 1, 11, 20, Dhm Ueet ae vhUmm wrcat Fortuna bemgnum» 

Chap. 126, p. 94, I, 8, Parinm marmor extinzerat. 

Odeti, 1, 19, 5, 6 Ur*i me Qhjeerœ uUor 

8piemhMti9 Vario marmore pnriuê, 

Cbap. 140, p, 107, !• 27. Moreuriut ouim, qui animas dacara ai 
redncero tolot. 

(hiee, 1, 10, 17, 18 (à Mercure). Th juaê fieth aHimoê reponiê 

Sedibuê, 

Ici Pétrone a pu tout aussi bien penaer à ces vers de Vir- 
gile: 

Ai^H., lY, 242, ^43 hae animtiê ille evoeai Oreo 

IhiUcHtefi, aiiaê tmb triêtia Tartam mittii '. 



1. Lo mpprocliomoni c«t fait par L. Mûllcr (Pr«/. ad ttorat., 18G0) 
qui j joiiii i*ohil*ci (l*ruporco, £7., IV, 4, 17) : 

« Kl MitU uim iimlii* puliiii mord onac piiclUo. • 
M. Martin llortx cniit qu'en cet endroit, Pétrone, s*il imito, se sou« 
vient plutdt do l'nipen'c. On peut »unger aussi ù une réminiscence 
de Virgile. V. p. 123. 

2. Lu rapprociiemcnt établi par KcUer, Pétr., Chap. 1 15, 1* 35., f Ite, 
nunc mortulos... », llur., Kp., II, 2,7G, ■ I nunc et versus tecum.... », 
]NiruU ttvei^ roinon doutiMix h M. Martin Hertz. Voir plus loin ce qui a 
nipl>ort aux imitation!» do Séncque chez Pétrone, p. 295, 2%. 



POkTIS BT FROSATBURS LATIlfS. 268 

A ces rapprochements il faut joindre ceux qui ont été 
donnés au chapitre III (Élude des morceaux littéraires 
de Pétrone) et à Toccasion du De belle eivili, chapitre IV. 

Je croirais encoi*e volontiers que, dans la plaidante ca* 
ricature qu*il a esquissée d'Ëumolpe, Pétrone a emprunté 
plusieurs traits à la pointure du poule ridicule dans VÉpt» 
Ire aux Pisons. 

Cbap. 90, 1. 6. QaiJ tibi vis ciim isto morbo ? . 

Ep» adPêê,, 453. Ut mata qutm arabieê aiU morbitê regtui urgel, 

Cbap. 90| p. 62| 1. 4. Si cjaras bodicrnam bileni. 

301, 302 O ego iœvns, 

Quijmrgor bilem $ub verni iemportê horam t 

Cbap. 91, 1. 14. Nsm in balnoo earmen recitabat. 

Sat.f I, 4, 74-75 Jn medio qui 

Sertpia foro récitent êunt mulli, quique lavanteâ, 

Cbap. 92, p. 68, 1. 8. Quia conatus tum circa toliuin sodontibns 
carmcu recitare, et postqaain do baliico taiiquam de tbeatro 
ejectut sum. 

Ep.adPiê,, 474. Jndoctum doetumque fugat recitatar aeerbttê. 

Cbap. 92, p. 68, 1. 12. Et me qnidcm pucri taiiquam insannm..., 
deritcrunt. 

456-456. Veêanum tetigiêêe timent fagiunlque poetam, 
Qui êapiunt ; agitant pueri. .... 

Une scène vraiment comique nous représente Eumolpe 
en proie au délire poétique, composant des vers au plus 
fort du naufrage, enfoui dans la cale où il mugit comme 
une bâte fauve (Chap. 115, 1. 9): « Audimus murmur inso^ 
litum et sx$b dixta magistri quasi eupientis exire belux gémi' 

tum extrahimus clamaiitem jubemusque bonam habere 

mentem. At ille interpellatus exeanduit, et « sinite me », inquii, 
sententiam explere.;'laborat earmen in fine. Injicio ego phrene^ 



S64 ORAPiTM nr. 

Uio wumumjubioquê Oitona oceedên fl in terrûm irahen poe* 
tant mugknlem. » N'est-ce pas, à certains égardS| la mise 
en action de IMpisode quMIorace, avecune verve bouffonne^ 
a imaginé pour y placer son grotesque métromane? Ne 
reconnntt*on pas des souvenirs plus ou moins précis de 
Viipttri aux Pisom (v. 458, sq,)? 

8t vefitti umrHÏh têtteutHâ deeidU aneepê 

Th pHtenm foveaiMve • 

MOU git fjui toiiere enrei, 

Sienret gnùi opem ferre et demiltere /nnem,. 
• Qmî uriti atê, •••.•••••••••• 

Servari uolit? • 

Ainsi Euinolpe résiste à ceux qui veulent le sauver. 
\é\\ comparaison avec une bâte féroce : belwB.... mwjien* 
Um, Bêi dans Horace. 

V. 479, 473 certefHrtt, ae ceiui urêuê, 

Objertoê eaven vafuti m'/rangere cfathroi. 

Phrentiico fait songer au fanatieui eri'or (v. 454) ; extra* 
kimus elamantem à née si retraetus erit (v. 4G8). Ce ne se- 
rait en tout cas qu'une réminiscence assez lointaine du 
portrait v\\ charge qui termine VÉpitre aux Pisons. 

Nous mettons à part les iniilalions que Ton peut soup- 
ronner dans Pétrone de deux satires d'Horace, qui répon- 
dent à deux fragments importants du Satiricon. Rien n'em- 
pécbo d'admettre avec M. Buecheler que Pétrone ait puisé 
chez Horace les données, d'ailleurs familières à la satire 
romaine, de ces deux épisodes que le romancier traitera 
avec une ampleur et une originalité puissantes. L'empres- 
sement indiscret de Nasidienus à faire valoir la rareté des 
mets qu'il sert à ses convives rappelle Timpertinenco de 
Trimalchion, toujours en qnéte d'adulations et jouant au 
grand seigneur avec les grdcos d'un lourdaud. Ce repas 



• POfcTIS IT PROSATBUnS LATIUS. 2S5 

de Nasidienus est également entremâlé de convenations 
ftaugrenuesi de réflexions philosophiques déplorabloment 
banales. Mais, dans Horace nous n*avons qu'une esquisseï 
dans Pétrone, un vaste et large tableau où tout est achevé, 
où les figures, surtout celle de Triinalckion, ont un vigou- 
reux relief. 

La satire V du livre II consiste en un dialogue entre 
Ulysse et Tirésias, où le devin fait la leron au héros et 
lui enseigne Tart de capter les testaments. Quelques-unes 
des ruses que recommande le malicieux aveugle seront 
mises eu pratique par Eumolpe. Si les similitudes d'ex- 
pressions sont rares entre ces deux satires et les morceaux 
correspondants de PtHrone, ce n'en est pas moins uu fait 
à constater que deux des principaux épisodes du roman 
aient leurs antécédents dans les satires d'ilorace. 

La collation qui suit montrera cependant qu'il y a aui^si 
quelque analogie dans les termes. 

Le Repas ridicnle. 

rëtr. Cbap. 26, 1. 17. Triinalcbio lautisBimus homo. 
Hor.i Sat,, II, 8t v. 1. XaMid/fnn', . . , . beatt\ 

Cbap. 40, p. 27, 1. 8. IMinn; magnitufiiuis aper. 
V. 6. c In priiiu9 Lueanuê aper ». 

Nasidieuus, tout comme Trimalchioii, fait valoir se« 
mets et leurs assaisonnements : 

V. 92, 98. Suaveê re«, «i non eivêoê nxrrareî wmm et 
Naturai dominuê. 

Cbap. 36, 1. 19. Ex quorum utnculit gamin piperatum cnrrebat 
taper pièces. 

V. 46 « • garo de êueiê piêeU Hiberi; 



MM ORAriTm it. 

Ohap, 4T| p. Sl| !• 8. Otiticimits ertbris potluMitlis riiiiBi, 
V, 9S, • • • • • • Varinê mappa eoMpetMf» riium . 

La ohuta du petit acrobate, chei Trlmalehion (Ghap. 64, 
1. 80 sq.), correspond à. celle du dais suspendu au-dessus 
de la Ud>le dans Horace. 

V. 64 sq. tnUrta ênupenêa gravtê avitea ruinaê 

In patinam feeere^ • • 

Koê maJHi vérité, poêtqnam nih^ eêê$ perMi 
Seiiêimn», triytMHt 

CliAp. 66, !• 10. ComprobARitit nos faolum et quam In praelpitl 
rei hiiBiaïUD eMeut« vario •ormono garrimiii. 

Puis Trlmalehion Improvise ce distique : 

Quod non oxipoctot ei trant?orso fit. 
Et itipra noi Fortuna nogoda siirat, 

V. 69*88 Qiift eiMl 

Fini», ni êapieiiê $ie Nomentauuê amieum 
Toiierei : « //en, Fortuna, quiê eH erudélioir in moê 
7*0 deuàt Ut êemper gauda iHudere rtbuê 
Jlnmaniêt » 

Chap. 66, h 11. Trlmalehion à Habinnns : 

€ Qatd liabaiftit in cona? »... € Habnimat. . . in primo poreom. » 

V» 4, 6 Die, êi grave non eêi, 

QiUB prima iratum ventreia plaeaverit etoa. 
V, 8 in primia LneanHê aper. 

Chap. 98, 1. 80 at albut anter. 

V. 88. Pinguibuê ei fidê pa$tum Jeeur ameriê alhi. 

Dans ce festin, on débite des contes comme ches Tri* 
malchion : 

V, 89, 83 dumque 

Eidûtur fietiê rerum Balatrtmt êeeundo. 




Il 



POfcTBtf KT PnOSATBUnS latims. 257 

Lm OayUUtt» dt itttamtati. 

P4tr. Chap* il6t 1, 86. Qal vero neo niorot anqaam daxeront nto 
proKianaf DeoeitUadlnot habenti ad taromot honores ponro* 
iiluiit.«,.« êM fortiMimi atqoo etiam innocentet habontnr, 

Hpr.f Soi., II, 6, V. S8*81 i 

Vivei tUer focupieê iine gnattê, improbuê, uHro 
Qui meliortm audax voeet in jnê, tliinê eêto 
DeftHêorifama eivem cawiaque prioreM 
Speme, domi êi gnatm erit fentndave coujux^ 

Chap. 116, p. 88, 1. 1. Caiiipos, in quibiit niliil aliud est ntti ca- 
davera quo) lacorantur, ant coni, qai lacérant. 

V. 55-57 rienonque reeoctuê 

Scriba ex quitiqueciro corvitin deludet hianiem, 
Cajdatorque dabit riêiiê Naêica Corano, 

Chap. 140, p. 108, 1. 5. Sicut muta animalia vibu inescantur. 

V. 24-26. • • nen, êi vafer unité et aller 

luêtdiatorem jtrœroêo futferit hanw, 
Aut âpem depouan 

Ce vers : 

V. 81-82. Sic ttbi Pénélope f rugi e$t; quœ $i $emei uno 
De êene guêiarît . . . . 

évoque ridée de la clause par laquelle Ëumolpe, dans sou 
testament, oblige ses héritiers à manger sou cadavre. 

Une condition moins féroce, mais bizarre aussi, est 
celle qu'une vieille Tliébaine impose à son héritier, qui 
sur SCS épaules nues devra porter le cadavre frotté d*huilo 
de la testatrice. C'est une sorte de farce posthume. 

84 sq • Aniiê nnproha Thuhh 

Kx teftamento êie ent efata : eudavr.r 
Unctum oïeo largo mtdt» humeriê tnlit hereê, 
Sciïieet ehibi »i potêet mortua. .... 

CBITiqUB UTTlt«4IKB. 17 



858 CHAPITRI IT. 

Chap. 117| 1. SO, Impommut Eumolpo, vt plariava taitiatf 

V. 106, 107 êiquiê 

Forte eokeredum teuiar malê tuêthi. 

Si cet rapprochementi paraissent justes, on est fondé à 
affirmer que Pétrone avait pour Horace un goût particu- 
lier. Comme Virgile, Horace était de bonne lieure devenu 
dasMique, Plus encore que les autres poutes expliqués 
dans les écoles, d'npr&s la iradltiou créée par Q. Cwcilius 
Epirota, il avait dA séduire l'autour du Satiricon. Entre 
leurs génies il existe tui» i*ortaine affinité. Ce ton d'ironie 
lé;^àre, d'élégant persitlnge qui règne dann les Satires et les 
Èpttres est celui que prend volontiers Pétrone. Lorsque, 
en d'autres passages, il atteint l'extrémo licence, malgré 
une rertaino retenue dans les termes, il peut s'autoriser 
de l'exoniplo d'Horace, qui ne lecnlo devant la hardieshO 
d'aucune peinture. Plusieurs des lieux conmnms dont Pé- 
ti*one a voulu diveraiflor son roman ont trouvé déjà dans 
Horace un luimoristiqne interprète. 1/épicurisme mon- 
dain, joyeux, d'une morale romplaisante et libre, a 
en quoique sorte pour bréviaire l'œuvre d*Horace. Or, 
Pétrone, si peu diH'Ol, est du moins un des lldèles de 
ceUe religion du plaii^ir. La doctrine classique, exposée 
par Encolpe et par Enmolpe, a aushi son code ibms VÉpl* 
tre atu Pisons, VoilA bien des raisons pour expliquer les 
souvenirs d'Horace dans Pétrone et l'estime où il tenait 
ce poète. 

OviDB. — Il ne me semble pas qu'on ait jusqu'ici indi- 
que avec assez de précision ce que Pétrone doit à un autre 
poète du siècle d'Auguste, fort lu au>si dans les écoles, 
souvent imité' et de bonne heure populaire, puisque, pcirmi 
les inscriptions pariétaires de Pompéi, on a ndevé des vei*s 



L V. L. Millier, De re metrica, p. 133. 




POkTBt BT FROSATBURt LATINS. 259 

des Anumn et de VArt taimer^. Ovide, surtout l'Ovide des 
élégies erotiques, devait, en raison même delannture des 
sujets traités par lui, intéresser le licencieux auteur du 
Saliriean et lui plaire par sa gracieuse et piquante facilité. 

Les histoires de la littérature latine reproduisent d*or- 
dinaire le jugement do Saint-Évremond sur Pétrone* : 
« Mais, ce que Pétrone a de plus particulier, c'est qu'à la 
réserve d'Ilorare en quelques odoH, il est peut-être le soûl 
do l'antiquité qui ait sccu parler degalniiterle. Virgile ont 
touchant dans les passions; les nniours do Didon, los 
anionrs d'Orphée et d'Euridico ont du clianno et do la 
tendresse; toutefois, il n'a rien de galant; et la pauvre 
Didon, tant elle av.iit l'âme pitoyable, devint amoureuse 
du pieux Énée au rôcit de ses malheurs. Ovide est spirituel 
et fucilc, Tilmlle délicat.... Hien de si galant que les 
poulets de Circé et de Poliénos, et toute leur avantui*e, 
soit dans l'entretien, soit d«ins les descriptions, a un carac- 
tère fort au-dessus de la politesse de noti*e siècle. » Ainsi, 
selon Saint-ÊvremonJ, Pétrone est galant, Ovide n'est 
que spirituel. L'antithèse manque de jnstebso : tous deux 
sont spirituellemiMit galants, mais d'une galanterie qui 
tourne vitt3 au lihertinago. Si, pour ses tableaux volup- 
tueux, le romancier a eu besoin d'un modèle, il Ta trouvé 
dans le poète de VAi'l iVaimer. 

N'élait-il pas naturel que, dans les passages los plus 
vifs et Irs plus risqués de son récit, Pétrone se souvint 
des élégies badines et délicatement sensuelles où Ovide 
chante les amours faciles, trace les règles de la stratégie 
galante et rédige des poulets qui annoncent ceux de Circé 
et de Polyîcnos? 



l. Cr. €, inscr. iat., IV, p. 200. 

*. JuijtiHtHl Mur Séfièque, Piutarque et Pétrone, («iaiiilo Buiiiint 
1070, II. 5S-G». 



900 QHAriTM IT. 

Lm Anmmp VAti éPalmirp Toilà les œuvres d'Ovide qui 
paraissent avoir été le plus familières à Pétrone. La plu- 
part des imitations qu'il a faites de ces élégies ou des sou- 
venirs inconscients que Ton en peut saisir ches lui , se ren- 
contrent dans Tépisode de Gircé et de Polyscnos, à partir 
du chapitre 126. On a di^jà fait cette observation que, dans 
telles parties déterminées du roman, Pétrone paraît avoir 
suivi do préférence un ou plusieurs auteurs. Ici les vers 
d'Ovide et peut-être do quelques autres élégiaques sem- 
blent avoir été présents à son esprit. C'est ce qui ressor- 
tira, à notre avis, de la collation entre les textes que nous 
allons indiquer. 

Pdtr. Chap. 12G, 1, 8, Quia nosti vonercm tuam, suporbiani cail- 
lât , sq. 

Fa»iii», 1, V. 410 I 

Faêfuê i'neêi pufchriê, âetputtmjHû êuptrbia formam. 

Cf. Amor.f I, el. 10, v. 80, 81. 

Chap. 120, 1. 28. Vidorint uiatronn. .... 
Cf. Aimr., II, el. 7, v. 21, 22. 

Chap. 12G, p. 0-i, 1. 8. Sapcrcilia uiqua ad malaram seripturam 
curroutia ot rnnus confinio luinlnam ptona permixta. 

Are amatoria, III, 201. Arte êuyereûn covifinia nnda reptdiê, 

L. 4. OoaU clarioroB stcllis extra lunam folgcntibai. 

Auior., III, ol. 8, V. 9. Argufoê halntii, radianê ui êitluê, oedloê. 

Chap. 127, 1. 17. Mox digitis gubornantibns voeein. 
Am am., III, 275, 270 : 

Kxiijuo tiffnei ffettv, quodcumquê ioquetur, 
Oui dfyiti piiit/uc» et êeabtr unguiê trit. 

L. 20. Noqiie aiiiiii nio piguit Inquircrc. 

Ileroidet», XVII ; Iletenn Pandi, 197, 198.... el noble pmniade te 

Quoerere, «i neêciê, maxima eurafuit. 




r 



Tenipiii cn'f, qno voff ^feruluni vidisfc jn'ijchit, 

Chap. 130, p. 97, 1. U. Mos cibÎB, 04. 

Cf. Remédia Amoris, 797| et Ars am,, II, 422. 
Chap. 181| 1. 16. In oundein platiinona dcaceiidi, ni. 
Cf. Remédia Amoris. 725, 72G. 

L. 29. Vides, iuquit, sq. 

Ct.Arsam.,Ul^G6l'QG2. 

Chap. 184, T. 1-3 Florida tollus, 

Cnm volo, siccatif arescit languida saciti 
Cum volo, faudit opes, sq. 

Amor», I , ol. 8, v. 9- 10. Cum voluit^ tofoglomeraniur nubUa etdo : 

Cum votait, purofulffei in orbe die». 

Metam., II, 210, 211 telluê, 

Fie$aque ayit rimnê, et âiteiê aret adempU». 

Chap. 184, V. 8*10 Lanao descendit imago 

Caniiiuibas dcdiicta meis, trupidusquc furentes 
Flectero Phufbus eqiios revoliito cogitur orbe. 

Amor., II, ol. 1, ▼. 28, 24 : 

Carmina êauguineœ dedueunt eorntm Lunm ' , 
Kt revoeant niveoi Soliê eutUiê etjuo». 

I. Cr. Vii^ilc, Edog., YllI, GO. 



869 CHAFITRI !▼• 

On saisit iol quelques rapports entre la tirade d^ la 
niagieienii.e Dipsas den Amwn et celle de TOEnothée de 
Pétrone. Lot deux sorcières révèlent par leur nom même 
leur vice favori. 

Amor., I| ol. 8| v, 2-1 ui qti»daM, nomiuê DipêOê, amuê. 

Rjù rt nomen habet. Ktgrt non iUa parenUm 
Memnoniê in roêtU nobria vtdii equiê. 

Quand il décrit le pauvre gtte de In sorcière OEnothéei il 
semble que Pétrone se souvienne do Tépittode de Philé- 
mou et Baucis dans les Métamorphoses , bien qu'il se soit 
appliqué à en clianger les détails et ait parfois poussé jus- 
qu'à la charge. Les traits essentiels du morceau d'Ovide 
sont reproduits : Tescabeau hotleux '| l'oie de Baucis* de- 
venue l'oie de Priape, contre Inquelle Encolpe va soutenir 
une lutte trrs chaude, l'antithèëc établie entre l'humble 
cnbnne et le palnis d'or et do lunrbre qu'élevé la, recon- 
naissance de Jupiter. 

Cliiip, 135, V. 1,2. Non Iiiduin falgi;biitebar, qiiod iohoîserat auro, 

Ncc jain ciilcuto miliabat maruioro terra. 

Mefam,, VIII, 701, 702 adopertaqnt marmort telluê, 

Ciclativtjue foreti auraîaqne teeia videntur, 

Cbap. 186, V. 11 futnoio BiiiposMa tigillo. 

617, «48 FurM lemtf iife b/rorni 

Sonlida ttrga snit», uigro fyendentta t/gno. 

Cbap. ISA, 1. 0. Siiiiulquo paunum do cnriiurio dotulit furca. 
05:1 CMrva efavo êttâpennun ab anmt^ 



I. Clmp. 13 i, 1. 11. ■ FmciJi Oitt pulriH goila. ■ 

Melnm,, Vlll, (Kîl. « MrHsm sed cnti peu terfins impar. • 
3. Mrtam., Vlll, U81. 

■ MHicus tiMSrr eraf, ■ 



FOftTBt BT FAOSATBURt LATINS. 268 

V, 8, 4, • • • • • • Md erate sallgna 

Impoftitam Cereris vacun nemua 

666«666. • • • /oru/t 

ImjmUu» Ueto, iponda pedilufniue êaUgniê. 

V, 4| 6 et nova tcmo 

Poeola 

G68-G70 Po9i htce eœhtti$$ eadem 

Stêiiiur argilla erater, fabriratatjue fago 
Poeula. 

Les vers du chapitre 137 : 

Quinquiii habct nuinmos, sacara navigat anra, sq, 

développent un thème banal tmiié ausëi par Ovide, (ilmo* 
m, III, el. 8.) 

Cf. i4r#am«, II, 277, 278, Aureanuneveretuttttœrula. nurimusauro 

Vefiit honoê; auro eoneih'aîur amor. 

Chap. 138, 1. 11. Profert Œiiotlica 

Cf. An avu, 11, 415-418. 

Il est une élégie d'Ovide, l'élégie 7 du livre III des 
Amours, dont Pétrone semble s*âtre plus particulièrement 
inspii-é dans l'épisode de Circé et de Polysunos. Les situa- 
tions sont identiques et les ternîtes mêmes présentent de 
très sensibles mpports. l/excessive licence de ces textea 
m'empêche de les reproduire ici. Mais on trouvera en 
noie* les éléments de cette collation que je crois pro- 
bante. 



• 



I. Pi^trono, cliup. 1*28, 1. 20, « «lie, Oviih*, Jwor., III, oK 7, v. !» 
Chrysitf ■ )m|. '2. NiiIit riiiiii|>lioro rom* 

milllO aux IIOUK I Q4Mf|gC8. 
Cllflp. 1.11, I. 10, f «IlIlllOlll IHltlI.H ■ M4|. V. .'), s, 

Cliiip. lat. If. loi, I..9; • loi'iiiii ■ tMi. V. 5, G. 



264 OHAFITRI !▼• 

Ghexchoai mainlananl «i le SaUrieon nous ofhrira (Ci 
très rémlnitcenees d'Ovide. Gomme ce poëte est luUméme 
rempli des soiivenin de «et prédécesseurs et de ses con- 
temporainsi que sa facilité et son admirable mémoire en 
ont fait un plagiaire involontaire *| je ne m'arrêterai 
qu'aux idées et aux expressions qui me paraîtront les moins 
communes. Les autres rapprochements seront ici négligés. 
SuivoaS| conmie d'ordinaire, l'ordre des chapitres dans le 
Satiricon. 



Clhap. 127, p. 05, 1. 3, • implicUuinqiio • v. 7*9. 

»!., et I3'2, 1. Ht « Jam pliiribun • 8(|. 

Ilhnp. t'29, 1. 15, ■ «|Uod 8i idem» 8i|. v. I.T-16. 

Clmp. 132, p. tR), I. U, • ut traduco- v. 17, 18. 

res • sq. 

Clhiip. 12t>, 1, 4, f non intcUcgo • mf. v. 20 et 00. 

i:hiip. 128, 1. 10, « voncUrio • wi. v. 27, 28; cf. 70, 80. 

Ilhfip. 128, 1. 16, r porl\i8ii{i • 8r|. V. 37, 38. 

i:hiip. 132, I. 30, ( ter languidior ■ w\. v. 05, GO. 

i:imp. 130, p. 07, 1. I, ■ imnitiis • wf. v. 08; cf. v. 71. 

Ilhup. 132, p. 0!), 1. 7, • quid dicis • ti|. V. 09, 70. 

riinp. 129, 1. It, ■ niinf|iiiiin ego ■ mi. v. 77,78. 

i:hiip. 129, 1. 18, • 8i viH ■ si(. v. 80. 

Ilhiip. 128, 1. 24, ■ oxniMit » 8|. v; 81, 82. 

IViruiie peut encore avoir pri8 dans ootto inôino élégie la oompa* 
niiMin qu'il em|iloio au chapitre 82. 

V, 1-3. ■ Non liiliit intcr aquas |»oroa tut pondentia etrplt 

TnutiduH infelix 

DivitÎM liifc magiii facie» crit, • 
Y. riO-52. QhM niiè poMiedê di^eê aparuê opuf 

Sée aret mediiê faeiii 9uigaior in undiê, 
Pomçque, qnœ nuiio iêmpore iangai haM. 

Lo thèino de co Mcahroux «*pisM>dc, ob Pétrone oomblo avoir pris 
Ovido pour uioilM**, parait avoir été traité plu8 d'une fois dont Is llU 
téroturu erotique. 

Cf. la Priaftée attribuée avec vraisemblance h Tibulle (Buecholsr, 
Carmina Pritt/tea, p. 155, LXXXIll. ~ TibuUi). On peut rapprocher 
du texte de Pétrone len veni 1, 4, 5, 19-21. 

La uiônio dimnée obscône stera reprise dans l'élégie 5 do Maximisa 
nus (poésie.H luiisMenuMit attribuées à Cornélius Gallus) : Muiier Jingenê 
timorrm, 

1. V. A. Zingerle, Ovidinêund iein Verhtitt»lu su den Vorgângem 
und g'eithzeitigeH rùm, OichUm. lunsbriick, 1809-1871. 



FOkTBt BT FROSATBUAt LATINS. 266 

Pto. Chap. 48| 1. 84, Nanqium aatem reote facleti qot clto crédit. 

Or., An am., III, 686| 686 : 

Née dfo credideriê*. Quafitum eUo enderê Iwdaip 
Exemptum vobii no» /eoe Proeriê ^ril. 

Chap, 66y T. 6, 6. Cieonia • • erotalistria. 

Metam., VI, 97. Tp9a iibipHaudai crépitante ûiamia roêiro. 

Chap. 80, V. 1. Noinen amicitio) sic, qaatcnut oxpedit, hœret. 

Idée ressassée par Ovide dans les Tristes, les PoiUiquei 
et passim. 

Poni., II, ep. 8, ▼. 28, 24 : 

DHigifur nemo, niêi euiforiuna seeunda e$t : 
Qn«, êimul intonuit, proxima qutctjue fugai. 

Chap, 100, 1. 10. Sol omnibaB lacet. Luna iuuumcrabilibut comi- 
tata tideribuB etiam feras ducit ad pabalum. Quid aqais dici 
furmosint potcst ? In publiée tamen manant. 

Mttam., VI, 849 sq. : 

Qit/d prohibetiê aquiê f tutus eommuniéi aquarum. 
Née êolem proprium nutura, net aéra ferif^ 
Kee tenuen undan. Ad puhlira mimera venl, ' 

Chap. 109, ▼. 1, 2. Quod soliim forron decus est, cecidera capilU, 

Veruatitesque comas tri^tis abegit hiems. 

iimor,,I, el. 14, v. 81, Formom jteriere comte, quas veUet ApottOp 

Quan vellet, si{, 

Chap. 116, 1. 23. Cœpique umentibas oeulis maris fidem iiispicere. 

••«. Adhuc tanquam ignotum deflebam, ^q..... liiiiic forsitnii 

in aliqua parte terraruin seottra exspoctat uxor cum in* 

violatiim os fluctus convertit in terrain. 

XI, 719, Alcyono et C<^ys : 
Quiforetf ignoranti, quia naufragui, omine mota e»t, • 



1. Selon M. Otlo, p. 97 (op. cit.), il y aurait simplomcnt ici iino lo* 
cuiion proverbiale. 11 rapi>rucUo un texte de Q. Cicéron, De peîitione 
consuiatus, X, 39. • 



wt ■>■—.»■ 



S66 QHAriTM !▼• 

A iaw fiê û m tgièUo loêrimam iani / c An/ wUêêfp fe^nilPf 
(tuiêftUê d»| «I •/ 911a eêi €Ot\fu» îMI • FlueMtu aeium 
Fà propiuê eoffUÊ^ 

Chap, 115| p. 82, 1. 8, Taaqiuun intertit peritunini eorpoi qnm 
rado eontamat, • • . 

XV, 156, 167, Corpora êiv€ roguê Jtamma, feu tab€ veiwtiaê 

Abêtuterit, maia poêêe paii mo» Ma putttiê *• 

Chap. 118, 1. 29. Quod longe melius bittorioi facinnt tab 

teatiboa fidaa. 

Amor., Iir, al. 12, v. 41, 42 : 

ExU in immennnm feeunda UceuHa vatum, 
Ohligat kUtoriea nfo ima vtrba fiât. 
V. 10« AVe iauii%n ut ttêteê mo$ eH audirt pottaê. 

Outre lea aouvenira poaaiblea d'Ovide duna le Da 6«lto 
eiviU qui ont étd noti^a au chapitre précédent, on peut en« 
ocre auppoaer coux*ci : 

Chap. 120, y. 75 • • . ferai! cuprcaiu, . 

TrUUf 111, cl. 18, ▼.21 ferali eine'a enpre$êo. 

y. 96. Jainpridcm nullo porfundlmus ora emoro. 

Afetam., XV, 98 nea poUuU ora eruore, 

XIV, 287*288 mpîa (inxii 

Ora eritort «no *. 

Chap. 121, ▼• 111. Oaiiiina Jam stratos morte Pbllippoa. 

XV, 824. Amathiaqui ittrum mad^arti ewdt PkÛippi» 

V. 120 concisaqae vaincra mande. 

XV, 02, 98. Nil fe nm trUtia maudere êœvo 
Vuliiêra deutêjnvai 



■• 



I. lifi tourco cominiiiio potit Mro Liicrbco (loc. eii.), 

3. lln|i|inN*l«onioni Hiil pnr ZiiiKorlo : jtn «/W/erea laielniêckên 

Pichient, WieiterhêiHMgen êm iiifeln, Uexamettrichiiute, elo.,p.77| 

Innsbrikck, 187U; Uolt 1. 




FOkTBS IT PROSATEURS LATINS. 267 

On polirait poursniTre ces rapprochements; mais ils ne 
sauraient offrir un grand intérêt. Beaucoup s'expliquent 
en effet par une commune imitation de Virgile. 

Joignons-y ceux qui ont déjà été relevés, au chapitre 
Illy pour les vers du cliapitre 122, où PétronCi comme 
Ovide (Remédia amoris, v. 3C1 sq.*)| présente sa défense 
contre ceux qui reprennent la licence île ses écrits. 

De tout ce qui précède, on inférera légitimement qu'O- 
vide est ausHi un des auteurs aimés de Péti*one. Il en a lu 
les Uétamorplioses et surtout les élégies erotiques. On a pu 
conclure eufln qu'il ne i)ai*odic jamais Ovido*, non plus 
qu'Horace. Le ton léger et enjoué do Tnii et de l'autre 
convient trop bien à ra manière. La nature do leur esprit 
est trop conforme à la sienne. Il ne cherche qu'à riva- 
liser avec eux d*élégance et d'humour. La pnrodits il la 
réserve pour ceux dont le stylo noble et soutenu peut faire 
dans son épopée libertine un piquant contraste, et encoro 
n'apporte-t-il à cotte parodie que de la bonne humeur* 
Nulle pensée de dénigrement no s'y mêle. I^e pins sou- 
vent môme l'étrone n'est plus un parodiste, mais un rhé- 
teur on un vei'tiilic.itour qui s'amuse à e^i^ayer de tous 
les styles et à pasticher les écrivains eu vo>^ue. Le mor- 
ceau qui porte le plus visiblement la marque de l'imita- 
tion d'Ovide est, on l'a vu, l'épisode «les amours de Circô 
et de Polyicnos. Certaines de ces pages se colorent pour 
ainsi dire d'une nuance plus délicate. Le tour a plus d'ai- 
sance, le style est pins coulant; nous sommes avertis par 
ces indices que, dans cette partie, les modèles de Pétrone 
sont changés. En a-t-il en, pour cet épisode , d'autres 
qu'Ovide, dont nous puissions saisir la trace ? 



I. Voir aiHHi IVjhVin iiiiif|iii* ilii livn* If div^ Trlnfru. 

3. Toiil au |iIiih' iiiin iiiii*iilioii ilo paroilio pliiUaiilo un niaiiir«!s* 
ii>rait-i>||o «lari.H In paHMi^n on iioiih avoiM moiiim'oiiik) iino rumiiiiM* 
coiii.'O |iu.H^ililo ilf* ri»|ii>40ilf> lin Pliili'iiKiii oi llaurÎM, 



*Wk 



S68 CRAFITM IT. 

Il n*y a nulle invraiieinblaace à eroire que les autres 
grands élégiaques latins ne lui étaient pas inconnus. Si, 
dnns les fragments que nous possédonsi les réminiscences 
posltlfes de TibuUe et do Properce sont rares, on peut 
cependant relever quelques rapports de termes et de situa- 
tions dont voici des exemples : 

Cliap. 180| 1« 86, 8ivc vcrboribui oontcntA es. 

Tib,, K!., IIi 8, V. 84. Kou ego mi vtneiiê vtrh^ribuBipte nêgo. 

Chap, 181 1 1. 25. Tor mo Jussit oi^pnera 

I, 2, 54. Ttr cantf ter diclh deêpue earminibuê. 

Chap. t83| V. 7| 8 Non tcmplb impiot hottia 

Admovi dcstram 

III I 6 y 11. Née noê êacrihgoê temjtfiê admovimuê igneê. 

Chap. 22, 1. 11. LuccroD (inoqttu nmore defeet» tanaa et extra* 
mam lumen nparg^baiit Cecîdit etiam menta eam argento. 

Prop.» 1. IV, el. 8, v. 43, 44 : 

8ed HtfjiHt êujtjihtiti conHaftat Jiamma lucentiê, 
Rtetdii inqne $uo$ tiœnia iuju'Ma jtedeê^ 

Chap. 120, V. 1, 2 I 

Quid faotuin oit, qaod tn projectit, Joppitor, armii 
In ter ciolieolas fabnla muta taoes? 

L. II, el. 2, V. 65, 50. Cur hœe in ttrrUfacitê humana morohiTt 

Jupiiiter, ignora priêtina furia fiia. 

Chap. 188, p. 106, 1. 2. Nue mo oontuinoli» laitant qaod 

ijjeetue suin, lutnm puto. Modo redire in gratiam llceat. 

L. II, el. 10, V. 25 ! 

NU ego hou jHitiar, fiiiiiTtuiiN me injuria mutai, 
69, 80. Uifro contemiuê rogai, et peeeoêêe fatetur 
Lawtf, et iuvitiê ipêe redit pedibue» 

Tous ces rapports sont assez insignifiants. De même 
pour Catulle. Je ne relrouve chez Pétrone aucune rémi* 
niscence prt^cise de ce poète. Les quelques ressemblances 



FOftTBt BT PROSATBUAt LATINS. 269 

que préiente rinvocation à Prlape ches Pétrone (Ghap. 
188) et la pièce de Catulle intitulée : Hortorum deut, XIX , 
s'expliquent suffisamment par l'analogie doé sujets ^ 

11 faut donc se garder de grossir, sur de si faibles indices, 
la liste des auteurs que Pétrone a d(\ lire et imiter. C'est 
ainsi que quelques siinilitudorf de termes et de pensées 
avec le poëte des Aslronomiques ne doivent pas nous faire 
conclure à une imitation clicic Pétrone. Ils ont en commun 
quelques généralités : 

Pétr. Dt hello civ,, 87 sq. iKdificaut auro scdcsquo ad sidorm mîttunt, 

£xpclliiiitar aqu» baiïû 

pcrfossa dchiscit 

tcllus. 

Man.i Aêtron.f V, 522 sq. (Éd. F. Jacob) r 
Acp fie materitê ttiU nuh inunere dem't, 
Qiiœrert $ub terri» aurtiat ftirlofine. ïatentem 
Naluram riinart, orbeuique incertere prasdae 
Iinperal, 

Cette expression est plus particulière : 

Pétr. 182| 133 iice vaga paMlm 

Flnmina per notai ibant morientla ripas. 
Man.,iy., 626, 627: 

Dôme in ASt/yptum redetint, mrvafn per undnê 
Litora, Niliae/ê iterum morieidia npt». 
Cf. Ibid.| IV, 417. Unpîiê fwjietilM fiuinina ripin. 

On a encore rapproché des Astronomiques le chapitre 89 
du Satiricon^ où Trimalchion donne le grotesque horoscoi>e 
de ceux qui naissent sous chacun des douze signes du zo« 



I. Pétr., clmp. 133, v. 13-11 : 

f il)il ad liras 

Sanclo, tuas hircus), pccoris palcr. ■ 
Cat., XIX, 15, 10 : 

Sanguine hanc efiam mèhè, sed lacebitis, aram 
Jiarbatus Unit hircuins, coniépesve ctipeita. 



270 CNAFITM IT. 

diaque. Il y a en effet parfois aocord entre Pétrone et.Ma* 
niliut : sur les Gémeaux (pour la lasclveté)» le Canceri le 
Lion, le Scorpion, le Sagittaire. Mats ils diffèrent tout à 
fait sur les autres signes. En réalité| les rapports qu'on a 
pu signaler sont peu de cbosoi et pour interpréter à sa 
fnron les vertus dos douze signes du zodiaque, Pétrone 
u*a pas eu besoin de Manilius. Si tous deux commencent 
par le BiUier, c*eFt que ce signo ent celui de mnrs, le pre* 
niior mois de Tannée. L'astrologie populaire devait, sans 
beaucoup d*efTort, attribuer à celui qui naissait sous ce 
signe une grande richet^se en troupeaux et en laines. 

Cbap. 89, 1. 13. Itacina quiBquis nascitar iUo ligno, multa peeora 
hftbot, multum lanœ. 

Man., IV, 124 i>q. Dive» frrundiê Arkê in vefhra iaui», sq. 

La suite ne concorde pas. Manilius prête aux hommes 
venus au monde sous le signe du Délier un esprit incer- 
tain, timide, vaniteux'; Pétrone, une tôte dure, un front 
sans pudeur, une corne pointue. Ce signe produit des 
gens d*école et de cliicane. Rien de plus simple. Les 
almanaclis, dauH les pronostics de ce genre, se contentent 
aussi de trauHférer nu caractère de l'homme les traits de 
la physionomie de l'animal. 

Sous le Taui*eau, Manilius fait nattre les laboureurs, 
les Serranus, les Curius: 

IV, 150, 151. Tétnidtâ iwior, taeUœ mênfe», ei CQrjtora tarda 

Mole valent, habitalque puer êub f route Cuptdo ; 



I. l'ii iiiilro |MiS!iiigo ilo Muiiilîiis itcniblo iiu«5liiuo pou on cuiilruilic- 
Uuii u\i-c celui-ci : 

IV., 5U.I iM|. « \r\0A 

Noa eriiilfiitji situ gonorubit pi*rt(ini connu ; 
Kl (laliil in |ini*iiuii uniinus. kuIvoI<|uo |Mi«lorom. 
Tiiuniiii uiiijoro Jiivut; «ic i|i»o in «:uniuit l'ortur 
. Kl l'iill, m vinnil. • 



FOftTBt BT FROSATBORt LATINS. 271 

PétronOi las récalcitrantSi les bouviers et ceux qui se re- 
paissent eux-môines. Le dernier trait est peu clairi les 
autres s'expliquent d'eux-mêmes. 

Pour les 6émeauX| peu de rapports. Pétrone place sous 
ce signe tout ce qui va i>ar paire : bigw et boves, sq. Ce sont 
des plaisanteries et des obscénités. 

Le Cancer voit nattre, d'après Maniliusi les marchands 
et tous ceux qui veulent s'enrichir : 

IV, 165-167, nu tenax aniinif nnlloitnue effuêuê in usitu, 

Ailribiui van'oM tjutmtu» artemtjue lucromm : 
Meree itereyrina fortunain ftrre yer urbtf, etc. 

C'est SOUS ce signe que Trimalchion a reçu le Jour, 
Trinialchion le ricliard, 1. 20 : In cancro ego natits sum. 
Ideo miiUis pedibut slo, et in mari et in terra mxiUa possideof 
nam cancer et Iwc et illoc quadrat. Il a donc beaucoup de 
pattes comme l'écrovisse et, amphibie comme elle, a des 
possessions sur terre et sur mer. 11 y a ici une analogie 
avec Manilius. Cetle interprétation pouvait être populaire 
et reposer sur une métaphore analogue & celle-ci : c'est 
un homme inllnent, il a nu pied partout. 

Sons le Lion, d*apràs Manilinn, nnitfsunt les cliaHscur» 
(v. 178, sq.)| ainsi que (v. 5.-)8, sq.) les airamés et (I. V, 
v. 220) les violents*. C'est la seule ressemlilanco avec Pé- 
trone, qui place sous ce signe, les gloutons (catapliagnf) et 
les despotes (imperiosi). Le lion est vorace ; c'est aussi lo 
roi des animaux. 

Au signe de la Vierge, Manilius attribue les savants, 
les orateurs, les écrivains ; Péti*one, les femmes, les pol- 
trons et les esclaves. 



I. • KlfriMiuM uiiiiiKiK vii)l«uitiii|iio |iorlora Uiif^nt, 

Iruruiiii|iio. ilnhit Ueliis u«niiiii |iio iiicliiiii>|iio 
Toiiuit viilgi. • 



■ ^ ~ ^ »■ 



879 OHAFini !▼• 

Bout !• ilgM da U Balançai telon Manilliit| naiiienk 
las jurisiati las jugasi las maihématidansi las géomètras ; 
salon Pétronai las bouchersi las parfumaurs ai tous eaux 
qui vendant au poids. Ainsi| tandis qua Manilius chercha 
la plus souTent un sens figuré et symboliquai Pétrone 
s'attacha au sens propre et aux exemples vulgaires ; la 
balance du boucher remplace celle de Thémls. 

Le Scorpion est pour Manilius le signe des belliqueux. 
Pétrone on fait celui des empoisonneurs et des Aësasëins. 

Sous le Centaure ou Sagittaire naissent les dompteurs 
de bdtt'S féroces et de chevaux (Manilius)i les envieux (Pé- 
trone) : straboneip qui holera speetaiu, lardum Mlunl. 

Sous le Gnpricornei ceux qui travaillent les métaux 
avec le feu (Manilius); les malheureux (Pétrone), quibus 
pr,T mala sua eornua uascutUur. On saisit la boulTonnerie 
du procédé. 

Le Verseau, d'après Manilius, voit nattre tous les arts 
qui se rapportent aux eaux (aqueducs, jets d'eau, digues, 
jetées, lacs artiUciels). Pétrone place sous ce signe les 
cabaretiers, suspects sans doute dès l'antiquité de prodi- 
guer l'eau dans leurs dilutions de vin, et les courges, qui 
aiment l'humidité. 

Sous les Poissons onfln, voient le jour marins, pilotes 
et pécheurs (Manilius) et en un autre passage, les ha- 
vards : 

IV, 674| 575. OnrrnfUaê odioêa daiur, Ung^mqt^t venemm, 

Verba Maltgna, nova» mutantiê êemper ad aurcê ; 

chez Pétrone, les cuisiniers et les rhéteurs. Ce dernier 
trait seul lui est commun avec Manilius. 

I^es dilTérences sont donc assox considérables, et Tcsprii 
des deux morceaux assez opposé pour qu'on puisse con- 
clure : Pétrone ici ne s'est pas inspiré de Manilius. Tous 
deux, là où ils se rencontrent, ont plutôt suivi des tradi- 




POÈTBf BT PnOfATRUni LATIXi. 27ft 

ilons populaires; ou encore ils ont procédé instinctive- 
meut d'après les analogies entfe le signe et le caractère 
des personnes que Ton fuit naître sous son influenre. 

On ne doit pas davantage penser, parce que Pétrone fait 
allusion à quelques Tahlos traitées par Plièdre, qu*il les 
ait connues par le fabuliste latin. Ces apologues font 
partie du co fonds populaire auquel l'auteur du Salirieon 
a souvent emprunté. La plupart d'ailleurs sont aiis«i bien 
dans le recueil ésopique. 

Ne nous arrêtons pas non plus à quelques similitudes 
avec Perso : « l^erse ol Pélrone, dit l^oter', bien que fort 
différents Tnn du l'iiulro, ont cependant ceci de commun 
que tous deux font opposition & la tendance dominante du 
tempHy qui est la rliétorique. Tous doux percent à jour le 
vide, le manque de goAl, la vanité de cette tendance '• » 
Celte remarque s'applique avec justesse aux morceaux 
littéraires do Pétrone. Mais bien vagues seraient les indi- 
ces qui permettraient d'admettre que Pélmno se soit sou* 
venu de Perse. Entre le stoïcien rigide et le sceptique 
épicurien, il devait y avoir peu de sympathie. A pari 
quelques rapprochements d'expressions peu signiHcatirs 
qui ont é.é faits au chapitre III Je ne découvre aucune pa- 
rente entre le roman de Pétrone et les satires de Pei*se. 

Les SOUVENinS de la LlTTÉnATUIlB EROTIQUE ET DU 

THÉÂTRE. — Il nous ost mallieureusemont imposhiblo do 
savoir ce que Pétrone a pu devoir à deux genres inégale- 
ment importants tians la littérature latine et dont quclquei» 
débris à peine oui survécu, je veux dire la logala et leii 
mimes d'une part, la littérature erotique de l'autre. 

Pour la littérature erotique, à part les élégiaques que 
nous venons d'étudier, lus termes do comparaison nous 



1. Oesthichfe Homt, t. III, p. 3i8. 1881. 

2. Cf. C. MurUia, Lti - Moralitlei sous l'Empire romain, p. lt*2 sq. 
■ Idùc.H liticraircs «le Pi»rso. » 

CICITIQUIC LITTKII%IIIK. 19 



^**'~-~ ■"■ — r .J ■ — T — ■ 1 ,-^^.wj I !■ I H > I 



274 CUAPITM IT. 

font abuolument début. Nous tavout par Télégie unique 
du llrro II dot Trtikt qu'il a existé i Rome une littéra* 
tute galanlOi composée pour la société cultivée de Rome ; 
mais elle a disparu sans laisser d'autres monuments que 
les Amoun, VArt d'aimtr, certaines pièces de CatullCi de 
Tibulle et de Properce. Ovide nous a énuméré les princi- 
paux aiiteuré du genre érotlquci tant à Rome qu'en Grèce. 
Clies les GrecS| il nomme Aristide de Milet| Eubius, im* 
purie condilor hUtorix, l'auteur de la SybarUide, et tous 
ceux : i/iii concuhitus non tacuere suas. 

Clies les Latins, parmi les poètes^ jon compte Catulle, 
Calvusi TiciJai MeinmiiiSi Cinna, Anser, CorniQcius, Va- 
Idrius CatoUi Varrou d'Atax, Hortensius, Servius Sulpi- 
ciuS| GalluS| Tibulle, Properce, Ovide lui-même*; parmi 
les pit>sateurs, Sisenna, lo traducteur d'Aristide de Milet. 

Tnêi. Il, V. 44?, 444. Vert/i /tr/VV/?» StMentia : née ohfuU ilU 

Wtitoriie turpeu iMerui$êe joco;. 

Nous n'avons pu comparer les fragments du Satiricon 
qu'aux élëgios d'Ovide, de Tibulle et de Properce. Pé- 
trone avait-il emprunté dos données et dos expressions h 
quolquos-uns des ouvrages qui viennent d'étro nommés? 
Tout contrôle sur ce point est impossiblo et toute liypo- 
th&se invérillable. Je remarque cependant que la Sybari^ 
lidc, compotiée par un contumporain d'Ovide, devait pein- 
dre les mœurs de Sybaris. Or, l'action du roman do 
Pétrone se passe aussi dans la Grande-Grèce. 

Nulle compar«ii8on n'est possible entre les onze lignes 
mutilées du livre XIII de Sisenna, conservées par Julius 
Romanus, rapportées par Gharisius, et les fragments du 
Satiricon. Mais on est autorisé à penser que Pétrone con- 
naissait le conteur qui est, dans une certaine mesure, son 



1. On |»iMi( y Juiiidro Lirviiis, auteur de co« Krotopagnia, dont le 
Utre sudit A indiiiu«*r lo cunicti*re ôrotiquo. 




POftTBB BT PROtATBURt LATINI. 275 

deTancier. Les narratlou anseï courtes de celui-ci ont pu 
lui fouruir le siyet de certaine récite à la façon milésienne 
(le conte de la Matrone iFÉphèse\ do même qu'Apulée a 
pu y puiser le conte du Cuvier. A en juger par un dee 
ftngments'i Siseniia no reculait pas devant la crudité des 
expressions. 

Nous sommes également forcés de nous borner à des 
conjectures en ce qui touclie les imitations que Pélrone a 
pu faire des situations ou de la langue de la togata et sur- 
tout du mime. Il y a cependant de sérieuses raisons de 
croire que Pétrone a bien connu le mime populaire et en 
a utilisé pour sou roman et les intrigues el le style. 

M. O. Boissier* dit: « Dans ce roman qui touche à tout, 
il n'est jamais question du théAtre et Ton n'y trouve pas la 
moindre allusion à cette manie qui possédait Tcmpereur 
de parattre sur la scène et d'y remporter des couronnes en 
chantant dos drames lyriques. » Si M. Boissier n'entend 
parler que de la tragédie et de la comédie, son observation 
est généralement juste ; mais il n*eu est pas de mi^mc du 
mime et de l'atellane, auxquels il est fait dans le Satiricon 
d'assez fréquentes allusions. Le mot miinus revient sou- 
vent dans ce roman. Le tableau qui suit prouvera que les 
souvenirs du thiAtre et des acteurs populaires ne sont pas 
rares chez Pétrone. Les allusions aux combats de gladia- 
teurS| que nous laissotii< de côté, ne manquent pas davan« 
tage. 

Chap. 5, T. 7. Novo plausor in êcwnam 

Scdeat rcdciiiptus hiêtrioiiiê ad rictus. 
Chap. 19, 1. 13. Oiiitiia mîmico rîsu oxsouuerant. 

Cliap. 81, p. 22, 1. 8. y\c)i/oi/i///i/ chorum creduret. 

Chap. 38, L 87. Convertit ad hanc texiiam Trimalchio vultum. 



1. X, p. 238; DiiC(;licl('r. 

2. L'OppatiUoH sous les Césars, p. 2Gt. 



'Irt III ■ JC— ^i— ^UWK^Jfa^j^MJ I I r • • i "Il 



S76 OHAVITM IT. 

Chap. S6| 1. M. Nm mlaat et Trimiilehlo cjotmodi WÊModto * Uotnti 
Cbap. 69| 1. 85. SjmiBi hiitrkMtm eihibobat eoneiii«nt« Iota faml* 

lia I Madiift. Iltpt|Aâ)itft. 
Chap. 689 1. 97. • Nam et ûommdoê, inqaft (Trlnalehio) eneranii 

sed malni lllot AitHaniam faeere, et tho» 
rauftn meum JumI Latine canUrc. » 
Cbap. 64, p. 86, 1. 1. Cataêtropha, Ce uiot, emplojë par Pétrone 

seul, pourrait ^tro un terme de théAtre. 
Cbap. 64, 1. 89. DiveHna dicore, mefiea canturire. 
Chap. 69| I. 9i. Chorauloê. 

Chap. 70, p. 47, 1. 97. Kphesuni tragœdum cœpit imitari. 
Chap. 78, 1. 99. Meneeratis amiica. 
Chap. 80, 1. 87. Grei agit in êetrna miinain : pator ille Toeatnr. 

Filitts hic, uouiou divitit* ille tenet. 
Chap. 04, p. 66, 1. 6. Mimiram morttm. 
Chap. 106, p. 78, 1. 1. Mimicùi artibus. 

Chap. 108, p. 76, 1. 8. AudauiuM tanicn ille tntgmdiam implebat. 
Chap. 110, p. 77, I. 6. Nue ne tragœdioê veterei curare aat no* 

mina sa^culis nota. 
Chap. 117, 1. 6. Largior $c;vmi. 

lé. 18. Quid ccMamus mtmnm componere ? 

L. 91. Cond/neimu», (Us apprennent leurs rôloa.) 
L. 84. Ne quid êcwuœ deoMet. 
Chap. 196, 1. 91. llUtrip êcœwv ostentatione traductua. 

L. 99. Orcheêtm 

L. 99. Niai in tqnettrlbkf scdeo. 
Chap. 189, 1. 94. Et quidcm trtujiei oculoa snos tanqoam aadien^ 

te« castigant. 
Chap. 140, p. 107, 1. 18. Totau tragmdiam erertore. 

La (MqiioQCo do l'emploi du mot mimm ou de lermea 
analoguoë chex Pétroiio mo fait Bupposcr qu'il a dA preii« 
dro plaïKir à cos pièces populairoëi dont les gêna de la plua 



1. ■ IleUiodliim ■, tiiic potllo pjiVo «|ui ho Jouait aprèi la grande. 

2. li y ttvuil un niimo du • Divo» ruKiUvuii ■. iSen. ad luciL, Kn. 
tu, 0.) 




POiSTBf MX PnOfATBUM LATlNf. 277 



basfa condition étaient souTt^nt los héros. Le peintre dei 
mœurs des affranchis et de la menue plèbe s'intéressait 
sans doute i ces esquisses très libres et, comme nous di- 
rions, naturalistes. La persistance du goût des Romains 
pour los mimes est attestée par des textes certains. C'est 
le seul genre dramatique qui prospère encore sous l'em- 
pire. La licence de ces pièces était extrême, et dès le 
temps d'Auguste, comme le prouvent ces vers connus 
d'Ovide* : 

Qiu'd, êi êcrtpêiêêem Miiuoê, ohêcena jocauUê, 
Qui nemper vrJtti cr/men umoritt luihcnt f 

/il quihuê aundut euHuê proemlU aditHer, 
Verbatjtie fiât gfiilto eallida uupta virot 

Il semble que les mimes aient presque toujours mis en 
scène des amoura adultéras : 

Scwnira vidUti le ut M adulferia *. 

A moins qu'Ovide, pour les besoins de sa cause, n'in- 
siste surtout sur les pièces qui roulaient sur de tels sujets. 

Or, les adultérins manquent dnns la partie du Satiricon 
qui a été conservée'. Mais nous savons que les mimes 
présentaient encore d'auti*es sujets d'une grande diversité, 
ayant en commun l'exlréme liberté des tableaux et trai- 
tés avec une égale licence de style \ 

Pétrone a donc pu emprunter au mime plus d'un trait 



I. TrittcSf I. II, t''l. iiiiii|iii% V. i07, r,i\, 
V». Jàid., V. 511. 

3. On n'y lr<iu>o qu'iiuo iilhMÎon ù la fomiiin do Licliii» NÛihiito imr 
Knculpo, rliiip. (00, p. 7J, I. i. ' 

4. cr. C. Suefoni Tranquille reliquitc, vt\. A. lioiiroriiclioitl, Toubncr, 
ISOO; • 1)0 poolis », p. 1.1. 

• MiniUM l'ïit Hornioni.H niJn.Hlib«*t (ol) moliiti ifino n*vorontiu ot facto* 
ruui M*l lurpiiiin rn.in liii«('j>ia iniilutiu, u (îni'ciit Un (l«*llnitu>i : 



S78 OHAVITAI IT» 

OU d'un .Incident de ion romaui ainsi que la couleur 'de 
certains épisodes. Plusieurs des ruses et des artiflces dont 
usent les héros du Satiricon dans des situations critiques, 
semblent tirés du répertoire dos scènes populaires. On en 
retrouTorait encore la tradition dans nos parades et nos 
pantomimes foraines. 

Ainsi notons aux chapitres 04 et lOS remploi de ce ra- 
soir inolTensif d'apprenti barbier, dont par deux fois un 
des personnages menace de se fr«ippor. Dans les mimes, 
ou mettait en scène des amants qui, le mari survenant à 
l'improvisti», so cachaient dans un coI^re^ C'était sans 
doute un des thèuu*8 les plus ordinaires des mimes que 
CCS déguisements, ces cachettes d'amants surpris. Or, nous 
voyons {lassés en revue les divers travet^tissements, les 
différents moyens de se soustmire à des regards indiscrets 
et dangereux, dans la curieuse discussion qu'engagent 
entre eux Eumolpc, Encolpe et Gilou sur le navire de leur 
ennemi, où un hasarà les a conduits. (Chap. 102.) On y 
trouve énumih'és un certain nombre des artiilces de la co- 
médie. Pétrone en fait lui-mémo la remarque, quand il 
prête à Lichas ces mots : mimicis uriibus pettti sumus. 
(Chap. 106, p. 73, 1. 1 .) D*abord l'évasion au moyen d'une 
corde: fu/ti.... per funem lapsi drscendiinui in teaphumf 
Puis viennent une maladie supposée (ici c'est le mal de 
mer), la métamorphose de nos héros empaquetés et ficelés 
en colis d'Eumolpo (procédé déjà employé par Encolpe : 



I. 8i*hol. (lu Juvéïittl, «ur lo.i von 4*2, s«(. ilo lu Hat,, VI : 

• Hi iiKPclioniiii noliMHiiiiiis oliui 

Hliillu nmriliill J'iiii purriglt um oiipiMlru, 
Quoiii tuUoM toxit pcriluri cUtJi JiAlini ? ■ 

Cr. Hor., Sùf,, !I, 7, V. 59. « an Uirpl du usas in arca, 

Quo to ilouiisit pcccaU cunsiMu crili», 
Conlracluui gonibus Uingai» rupiil. » 




POiSTRt KT mot ATBURf LATIXH. 279 

an quia hoegenuifurliietnelmea féliciter eessU, p. 70, 1. ld\ 
le déguisement en Éthiopiens, grAce à un complet bar- 
bouillage à Tencre. IJl se place toute une dissertation sur 
le peu de sécurité qu'olTreut de tels travostissoments, sur 
ladiflicuUédlmiter complètement tontes les- particularit(>s 
physiquesi l'aspecti la démarche de la nation & laquelle 
on feint d'appartenir, sans compter les accidents qui peu- 
vent à tout moment éventer et dénoncer la ruse. Ce mor- 
ceau, écrit avec beaucoup de verve, pourrait bien être une 
pointe contre rinvraiseniblance de cerlnins déguisements 
de ce genre dans la comédie ou le mime. Tout ce couplet 
de Gilon a le mouvement et rallurc d'un canticum. 

Ënlin, on s'nrnHe à un déguisement pins simple et 
qui ne devait pas être rare au théâtre. On mso la tôte et 
les sourcils d'Encolpe et de Gilon ; on mai*qne en grandes 
lett]*C8 leurs fronts du stigmate des fugitifs, et b s voici 
transformés en esclaves. 

Nous avons mémo dans h; Satiricon le scénario d*un vé- 
ritable mime que Ton peut intituler: le Faux riche ou le 
Caplateur de testaments. (Chap. 117, 1. 13.) Quid ertjo, inquii 
Ewnolpus, cessa mus mimuni componere^ Nous assistons à la 
distribution des rôl^s. Quelques-uns des incidents princi- 
paux sont mis sous nos yeux (Chap. 140 et 141) ; mais le 
dénouement nous fait défaut. 

On devine donc que Pétrone a aimé le théAtre (*t le con- 
natt bien. Son roman n'est-il pas, lui auhsi, parfois une 
comédie par la vivacité, le tour scénique do plusieurs épi- 
sodés? 

C(ï qui est certain, c'est que, dl*8 qu'il s'agit d'imaginer 
quelque supercherie, quelque moyen ingénieux de duper 
les naïfs, le mot mime revient (ont do suite sons la plume 
du romancier. Ainsi Le Sage Tait, dans son Cil Blas, de 
fréquents retours vers la coméilio on latmgédio, soit qu'il 
y puise la matière d'une des narrations qu'il interc.ile 



•• 



UHi 



S80 CHAVITAB IT. 

dans ion réciti noU qa*il prâte à ses paraonnagej les arti* 
flces bablluels des Tarées ou des cotnédios *• 

Le mime eiinn admettait ces semences morales qui font 
un si singulier coiitnisto avec rimnioraliU) (fes scànes et 
du langage. Ou rencontre chos l^étrono co mdlange de li- 
bertinage et de sagus nmxiutrs qui caractérise les mimeS| 
ceux dt) Publilius Syrui^ entre aulrcs. 

Co mimographe c*Bi cité ou imité par l'auteur du Sallri» 
cou. (Cliap. Ô5, 1. 20.) 11 e.U que^lio^ lians ce roman d*un 
autre minio (Cliap. 35| 1. 12) : tU Laserpiciario vnmo^ eaU' 
tieuin cxlorsit. Ceét dn ce genre de pièce:» que l'on tirait 
en grande partie les obscemi eaïuica dont rcteutissaieut les 
festins '. 

Les mimes étaient aust^i fort irrévérencieux à Tégard 
des dieux^. I/atoUnno avait parfois pour sujets des paro- 
dies mythologiques'^. De im^me, la plus impertinente irré- 
ligioUy moins ^i^obsièru snns doutOi mais peut-être plus 
prorondi.*! règne dans tout le Satiricon. Noum navonn qu'il 



I. fi il Hlnt, I. VI, cil. I. • Non 4 llrJrillUhlH^M ^llIllH'Ilt fl 11(1118 IIOIIH 

tlUiHiHiUiH'M iMiMiiiti* Il nUro noM por?iuiiiiii^M«.H il i*>t vrai (|iii* hni no 

liuiirt pri*.<«.4iiil ri (|iio iiuim iir ilrvioiiH lUMiiiiiiMin^r lu coiiii'ilio i|u'à 
TiMilriM* fl«* lu iiiiilT.... Qiiuiipie voiiii in'Hyrx vu fuin* |o porAoïiiiugo 
d'ulffiiuxil (Iaiih lu niiiiiriliu ili* Suiiiiicl Siiiioii, m* \uii.h iiiiugiiioz pus 
i|iii» (*i*A H(irt«*i( ili* pjÎTOji iMiii'iit (le iiKtii K*^iÛ. Jo priMuln le ciol à 
l(Hiii»iii (|irt*ii Jdiiuiit un M linuu riMo » Kt pufuim. 

t, («*V.<«I lu liiMiti* nnMilinn i|ui siiil fuito rlioz I(*.h uutonrH uiicionn du 
HiliiM* l«iiM*r|iH*iuriiis. 1ji*s ni:MiUÀi'rilM tli' Scali|,'(*r, «le Ttiniu'sins, do 
Pilliou olliMMil louH voi\o liMMin fMinlIriniM* pur !<* nmnu*<'i*il d<* l'aris 
ilhigiiiiMil di* Tniu), ipii ciMiliiMil .>ful lu bVMin do Triiualcliiou au corn- 
pl«*l. Lo iiiMerpifiuM (i^^tov) Juiiuil un rùlo inipor(:nil, ««n puiiio uième 
iMHiiiquo, duns ruulif|ui((* (frêcn-niniaiiii*. CI*. Pluiilo, Hmiêm, v. 5.17; 
Tnii'liuliu : ■ TiMpu* om ot ipiii'su, m MporuH IIM 

lliM* onnu iiiiilluiu riiliiriiui sirpe i*l las'i'pitiinu. ■ 

Il osl dun«? vniiMMidilalilo ipi'd y uil i*u un niinio du niairlinnd do 
Hilpliiuni. Laêerph'éai'iuM (■ niiuiusi •) r>i runvcti.Muml rurnic rumnio 
AuMaria, .islnaria (■ liilailu »). 

.'I. Quiiililion, 1, «\ N. ■ Onino cunvlvium ulKH4*enU cunliciii «tropit. ■ 

I. IVrlnlliiMi, Aiwingrfiquc, 15, rlc. 

5. Piuupiiniu^ : Mar»f/a ; .IrmorNiM Jutiécium ; AyameMno tuppoth 
Inj; NuvUh; ilerciittn eoacior, <*li*. 



i 



FOiBTBf BT PROfATBUni LATINS. 281 

y avait un mime de Priape*| et c'est sous rinvocation de 
ce dieu que noire romon semble plaça. 

Que Péirono ait ou plus do goAt que los mimographes 
et les auteurs d'atollanes, c*est ce qui ne pout faire l'ob- 
jet d'un douto. Ses termes sont rarement orduriem. Mais 
il n'a pas dû négliger, surtout pour les parties populaires 
de son roman, cette mine de proverbes et de comparai- 
sons pittoresques en leur vulgarité. On retrouve chez lui 
des expressions qui nous sont données comme appartenant 
à la langue des boufTons, ainsi celle-ci (Chap. 44, 1. 18) : 
cum qxio audacUr possis in lenehris micare. Cf. Fi*onton à 
Mai*c-Aurèle (L. I, ép. 2) : Atitul scurrarum pi'overbium : 
cum quo in teftebris mices. Telle phrase de Pétrone bcmble 
une allusion à une scène de mime ou do comédie. Ces 
mots (Clinp. 57, 1. HG) eques Homanus es : et ego régit filius, 
pourraient n'être qu'un vers d'uno pièce do théAlre*. Un 
esclave pnrle à un chevalier romain, comme llarpax dans 
le Psexidolus, v. 1171 : 

Nam ego eram dotai titipcrafor iHiuMitn in pat via men. 

Cf. Trticul., V. 496. 

Pétrone s'est- il inspiré aussi des labernarix, des logaUe, 
des palliaixfTii*^ premières, il ne nous r(*ste rien; des 
secondes, bien peu de chose. Il est curieux toutefois de 
constater que, dans certains manuscrits, le nom d'Afranius 
se ti*ouve ajouté à celui de Petronius Arbiler. Cette espèce 
de surnom prouve seulement, comme l'a fait remarquer 
Teuflel', sa parenté avec ce poète des togalx qui a peint 



t. Suint Au{fusliii, Civ. Dei, VI, 75. • Niiiii'(iii<l Priupo iiiimi, non 
cUain saconluloH l'iiuriiiia piiilciHia fi^roniiit? An alil«*r 8Uil iidurondut 
in lucis sucriti «(uuni pmcodit ridi^ndiis in ttioiilris? » 

2. C'oHt ro (|u*indii(iii; M. Krwin Uulido, Zu Petronius, p. St. (Neitê 
Juhrb*icher/ar Philplngèe, I87U.) 

3. Op,cè».,\\, \\rin. 



OHiUPITIII IT. 

dei amours infâmeiS La collation de Pétrone aToeJet 
fragment! des Ktgatm réunU par M. Otto Ribbeck* ne per- 
met de signaler quo d*asses vagues rapports de situations 
et d'expressions. 

Pdtr. Chap. 87« p. S6« l. 8. L.Afraiiiiis./>/oon/ttiii,VIU, 
Est iicca, tobrifti bonorum eoii* 61, Vigtiauê ae êolUrê, 9icea 



siliontm. 

Chap. 199, 1. 10. 81 libidi- 
nota, sq. 

Cliap. 12'<, 1. 14. Kumquid 
to, ni. 



êana êobria. 

Ibid.,Q2, en. Vin^êa, •q.\ 

Titiuios. Fèahria êive Fertn^ 
tinaiiii, 

VI| 98. Die iUud, qumêo, fuo 
te, tq. *. 



Il n'y a rien à conclure non plus de la rencontre de 
quelques expressions proverbiales ; ainsi : 

Pdtr. Chap, 76, p. 62, 1. 9. Ab ada et aeu ml omnia axposult. 

Tlllnlus, BarbntH*, IV, 6. liefùiui amê adotryne ero atqw erm 

\noêtrm. 

Aussi i^res sont les mpprochenients qu'on peut établir 
entre Péttt>ne et les auteurs de palliaUe. Il nu semble pas 
que le romancier se soit inspiré directement des comédies 
de Plante et du Téroiice. On lit ches lui des façons du 
parler populaireS| des dictons qui sont clies les comiques, 
tels que les suivants : 

Pétr. Chap. 8i, 1. 80. £t mnio oavoro. 

Mauls, Bacchtdnf v. 147. euve mah. 



I. Qiiinlilion. Iim/. oml., X, I, IflO. 

t. scn^nltm Hnmetnornm pùeêiê /rapmentQ, vol. II, • Comicorum 
n^KiiitMita ■. Toiibncr, I87;t. 

3. Priii|>n flgtmiii aintui ilaiis uno pièco d'Atanius : Ar incertli /s* 
Mis, 11, 1*2. 

4. cr. C4iM*Uiutt dans lo Ploelum; Aulu*Oolle, H» 12; • exicmplo 
iuaviiiin », ii'|.* 



FOftTBf BT PHOIIATBIJIIS LATINS. 283 

Chap. IMf 1. 87. Huliarem omnibas timulaerit emendatiorem. 

Ej^idiê., 697. U9queah unffuieuloadeapûlum êummum tftftêiivUiimam 
Ednet eonêidera : êignum pietum polckre vidertê. 

m 

Cbap. 68t p. 89, U 6. Carrii, ttapes, satagis, tanquam mus In matella. 

Caêina, r. 61 ium tUffureiftff 

Qnoêi iMiff, f» medio pariele vonahtrt, 

Cbap» 48, 1. 27. Amieat amico. 

Mil. glor.f ?• GGO. Ker. qui amieo amiewt sii maffia, 

et. Cureul., v. 341 : 

Ui decei veile komiuem amicum amico. 

Cf. Térence, Pkormio, v. 562 : 

Soluê eêi homo amieo amicuêf ete. 

Cbap. 116, K 27. Eu homo quemadmodum uatat. 

Budenê, v. 71. Huit JlomtmcHli, qttanii eêtiêt Mlfeelint naiantt 

Je néglige d'autres rapports (également snperflcieU et 
. peu concluants. Il est clair que si Pétrone s*était souvenu 
de Plaute et de Térence dans les parties conservées du 
Satiricon, les imitations seraient manifestes : nous eu sai- 
sirions la trace comme nous avons pu le Taire pour Virgile, 
Horace et Ovide. Si Pclrone a fait des emprunts au théâ- 
tre latiUi et on est autorisé à le snppohcr, ce sont les mi- 
mes surtout qu'il a.dA nietti*e à contribution. 

Les pnosATBuns. — De niônio que Pétrone, dans ses 
morceaux poéliques, a suivi cerlnins niodèlcs, il est fort 
probable qu'il on a eu aussi dans sa prose, notamment 
dans les passages qui ont plus ou moins rappai*cnce d'une 
déclamation. La encore, il s'est plus partiruliêrement con- 
formé à cette rëglo de Timilation qui est son principe lit- 
téraire préféré. Mais il n'est pas aisé de déterminer cliex 



984 CHANTM nr. 

quelr prosateurs il a dû puiser. D'abord| bien peu avaient 
traité des sujets analogues au sien. De plus, comme il em* 
ploie fréquemmenti mi^me en prose, le style épique ou 
tragique, parodié sur un ton de légère et spirituelle iro* 
nie, il eu résulte que ses modales, en dehors des pièces 
poétiques, sont encoro plutôt des poêles que des prosa- 
teui*s. I«0K parties écrites dans la langue populaire relève- 
raient plus spi^cialement do l'imitation des mlmographei 
ou do la Minipiièe. ËiiHn, il Tant bien recounatti*e à cet 
écrivain d'un talent si distingué une puissante originalité 
que risqueraient d'éclipser ces recherches excessives de 
r.ipproclienients. Ni^annioins, il est quelques prosateurs que 
nous pouvons désigner comme ayant été lus par Pétrano, et 
dont nouH trouvons des réminiscences dans son œuvre. 

Parmi les sources possibles du Satiricon, il faut, pour 
nous conformer & l'oi^re clironologiqne, rappeler Varron, 
dont nous avons déjà parlé au rhapilre lli. Pétrone a 
peut-être imité la Mênippée dans sa Torme générale (mé- 
lange de la prot^e et (Iok vers) et aiiiisi dans l'emploi des 
apologues, des proverbes, des termes populaires, qui lui 
est comnmn d'ailleurs avec les comiques et avec la sa- 
tire*. 

En comparant au texte du Saliiicon les fragments de 
Varron, voici les très rares et très légères similitudes ou 
analogies que j*ai cru apercevoir. 

Putr. Clmp. 43, 1. 8 ). Lougj fiigit quisquitf suos fugit. 

C'est le titre d'une des ilénippées de Varron. V. Bue- 
cheler, p. 188. 

Chap, Si), l. 22. Scriptuin : cavo caiioui. 

KumeH,, XXVII, p. 177. InJanuiM • eave eanem • inêeribijubeo^ 

1. Yuir co i|iii a uti^ «lit sur Ilursrc, p. 2t9. 




POftTBS BT PnOf ATBURt LATlSfS. 2^5 

Au chapitre 55 (pièce donnée comme étant de Publllius 
8yrus)| on lit quelques mots que réunit aussi Varron. 

Chap. 65, ▼• 9. Qao margarita eara tibi, bncam Iiidieam ? 
y« 12. Zmaragdnm ad quam rem viridum, prctiosum vitriim? 

Papta PajMPf XIII, 201. lMj}ertto nannunquafu eonrhit vidttnr 
margarita, viirutn êinaragdoê» 

Comme autre rapprochomont avec les vers attribués & 
Publllius Syru8| on peut citer les exemples que doniie 
Varron des raillncmenls où so complaisait la gourmandise 
romaine. 

P<tr. Chap. 65, V. 2 pavo pascitar. 

Chap. 98, V. 6 et 6 nltimU ab oHs. 

Attractut scaroi 

Varron. Iltpt l^it^^iiva^, p. 204. Analyse par Anln-Gelle, VI, 
IG. Nam phraq^e id gtnun t/ux hetuoncu iêti terra et mari 
eonquiruMt, expoêuit incluêttqne tu numeroê êenan'oê, 

(La pièce de Pétrone est aussi eu sénaires) : 

Jftre êunt ferme 

panuê e Samo êcari C/lieeê, 

Chap. 119, ▼• 84, 85 ntqoo Lucrinis 

Emta litoribus vendunt conchylia conas. 

SexageHê, XVII, p. 215. Ostream Laerinam. 

Dans la pièce de Pétrone, nous avons remarqué les 
mots composés à la façon des poètos arcliaïques : pietati' 
euUrix; gracilipes ; crotalistria. 

On les trouve aussi chez Varron : 

SexageêfM, V, p. 213. Keque qua vagipenniê anateê fûmipedatt 
huxeirotttrU jtéeude» êeqneriê. 



280 OHAVITM If. 

Faift-il lapprooher encore de cee rers da SaUrieon 
(Ghap. 14) X 

Qotd flielant Icgoi, uU toU peenala legnat? iq. 
une iavective du même genre cbes Varron ? 

QÊiod Itfftê JulbaUf Hon/aeiMMi : M( nmX \MfervU awmino. 

A cela so l)ornent les ressemblances , assex insigniflan- 
tes, on le voit| que nous avons pu relever entre Pétrone 
et Varron. C'eitt un maigre butin ; mais il nous reste bien 
peu des ilinippées. 

Parmi les autres prosateui*s latinsi Pétrone connaît Ci- 
céran et Tapprérie. Il le nomme ou le cite en trois en* 
droits. Au cli;ipiti*e S, 1. IG, Agamemnon dit: doctcres.... 
neeesse habent tnm insanientibus furere. Nam nisi dUeritU 
qiix aduleseeiUuH probeiil, nt ait Cicero : « soli in icholis re* 
liwfiiciitur. » C'est une citation du PfV Olio (XVII, 41) : 
lUiid wiim dircciinn Ucr ad laudein eum labore qui probave* 
runtf pivpe soUjam in sclwUs swH relicli. 

Ci(*i'ron est loué dans los verit «composés par ce même 
Agamemnon à i*imitalion de Lucillus ; 

Chap. 6y V. 20, Onindtaipte nidomiti Ciceromê nerba mineiur. 

Au chapitre bo^ Trimalchion institue une inepte com- 
paraison enUre Cicéron et Publilius Syrus Jugeant le pre« 
micr plus éloquent, le second plus moral. 

Ainsi| le seul [Kissage de Cicéron cité par Pétrone est 
emimintéii cotte partie du Pi*o Cxlio, où le futur auteur 
du De officiis pi^ofesso celte fois, pour les besoins de sa 
cause, une morale d'une indulgence singulière et reven- 
dique pour la jeunesse le droit aux plaisirs ^ 



I. /*ro rw/o, Wlll. «lK>liiriili<|iiiilii>iiili:siln(lulcAccnlinlibcrior: 

nuii uiiiniit v<»liii»liilibu<i diMicgontur viiicat aliiiiiundo ctipiditus vu* 

lu|ita.H-|iio niliiiiioiii. • 



POftTBl IT PROIATBUM LATINS. 287 

PéUroae reconnaiisait dooi Taimable laiiser-aller de 
de cet préceptofli encore que tempéréi par matnloi rd- 
lervesi une philosophie qui lui était clière et que ses 
héros pratiquent avec emportenient| sans aucune dos res- 
trictions que fait expressément la prudence de Cicéron. 

En dehors de ces trois mentions du grand orateur latin 
et des réminiscences possibles indiquées au chapitre III, 
dans l'étude des morceaux littéraires, il est malaisé de 
découvrir chez Pétrone des vestiges de son imitation. Qu'y 
avait-il en elTet de commun entre le roman erotique de 
l'un et les amples discours, les copieux traités onitoires 
ou pliiloëophiques de l'autre? Los quelques similitudes 
d'expression et d'idées que l'on a pu recueillir s'expliquent 
soit par de simples rencontres, soit par des sources com- 
munes. C'est probablement à une sour(*e fxrecqne que Pé* 
troue et l'auteur de la Rhétorique à llérennius* ont pris ce 
trait plaisiuU du glorieux qui, appelant son esclave, feint 
de i?e tromper de nom afin de faire croire que sa domesti- 
cité est nombreuse*. Chez Pétrone, c'est une ruHc du co- 
médie qu'emploie Eumolpo pour fairo des dupes dans ha 
chasse aux testaments'. 

Il se peut, toutefois, qu'il faille encore compter parmi 
les souvenirs de Cicéron celte phrase de Pétrone apiili- 



t. Gomiilciiis? 

2. Cliiip. 117,1.31. « ol ne qiiid scicnn) iloossol, qiiotio9('umr|iio 

ali«|ucni iioslruin voraro leniptaiisct, iiliuiii pro iiliu vuciirot, ul fuciln itp* 
parcrct (lominuin otiunnMirum moiiiinisso, qui pra*Montos non oss»cMit. ■ 

Cr. lihet. ad Hêrenninm, IV, âO. • Cuiu piicruiu ro.spicit liiinc uniiin, 
qiioiii ego novi, vus nun arliitrur novis^o, ulio nomino nppi'llal il<*iii(lo 
alio atipio alio ut ignuti qui audiuut, uiium putoiit oligi «lo uinltis. • 

3. lliMusius croit quo lo mot cicaro, dans ci*llo phraso <Iu chap. iO, 
p. 31, 1. 8 : « Jani tibi discipulu.s croscit cimro nions », est nno cori*n|)« 
lion populairn du nom do Cicéron. Selon lui, co .suniom aurait t'tc 
doiniù dans lu plcbo aux enfants lirurouscniont donô.<(. Mais rii*n 
n'c4 moins prouve. Il faudrait dcsi exoniplos unalogu«*s. Suivant 
Niidaibr, ce mot signiliorait bavard et correspondrait à l'italien cico' 
ione. 




888 ' CUAPITRS IV. 

• 

qaie à OitoO| chapitre SI, 1. 16 : quldOUaUert §q. f— Ce 
•ont à peu prêt les termes qu'emploie Gicéron apostro* 
phant Antoine dans la 2* Phîlippique, XYIII, 44 : Sump- 
ilsti virilem, quam itaiim muliebreni tojam reddiiltU. Cette 
seconde PhUippique était très lue clans les écoles des rhé- 
teurs : elle fourninsait la m:itt&re de plusieurs sujets de 
déclamation. Juvénal nous atteste sa grande répulation. 

£ra/.,X,v. 125, 126: 

Qhqm te, eOèmptcHtr dhina PhUippica fuma*, 

Vofvtrin a prima quœ irojrtHia, 

Notons en (la ces mois du chapitre 130, 1. 32 : c Ilabei 
confitenkm reum »| qui pourraient, selon M. KrnlTert', élre 
une réminiscence de Cicéi*on (Piv Ugario, 2) : c Ilabes 
igitur, Tubero, quod eH aceuiatorl maxinie oplamlum, confia 
Iffilnn reum, » 

On ne doit pns s'attendre non plus à rencontrer Tite- 
Live parmi les sources habituelles de Pétrone. Ce n'est 
que très exceptionnellemont, dans le poème de la Guerre 
civile, qu'il peut avoir eu des réminiscences de rilhistrA 
historien. On a vu que quelques traits do la description 
du passage des Alpes par César pouvaient avoir été puisés 
dnns les pages célèbres où Tite-Live nous peint ces mômes 
Alpes franchies par Tannée d'Uannibal. C'était un mor- 
ceau classique dans les écoles de déclamation, un de ceux 
auxquels Juvénal fait allusion : 

8*if,, X, V. IGG, 107 / thiHetiê et ntcpaê eurre per Aipei», 

Ut puéril jifaccaM et dechuiatio fiaê» 

Ainsi, ce sont les parties d'auteurs les plus lues chez 
les rhéteurs que Pétrone se rappelle d'ordinaire, en de- 
hors des écrivains qu'il imite d'une manière un peu suivie 



I. iy'eue neUrdge sur Kritik und Krkiûrung iatelHiêcher Autoren, 
Yordoii, IMW. 




POkTU BT PROSATEURS LATINS. 289 

dans certains chapitres de son roman. Il a certainement 
passé par Técole des déclamatours ; quoiqu'il se soit af- 
fhinchi de leur discipline et qu'il parle avec beaucoup 
d'indépendance et d'ironie de leurs exercices scolai^liques, 
il n'en a pas moins gardé le souvenir de leurs leçons. 
Outre les réminiscences des poêles et des prosateurs clas* 
siquesy on rencontre chez lui plus d'un développement ora- 
toire du goAt des controversix^ et des tuasorùe. S(*8 exemples 
sont volontiers pris parmi ceux qui f^ont usités dans les dé- 
clamations : ainsi rantliropoph:igio des Sagontius. (Glinp. 
141, 1. 29.) Ni Polybe, ni Tilo-Live no parlent do ce fait 
horrible des défenseurs dû Sngonlo réduits à luer leurs pnros 
pour se nourrir de leurs cadavn^s. Appion {De rébus hiipa* 
mensibus, 12) dit seulement : xal o Xipio; 0ça; lizCtZi. D'au- 
tres parlent de la Sagimtina famés**, mais l'école a adopté 
la version qui pr<?te le plus i l'elTet oratoire. Sénèquo, Con- 
trov., IX, 4, 5' : Necessilas magnum humaihT imheciilUatis 
patrocinium est. lixe excusai Saguntinos, quod paires occide** 
rint. C'est cette tradition qu'adopte Pétrone : Saguntini op* 
pressi ab Ilannibale humanas edere carnes,... Do même pour 
les Pétélieos : Petelini idem fecerunt in uUima famé. (Chap. 
141, 1. 30.) Polyhe*, dans des termes que reproduit à peu 
près Tile-Live*, parle de l'opiniAtre résistance des Pété- 
liens, mais sans fairo «aucune allusion i leur cannibalisme. 



I. Cf., pnr oxompli*, lu pluiduirie (rKiiiiniliic (llliup. 107) ol la répoiuo 
lU* LicliUH (ihéd.). 

i. Floriis 'i, i\, i\; Aiirtimi*, Kp, *2'i, v. 42 ; Liiniin, Phnrs,, llf, .100, 
(lunl les lorini*.H ii lu riKiioiir pcuvoiil s'inlcrpnHcr do lu mùnn» mnnièro. 

:i. Cr. Sainl AiikiihUii, Oe doit. Dei, 3. 20, et peiil-ôlru Kallustu, 
lUit. incerl.f DicUch : • uhi niulUi nernnda casii • (cscti. Bcrnays* 
Hh, Mu$,. 1801» p. .T>0, d'apn.'t» Sulpicc-SovfTts Chron., *l, 30) • super 
011 Ai atquc puHsi. • 

4. Vil, I, 3. 

5. Tilo-Livc, I. XXIII, 30, dit .«dinplomcnt : • Absiimpiis cnlm frugum 
alimontis curniâi|uo oinnis gcncris (|uadnipodum »ueUD insuotœ(|ue» 
poslrcmo coriii hcrbis^uc et rudicibiis • s*]. 

miTt^ui UTTTéiAim. 19 



290 CHAflTRS IV. 

Ger faits oni dû dire puisés dans les histoires à .elTeti 
telles qu'on les composait pour les lectures publiques ou 
dans les répertoires de déclamations. Ainsi Juvénal, dans 
la XV* satire où| à propos des superstitions de rÊgypte, 
il rapporte le crime de 1a cité de Tentyra *, instituant une 
amplification par quelques côtés analogue i celle de Pé- 
trone, n*omot pas ranthropophagte des Sagontins. 

£rii<.,X,v. 113.115: 

Kobih'ê ilfe taiMH popuh», qnem diximnêp et par 
Viriult ahjnefide, $ed major ctade, Saguntuti 
Ta!e quid excuêat. 

Il ne semble donc pas que PétronOi en dehors des mor^ 
ccaux de TiteJiivc qu'on lisait dans Técole, ait pratiqué les 
œuvres de cet historicu ; ou tout au moins Toccasion ne 
s*est-ello pas fréquemment olForie à lui, dans ce que nous 
avons du Satiricon, do faire appel à ses souvenirs de cet 
écrivain. L'histoire tient une bien petite place en ce ro- 
man. C'est plutôt la mythologie qui fournit à PiHrone 
ses comparaisons et ses rapprochements. En dehors des 
noms plus haut meniionnéS| auxquels il faut joindre celui 
de Numauco (Ghap. 141, 1. 32) et ceux qui figurent dans 
le poème De bello eivili, on ne rencontre dans le Satiri" 
eon d'autres noms historiques que ceux de Lucrèce, de 
Tarquin (Chap. 0), de Scipion (Ghap. 141), d'Hannibal 
(Ghap. 60 et 101). Du reste, l'histoire grecque est repré* 
scntùe par Tunique nqm d'Alcibiade (Ghap. 128). 

Il n'y a pas lieu d'en ôtre surpris, puisque nous avons 
affaire à un romancier qui ne se pique ni d'érudition, ni 
d'exactitude. Aussi, peut-on croire qu'il ne faut pas s'appli- 
quer à déterminer rigoureusement à quels faits se rattache 

I. l*nn Tontyr^onfl, fipr<*8 iiiio liiUo Minglanlo avec Ion ImbiUinU 
irOiiiboM, MiiHiHnonl un don vaincun, lo cuiijioiil en mon*cuu&^ 
nmiigonl cliucun uiio bo^chéo. 




99S OKAFITM IV. 

Pétronai an tuppotaiit toi^Jours que la SaUHcan ait été 
écrit tout Néron, est Sénèque le Philosophe. C'est aussi 
un de ceux auxquels il semble que le romancier ait fait le 
plus grand nombre d'emprunts. De bonne heure ceci a 
été reconnu. Déjà dans Tédition tarhrwn de Burmann, de 
fréquents rapprochements sont établis entre le SaUrieon et 
les ouvrages de Sénèque. Studer* en a indiqué d'autres, 
ainsi que M. Ooitschlich dans une dissertation intitulée : 
De paroiliit Senecâf apud Petronium *. 

Ce dernier opuscule pose la question de la parodie de 
Sénèque elles Pétrone et conclut que lo dessein arrétti du 
romancier a été de railler lo philosophe en contreraisant 
sa manière. Voici quels sont l(*s arguments de M. Gott- 
schlich ! On trouve, dit-il, dans Pétronoi beaucoup de Unes 
moqueries & Tadresse des écrivains contemporains. ISénè- 
que on particulier est persillé dans le Satiricon. Entre 
Pétrone et lui, la différence est proronde. Genre de vie, 
doctrine, goûts littéraires, tout en eux est opposé. I/un 
Oit stoïcien, l'autre épicurien. En littérature, Sénèque 
s'ac(!ommode à son temps qui dédaignait les écrits anciens, 
aimait les subtiles déclamations et les traits. Pétrone ad- 
mire l'antique élégance et, dès le début de son roman, nous 
exprime son dédain pour les boursouflures de cette élo- 
quence d'école vide et pompeuse, qui a ruiné l'éloquence 
véritable. Il devait donc être choqué des hardiesses et des 
nouveautés que pr«'*sente le style de St^nèijue. C*est bien 
cel iuiteur qu'il vise quand il signale la décadence de l'art 
de la parole, de cet art dont Sénèque voulait s'attirer toute 
la gloire'. Ce sentiment est conflrmé, ajoute M. Gott- 



I. HhtiHiMcheê MuiiHm, fl, p. 7t. 

*i. MéMrrlIaiteorum PkitoiogicorHm tibelim. Zii Priilorici Haa«o Jii< 
liililiiiii. UroMiuu, A. Ncuinann, 1803. 
a. Cr. Tariio, Annaieê, XIV, 52. 




point BT PâOtÀTtURS LATIHt. 298 

•ehlichi par les nombreuse! parodies de Sénèque que Ton 
trouve dans le SaUrieon el qu'il nous signale. 

TouiefoiSi Pétrone, dans sa parodie, n'imite pas Sénè- 
que au point de reproduire intégralement ses termes dans 
un sujet plaisant ; il ne prend que les expressions où ap- 
paraît quelque artillce de rhétorique et conserve seulement 
la couleur du style ainsi que les idées. Ainsi, au cliapitre 
116, nous avons une déclamation d'Encolpe. Ce person- 
nage, que nous savons pertinemment éti*e un voleur et un 
débauché et qui, d'autre part, est un lettré, devient tout a 
coup stoïcien et se met u exprimer les plus gi*aves pensées 
des philosophes. Eli bien! tout ce morceau n'est qu'un 
persiflage de Sénèquu. M. Goitschlich lo découiiK)se, le 
rapproche, membre do phrase par membre do phrase, de 
maximes ou de développements analogues chez Sénèque, 
et s'appuie sur cet unique exemple pour affirmer la paro- 
die du philosophe par le romanoier'. Nous allons donc 
examiner la déclamation d'Ëncolpc et chercher, comme 
nous l'avons fait pour Lucain à propos du De bello eivili, 
s'il s'y trouve des souvenirs de Sénèque et des inlentious 
pai*odiques. 

Encolpe errant au bord de la mer, après le naufrage 
auquel il a heureusement échappé., voit un cadavre que 
le flot pousse vers le rivage et reconnatt bientôt Lichae, 
le muttro même du navire, celui dont naguère il avait si 
fort redouté le courroux. Frappé par le spectacle des vi« 
cissitudes humaines, il s'écrie : 

Chap. 115, 1. 32. Ubi iiuuc est, iiiquam, iracuiidia tua, ubi im* 
potciitia tua? nctnpo piscibus bchiisquo oxpo«itu8 es, et qui 



I. M. GuUsc'hlicli nniionciiit Mon inlouliuniréluilior plu» tiinl Ju8«|u'à 
quul puint PùU'uno u imilt* BrnÎMpio cl «piflu livre*» il(3 i'<!t érriviiin H 
a vruiboiiiblubloiniMit connus. Cette suite n'u puint pnru. Le rolcvé 

2u'un liru plun luin don iniitiUions do Bilnî'quo dunM Pctrunn rit lieu- 
m pout-ôlro lieu. ' 



9M OHAPITM IV. 

pailo «ato Jaotebu Wret Impeitt toi, d« tam nagna aava m 
tabolam qoidem aaaflragos habot* 

M. QoUiohIich rapproche ce pattage de Sénftqua, Dial, 
VI, 10| (éd. P. Haate), Consd. ad Maretam : 

Allot per ineerta nudos maria JaeiabU {/briuna) H luetatoê 
mm fliAcUbui m in arenam quidem aui litui exjdodu, $ed in 
alieujus imnunsx ventrem bdu» deeondet. 

Il faul avouer que, s'il y a ici une parodie, elle n'est 
pas évidente. Pétrone est tombé sur un lieu commun de 
roman, un naufrage et ses suites. Il part de là pour es- 
quisser une déclamation sur les caprices de la fortune et 
sur l'incertitude de la vie. S'il est un thème banni, c'est 
celui-là, et il n'existe entre les deux textes aucune de ces 
conformités d'expression qui marquent un parti pris de 
parodie. 

Je reconnais plutôt ici l'emploi familier à Pétrone du 
style épique ou oratoire dans sa généralité. Ou peut éta* 
blir avec le passage qui précède bien d'autres rapproche- 
ments. Plusieurs ont déjà été indiqués précédemment : 

Cbap. lliî, 1. 88. Cœpi umontibus ocuHs maris fidom iiispicore.... 
adliuo tauquaiu ignotuia dotlcbam. 

Cf. Ovide, Uitam., XI, 710, sq. : 

Qui foret ignorant, quia ua%fraffu$, omint mota e$i, 
Kt ianquam itfnoto Inrrimaê daret : sq. 

Le mouvement d'fincolpe : ubi nune est iraeundia tua f 
rappelle assez, nous l'avons vu, celui de Lucain, Phars., 
IV, 799, sq., à propos de la mort de Guriou. Faudrait-il 
en conclure ici à une parodie d'Ovide ou de Lucain ? Rien 
n'est moins rare que les moralités débitées en cet endroit 
par Encolpo. D'autre part, les romanciers anciens ont 
toujours mêlé à leurs récits des sentences ou des disserta- 



POitTBt ST PROtATlUlit LATIHt. . 297 

mum nOUlo ni : a tamen, o demenUam nosiram, laU iUponl^ 
îwr. Cf. EpiiU, 101 1 4. — Mais il ajoute qu'on ne saurait 
désigner avec précision le passage de Sénèque parodié ici 
par Pétrone; car ces pensées sur Taveuglement de Ttiomma 
qui ne songe jamais à la mort et enfante sans cessé de 
nouveaux projets se rencontrent très souvent chez Se* 
nëque. 

Il est fort possible que Pétrone se souvienne en cet en* 
di*oit de divers passages de Sénèque. C'est un auteur qu'il 
avait lu (on en a la preuve par d'autres imitations) et qu'il 
devait vivement apprécier, quoique modcnxe. C'est l'inten- 
tion parodique seule que nous contestons. Le morceau etft 
simplement plaisant. On a déjà fait observer que ce qui 
fait le comique de cette déclamation en apparence si grave 
et si mélancolique, ce sont les réflexions humoristiques 
dont elle e^t môléC| le trait do satire qui la termin0| le 
contrusto entre cette belle morale et le personnage qui 
l'expose. Encolpo, qui ne vit que d*escroqucrics, a lionne 
grâce vraiment à parler de ces richesses actinises par la 
fraude: opes fraiidihus captas! Au surplus, ce ne sont 
encore là que des lieux communs d'école exprimés par 
maint écrivain après et av^mt Sénèque, par Lucrèce, 
Horace, Pline l'Ancien ', Jnvénal. 

Ëncolpe, continue M. Gottschlich, se sert de Liclias 
comme d'exemple pour prouver comMen l'homme pense 
peu à l'inévitable mort, 1. 37 : Nempe hic proxima luce patrie 
monii sui ralioncs inspexit^ nempe diem eliam quo venlurui 
esset in patriam animo suo fixit. DU dextjue, quam longe a 
deslinatione suajacct! Dans celte répétition de nempe et de 
ille dans la phrase suivante, M. Gottschlich reconnaît 
l'anaphore des particules dont Sénèque est coutumier. Cf. 



1. Plino l'Anricn, //. S., VII, rliup. I : • Nulll vila frugilior, niiUi 
roniin oiiiniiiiu libido niaior •, etc. 



898 CHAPiTM nr. 

De bimf., Y, 18; Dlal. Il, 18, 4, où Ja parUeule ted att 
cinq fois répétée, etc. L'expression dit deseque se rencontré 
souvent ches Sénèque : Dial. XI, 12, 5; Diat. XII, 10, 
2, etc. Mais il est permis de se refuser i voir là des carac* 
téristiqucs du style de Sénèque. Ces anaphores sont pro- 
pres i la plupart des écrivains de TAge d'argent, de Tacite 
entre autres; elles sont d'ailleurs de Tessence du style 
oratoire. Les déclamations de Sénëqne le Rhéteur en 
olTi-ent lie nombi-eux exemples. Quant à rexclamatton dii 
dexque, elle ii*ott pus plus spéciale a un écrivain que pour* 
rait rétro en français : lion Dieu I Grand Dieu* I 

Abrégeons. Encolpe nous énumère les nombreux et di- 
vers acddciUs qui menacent la vie Ininiaine (P. 82, 1. 8) : 
Sed twn sala morlalibm %naria hanc fulem prxsiatU ; illum 
brllanUni ai-nw decipiuni, illum dits vota reddenUm penatium 
suomm ruina sepeltL Ille véhicula lapsus properaiiUm spiri» 
tum exeussU ; eihus avidum strangulavit, abstinentem fruga- 
litas. Si bene ealeuUim ponas, ubitjue naufragium est. A cette 
locution subtile : maria fidem prirstaut, M. GoUscblicb 
compare ces expressions de Sénèque : Nat. Qwest., IV, 

Prief. 7 : ....dubia fortuna maris, incerla fides ruris. 

Itahfides f^ris est une expression courante appliquée à la 
terre pour désigner la récolte. 

Cf. Horace, Odef, III, IG; 29, 30, Sihaque Jugerum 

Paueorum et êegetiê eerta fides me«f. 

Tibiillo, II, 8, G5. At tibi. 

Perêohai unlla êemina terra fide. 

Il n'y a donc |ias de rapport entre les termes de Pétrone 
et ceux de Sénuque. 



1. Cr. Pliiii* rAncicn, //. N,, Proœmiuin, I, tl: • Di doioquo ■• 
TéroiH'o, iléc§rr, I, % V : 

■ lia éi iloiD«|uo fttxint ■, etc. 



POiTIS BT raOSATBUilS LATINS. 299 

Pour ridée, M. Oottschlich rapproche : Nat. Qtufsi., ir, 

69| 8 : Omnia, qu9 ad nwrteni dueunl, eontempta tunt 

teu ruinarum iubito lapsu prœidentium pondéra.... et : Nat. 
Qu9sL, VI, 2| 6 : eum quosdam straiigulaverit potio maie 
tapga per fauees. Ces réminiscences sont possililes ; mais 
où serait la parodie? Pétrone développe en rhéteur une 
thèse banale. Ne sont-ce pas à peu près les mômes idées 
qui sont énoncées dans cotte déclamation do Cestius Pius, 
rapportée par Sénèque le Père (Cofitroverseg, Vil, I, 9): 
Huilas rerum nalura marlis vias apei*uit et muUis ithieribus 
fata deeurrunt, et lixc est eondicio miserrima huinani generis, 
quod nascimur une modo, multis morimur : laqtieus, gladius, 
prxceps locuSf venenum^ naufragium, mille alue mortes insi* 
diantur hiiic miseirimx animxf L'originalité de Pétrone 
consiste à avoir mêlé à ces généralités des pointes ironi- 
ques. Voyez cet homme qui, au moment marne où il est 
en prières, est éiTasé par la chule de sa maison. Belle ré- 
comp(>nsc de la piélé ! 

Il faut roconiiattre ave;: M. Gollsclilich que le morceau 
dans son ensemble a bien la couleur du stylo de Sénèque 
et qu'on y retrouve la coupe de ses plirases : .S*t bene caleu^ 
lum ponas, ubique naufragium est, Obt un trait du mémo 
genre que ceux-ci : DiaL XI, Ad Polyb., 9, G : omnis vita 
supplicium est, et Thebnis, 147 sq. : 

Ferruin uetjabt» f noxifiM lapno viaê 
Cludeê f et arcttê colla laquti» inseri 
Vrohibehîê f hcrbaê, qun* fernnt fetUèH, aufert» t 
Qttiil têtu tandem cura projiriet tua f 
Ubitjue iuorê eêf. 

De plus, rexpi*ession catculos ponere a été plusieurs fois 
employée par Sénèque (par d'autres également, Pline le 
Jeune, etc.). 

Sénèque, dans* le Dialogue XI, à Polybe, 9, 0, compare 



800 ouAriTM IV. 

auMi la via humaina h une mar profonda at agitéa où les 
hommai lont ballottét, aa heurtant Ton contra Tautra at 
font enfin naufrage. 

Dans Pétronoi le cliapitre llb ta termine ainsi : At tnim 
flueîibui obrulo non eoniingU Hfullura. Tafuiuam intinU, pe* 
riiurum ecrpvs qwe ratio eomumat, ignis an fluetui, an mara. 
Quicquid feeerU, omnia luee eodem ventura iunt. Ferx tamen 
corpui lacerabant. Tanquam melius igfUi aceipiat; immo kane 
pœmm gravissimam eredimus, ubi servit iraseimur. Qux ergo 
dementia est, onmia facere, ne quid de nobis relinquat sepul* 
turat 

Pétronei dit M. Gottscblich, a imité dans ce passage le 
livre De remediis fortuitorum dont nous avons conservé ce 
fragment entre autres (Gliap. 6, 2) : Insepultus jacebis. Quid 
interesl, ignis me an fera consumât, an tempus uUima om- 
nium sepultura f On rencontre encore trois fois la mâme 
pensée dans les auti*es écrits de Sénèque : Dial. ad Uarciam, 
VI I 20, 2 : Nihil interesse, infra quod quis jaceat; — De 
beneficiis, V, 20, 4 : quid enim illius intererat, quo génère 
dilabereturt et Ep., 02, 34 : ignis illud exurat, an terra eon* 

tegat,an fer» distrahant, utrum projeetum aves différant, 

an eonsuwatur 

Canibuê data prieda manniê, 

quid ad illum, qui nulliis t 

M. Gottsc hlich attaclie à ce rapprochement une grande 
importance ; il y voit la preuve indubitable que toute la 
déclamation d'Encolpe est une parodie de Sénèque ; an 
second lieu, Timitalion de Pétrone est le témoignage le 
plus ancien établissant que le livre De remediis fortuitorum 
est bien de Sénèque. Enfin, elle met sur la voie d'une 
utile correction du texte de Pétrone : au lieu de aura, 
mora qui correspond n tempus dans Sénèque. 

Il ne semble pns qu'il y ait lieu de tirer de ces rappro* 



POkTBS BT PROSATBORS LATINt. 801 

menu des conclusioat aussi absolues. D'abord, s'il est 
Traisemblable que Pétrone a ici des réminiscences de Se- 
nèquei cela n'est pas certain. Cette idée que peu importe 
la manière dont le corps sera dissous, cette indifférence 
du philosophe pour sa dépouille mortellci tout cela a été 
exprimé avant Sénëque et le sera après lui. 

Nous avons cité les vers de Lucrèce (De ter. nat., III , 
868 sq.) où ces idées sont en germe. Mécène n'avait-il 
pas dit : 

Kec tUMuluta euro : êepefii nalura relietoê * ? 

On lit dans Sénàque le Père (Conlrov., VIII, 4, 1. 17) : 
Omnibus tiatura sepuUuram dedii : naufrages idem fluetus 
qui expuUl (sepelU) : suffixorum corpora erueibus in sepultu* 
ram suam defluunt; eos qui vivi uruntur, pœna funerat. 

Lucain s'écrie : 

rhar»., VII, 809-811 tabesne eadavera soivai 

Ah rogus, haud refert; placido natura recepiaî 
Cimcia sinu, finemque sut $ibi corpora debent. 

Nous verrons le môme thème traiié dans Fronton {Ad 
M. Oesar., 1. II, ep. 19) : Sepultura cadaveribus in ipsis inju» 
riis prxsto est. Sive maria naufrages dévorent, sive fiumina 
précipites trahant, sive harenx obruant, sive ferx lacèrent, 
sive volueres discerpant corpus humanum, salis sepelilur ubi* 
cumque consumilur. 

EnQn, Miiiucius Félix, dans un passage qui semble 
directement inspiré de Sénèque, écrira {Octavius, 11, 4, 

éd. Rushrens) : Inde videlieet et execrantur rogos née in* 

tersit utrum ferae diripiant an maria consumant, an humus 



1. C. M(i.*ci*iiii«, 7, I». 330; RoL*hroni, FragmsHta pœtarum Homa* 
norum. 



«ai 



809 OHAflTM IV. 

eontêfol, an fiâmma êubdueati eum eadavertku mniêjepul^ 
lura, $1 êenUufU, pcma iit, ii non ieniiuni, f\in eonfieUnH 
etkrUaU meâteina. 

On voit que la parodloi si elle existait» atteindrait du 
mémo coup nombre d'écrivains. Mais, nous devons le ré* 
péti)r| il n'y a pas dans ce passage de Pétrone, de parodie 
directe et personnelle. Il a mis la main sur un lieu corn* 
mun, dont Sénêque a pu lui fournir une expression pré- 
cise ; ii Ta dévoloppéy puisque Toccasion s'en présentait, 
et traité à sa manière on le relevant de traits railiours. 
N'ost*co |ias là iHTpétuoUoniont sa méthodoy là m^mo oii| 
au pn^mior abonl, on pourniil le croire sérieux ? Cos traits 
plaisants, nous los avons dt\jà signalés au chapitre do la 
morale do PiJtrono. Une élofjuonto apostroplio tombe sur 
cotto oxclamation drolatique : en homo q^ummlmmlnm naiat! 
Ce nVst mémo pas lo mot do Do^monos dans le lUulem do 
Piaule, 1,2,72: 

Uui homuHCtifi, qwinii 9êiî$ ! rjecti 
Ut Hiilani 

OÙ natare est pris au sens propre de : faire elTort en na- 
geant pour se sauver. Ici, c*est un cadavre que voit En* 
colpoi un cadavre flottant, et d'autre part naian marque 
l'irrésolution, rincertitude des dessoins humains. 
Cf. Horace, Sut., II, 0, 7 : 

/Viril homiuHm ViViê gaudtt eonnianter e< u/ytl 
I^poêitutrt ; pan fHuffa notai. 

Nous avons donc dans Pétrone un pur jeu de mots. 

Puis, la déclamation reprend, semée de sentences, rou* 
laut sur dos banalités philosophiques (vanité des projets 
dos hommes, diversité dos formes que revêt la mort, in* 
soucianco oii est le sage à Tégard de sa sépulture), et se 
termine sur uuo pointe contre la crémation. Notons en- 



POfcTIt «T PROSATSURt LATISfS. 808 

core que, après avoir traité de folie ce genre de sépulture, on 
•'empresse (Gliap, 116, U 16) de brûler le corps de Lichas : 
nouvelle preuve du peu de conviction que l'autour apporte 
dans ce dévoloppemoni fiilt do lambeaux de déclamations. 
On y retrouve l'ironie discrète qui lui est habituoUo. 

Il n*y a pas, on résumé, do raisons sufllsantos pour voir 
on ce passage une parodie de Sénèquo, encore moins uno 
intention de raillerie blessante à sou égard. Los traits su* 
raient plus directs et plus aigus, si Pétrone avait voulu 
réellement se moquer dos idéon et do la manière d'un écri- 
vain qui était en dingrAco A Tépoquo où l'on place d'ordi- 
naire la composition du StUiriron, Nous nu retrouvons ici 
que lu genre d'imitation familier â IV*lrone. II connaissait 
assurêment les œuvres du Sénëque, auteur à la modo, qui 
fut du bonne heure lu cta<Imirédans lus écoles et pour loquel 
la jeunesse avait un véritable engouement : soins hic fen 
in manibus adulescentium fuit, dit Quintilien (X, I, 125). 
Il est assez natui*el que, pour un dévoloppomontquiatrecte 
des allures philosophiques, Pétrone se soit inspiré d'un 
philosophe. 

Les autres imitations de Sénèque dans le Satiricon ne 
sont pas de nature à modifier cotte opinion. Nous allons 
lus passer en ruvnu, en nous bornant à celles qui nous sem- 
blent lu plus caractéristiques. 

Sludur' s'ust appliqué à étal)lir la paruntéqui existe en- 
tre Sénùqne et Pétrone au point de vue du vocabulairo et 
de la phraséologie. Ce relevé a une médiocre valeur. Stu- 
der note souvent comme appartenant a Sénèque dus ter- 
mes qu'on lit chez les auteurs antériuurs ou dos locutions 
qui sont de la langue familière ut populaire. Pétrone, dit 
Studur, umploiu acidus dans le suns du molesius : (Chap. 81, 
p. 22, 1. 2) acidum eanticum; (Chap. G8, 1. 39) acidior so* 

I. Op. cit., 6. 






804 OHAPITM IV. 

fiiM ; (Cbap. 92| p. 08, 1. 6) aeidtui $ibl unquam fiUiU mgoi. 
Il rapproche Sénèquei De ira, II I, 48, 1 : tuperiarlbui ael* 
dum ae mdetlum. Mais ce terme est pris au même sens 
dans Horace {Ep., II, 2, 04) : 

Q^od petiê, id nane eut invlêum aeidumque duoiuê. 

Natare au sens i*animadverUre se trouve ches d'autres 
écrivains; ainsi cbes Pline l'Ancien, H. N., 2, 8, : Apud 
noi quoque id liquore olei notamus aecidere. PubUeare, faire 
coanattre, divulguer (Pétrone, Ghap. SO, h 6 ; Sénëque, 
De Ira, 1, 10, 2) est égaloinont chez Justin, 1, 7, clies 
Pline TAncion, //. N., S3| 1, 0. Nous avons rencontré 
dans Afmnius la locution sicea sobria qui se lit dans Pé- 
trone (Cliap. 37, p. 2ô| 1. 3) et dans Sénèqno, Ep., 18, 4, 
114, 3; Df vila beata, 12, 4. C'est une façon de parler po- 
pulaire. Obiter avec la siguilication de simul Fe rcncoiUi'e 
non Moulomoiit cliez PcUrono, cliapitros 31, 38; chez Sé- 
nàque, De ira, III, 1, 3, mais chez Pline TAncien, 37, 
0, 37; 83, 8, 44; chez Apulée, Metam., VI, 25, etc. 

On sait d*ailloui*s combien il est hasardeux de prétendre 
déterminer ce qui appartient on propre à la langue d'un 
écrivain donné. En songeant à tous les textes de la litté- 
rature qui nous manquent, on se sont tt*nu à la plus 
grande circonspoittion. Nous nous bornerons donc à faire 
entrer dans la liMte qu'on va lire dos rapprochements pos- 
sibles entrt) Pétrone et Sénèquo, les expressions les plus 
caracléristiquos que Ktudor a relovéos comme étant com- 
munes aux doux autours. 

Los rossomblancos qu'on peut saisir entre les idées nu 
permettont, elles aussi, d'induire une imitation d'un au- 
tour par l'autre, qu'à la condition que les termes qui les 
expriment soient à pou près identiques. Comparons donc 
les passages correspondants do Sénëque et de Pétrone, en 
négligeant tout ce qui n'est que lointain ou approximatif. 



POlCTBS IT PROSATIURS LATIlfS, 805 

PMr. Chftp. M, p. 19, h U. Bén. Emploi fréquent de 



Qaonam génère prsteatein eri* 
ttremiu proeellam. 



Chep. 41, 1. 88. Dam rer* 
M» te, nex fit. 

Chep. 47, h 81. Nae medid 
•e invoDiaDt. 



Chep. 56, 1. 14, Jem etiiim 
philo8ophos de negotio dajicie- 
bat. 



çenui pour ratio dons Séné- 
que : Ep., 36| 1, mcvet être* 
brum non uno génère; 67| 9| 
nuUo génère posse (perire aiti- 
mum). 

De irOf III, 48, 5. Z>Mifi rtê* 
pirêmuê, quod aînut, vtrêamHMqne 
non, iuimortalilaM ader/t^ 

De Unef., V, 12, G. Minvê^ 

que êe hêrmûaU* 

Cf. Sénèque le Rhéteur, 
Coiitrov., III, Pncf., 13, vît 
te inventent. 

Kp. 88, 44. Zenon Kleatmi 
omnia neyotia de negotio d^ecit. 



C'est Trirnalchion qui laisse ainsi l)ieii loin derrière lui 
les philosoiihes. Pétrone le rend ridicule en lui Taisant 
débiter des dissertations morales, des doctrines Imniani- 
tairas, comme au chapitre 71. 



Pëtr. Chap. 71, 1. 80. Et 
servi hominoi sunt et oiqno 
uuum lactcin bibcruiit*. 



8ën., Kp. 47, 10. VIm tu eo* 
ff/tare i$lum, qnem ênrvum tnum 
voeat, ex iimlein neiiuiiibuti oriuM, 
eoflein frul cwh, injutt npirart», 
wtjufi v/uertf, trtjue niortt 



Mais rien ne prouve que Pétrone ait voulu parodier eus 
pensées. Elles ne deviennent plaisantes qu'en raison do la 



1. CcUo maxiino est en effet en coiitruilictiun nagnmto avec le^ aclf*!* 
dn Triiimlcliiun. Au chap. 53, nous aviinn appri.H i|tio IViM'Iave !^liUiri« 
date a été mis en croix pour avoir iiiaudii le génie de TriHiulrbion ; 
• MithriduUM servu^ in cruceui actun cs^t, (|uia Gai nustri gonio mule 
dixenit. » 



CfttnqCB UTTàSAIftK. 



M 



806 



CMAPim I?. 



•otilie 61 de la préiompluouta ignortnoa do calot quilet 
exprima dans la romau. Ce grotesque accumule imperti* 
nences sur impertinences et pataquès sur pataquès. Com« 
ment il accommode la mythologici le chapitre 69 nous 
rapprend : « Diomède et Oanymède étaient deux frères ; 
ils avaient pour sœur Hélèno. Agamemnon l*eulevaet à la 
place de Diane il mit une biche. » Peut-être Pétrone a-t-il 
pris quelques traits de cotte caricature au portrait que fait 
Sénèque de Calvisius Sabinus. 

Ep. 27 f 5. Et patrimonium habebal liberUrU ei ingenium : 
nunquam vidi hominem bealum imiecentius. I/uicmemoria tam 
mala erat, ut iUi vtodo nomcn UlLris excideret, modo AchiUis, 
modo Priami.... Nemo vetulus nomtnclalor.... tam perperam 
tribus quam ille Tivjanos et Achivos persalutabat,,»» Magna 
mnnmti émit snros, umim, qui llomerum teneret^ aitei'um qui 
Ursiodum, Novem piwterea lijriris singuhs adiignavit. 

La HuitaiMio lugubre de Triinalcliion invitant ses convi- 
ves A se figurer qu'ils assihtent au festin du ses funérailles 
peut avoir été inspirée par des traits analogues que Sénè- 
que rapporte. 



Pétr. Cliap. 78, p. 53, 1. 1. 
Trimalchio ebrietatu turpittima 
gravU uovnm acroaina, comici- 
nei, ia triclinintn Jus«it addtiei, 
fttltiiiquo cer\*ieaHbtts iiiidtis 
exteiidit se supor tomm extro- 
miim et : « Hugite ino t, inquiti 
« mortuuin cmo, Dicito aliquid 
bollL t Contoniicro comicinos 
fiinobri Btrepifa, etc. 



Sén. Ep. 12, 8. Paeutiwi^ qui 
Syriam uêu iuam fecU^ cmim r/no 
et iUiâ /nnebribuê tpuflê $ibi jta» 
renia veratf êie in cubieutum /«• 
rebittur a eeua, ni inter jffawms 
exolelorum hoc ad symphoniam 
ranerttur ; ^itîtaxml ^iCWoit! 
Xulh nOH it die extulit. 

De brevit. r//., 20, 8. Turau^ 
UêUêfuit exactœ diUyenfite êetmx, 
qui pont amium nonagnêimumf 
cnm Vitrationem procurafiouiê ab 
C Civêare ultro aecepiênet, corn» 
poniêe la lecio ei velui exanimem 



rokTIS BT PROUnUM LATIlfS, 



807 



a cireumHante familia planai 

JUiêit \ 

Maii| ainsi qu'on doit s'y attendre, c'est surtout dans 
les morceaux où il moralise que Pétrone semble se soure- 
nir de SénèquCi soit pour les idéeS| soit pour le tonr sen- 
tencieux dont il les rêvât parfois. Nous avons déjà étudié à 
ce point de vue le chapitre 115. 

Voici d'autres rapprochements : 



Pétr. Chap. 59, 1. 21. In hao 
re qui yincitur, viucit« 

Chap. 80, 1. 87 : 
Orez agit in acsna mimam : pa- 
lier iUe voeatur, 
Filius hic, nomen divitia illa 

[tonet. 
Moz obi ridendas incluait pa- 

[gina partci, 
Vera redît faciès, adsimulata 

[périt. 



8én. De ira, II, 84, 5. ///« 
eêi mtUor #/«i prior pedem rettt' 
lit, vietuê ai qui vicii. 

Kp» 76,31. KeiHo ex iêfiê, qHOê 
purpuratoê videUffelix eMt, tum 
mtiyùi tiuam ex illùi, tjuibu» êeep* 
truta ei rhfamt/tleu tu nrwua fa» 
huhc adëignitHt : rum prwMr.ute 
populo lati inceMerunt ei cotkur» 
uati, êimul exierunl, txcalreuif 
iur fit ad êtaturtnêt Muam redennl. 

Cf. Kp. 24, 13. Xuu hoMinihuM 
tant uni, ii*:d et rehuê per»i»na de- 
memla eêt et reddcuda/aritui #ff<t. 



Nomen divitis peut être une allusion au mime Dires fugi» 
Uvus dont parle SénëquCi Ep. 114, G, liunc esse (Mécène), 
f III m tribunali, in rosiris, in omni publico crin sic adparue* 
rit, ut paUio velaretur caput exclusis utriinque auribus, fion 
aliter qxiam in mima divites fugitivi soient, 

Chap. 88, p. 57, 1. 8. Ad h:p. 122, 18. Qii///ii«|>eecaiMi/ 

prtcinia poccat. pncmium in^famia etti^ 



1. or. encore Pétrone, chap. 92, p. Ci3, 1. 18, »«(., et Sénèiiiie, 
Kat, qumst,, I, IG, 1. « Uustiun Aiit Qiiiidru «, h |. 



CHAFiTu nr. 



Modo boB« mtatb loror atl 
paaperlM, 

Cbap. 88« !• M. UbI ttptoiK 
il» enlHittnâ Tiat sq, 

Chap. IMf p. 9S, 1. 7. Qaaai 
nale est extra lagem riveatl- 
bas : qaieqaid noraonint, mbh 
par azpectaDt 



«al pamper êiê opoiM «al jMia» 
fMfi êkulii. 

Nai. qtuuLf Vil, 82, 1. 
Plainiea analogues : ad #a- 
pientiam quU aeeediif 9q. 

Kp. 105, 7. Cwmektiiia oXhd 
agere non paUtur ae êuhindt rt»» 
pondère ad «e fogii. Dai pana» 
quiêtmiê tsrptetat ; qHiêquiê aa- 
tem meruit, expeetat^ 



Il n*08l paa nécetsatra de poursuivre avec plut de détail 
ces simililudef d'idées et d'expressions. Les plus remar- 
quables viennent d*étre notées. 

Tout en faisant la part de tout ce qui a pu âtre puisé 
par Pétrone et par Sénèque dans le fonds impersonnel des 
moralités d'écoloi il n'en est pas moins juste de conclure, 
avec Studer, qu'il y a dans le Satiricon des réminiscences 
de Sénèque, et surtout que le romancier donne souvent à 
ses sentences la forme et la couleur du style du philo? o« 
plie. N'y a-t-il pas, par exemple, un rapport sensible de 
construction entre ces deux phrases? 



Chap. 81, 1. 9. Rrgo mo non 
mina tsrra potiiit haurire ? 
non irattim etiam innoomitibus 
maroY 



CoHêol. ad JMv.f 16, 8. Non 
ffemmœ te, non margariiic JUxe» 

rnnt non te jèericnfoêa 

etiam pmbiê pejomm detorêii 
imitatio. 



Mais nous n'avons vu nulle part une intention de paro- 
die à l'égard de Sénèque. Le procédé d'imitation est le 
môme que nous avons constaté partout, qu'il s'agisse de 
Virgile, de Lucain, d'Ovide ou d'Horace. 

Si parfois le style de Pétrone brille de l'éclat des ex- 



rOlCTKS IT PftOSATBUnt LAT1H0. 800 

pressions poétiques et semble un earrnen solutum, ce n*est 
pas que Fécrivain songe à railler Virgile ou Horace, 
dont il a emprunté le noble langage ; il cherche seule* 
ment une antithèse divertissante entre la dignité du style 
et la Tulgarité des scènes ou des personnages. 11 en est 
de mâme pour le style oratoire ou philosopliique qu'il va 
plus d'une fois puiser dans les traités ou les lettres de 
Sénèque. Ses personnages pourraient s'écrier comme 
l'Hector du Joueur : 

Ce f>oiit des vapeurs do morale 
Qui nous vont à la tête et que Scnèquo exhale '. 

Il nous reste à signaler les imitations que Pétrone a pu 
faire de VApokolokynlose. On a déjà vu (Chap. III) qu'il 
avait ti*ès probablement lu cotte Uénippie, exemplaire spi- 
rituel et apprécié du genre qu'il avait lui-môme adopté. 
Sans revenir sur les rapports généraux qui ont été indi- 
qués, bornons-nous a grouper les teimes do la langue po- 
pulaire, les locutions proverbiales qui se lisent chez l'un 
et chez l'autre écrivain. Ces similitudes sont assez nom* 
breuses pour que Siuder ait pu écrire : « On est presque 
tenté de croire qu'un fragment du Saliricon s*est égaré 
parmi les écrits du philosophe. » N'oublions p*is cepon* 
dant que beaucoup do ces resbeniblances peuvent s'oxpli* 
quer aussi par ce fait que tous deux ont mis à contribution 
le vocabulaire du langage familier. 

Pétr. Chap. 44, 1. 8. Non.... SiSn. Aitokol., 1, 7 (id. Hue- 

buccain punis iuvcnire potiii. clielor). Dicain quod mihiin bttC' 

Chap. 43, 1. 26. Dura; bucciu cain veunrit, 
fuit, liuguosus. 



1. Rcgnord, U Joueur, acte IV, se. H, v. 4. 



•r"~-'-- — ■-* -■- ..^ 



810 



CMAFini tf. 



Ii 17. F«fM ûmtoê ptk €^flr» 
IIIi f • FêUm wêafk$mQHcoê 

IIIi It, Nemo enim imgiiaiii 



Cktp. 649 p. iif l. M. Boooâi 
bveofti q«ot svat Ua ? 

Cliap. 70« I. 5. Ad baaoam. 

Chap. tl8 at 138. Jarat rai^ 
Ma aonaaptiMlmia, 

Chap. 12G, h 18. Kaa augn- 
ria novi nec mathamatlcoram aHfitamdû venm diôere. 
avlitm euraro soloo. 

Chap. 68, p. 89, 1. 7. Melio* 
rem noli moloitare, qai la natum Ofum naium putaftH. 
non pntat. 

Chap. 42 at 69. Animam 
abuUiit. 

Chap. 68, 1. 88. Aloglaa ma» 
nias. 

Chap. 92, 1. 22. Notorem 
daro. 

Chap. 68, p. 89, 1. 16. Aat 
numora mapalia. 

Chap. 17, 1 17. Ut faeiliiia 



IV, p. 229, 91. i!7< tf/« fnAlafli. 
ammam ^utliU. 

VII, 28. Nt iibi aiogioê $amh 
tiam. 

VII, p. 231, 1. 10. Si 9^ a 
me notorem itetiêêet. 

IX, 87. Voê mera ma^iafe* 
ciêiiê. 

IX, p. 232, 8. Oiim, inquii, 



poasii dcum quam hominom In* mngua rtê erai deum fieri :Jam 



▼anira. 

Chap. 46, I. 4. Modo sic, 
modo sic. 

Chap. 46, 1. 40. Manus ma- 
nitm lavât. 

Chap. 44, 1. 12. Sompor Sa- 
tnntalia agnnt. 



famam mmum feetHiê. 

IX, 26. Modo hue, modo ûluo. 

IX, 28. Manuê manum lavai. 

XII, p. 234, 8. Dieebam va- 

biê : Kon êemiter Saiwmalia 
erunt. 



Il y aurait à releveri outre cea eipreaslona de la langue 
ramiliHro, remploi commun à Tua et à Tautre écrivain de 
proverbe^i de jeux de mota, de termes d'une emphaae iro- 
niquement poétique. Mais il noua aufllra d'avoir constaté 
ces rostfomblances sans entrer ici dans uu détail ti*op mi« 
nutieux. 



rOlCTIS IT PROtATIUJIt LATIII8, 811 

' Un dernier rapport et toat extérieur que VApokolokifntoie 
présente avec le Satiricon est celui-ci. Le pamphlet de Se- 
nèque n*est signalé que par un seul auteur, Dion Cassius, 
LXy 35. L*on sait, d'autre part, combien sont rares et tar- 
dives les mentions laites de Pétrone par les auteure an- 
ciens. Était-il donc dans la destinée des Mênippées à*èive 
passées sous silence? De tels ouvrages seinblaient-ils in- 
dignes d'i^tre comptés au nombre des productions littérai- 
res? Il ne faut voir sans doute dans celte coïncidence 
qu*un simple hasard* C'est un caprice inexplicable de la 
fortune qui a multiplié les copies do certaines œuvres, 
anéanti les autres, sauvé celles-là, grûce à un unique ma*^ 
nuscrit échappé à la destruction. 

A Sénèque s'arrête la liste des écrivains latius anté- 
rieurs à Néron ou contemporains dont nous avons cherclié 
les réminiscences ou les iniitalions dans Pétrone. Arrivés 
à ce point de notre étude, nous pouvons essayer de dresser 
au moins partiellement le catalogue de la bibliothèque de 
Pétrone. Le compartiment des poètes semble le plus riche. 
Voici d'abord les satiriques, Lucilius, Varron avec ses 
Ménippèes, Horace a une place d'honneur. Si Perse a son 
coin, le mai^^re rouleau du jeune et rigide stoïcien n'a pas 
été souvent tiré do son hcriniitm. Parmi les épiques, figu- 
rent Virgile et Lucain, fréquemment lus; parmi les élé* 
giaques, Ovide, dont VArt d'aimer et les Amours sont le 
plus consultés ; probablement aussi Tibulle et Properce. 
Les autres genres poétiques sont représ^entés par Lucrèce, 
dont Pétrone apprécie l'irréligion, par quelques auteurs de 
mimes et de logatœ, enti*e lesquels on remarque Publilius 
Syrus. D'ar.tres écrits nous écliappent, poèmes erotiques 
d'auteurs à tout jamais disparus. 

Le Coté des prosateurs est moins riche ; pourtant, bien 
en vue y apparaissent les deux Sénèque, quelques discours 
et traités de Cicéron, un Tite-Livo ou plutôt des extraits 



819 eMAriTm iv. 

do cet hlttorioiii et lei MiUtUnnêê de Siianiui, Voilà m 
que nous entre?oyoti8 dans rarmoire qui coulient lei au« 
ieun laiint. Potiont à la bibliothèque grecque. 

Lb8 touvaniRi DB8 AUTBUfts 0RBC8. — M. Buecholer, 
dans la préface de TédUion de 1802| p. 9, indique en ces 
termes les sources grecques de Pétrone : « Ces satires nous 
révèlent un écrivain très instruit, un esprit élégant, un 
juge éclairé des arts de la OrècOi un appréciateur intelli- 
gent des études libérales, qui paraît avoir étudié particu- 
liereinont la comédie nouvelle et les livres dos Péripatéti- 
ciens oii sont peintOM les mœurs des hommes. Bien des 
choses singulières critiquées dans les personnages do Tri- 
malchioii et de ses convives sont imitées presque mot 
pour mot du livre do Camclères qui porto le nom de Théo« 
phraste. » 

Les Ctiractèrei do Théophraste et la comédie nouvelle 
seraient donc, d'après M. UuerheliT, les principales sources 
grecques de Pétrone. Depuis Tépoque oA il écrivait ces 
lignes, son opinion s*est précisée et il Ta formulée dans 
les term«*s suivants' : « Il faut, lorsqu'on recherche les 
sources et los modèles de Pétrone, distinguer toujours 
entre les sources directes et les sources indirectes. Ainsi, 
pour les satires d*lIorace, la source directe, c'était Bien 
le Borj'sthénite ; mais Dion s'était largement sei*vi des 
comiques. De même, tel mythe tragique chez Ovide a 
sa source directe ches Nicandre ou d'autres Alexandrins, 
mais sa source indirecte et réelle chez Euripide ; de même 
encore que le traité de rhétorique de Rutilius Lupus est 
traduit directement do Gorgias, mais, pour le fond des 
idées, n'en a pas moins sa source réelle dans la rhétori* 



I. NuuM h*|iruiliiliion4 ici Ion lornios il'iifiA leUrc qiio M. lo profes- 
sour Uuoi'b(«lor u Msit voulu nous auturltor ft pulillur. 



•ouAcii omcQUBt. 818 

/ que do Pergamo al en général dans la rhétorique do Té* 
colo poaUariitotélicienne ; do mômoy il faut rociiQor ce 
que J'ai dit, il y a vingt-cinq anf, »ur les sources do Pé« 
tronOi ou du moins le comprendre^ mutatii mulandis. 

« Des portraits comme en trnce Pétrone i avec des 
traits si crus et si énergiquesi et parfois poussés Jusqu*& 
la caricaturei c'est Ménandre et ses disciploi^i c'est la nou- 
velle comédie attiquCi qui les premiers en ont dessiné. 
Ces portraitSi x^P^^^rfifiapioti ont été utilisés, complétés en 
partie, et agrandis une première fois parla littùraUiro phi- 
losophico-péripatéticieimo, une seconde fois par la littéra- 
ture rhétoricO'iiédagogiqiu*. (Cf. Aiduntg ans dm Hlutor. 
Ussing. — TheophrasU Charact.)Qne la littéraluro de ^alon 
et surtout le roman, depuis qu'il existait, aient appliqué 
des traits et des portraits généraux â des ngui*es et à des 
situations particulières, et les aient souvent répétés ni ton* 
creto lie telle on ti*Ile manière, cela, nous pouvons le consi- 
dérer comme tout à fait vraisemblable, quoique ce qui nous 
reste de la litténituro grecque pendant la p('*riode gréco« 
romaine ne nous permette pas de le prouver. On ne peut 
pas s'imaginer les MiXY^jiaxà d'Arife^tide et d'autres écrits 
du même genre, comme sans doute il y en eut tant de- 
puis l'époque de Sylla, sans les 80uix*es que nous indi- 
quons, et le peu qui nous en r(>6te montre les plus étroits 
rapports avec la manière de Pétrone. Ainsi donc, la comé- 
die attique est, au moins pour la partie mimique dans Pé- 
trone, les convive Trimalcliionis, etc., le véritable point de 
départ, la source indirecte, et par là s'expliquent des res- 
semblances, déjà signalées en partie par les anciens édi- 
teurs, avec des passa;,^es de poètes comiques, ou avec les 
^ Caractères de Tliéophnisto, et aussi avec certains représen- 
tants de la philosophie populaire du nouveau Portique et 
des Cyniques, Sénèqno et autres, qui tiraient de préfé- 
rence de ces recueils populaires les arguments les plus 



MMUMari* 



t 



JmI 



814 



OHAPITRI !?• 



peniiaiirs. Mail, d'une façon tout aussi certaine, il ne peut 
pas être question de la comédie comme d'une source di- 
recte. » 

Nous ne pouvons que nous ranger à ces conclusions ; en 
ce qui concerne Sdn&que seulement, nous faisons nos ré« 
serves. Nous croyons avoir prouvé que Pétrone Ta imité 
et s'est inspiré de son esprit. 

Si, en deliors de ces intermédiaires que nous ne pou- 
vons que soupçonner, nous chei*chons ce que Pétrone a 
dû directement à Théophraste, les rappports entre le Sali» 
riron et les Caractères nous paraissent assez peu nombreux. 
Voici ceux que nous avons trouvés. 



Pétr. Les bavardages des 
gens du peuple, au festin de 
Trimalchion , évoquent le 
souvenir du portrait du Im* 
vard dans les Caractères. 

Clmp. G6, 1. 10. « Tftiiien t 
inquit Triiiialchlo, « quid h»- 
buistis iit ooim Y t c dicaiii t, sq. 

Cf. lus plaintes do Gauy- 
mèdo (Chap. 44, 1. aU) : 

Nomo ouim ciulum ciulum pit- 
tat, neino Ji*Jiiiilum tvrvat, uoino 
Jovvm pili facit. 

Chap. 44, h 7. Cum intorim 
nomo curât, quid aiinoim iiior- 
dot. . . • Î4. 83, ot si pomcvurat hœo 
anuoiia, vaffulaa inca« vondain, 

Chap. 44, 1. iK Kt quoiiiodo 
siecitaa pcrHOVcrat.... L. 89, ot 
Jovom aquaiii czorabaut. 



Thëophrmate, édit. Didot, 8, 
p. 8: 

"AÎ0AIT//«5. 

h lï iMJT/fi^ TOtoSfio; Ivttv, o7o< 
Sv |aI) yt^o't^nix, TOvTf*i napaxs* 

iawtod pvatxôc ctniTv cyxi4|Atoy ' 

toSto 2(r,Yi[9«90a( * iiO' âv cty^iv 
ln\ T^i ixtnwii T« xaO' Ixaixa ^i* 
i(tXOxty. KUtL Z^^ ffpoT/iapoCvTOc 

vr,poTtpo{ i(9(y o{ v3y «yOpcunot Tâv 
àp/«{fiiy 

xat lu; y «Xin^ itti tô (Ijv. 



x«\ cl j:otf{9ttcy i Zfv; wdwe nXltov, 
ta ly tj yS ^Xxlta Iit^Oai. . 



•OURCW OMCQUIS. 816 

Quelques tndU font penser aux impertinences de Tri- 
nialchion pendant son repas. 



Chsp, 47« U 80. Ignotcita 
nihi, inqulti smieiy muItU Jam 
diebus veator mlhi non rcspon- 
dit, iq. 



Chap, 90, p. 18 1 

IXX/6o^ fftftiy «/fa m\ xin* sui- 
vou iv tôt; 0RO//»»pi{îâMtv «ît»»! 



D'autres conviendraient assez à la sotte vanité de Tri- 
malchion et à sa prétentieuse ignorance. 

Chap. 97, p. 17. '(>}t{i«0(«;. 

'O lï â{»t|A«Of,c toioSto; ttç, oTo; fi[«î; îiavOivitv Jfr,xay?«fTr,; Y«T*^» 
xft\ tauTs; Xt^rov rapx roTOv, cntXxvOsvx^Oxt 

Et au chapitre 28, p. 18, KoxoXdYio;, se trouvent encore 
quelques généralités qui peuvent faire penser aux médl« 
sauces des convives de Trimalchion. 

En résumé, les rapports entre les Caractères et le SatM' 
con sont très vagues et lointains. Les ridicules relevés par 
le moraliste groc sont plus délicatement obsorvt^s que chex 
Pétrone et sont nussi moins viilgnires. Il faut donc, si 
Ton veut ranger ThéopluMsti; parmi les modèles de Pé« 
troue, le considérer, avec M. 13uech"ler, comme un modèle 
indirect où des écrivains intermédiaires, imités par le Sa» 
tiricon, auraient puisé quelques éléments de leurs pein- 
tures satiriques. 

Rien ue nous autorise non plus à admettre que notre 
auteur se soit quelque part inspiré directement do la co- 
médie ancienne ou nouvelle, d'Aristophane ou de Mé- 
nandre. Los quelques rapports qu'on peut a la grande 
rigueur découvrir entre ces comiques et Pétrone sont fort 



816 CHAPITRE !?• 

peu etractéritUquoi. Faul«il relofer des traiu comme 
celui-ci ? 

rétr^ ehap, II, U SI. K«ne popvlas eti domi t§9n$ê, forièmilpeê. 
AristophAtto, Klp^vi). 1189 t 

Mais c'est là nue expression proverbiale. 
De mCme celle-ci : 

Pëtr.« chnp. 71, 1. 82. Cito Aqasm liberam gusUbimt. 

% 

Arittophnue, fr. 25. Kock. MrfiinfA* S^p ic(of|&c IXtiîlipov. 

En n^aliié, les écrivains grecs dont ou trouve certaine* 
ment la trace dans le Satiricon sont fort peu nombreux. 

l'armi ceux que connaît sArenient Pétronei il faut met- 
tre au premi9r rang Homère. Onle voit d*abord cité à côté 
des lyriques, de Virgile et d'HoracCi comme un des modèles 
les plus parfaits qn'oH'ro la poésie (Cliap. 118) : Honierut 
unis et lynei ttomanusque VenjUiu»...; au cliapitre l, le 
mètre bomOrique est opposé aux mètres lyriques ; Pétrone 
semble dire que IMndare et les autres lyriques ont 
désespéré du pouvoir rivaliser avec la beauté des épo- 
l>ées d'IIonière : cum Pindarus novemque lyrici llomericis 
cersibits cancre timuerunt. Lu sot Trimalcliion a fait pein- 
dre sur le portique de son (inlais des scènes de V Iliade et 
de VOdystèe (Cliap. 2U, p. 21 , 1. l), Iliada et Odyssian; il 
a lu Homère dans t^on enfance (Chap. 48| p. 33, 1. 3) : <o- 
lebam Iitc ego puer apnd Uomerum legei^e. Il est vrai qu'il 
Ta médiocrement compris ou retenu, à en juger par la 
façon dont il résume ses fables. Mais il a conservé le goAt 
du poêle ou plutôt afllclio ce goût par ostentation de par- 
venu. Au milieu du festin, des Uomèiistes, costumés en 
guerriers, viennent déclamer en vei*s grecs et jouer quel- 
que épisode de VIliadc, tandis que Tamphitryon les suit 



•OUACM ORBCQUM. 817 

• 

on litant à haute voix une traduction latine (Chap. 69, 
1. 96) : illi canora toee Latine Ugebat librum ; main il ne 
semble pas qu'elle Téclaire beaucoup sur le sens do» &• 
blés représentées ; car il mêle en une étrange confusion 
Diomède et GanymèdOi Ajax et Iphigénlc, Troyens et 
Parentins. 

Certains passages du Satiricon contiennent dUncontosta- 
blés allusions à VlUade et à V Odyssée ; mais les souvenirs 
et les imitations de Virgile sont en nombre bicMi plus con- 
sidérable. Au chapitre 94, p. 64, 1. 9, ces mots : feliceni, 
inquit, malrem tuam, qux te talem pepriit, peuvent dire nue 
réminitscence de Virgile {Enéide, I, 605, 606), aussi bien 
que d'Homère. 

Odyêêée, VI, V, 154, Tp\;^«xsp2; jaIv oo^Yt nsn^p xst ROTvia SM;ti{p. 

Au chapitre 97, un des personnages, pour échapper aux 
recherches de celui qui le poursuit, s'est glissé sous un 
lit et cramponné aux sangles qui portent le matelas. Il 
est comparé à Ulysse qui s'évade de Tantre de Polyplièmo, 
accroché à la toison d'un bcUier. Celte comparaison est ré- 
pétée au chapitre suivant (Chap. 98, p. 67, 1. 12), prouve 
évidente que le romancier se souvient ici du IX' chant 
de VOdyssée. Nous avons encore au chapitre 101 deux al- 
lusions à ce même diant (P. 69, 1. 10) : liie est Cyclops ille 
et archipirata, cui vecturam debemus, et (L. lG)finyite, inqnil, 
nos antnim Cyclopis intrasse. 

On ne peut dire avec décence à quelle occasion est fort 
ii*oniquement rappelé, au chapitre 105, le touchant passage 
de VOdyssée (XIX j 386, sq.), où la veille Euryclée recon- 
natt son maître à la cicatrice d'une blesiuro que lui avait 
faite la défense d'un sanglier, lors d'une chnsse sur le 
Parnasse avec Autolycus. 

Au chapitre 127, se trouvent réunis plusieurs souvenirs 
et imitations d'Homère : D'abord, cette évocation des Si« 



818 CMANTAI IV. 

rtaoi dont on eioii entendra chanter dam lea aire le chœur 
harmonieuxi landie que parle Circé; tant cet douce la 
careaee de ta voix mélodieuse : (L. M) tam dulcU ionu$ 
pertemptatînm muleebùt aéra, ni ptUara inUr aurai canot 
Sinnum eaneordiam. Cf. Odyaii, XII| 1&8| 159 : 

£tipi(M«v )âlv xpâtov CVC^It OtmtvcÉliiiv 

Ibid., 180 (Siremt loquuntur) : 

«t ykp ffftS TIC T{^t x«pi(X«9i vy|f |uX«{vi), 

Plus loiUi ces mots : (L. 87) née tint causa Polyctiofi Ctrec 
amat, nous invitent à penser que Pétrone fait ici allusion 
à d'autres vers du mAme chant de VOdyuic. Les Sirènes 
appliquent à Ulysse cette épithèto de noX^iatvoc qu*on re- 
connaît dnnH le surnom adopté par Eticolpe : PolyaDnos. 
•^ Cf. Odyssée, XII, 184. Ce sont les Sirènes qui parlent : 

On trouve encore dans les mêmes mots de Pétrone une 
allusion aux amours d'Ulysse et de Circé. Cf. Odyssée, X, 
V. 384, 836*. 



1. UlysKC, dunn It litU*nitiiro gnlanto, c^i auMi lo héros d'aventurei 
jinioiircuflOii. Cf. ParUiôniuii do Nicéc, III. UlyMO est aimé d'Énippe, 
llUc do Tyrinnas, dont il a uq fils, Eurjalo. Cetto intcn>rctation du 
mot Polyii*nos est collo qu'on adopte communément et que Jo crois 
Juslo. Le rnpprocliomcnt qu'a voulu Ikire M. Knaack est bien singulier 
f*t l>i<*n invraisomlilablo : < Kxtrcma verba valde langucrcnt, nisi ccr^ 
tos liuniincs signillcaro vitluinsct scriptor elogantls^inius, ac bono ver^ 




Oii iVirciv nomcn fkiiMo vorisimile fit ex Potronio. » IJermes, p. 33, 
Analetta mnnée 1883). 
VéA il rien do plus forcé ? 

• .M^trul,, éd. DIdol, 1S4S, 7. 



80UIICI8 0IIBCQUI8, 819 

La pièea en yen hexamètres insérée dans ce même cha« 
pitre 127 est une imitation évidente d'Homère : 

Idmo qualas fàdlt de vortlce flores 

Terra parens, eam se eoneosto Janxit amoil 

Jappiter et toto eoneopit pectore flammss ; 

Emicuero rosao violnquo et molle eyperotti 

Albaque do viridi riterant Hlia prato : 

Talis humns VeDorcm molles clamavit in herlMs, 

Candidiorque dies seereto favit amori. 

liiade, XIV, 332. Mar.ç iv xopvyJ-Jt 

846, sq. ^11 ^s, x«\ «Yxà; IjAS^nit K^ivov naXç IJv Kti^àMtn^ * 

Xmk^v 0* i^9i!:vt« t^t xpôxov rfi* &«xtyOoy, 
nwxvov xflii |jiaX«xôy, ô; ir,ù yOoyô; 6^' ftp^iv* 
'IVi tvi AtSx907,v, i;:t «SI y:9Ar,v ?99sy?o 
xsXf|V, /^V92'r|y * 9?tXffvai ^* «n^ntrr^y Ix^st. 
Cf. V. 828. 

Cest enQn dans une scène plai^'aute, mais d'une auda- 
cieuse Impudeur, que Pétrone, quelques chapitres plus 
loin (Chap. 132), nous rappelle ce beau passage de VOthjs* 
iée où Ulysse nous est représenté gourraandant son cœur 
à la veille de la lutte décisive contre les prétendants. 

Chap. 132, p. 99, 1. 24. Quid? non et Ulixcii cum corde ligitat suo ? 

Odyêêée, XX, 17, sq. Irf.Oo; lï nXfJSa; x^a^V V-**^> \^^^*} ' 
IVtXfliOi 5îi, xps^^Ti • xai xivtifov «XXo not' ïtXr,;, 
{{AflETl trjî, OTI JJIOI (A^vo;, X. ?. X. 
(û( ï^9ix\ Iv 97i!0i99i xaO>R?d;jityo; ^{Xoy 7|top, x. t. X. 

Telles sont les réminiscences d'Homère que Ton peut 
surprendre dans le Satiricon. Et encore, certaines allu- 
sions mythologiques s'appliqueraient-elles aussi bien à 
tel morceau d'Ovide ou de Virgile, où sont repi'oduites les 
fables homériques (le Cyclope, Circé). Par les quelques 
passages où le souvenir d'ilonière est certain, on voit que 



820 ORAmM iT. 

notre autaar en a usé a?ao lui comme aToc Virgile.^ Bans 
nulle arrière*pentée d'irrérérencieute parodioi il s'amuse 
à rappeler des héros ou des vers d'Homère dans des cir- 
constances le plus rouvent triviales et pnrmi les obscénU 
tés. II n'en professe pas moins une profonde admiration 
pour ce pbre do toute poésie. Cette parodie d'un genre 
partitMilieri tant de fois signalée par nous, sans fiel aucun, 
enjouée et d'une inoITcnsive raillerie, se soutient, ainsi 
qu*on en a pu Juger, dans les diverses parties du roman. 

Bien clain^emées et bien douteuses nont les autres tra- 
ces de réminiscences d*auteurs grecs que l'on pourrait dé- 
couvrir ilans le Satiricon. On a déjà constaté qu'on n'y 
trouve aucune citation grecque. 

Sophocle est nommé par Pétrone parmi les maîtres de 
l'art d'écrire (Cliap. 2). On peut supposer, comme l'ont 
fait les con^mentateurs, que Pétrone songe à un passage 
de VŒdipe Aoi quand il dit (Cliap. 132, p. 09, 1. 4) : et qui- 
dam tragici œulos suos tanquam aiêdicntes castitjant. 

Œdipe JM, 1268, sq. 'Elirt^U;. 

fcipQv«( in* «vtI!(, «Taiv iS<^^<t9» 
£p«( !R«(9tv £pOp« Tôv «&toS xiixXiiiv, 
«w^v TOtaCIO', 6O0VVI»' ow» (l'{>0(VTÔ vtv, 
oSO' ol' Irct/jv, oSO' inot* Bp« xaxà. 

«XX* iv 9MVit TÔ Xo'.ffôv ol)$ |ilv O'S» Bit 
ô^^aO', oO$ V î/.p*i7(v Otf Yv«ii9o{«to» x. t. X. 

Aucune réminiscence directe d'Euripide* ne nous est 
apparue dans le roman de Pétrone. Ce tragique est nommé 
aussi & côté de Sophocle au cliapitre 2*. 



I. A moins rpril n'y ail une allu.Hion îi son PrûlésiioM au chapitre 110» 
I». 107, 1. 30. Mais Proir*.Hilii4 ll^iirn iliinn beiiiicuii|i il'œuvroH laUne^ : 
cf. CaliilK LXVIII, V. 7.M8, lOI-iaO; Propi^ivo, 1, 19, 7, 8*|.; Ovidft, 
Méroldes, XIII ; Lii*viu4, Proimiiaodamia. Cf. Wcichert, P. lai. rttiq., 
7M0. 

*2. On a Koupronnu cliins ces mots (Cliap. 3i et 73) ■ tengonionaK fa* 
cinniiiM •, nno romiption du t/^^i nvxiiyiaya;, mots |iar *iosi|uels com- 



•OUIICKI OMCQUBS. 821 

Bi| en dehors des quelques sourenirs d'Homère et peut- 
être de Sophocle précédemment énumérés, la littérature 
grecque a exercé sur Pétrone une certaine influencoi c'est, 
selon toute vraisemblancei nous le répétons, par Tinter- 
médiaire d'un roman erotique dont toute trace a disparu. 
Le cadre de la composition de Pétrone a pu être emprunté 
à ce roman (récit fuit par la bouche du héros, comme dans 
Lucius do Palras, comme dans Apulée). L'épisode de 
Circé et de Polyœnos serait celui pour lequel Pétrone au- 
rait le plus mis & contribution son modèle. Ainsi s'expli* 
queraicnt les souvenirs dllomèro qui se rencontrent pres- 
que tous dans cette coupure du roman. Il estcertaini d*au- 
tre part, que cette partie du .Sa/ti^tcon a, dans sa corruption, 
plus de grâce que le reste de l'œuvre. Nons l'avons déjà 
fait remarquer à pro^ios des imitations d'Ovide, dont Pé- 
trone s'est aussi inspiré dans cet épisode. De plus, les 
noms y sont exclnsivcment grecs : Chrysis, Circé, Pi*osé- 
hhios, Œnotliée, Philomola, Gorgias. Mais ce n'est pas à 
ce seul épisode que nous bornerions l'imilation do l'origi- 
nal que nous imaginons. La description de la galerie do 
peinture (Chap. 83), l'avonture du navire et le nnnfrago 
(Chap. 100, 118) présentent dos similitudes avec d'autres 
scènes analogues traitées dans les romans grecs posté- 
rieurs au Satiricon. N'oublions pas non plus le conte do la 
Matrono d'Êphèse, qui est un conto milésien. (Snfln, nons 
croyons volontiers avec M. Duerlieler que, mi^nie pour 
cette peinture, si romaine cep(?ndant, du festin de Trinial- 
cliion, certains traits ont été puit^és dans des scènes de 
mémo nature, dont les élùnienis avaient pu être fournis 



moiico uno o«lo «M'îlMinî (rAlciV. {Vr, 39, p. 715, llor^k.) Mais lu ciUilioii 
pouvait Hro. dovoniio provoiiiiale, coiiiiiio le rciiianiiio M. Riuvlirh^r. 
(Éd. fie 18G'2, p. .10.) Ainsi, le « iiiiiic est bibendiiiii • irUt>ruro oi U* « Imi- 
iiiini viniiiii hftificut fur lioiiiiniiiii • sont rodilsrliex iiuiis pardivsf^iMi.i 
«pli no savent pas le latin. D'ailleurs, Trimaleliion érurrlio lu citaliun. 

OlIITIQUK LITTéNAIim. ti 



M9 OMAPiTM nr. 

par des analysât et des éihopéai analogaat aux Carûetlm 
de Théophrasie *• 

Il faut se borner à ces considârations un peu superfl- 
cielleni de peur de se perdre dans des hypothèses invérifia- 
bles. Qu'un romau grec offrant quelque ressemblance avec 
le genre auquel appartient le Saiirieon ait pu exister vers 
le dernier siècle avant J.-G.| c'est ce que M. Erwin Rohde 
no croit pas impossible. Il pense* que Térotique hellé- 
nistique a pu être amenée & créer un genre de récits ayant 
quelque alllnité nvoc le roman moderne, sorte de compo* 
sitionn hunioristiquos peignant avec Unonse la physiono- 
mie de la soriélt^ grecque. G*08t ainsi, dit-il, que de la 
satire Mènippie est né & Rome le roman picai*e8que de 



1. Parmi los autouni qui ont pcut-ftlro foumi dot ôlùmonlt au ro- 
man groo ol i|ui pourraient ôlro aiUHi considérés commo uno des 
sources indirectes do Pétrone, il semble qu'on doit compter cet imi« 
tateur do Tliéocrito, llérodus, dont Ich Mimiamhr» ont ôt récomment 
découverts. (Voir la publication do F. G. Kenyon : Ciauicai Texii 
Jrom Papjfri in îhe Hrilith Muséum, p. 1, si|. Londres, 1891.) 

Ces sci'ues ont en commun avec le roman do Pétrone lo réalisme 
et la licence des peintures do mœurs qu'elles nous présentent. On y 
voit aussi llgurer des artisuins, des gens du peuple et Jusqu'à la lie 
do la société antique. Le stylo a la mémo familiarité. On y rencontre 
pareillement los proverbes et les locutions populaires. A cet égard 
on pourrait mémo établir entre les doux œuvres certains rapprocho« 
menls do termes. Kn voici quelques-uns : 

llérodas. L IlpoxuiiXtc ^ |&«9tpono$. 
V. 16. It« Il ir«i«« i4wT'] * s««*, t« Yèf ^f,ft 

Pttrono. Gliap. 4), I. 0. Minoris quam muscn sumiu. 

V. It. It« itiJ. ré«Tf«M, \ 9t liTm |« Mf«^«t|. 

Pétrone, Chap. 74, p. 50, 1. 2G. llominem intor hominot Ibci. 
V. fo. i>l;i«.tKiJ 

Pétrono. Chap. 40. Despolia. 

2. Op. eii; p. 240, sq. 

; Ttilt U M. BaMhtlar, EJMniftUt MȐ$um, lHl, p. IM. 



•OmCIt GRBCOOIS. 

Pétrone I chef-d'œuvre si admirable encore , bien qu'il 
n'en reste que dee débris. Les éléments d'un roman de 
cette espèce n'existaient pas moins en Grèce que dans la 
partie occidentale de Tempire romain. Ne voit-on pas dans 
VAne de Lucius, & côté des tableaux et aventures fantas- 
tiques qui y tiennent la plus grande place, beaucoup de 
peintures de mœurs réalistes (scènes de voleurs, etc.) qui 
manquent presque entièrement au fa^lo idéalisme du ro- 
man grec? Ces peiulures, qu'on pourrait considérer comme 
les esquisses d'un roman de mœurs plus étendu, formaient 
un genre do littérature assez riche au commencement de 
l'époque helk^nistique. M. Erwin Rolide rappelle, outre 
les Caractères de Tliéophrasle, les écrits de Lycon ', de 
Satyrus*, d'Arinlon de Chios' et autres du nu^me gonro ; 
il cite le cynique Méni^ipe (ihilieu du m* siècle après 
J.-C), modèle de Varron, les comédies de Timon le Sil* 
lographe , les œuvres se rattachant au xuvixoc '^r^'^oi^ 
telles que les compositions humoristiques de Dion le 
Boryslhénite *. 

Il n'y aurait donc nulle invraisemblance à supposer 
qu'un ou plusieurs romans erotiques, d'une couleur asses 
réaliste, satiriques au sens le plus large du mot, sans au- 
cune satire personnelle, se soient produits en Grèce aux 
envix*ons du x*' siècle de l'ère chrétienne. L'un d'eux, une 
Priapeia, aventures d'une victime de Priape, aurait fourni 
à Pétrone l'idée et quelques épi^sodes de son roman. Cette 
œuvre serait au Satiricon ce que la Luciadc est à VAne d'or. 
On se rendrait mieux compte ainsi de ces noms grues 



1. Pôripalùticion, un dos succossoum do Thôophroslo. 

2. Pcripatclicicn qui vivait vore 200* ImiUilour do Tbéoplirosto dtns 
ton livro llip\ */apaxTi{p(uv. 

3. Siuîcion, moralisto populairo, 

4. ni* tièele avant J.*G. 



894 OHAriTM IT. 

donnéf aux bérot du roman et de ces exemples littéraires 
empruntés à la Grèce (Glmp. 2)*. 

Maii| on ne saurait trop lo rôdirCi dans le moule grec 
de certaines scôneS| c'est Tesprit latin que Pétrone a 
▼ersé. C'est chex les auteurs latins qu'il puise surtout ses 
souTonirs, et s'il a imité un roman grec, son imitation 
rosto profondément originale. La forme générale de l'œu- 
vre n'ost pas ccllo du roman grec, mais de la Jlinippie, et 
cotte combinaison tout à fait nouvoUo suflirait & faire de 
Pétrone un créateur, quoi qu'il ait pu devoir à tel ou tel 
modèle. 

On a encore mentionné parmi les sources grecques de 
PiHi*one lort Plilyat/ues et les Cinxdolojiei de Sotades*, 
d'Alexander iltllolos", ainsi que les mimes de SophronS 

Lo pou que nous savons et qui nous reslo de ces écri* 



1. M. Uiiocholor, (Ian8 lu l«>Uro & liif|iiello uuiia nvomi (li\|i\ fuil pluH 
il*iin onipriiiil, |umiho aiiM^i i|iio l'un peut croire A ruxUlvnco do romanM 
gn\iv4 (loiil Pùlrono ne suruil in^piro : 

• Lo ilAvoloppoinonl oxrcMHir du ciMô éroUquo dauii l'ouvrago entier, 
Minii piirliT ni^mo tie la foiino, prouve une conception do la vie et tloM 
inl1ui*nc(«H pluM r(»c(MitO!4 ipie cp11«»h do la comédie ((recopie. Cette Ai* 
sion do riM«Mni*ut érotiipio et de rclémont miinitpic uo peut s'ôtro 
BCcnuiplii* ipie *iUO iinn avant J.-C, en chilfres roiidn. Or, puiHf|ue co 
uiolan^e et mou introduction dann uno ttorto do • boite ■ périûf^otiuo- 
liipofrnndiiipio, c'oHt-iiilire ce «pio nous trouvouM chez Pétrone, for- 
maient rtdijot du rouian k<*oc, on no peut pas vraiment douter ipio 
PtHrouo no so rattache directement au roman grec, & Aristide et i\ 
}^^*}^ iumuuhrahlivs (tuccossours, et (pu\ autant rpron peut parler do 
KouH'OH ^rooipioA pour un roman où ne mauipicnt pas |os additions per- 
Nonuello.4, iuspirôo.4 do la vio et dos usa),'OH populaires, les sources pre- 
mières n'aiout clo do tels MiXr,9(axa ou UxCvÂ'uvtxa ou plutùt encore 
dos >fs99tX(Mt(xa. ■ 

2. C'est l'opinion île \K\\Xct, liheénitchei Muséum, 1SI3: Zicei IVrrke 
tie$ PetroHim Arhiler, 

.1. 8t»tad*M t\o Marouoa, cont«*mporaln de Ptolémôe Philailelphe. Voir 
Strahou, 1. \ IV, I, 41 : rcji îi iMts^r,; jiiv n,«riTo; to3 xîvouÎoXoyiIv. 
Cf. Athonôo, VU, 20.1; \IV,(i20, V»i\, Athénéo (Mir/.ifait d'Alexandre 
/Ktolos, do V Ton ilo Milet, d'Aloxos, Ioh pr«'*cursiMU's de 8otadet dans 
Cl» gonro de la Cénédoiogie ou poôme ioniipie. 

1. Sophrou do Syracuse, contemporain d'Kuripide ; cf. Aristoto» 
t^éiêtfue, cliap. I, et Suitlas, au mot ^i;y^vo'.i;. 



•OURCIt ORBCQUKS. 825 

vains ne nous pennei aucune assimilation avec la Saiiri^ 
eon. S'il y eut ches Pétrone réminiscence de ces œuvres 
ainsi que de la comédie nouvelle, ce fui sans doute aussi 
par rintermédiairo des compositions erotiques dont nous 
avons supposé roxistence. 

On voit, par co qui précède, que la bibliothèque grecque 
de Pétrone dut étn* plus pauvre que sa bibliothèque la- 
tine. A part Homère dont nous avons trouvé chez lui des 
souvei)irS| il nous est impossible de désigner avec cer- 
titude les auteura qu'il a lus directement. Il et^i évident, 
toutefois, qu'un lettré toi que lui a dA être versé dans les 
lettres grecques. Voici les noms d'écrivains grecs qui se 
rencontrent dans le Satiricon : (Cli ip. 88), Democritus ; 
(Chap. 2), Demosllienes ; (Cliap. 104, 132), Epicurus; 
(Chap. 88), Ëudoxos ; (Cliap. 2), Ëuripides ; (Chap. 40), 
îlipparclius; (Cliap. 2, 48,59, 118), liomerns; (Chap. 2), 
llyperides; (Chap. 2 et 118), mvnn lijrici; (Chap. 2), 
Pindarus; (Chap. 2), Platon; (Chap. 2), Suphoclcs; 
(Chap. 2), Thucydidcs'. 



t. Mettons en rognrd la Waio des écrivainn liiUns nommés par V&» 
trono : Cliiip. 137, Cuton (ornloiir) : C'hup. 3, 5, Tm, (licAron; Chnp. 118, 
Uoruco; Chap. |;)7, Liibéon ci Servius. JiirisconMiiltus ; (!lmp. 4, Liuti- 
lins; Chap. 55, Publiliiiit 8yrus; Chup. IIH, Virgile (cité aux cliAp.39, 
Cl,(i8, m, llv\ I32j. 

Nous avoDH laissé on dehors de réniiniérnUon dos écrivains grecs 
numnicH dan.s le Satiricon deux poète» «pi'il c^t nialui.Hé du désfignor 
avec précision. 

Au chap. 55, 1. 17, on lit : « Ali hoc opigraminato cifpit po<*tanim 

esse mentio diu<pic suiiiniu curminis pênes Mopsum Tliracom me- 

morutu est > M. Huochiïier (éd. do IMW, p. 03; croit ({uo ces mutu : 

■ diuque summu carniinis >, h4|., doivent se rapporter à une Hortu de 
résumé groles<pie <pie Taisait Trimalchion do l'histoire do Id fioésio. 
Il estimo qu'il y a ici une lacune assez considéralilo. 

Quant à : « MopMini Thrarom >, il niV^n comiuunitpie uni* oxplica- 
tion fort iii^M'uii'Use. Trimalchion bavardant ii tort et ii travers sur l'uri* 
gine de la poésie confondait ici Mopsus et Musée. Mopsus était connu 
comme devin paria légende des Argonautes et par la ville cilicienno 



<■?*■■ ^'. . Jil- 



8S6 



OHAPITM IT. 



En M qui ooneerae les auteurs greoS| à l*6xoeptk>ii 
d'HomèrSi 11 nous est donc Impossible d'examiner de 
quelle manière Pétrone a pu les imiter ou les parodier. 
NouH avons dA nous borner & Taire connaître les origines 
pn^sumables de son œuvre dans la littérature grecque ; 
main la comparaison qu'il nous a été permis de faire entre 
Potrono et la plupart de ses sources latines a suffi pour 
nouH montrer de quelle façon il pratique cette théorie de 
Timilation qui lui est chère. 



do Mop.Htiho.HUa. l)*autro part, Musôo osiconsidâré avec Orphée comme 
l'anciMro ilo lu pousin : 
jEh., VI, V. (i07, titiS : 

■ Mtisroiim anto oninos; modium nom plurlma turba 

lliiiic lifi)H»l, al«pio hiiiuorU oxstanlom •utfpicH altit. ■ 

Trimnirliion proml un nom pour Taulro, ainsi i|u*il l'a Tait déjà plus 
d*uno Tuis. Au ('hii|i. 5;*, il u conrondu (liiiittandro avec Médôn, l'héroïne 
dn ci'llo niAuM) If^endo do< Argonaulos (h 17) : • qucmudmodum 
Caiisundni orridil llliuii muos ■. 

Au rliiip. 73, il OHl iph'Hiion d'un Mônéerato, dont Tnmalchion met 
f>n pi(TOi« loH cantica, Cn nn pout 6U*o lo poète coniiquo dont parle 
BuitliiH. On a lu : ■ Miironalia •. La rum*ction n'est guèro HaUsTai- 
MUte. Solun 8lu(l(*r (op. eit,), cos caniica Menetralli ptuirruiont être 
Ion cliuutH du ciUiurèilo Ménécnite, comblé de nmri|uc« do Tavour 
par Néron. (Cf. Suétono, Siron, cluip. 30.j L'incortiludo aubitisto sur 
co nom. 



CHAPITRE V 



CONCLUSION. 



Il ooui reste à dégager les idées essentielles de l*étude 
que nous avons poursuivie & travers des digressions iné« 
vitables en un sujet obscur et délicat. Nous nous sommes 
iavancé avec circonspection sur un terrain peu sûr et 
miné dUnnombrablen hypothàf^esy guid(^ uniquement par 
des vraiscmblnncesy parmi les incertitudes ifun texte mu- 
tilé. Nous avons essayé do saisir le detf^ein et de surpreu* 
dre les goAts d'un aulenr dont nous ne saurions dire réso- 
lument quel il eut ni à qui'lle époque il a vécu. 

Touterois, nous avons cm x)Ouvoir légitimement deman- 
der à Tœuvre de Pétrone do nous apprendre quels sont 
les principes de ses jugements littéraires, quels auteurs il 
a lus et imités, de quelle m.iuiëre enfln il les a imités et 
si c'est dans un esprit de rivalité et de parodie. 

Ce qu'il faut penser de na doctrine, certains morceaux 
nous l'ont laissé voir, encore qu'accidentels dans l'œuvre. 
Il nous a paru qu'il est permis d'y chercher l'expression 
des sentiments personnels de Técrivain. Avant tout, il s'est 
révélé à nous comme un classitjue. Son Eneolpe, son Aga- 
memnon tiennent sur les causes de la décadence de l'élo- 
quence des discours que u'eAt pas désavoués Quinlilien. 
La condamnation des vains exercices, des déclamations do 
l'école est formulée en des tenues qui offrent une analogio 
frappante avec ceux qu'emploient Sénëque le Rhéteur et 




888 OHAPITM ▼• 

Tacite en son Dialogue det oratiun. Sur ces g4néntUtét| 
Tauieur a mis da moins i*empreiute de son esprit ironique 
et enjonéi et si ia doctrine est peu origiiialei Teipression 
e»t le plus souvent neuve. Pétrone a passé pir les écoles 
do ces rhéteurs qu'il raille ; il sait à l'occasion dresser 
un développement d'école, enfler son style en quelque 
moralité oratoire ; il a mémo conservé| dans ses veré sur- 
tout| quelques-uns des défauts dont il a Tait la critique. 
Mais il n*en reste pas moins attaché à la doctrine classi- 
que. C*est ainsi qu'Eumolpe est un disciple ret^pectueux 
de Virgile quand il expose les règles de l'épopée, et ses 
préceptes sur la poésie concordent avec ceux de VÉpUre 
aux Pitons d*Uorace. Si, là encore, la perhonualité de l'au- 
teur no se révèle que par d'heureuses alliances de mots et 
de piquantes comparaisons, du moins y parle-l-il en lettré 
qui a le culte des grands modèles. 

De même, dans les quelques passages où il touche aux 
arts, il se montre un fervent admirateur des maîtres de la 
peinture et do la 8culpture grecques, et un appréciateur 
délicat de leur talent. C'est co qu'a démontré Friedrich 
Hermanu dans sa dissertation sur le ^ens de l'art chez les 
Romains '• Gerhaiil* avait déjà Tait voir Timportance de ces 
mots du cliapitre 126, p. 94, 1. lu : c Oxcuhnn quale Praxiteles 
habere Uianam cretUdit », que justiQo l'Artomis Colonna du 
musée de Berlin. La description de la pinacothèque ^ue 
Pétrone fait visiter par son liéros, prouve aussi quMl con- 
naissait les œuvres des grands mattrcs et savait en discer- 
ner les mérites propres (Cliap. 83). L'ironie de ces termes : 
Grùxuii (Mirantes (Cliap. 88) appliqués à Phidins et à Apel- 
les indique son dédain pour les préjugés d*uue bourgeoi- 



t. Vrber dm KuMêfiênn der Hômer mmcI dereu Steilung in der Ge- 
êchiehieder aiien hurni, vun D' Kurl Frit^drirli llcriimiiii. GuUingon, 
18.VS. 

2. BeriiHê aniikê iiiidwerke, p. 4G. 



CONCLUSION. 889 

fie cupide qui met Tart et la science bien au-dessous de 
la fortune. 

Ces Jugements ne sont peut-être pas originaux ; Pline 
TAncien s'exprime de même sur les causes du déclin des 
9ûtiB {NaL IL, XIV« 1) : c ..,. postquam.,.. tolagaudia in 
possidendo, pessum iere viUe prtiia, omnesque a ma^imo bono 
tiberaiië dicta artes in contrarium eecidere ac sevvilute sola 
perfici eœptx. » Il déplore également la décadence de la 

peinture (XXXV) i 1^ de pictura, avte quondam uobili 

nunc vero in totvm mmnnoribut pvha 2, Imaginum qui» 

dem pictiira.... in totum exolevit..,. 37, Nondum libebai pa* 
rietex lotos pingere. » Cf. Péti'one, l\\\ du chapitre 2. 

Comme Cicéron, Horace et Qiiintilien, Pétrone établit 
des nipprochemeuts entre les lettres et les arts. Il est du ^ 
petit nombre des écrivains de Tempire qui parlent de 
Tart avec compétence et sympathie. 

Ce sceptique libertin, cet épicurien irréligieux nous a 
semblé avoir tout au moins une foi littéraire. C'est là son 
fond le pins solide. 

De cette admiration pour les maîtres découlent la rhé* 
torique et la poétique de Pétrone. Pour bien écrire, la 
première règle est d*avoir beaucoup lu ; r/est ainsi qu'on 
arriverai pratiquer l'imitation. Précepte banal assurément. 
Mais Pétrone y cs^t revenu avec une insistance qui nous a 
frappé. Il nous a semblé 8urprendi*e ici une confldcnco 
persoinielle. Nous sommes donc parti de là pour cher- 
cher si notre auteur a lui-môme appliqué cette règle de 
rimitation, et surtout dans qnel esprit il a imité. 

L'œuvre considérée sons cet aspect nous a Tait connaître 
un écrivain très b'ttré, auxquel sont familiers les poètes 
latins, qui s'est plu aux genres populaires, tels que lo 
mime, qui n*est pas étranger aux œuvres sérieuses, mais 
n'en prend que ce qui peut servir à assaisonner sa Ménippée 
romanesque de quelques épisodes oratoires ou poétiques 




880 OOàFtTAB ▼• 

d'un loo plas releré. Épicurien déelaiéi il a| dans la Ut* 
Mraiurei une prérérence prononcée pour les satiriques et 
les auteurs de Minippiei qui peignent la rie sous ses côtés 
bouffèns ou vulgaires; il possède les contes et les romans 
libertins dans le genre milt^sien. Mais lui-mâme est un 
obserrnteur perspicace de la réalitéi et s*il a pu puiser 
chos ces conteurs la donnée de ses narrations, il a beau- 
coup ajouté de son fonds. L'imitation est ches lui libre et 
originale. 

Nous avons distingué dans le Satiricon le récit même, 
pincé d*un bout & Tnutre du roman dans la bouche d'un 
seul personnngCi Encolpe, des morceaux pO(}tiqucs dont 
il est semé| selon la formule de la ilènippèe. Ce récit, d'un 
latin lin et précieux, qui est celui de la meilleure société, 
tantôt su maintient dans le ton du sermo quotidianus, la 
langue familière et courante des gens du monde, tantôt se 
relève Jusqu'à une sorte d'emphase oratoire et poétique, 
et se colore de nuances qui sont le refl(*t de tel ou tel écri- 
vain déterminé. C'est ainsi que plusieurs pnesages nous 
ont paru dériver d'une source d'imitation dinn'te. Quand 
PiUrone déclame contre les exercices de rhétoriqui! qui ont 
amené la chute de l'éloquence, il se souvient de Séuèque 
le niiéteur. Les tirades philosophiques sur le néant de 
l'homme rappellent le tour et 1(*h idées do Kénùque le 
Philosophe. Le Festin de Trimalchion a par endroits dos 
réminiscences d'iloraco. Ln scène des amours d'Encolpe 
et de Circé paraît, dans certaines parties, dictée par le 
souvenir de VArt (V aimer d'Ovide. Ailleurs, c'est chez 
Virgile que sont prises les expressions de plusieurs mor- 
ceanx à effet. Dans les passages de ce genre, qui revien* 
nent fréquemment, la prose de Pétrone est une prose poé- 
tique. 11 faut naturellement ranger dans une catégorie à 
part les pages où domine le sentio pleheiuM. 

Le plus souvent c'est avec un accent d'ironie conforme 



CONCLUSION. 881 

à la nature des sujets traités que Pétrone imite ainsi les 
poètes dans des scènes triviales et obscènes. Ces narra- 
tions Tulgaires ou licencieuseS| il les rehausse à dessein, 
et comme pour s'en moquer lui-môme, d'une parure d'ex* 
pressions nobles qui forment avec la situation une spiri- 
tuelle antHhè8e. 

Les pièces adventices et de pur ornement dont il a 
émaillé son roman, à Texemple des auteurs de Ménippées, 
nous le montrent s'essayant, suivant la tradition de ce 
genre, à reproduire la manière des poètes latins en renom. 
Il fait d'évidents pastiches de Lucilius, de Pubiilius 
Syrus, de Lucain, de Virgile, de Lucrèce. 

Ces pièces de vers trahissent l'émulation d*un versiflca* 
teur plus ou moins habile qui reprend à sa façon des ar- 
guments poétiques traités par des mattres. Mais ce serait 
une erreur d'y chercher une intention de parodie. Une 
seule critiqne peut être admise en ce qui touche Lucain, 
mais qui ne diminue pas Tcstinie qu'il fait de ce poète. 
Sa réserve sur le rôle du mrrveillonx dans l'épopée est 
celle d'un classiqne qui jure par Virgile, et regrette que 
Lucain se soit, sur ce poinl, srparù du matlra. 

Ainsi compris, le romnn nous a paru avoir une suite et 
une unité que lui eulùvent certaines interprélaiions ha^ar- 
denses. Vraiment gai dans son audacieux lilierlinage, sans 
nulle arrière-piMisce amùr<>, il prête, par l'élasticité du 
son cadre, à toutes les fantaisies d*un esprit sceptique, 
qui est le premier à rire de ses héros, et s'amuse i les 
voir jetés dans des situations critiques on mis en présence 
de gens de toutes les classes. De là beaucoup do portraits 
légèrement esquissés, de caricatures môme. Le roman est 
réailiste, mais avec beaucoup d'indépendance et de caprice; 
Fatirique, sans nulle violence. Encore moins l'écrivain 
a-t-il l'intention de con*iger h*s hommes. Il se tient pour 
satisfait s'il est paiTonu à les divertir. Toutefois, les vices 



Vf^rzJi^ ^ — , 



889 OHAPITM T. 

et les traTers de Tépoque impériale ODt en lui un peitftre 
ndèlei au pinceau alerte et léger. La triomphante sottise 
du panrenu sUncarne dans l'immortel Trimalchion; le 
poète ridicule I sensuel et besoigneuX| dans Eumolpe. 
L'épisode de Crotone met plaisamment en scène les cap- 
tateurs de testaments ; la Matrone d'Èphèse raille Tincons- 
tance di*s femmes. Mais à travers le particulieri Pétrone a, 
comme tous les écrivains de valeur, atteint la vérité géné- 
rale. Quant aux sentences qui sont répandues dans le ro« 
maUi nous len avons considérées plutôt comme les refrains 
d'une sagesso d*école que comme les arrêts d*un mo« 
ralisto. '^ 

Toile qu'elle nous apparaît, débris fort mutilé d'une 
vasto composition où l'on devait trouver une riche variété 
de scènes et de personnages, l'œuvre est des plus distin- 
guées et dénote un lettré d'un rare mérite, l/uuteur pour- 
rait bien iHre le véritable créateur à nome de ce genre du 
roninn qui était appelé, dans les temps uiodernes, & un si 
bel av«*nir. Pourquoi faut-il qu'on ne puisse louer son ta- 
lent sans rognater l'emploi qu'il en a fait ti*op souvent? 
Pourquoi nous oblige-t-il & le suivre dans les mauvais 
lieux en compagnie de héros qui sont gibier de potence? 
Pourquoi s'est-il complu en dos Kènes d'une révoltante 
immoralité? 

On ne peut s'empêcher de se demander avec curiosité 
quel est cet auteur si diversement qualifié par les criti- 
ques en qui les uns ont vu un pamphlétaire, hardi dénoncia- 
teur des turpitudes de Néron, les autitss, un satirique qui 
lance sur les corruptions de la Home impériale, non 
plus comme Juvénal, les foudres dt; la déclamation mais 
les traits menus et aiguisés d*une ironie hautaine, ut qui 
pour nous n'est qu'un romancier picares(iue et humoris- 
tique. 

Ëst*ce bien au Pétrone dont Tacite nous peint le carac* 



CONCLUSION. 888 

tère et nous raconte la mort au XVI* lirre des Annale$^ 
qu'il fiiut attribuer la composition du Satiricon f La quea- 
tion est très controrersée, et a été discutée à fond par 
un certain nombre d'érudits entre autres par Studer et 
Ritter*. 

Sans entrer dans un examen minutieux de tous les ar- 
guments pour et contre qui ont été mis en avant, nous 
dirons cependant notre avis sur ce point, en nou8 fondant 
sur le texte môme de Tacite. 

Tout d'abord, si notre Pétrone est celui de Tacite, l'ou- 
vrage dont nouK possèdent» des fragments couttidéraldes ne 
peut être, nous l'avons démonU*é', ce fauieux récit où, 
avant de mourir, avec les noms des jeunes impudiques et 
des femmes perdues, il retraça en détail les débauclies 
du prince et leurs monstrueux ralRnement» et qu'il en- 
voya au prince scellé de son cachet*. 

Il faut renoncer absolument & une assimilation qui du 
rcsle ne rencontre plus que bien pou de parliKans*. 



t. Cliup. 18-10. 

2. Vfiir clmpilro I, p. tO, tl. 

3. (^liup. I, p. 10 t*i HuivaiilMH. 

4. ■ 11iif(iliu principiH hiiIi nomiiiibiiM o\nli*turtiin fiMiiinanim* 

ipio ot iiovilalf.'iii riijiiMrpm nliipri pnrm.'ripi^it atipio uliHigiiiiUi ubil 
Noniiii. • (Ainialrn, XVI. 19.) 

Sah iiOMhiibuM =s « uildilin fiiloi niiiMa noiiiiiiibiih ■, nin;*! qiio IVxpli- 
(pi<^ Nipponli'v; vX, Ann. Xlll/i.î; IV. W^tnb exempio, \\ o.sl iiiiiiliiiiH« 
Mil»li* fpif'.fliiii.s un puinpIiN'lsiiprùiiio. l'ùlroiio ho hoîI iloiinù lu pi*inn 
ir«Mnploycr tU*» imiiih Miippos/*.H, do f(iucr «pioi «pio en l'iU. Nùnin n» 
n*y Iniiiipii pus un inslaiil ((!Inip. ?0) : « Anilii^fonU Ncnnii «inoniini 
modn nocliuni Muarnni ingénia uoIo.him'immiI. • 

.'i. Vi'U'V (ilfivhéchie Homm, t. 111; llullis 1881, i« l'd., uotn ili* U 
\miio. Xt\f n'fsl paH convaini'U ijuo l'iiMiyn* ipio nonn aviiiiM n'i*.>t |Ntf» 
la Kalii'i) ruvoyiM» à N/tou. Il cxplMiun « huI» noniiniliiiM ■ par mohm les 
nomn. Il pruso aussi ipi<* INHi'unoavaillaissi; un<' rupii» iln son onvnigt* 
pour II* pnhlu*. 

Li's liypollirscs ili* KlndiM* (op, cif,) huiiI liiiMi pfu plnuMiliIns. Nmi^ 
n<* pouvons les ilis«'uli*r rn (l«'*lail. Kniron* l'unUil n*h*vi*r rf*il«* Hiip 
po>ilion in\raiscinl»lal»lo pour oxpIlipuM' connntMil l«* SatirècoH, |Nim* 
plilt'l «liri|:i'* conlro* Nrron. <*l «lonL lo roflicilli* \u* H«*rail qu'un Tnig* 
uienl, u pu ôlro puhlii*. l/enipt^rijur luî-ni>>ni(*, «olon Hlmli^', troiiviini 




884 CHAPITU ▼• 

Si le Sattrteon n'est pas le codicille de Pétronei ce te- 
man du moins est-il l'œuvre du T. Petronius dont Tacite 
nous entretient en ces chapitres 18 et 19 du livre XVI ? 
Oui| répondent un certain nombre de critiqueS| et les xai* 
sons qu'ils donnent sont les suivantes : 

1* Les manuscrits attribuent & Tauteur du Satiricon le 
nom de Petroniui Arbiier ; or Tacite écrit (Chap. 18) : 
€ /lU^ paueos familiarium Neroni assumplus est, elegantim 
arbiter.... » Ce ne serait pas par un pur effet du hasard 
que Tadte aurait donné & Pétrone cette épithète qui re- 
produit le eognomcn du romancier. 

2* L'esprit légor et le voluptueux épicurismedu Pétrone 
de Tacite sont bien d'atxord avec le caractère licencieux 
du roman qui nous est resté, c Les qualités que Thistorien 
lui atiribuOi surtout cette aisancci cet abandon, cet air de 
simplicité, qui donnaient à^es paroles une grâce nouvelle^ 
sont celles qu'on remarque le pins dans le Satiricon^. » 

3* Cet écrit dont parle TacilCi qu'il envoya i Néron 
pour lui montrer qu'il connaissait le secret de ses débau* 
cheS| semble bien prouver qu'il avait quoique habitude 
des compositions de ce genre*. 

ReprenouK chacun de ces arguments : 

1* On lo nom do Petronius Arbiter était celui de l'au- 
teur du Satiricon, ou ce cognomen a été ajouté postérieu* 
rtinout A son nom ; il aurait été pris alors dans le texte 
de Tacite. Le nom mémo de Pétrone n'aurait été attribué 



do l'agrôinont ol do Tintdrôt dans lo Saiiricon, irrita «culoniont dos 
Imlincri^liuiis coiniiiitfos «ur «os dôhuiicho.i noctiiniotf, auruit Hiiiiplo* 
ment «iinpriinô les pasHugos ipii l'uUoigniii«*iit. \\ n'y a auciino raison 
pour ipi il ait voulu doiruin) lo ri)«lo do louvrugo. Vniimont, on so 
roprùsonto mal Néron pratiquant lui*mùmo la ccnsuro. Taisant doi 
coupures daiis un écrit où il osl dccliiré à belles dents, et laissant pu* 
blior par amour pour les bollos-letlres un Safiricon expurge. 

1. 0. Uoissicr, i'OpitoêHion $êu$ le$ Céian, Un roman de mœnr$ 
iouê Pféron, p. 2'2G. 

2. G. Uoissier, iàêd. 



CONCLUSION. 885 

au roman publié sous le Toile de Tanonyme que par une 
combinaison ultérieure fondée sur la similitude d'esprit 
et de temps*. 

Examinons d*abord la première hypothèse. 

Les mots elegantùg arbiter désignent-ils dans Tacite le 
cognomen du romancier appelé par les manuscrits Petro- 
nius Arbiter f Nous remarquons que dans le texte de Ta* 
cite, le nom de Petronius n'est pas immédiatement suivi 
de celui d'Arblter*. Il faudrait donc admettre que le grave 
Tacite aurait ici joué »ur les mots et hasardé un calem« 
bour. Ce serait Tunique exemple de ce genre do plaisan« 
terie dans son œuvre. Les occasions cependant no lui 
eussent pas manqué. Que do cognomina prêtaient à des 
jeux de mois de ce genre ! Si Tacite était entré dans cette 
voie, lui eAt-il coûté hi^aucoupi pour nous borner à un 
exemple entre millOi d'écrire au livre XV, 68| deo Annala 
au lieu de : Proximum constaiitix exemplum Sulpicius Asper 
eenturio prxbuU, — Sulpicius • asperi animi »? Si Ton ap* 
plique à d'autres textes le système d'interprétation que 
l'on propose pour elegantiœ arbiter, on traduira ainsi cette 
ligne du chapitre 67, 1. XV (nous prenons au hasai*d) : 
Pwna Flavi Veianio Nigro tribunomandatur, — « Le supplice 
du tribun le Blond fut contlé au tribun le Nuir. • Et voil& 
bien vite reconstitué co liber Facetiarum attribué à l'auteur 
dos Annales p.ir le gràmniairion Fulgontius IManciadcs. 

Il 80 pourrait bien qu'il n'y t*At ici qu'une épithôto et 
rion de plus. Le mot arbiter n*etft pan rare dans Tacite*. 

1. Touiïol, iiiUoire de la Uttiraturs romaine, t. Il, p.tli; d'upri*;» 
niUor. (Op. cit.) 

2. « Intur pauons ramiliiirium Nt^nmi adsiiinptiiH nst, olcgiiiilia* arhl 
ter, dum niliil umœnum cl molli* udtluoiilia piitut nisi rpiud oi Potro- 
nius adpruhavisHot. > (Ann,, XYI, 18.) 

3. Ann,, 1, 2G : • An prujtnia siib duminis, po^nas tfino arbitra cssc. ■ 

— II, 73 : ■ Si sulus arbilcr ruriim Tuisscl. ■ — IV, 41 : ■ Hiiu in 

manu adilus litcrarnin«|uo magna ex parle mo arbitrum Turo. ■ 

Cf. Ann., XIII, 21; XV, 2i; DiaL, V : i Qualcnus nrbUrum liU« 



886 CKAPITM T. 

RIeD| ni dans lo8 habitudes de Tauteuri ni dana la'con« 
texture mdme de la phrase, ne nous parait autoriser i prd« 
ter ici à ce mot une signiQcatioii exceptionnelle. 

Serait-ce alors l'auteur des extraits anonymes qui, at* 
tribuant au Pétrone de Tacite la composition du Satiricon, 
ourait accolé à ce nom cetlo épithète d'cirfri/^r recueillie un 
peu auparavant dans le texte des Annales t Ceci nous sem* 
ble d'une ash<^s peu probable complication : arbiter tout 
seul, séparé de sou régime eletjantiXf n*offre pas un sens 
complet. N'e8t-i*e pis comme si, au lieu de Pétrone, le roi 
de la moile, on écrivait : Pétivne roit 

I^assoiis au second argument. Sans doute l'épicurisme 
pratique et foulenu Jusqu'aux derniers instants que Tacite 
prétu à son Pétrone, concorde avec ce que le Satincon nous 
révèle de l'esprit et do la morale de son auteur. Lorsque 
nous voyons I^étrone, après s'ôtro ouvert les veines, s'entre- 
tenir avec ses amis et se faire lire des vers badins et des 
poésies légères', nous pensons aux petites pièces dont le 
Satiricon est semé et aux scènes voluptueuses qui y sont 
décrites. Mais l'épicurisme n'est pas une exception dans 
les premiers siècles do l'empiro, et les amateurs de poésies 
erotiques y sont nombreux. Les termes employés i(*i par 
Tacite ne constituent donc pas un signalement sullisant. 

La phrase suivante, a-t-ou dit, semble définirussezbien 
la manière do Pétrone écrivain : ac dicta factaque ejus, 
i/iunito soliitiora et quamâam sui neglegentiam prxferentia, 
tanto gratins in speciem simplicitatis acripiebantur. Mais il 



liiiJiiM iiivoni >, fMc, Ole. » M<>ino omplui iVarbitrinm (Anm., XIII, U) : 
• lioliiirt II («Inuditi hii|io8Uii!), voliit iirhilniiin ro}(iii u^ehiU », fîti\ 

I. • Aiiilii'lmt |iio roriM'iMiti*s iiiliil iIp iiiiiiiorlaliliili* iiiiiiiia* ot )ui|iion« 
liiiiii |ilai'i;iH, hihI loviii runniiia ot ^acill^<i vi»rsii.4. ■ {Ahh , XYI, V.K) 

Tariln iio illt uk^iiio )iaA<|iio i*r*lruiin «o suit fuit lirnilo si*h prupri^s 
|NM*sii«M (m* loH |ii<*co.<4 liudini*H no niaiii|iii*nt \u\a tlan^ lo Satiricon). 
laïKliM qu'il 811111 lin rappiMor qiio Liiraiii, ovunl ilc iiiuurir, récita 
dc« vor.4 ilo sa Phartale. (Ann., XV, 70.) 



C0IICLU8I0II. 887 

•8i Traiment bien surprenant, si ce Pétrone est Taotenr do 
Satiricon, que Tacite n*ail pas fiiit quelque allusion i une 
œuvre aussi importante et si en mpport avec le portrait 
qu^l traçait du peréonnaj;e. Quoi de plus simple que d'é- 
crire, en ce cas, ae scripta faelaque ejtu t Et alors qu'il 
parle du fameux codicillei pas un mol qui laisse soupçon- 
ner que Pétrone était expert en ces peintures de scènes do 
débauches. Ce n'est pas ainsi que Tacite procède d'ordi- 
naire. Si concis qu'il soit, quand le nom d'un écrivain se 
rencontre sous sa plume, il néglige rarement de signaler 
son talent. Il écrira de Lucain : c Ideni Antutum Lveanum 
genuerat, grande adjumentum claritudimM. » {Ami., 1. XVI, 
chnp. 17.) Il aura soin de nous rappoler^ù propos de Pom- 
ponius SecnnduS| la gloiM que co poète s'est ac(|iiise par 
ses tragédies : « Decretusque Pomimxio triumphalis honos, 
modiea part famx ejus apud posUros, in quis carminum glo^ 
ria prxcellit. » {Ann., 1. XII, 28. — Cf. Ann., 1. XI, 13.) 
Le hilence qu'il garde à l'égard de la vaste composition de 
Pétrone nous paraît donc singulier. 

3* Il Test d*autaiit plus que, si lo tebtamenl de Pétrone 
avait eu quelque analogie avec le Satiricon, l'occasion s'of- 
frait à lui tout naturellement do dire un mot de ce roman. 
Mais il est très vraisemblable que ce bref codicille, sorte 
de procès-verbal des débauches de Néron, avec les noms 
à l'appui, libelle accusateur sans nulle précaution oratoire, 
vengeance posthume d'une victime clairvoyante et admi- 
rablement iufonnée, n'offrait aucun rapport avec le roman 
que nous poësédons en partie. Le romancier semble tota- 
lement ignoré de Tacite ; d'autre part, le pamphlétaire 
paraît absolument inconnu à Macrobe qui nous présente 
Pctronius Arbiter comme un simple auteur de i^omans, 
multum se exerçait. Cette active production du romancier 
aurait-elle pu échapper à Tacite ? 

Devant tant de contradictions et d'incertitudes, il ne 

CBITiqCI LITTà«4JM. M 



888 CHAPITRI V. 

faut pu Touloir à tout prix argaer d'une similitudei d*ail- 
leart incomplètai de nomsi pour traoerormer en un roman* 
eier fécond et leilréi le voluptueux épicurien dont Tacite 
nous a peint aurtout la vie élégante et molle, ce compa* 
gnon des fêtes et des orgies de Néroiii qui ne montra un 
peu d'énergie et d'activité que pendant son proconsulat, 
pour retourner ensuite aux vices ou à l'imitation calculée 
des vices*. 

Il n'en coûte rien d'imaginer un Petronius Arbiter qui 
n'ait été qu'un écrivain et qui serait l'auteur de notre ro- 
man. Le nom de Petronius est un de ceux que l'on rencon- 
tre le plus souvent dans les auteurs aussi bien que dans le 
Corpui. 8i le cogiiomen • Ar])iter » parait pins rare, on le 
trouve cependant au tome X du Corpus, 5490 1. Dans le 
Querobis, le voisin et ami du grincheux s'aiipelle Arliiter. 

Que ce romancier de grand mérite ne soit nommé par 
personne avant Terentianus Maurnsy cela sans doute est 
fort étmngo ; mais d'autres écrivains encore n'ont été cités 
par aucun auteur ancien. L'antiquité n'a-t-elle pas gardé 
le silence eur Manilius, FIoruS| Quinte-CurcOi Strabon*? 

Les mentions qui sont faites de Pétrone par les écri- 
vains de l'anliquité sont les suivantes : Pulgentius Plan- 
ciades le nomme douze foin; ServiuSi trois; Terentianus 
Maums et Marius Mercator'i deux; Douce, Macrobe, Si- 
doine Apollinaire, Marius Victorinus, Joaimes Lydus, 
Priscien, Isidore, Diomùde, faint Jérôme, Pompée, le 
scoliante de Stace, le Pseudacron, l'auteur de la gram- 
maire De dubiis fwminibns, le glossaire de Saint-Denys, un 

I. ToUo nst la conclusion i\ In-niAlln nrrivo aussi M. Th. II. Martin. 
(Prûnico ilo la traduction ilt* Touth»! pur Bonniinl ot Piorsun, p. xvii, »{,) 
S. Cr. DoMon, Étude sur ÇHinte-Vurcê, llachotlo, 188G, p. 5, sci|. 
3. iJber tubHOtatiottHm in ver ha JttUaMi, Ifigno, Pafrot., t. 18, 

I). 120 : ■ unus tibi MnniUua coniporandus, namqun Murliali« oi 
?olronii solus ini^onia superusli. » — ibid,, p. 132: ■ Klcganlor scurra 
Io<|uori8 moro tuo, el moro «|uo tlieatrum Arbitri Valoriiquo dotri«U. ■ 



coitCLusioii. 839 

autre gloMair6| chacun une fois. Aucun de ces textea ne 
le désigne dans des termes qui permettent de reconnaître 
le Pétrone de Tacite. Marius Mercator Tassocie à Martial 
en raison de la licence de ses écrits. Tcrentianus Maurus, 
Marins VictorinuS| Diomèdei ne le nomment que commo 
poète lyrique, introducteur du mètre anacréontique. D'au- 
très se contentent de lui emprunter une citatioUi un exeniplO| 
une particularité de grammaire ou do langue. Sidoine rap« 
pelle qu'il a été à la hauteur du Priapo de l'UelIcspont; 
Macrobe ne voit en lui qu'un romancier. Seul Joannos Ly« 
dus le classe parmi les t&ailW\q\xeé{l)emafjistratibus, 1,41): 
ToOfvoc ht xat 'lou^evctAïc; xal lIcT^cavioc aùtoOev xolX; Xoi- 
ho^CoLic iîTc^tXOsvTi- Tcv aarjfixov vsjjicv T:aptTÇ(.>aav. Mais 
ce Byzantin du vf siècle peut n'avoir que des idées très 
vagues sur le Satiticon et l'avoir jugé ou sur le titre ou 
d'après une opinion erronée, confondant dès lors le roman 
avec le pamphlet dont parle Tacite '• 

On peut se demander si la nature m<?me de l'ouvrago de 
Pétrone n'a pas contribué à faire le silence sur son auteur; 
nous ne le croyons pas. Il est plutôt singulier que les Pè- 
res de l'Église n'y aient pas puisé dos arguments pour flétrir 
les dépravations du paganisme. On s'étonne aussi, avons- 
nous dit, qu'Ausone, justifiant bon Ccêiio miptialis par 
l'exemple d'un certain nombre d'écrivainS| n'ait pas songé 
à alléguer Pétrone et ses contons erotiques. Peut-être 
cependant y a-t-il une réminiscence d'un des héros de Pé- 
trone dans ce nom de PofyijUon donné par Ausone à une 
des victimes de ses épigrammes. {Epig. CVI| In scubiosum 
Pohjgitonem.) 



I. 8i loâ partisans do la confurmit<S ilu Pélruiio do Tacilo avec Tau* 
tour du Satiricon invoifucnl ruuluritc do Juunno;» Lydus cuniuio ccUo 
d'un témoin digno Aq foi, l'armo so trouvo ôtrc f\ double tranchant. 
Car l'ordre chronolu(;i(|uo suivi pur Joanncs Lydus pluccruit Pétrono 
après Juvénul, c'csl-ù-diro au plus tOt sous les Anlouius. 



840 evAPiTM T. 

On a luppoaé encore ' que rœane, compoeée hon de 
Romei peut-être i Marseille (texie de 8!doine)| ou i Na« 
pleS| ne portait aucun nom lors de son apparition et ne 
serait pas pendant longtemps sortie du cercle de la pro- 
rince. Ce ne serait que tardivement qu*on lui aurait donné 
pour autouri d*Apr6s le texte de Tacite, Pelronius Arbiler. 
Cette hypothèse ne repose sur rien. Il nous semble difll- 
cile d'admettre qu'une œuvre de ce méritOi marquée au 
plus haut degré du caractère de Télégance et de Vurbaniti 
romainei ait pu être composée par un provincial ou tout 
au moins hors de Rome, et demeurer longtemps inconnue. 
Il faut renoncer à percer le mystère qui couvre la person- 
nalité de l'auteur et la date de la composition du Satiricon. 
La plupart des critiques paraissent s'accorder aujourd'hui 
pour placer à l'époque de Néron l'existence de l'auteur et 
la rédaction du roman. Si de telles questions pouvaient se 
décider à la majorité des sufTnigeSi c'est en faveur du niè- 
cle de Néron que le scrutin pi*ononcerait sans doute. Mais 
il n'en resterait pas moins une minorité de protestation 
considéniMe, et où flgurentdes savants dont l'opinion a du 
poidii. Il y aurait aussi un certain nombre d'abstentions. 
Sans prétendre à faire un recensement des opinions expri- 
mées sur la question (il faudrait pour cela tout un volume), 
il peut être intéressant de recueillir les avis des hommes les 
plus versés dans les lettres latines, et en particulier dans la 
littérature pétronienne. La divergence des vues sur celte 
question donne à rélléchir. C'est une preuve que les argu- 
ments de diverse nature qui ont été invoqués, et qu'on a tirés 
soitdesdoctrineslittéraires,8oitde8failshistoriques,80itdes 
mœurs, soit de la langue, ne sont pas toujours concordants. 
L*époque de Néron devait néces^iairement avoir, à pre- 
mière vue, la préféi*ence. Il était naturel, dès lorsqu'on con- 



1. Teuirol, Mhêtn, ètuê,, op. ci/. 



COItCLUtlON. 841 

•iddrait la xoman de Pétrone eomme une eatire, d'y Toir le 
fitmeuz pamphlet de ce T, Petroniut que Tacite nous a fait 
connattre. Ausai ne sommes-nous pas surpris de trouver aux 
XVI* et XVII* siècles la date de Néron généralement accep- 
tée par les éditeurs et les commentateurs. Pour le Néron 
de Tacite tiennenti enti*e autres, les critiques suivants : 

Pâtisson (préf. de Téd. do Pétrone, 1576). 

Pierre Pitliou (1639-159G, éd. de 1577 et de 1587). 

Jean Dousa (1545-1604). 

Pierre Daniel (v. Véd. de 1618 [Lyon, Paul Frellon], 
p. 297, seq.). 

Gonsalo de Salas (Commenta et prxludia, 1629). 

Bricl (160M668). 

Thomas Keinesius (Diss. sur le fragm. de Trau, 1666). 

Wageiiseil {pis$. de Cœna Trim., Paris, 1666). 

Pierro Petit (1617-1687*); mais il a changé d'avis sur 
ce point. 

F. Nodot (éd. de 1693). 

Sainl-Évremond (1613-1703). 

Daniel Huet (1030-1731, lluetiana, Paris, 1722, p. 217). 

Lavaur (1653-1730), Traduction de Wliwif (Paris, 1726). 

Fabricius (1668-1736), DiblioUieca lalina, 1697. 

Cardinal Qiiiriiii {Spécimen littérature biixiensis, 1739). 

Ullistoire littéraire de la France par les Bénédiclins 
(!*' volume, 1733), p. 186 seq., qui fournit sur Pétrone des 
détails vraiment trop précis. Ainsi il est né aux environs 
de Marseille et a donné son nom à un village du diocèse 
de Sisleroi), dit Pelruis, en latin Yicus Petroni, etc. 

Ernesti (1707-1781). 



t. (^osl lui qui, sous le ntim do Marinus Statilcius (Statiiet apologia 
pro Petronii /ragm,)t v\\iOii*i sur lo ■ sonno ploboius > des vuos ciuo 
la pliilolugio mudomo a en partie Jusliliéce, cl indique dos rapprocno- 
monts, entre autres avec Dunto, qui depuis ont été repris. Voir Dur* 
munn» éd. de 1709*, t. II, p. 3W» scq. 



849 CRAPITM T. 

Werntdorf (1723-1798). 
Conrad Anton (1746-1814). 

• Durand (trod. de Pétrone, 1808). 

Cataldo Jannelli (Codex PerMtui{ Naplea, 18 11, t. 8). 

Baillard (Notice sur Péu^one, on tâle de sa traduction de 
Pétrone [collection NisardJ. — 1842). 

O. Dernhardy (Grundriss der rdmitehen LUteraiur, éd. de 
1872, p. 650). 

Studer (op. cit.). 

Teiiffel (Histoire de ta littérature latine, p. 688, 1** éd.). 

F. Ritter (op. cit.). 

Pétrequin (Nouvelles Recherches historiques et critiques sur 
Prtivne; Paris, J.-B. Baillière, 1869). 

M. F. Duochelor, dans la préface de l'édition de 1862, 
p. 5, 80 prononce très cntégoriquoment pour Tépoque do 
Néron : c Certum est igitur Senecx Petronium et Lucano fuisse 
irqutilcfn. » Il croit aussi que Tauteur du roman est proba- 
blement le Pétrane do Tacite, et que le nom Arbitet* n'est 
qu'un cognomcn tiré de arbiler elegantix. 

Ë. Ileimu, V Antéchrist, p. 1?)9, note : « L'opinion qui 

• attribue le Satiricon à Varbitcr eleyantix de Néi*ou me pa- 
raît au moins tràs probable. • L'ufllrinalion, ainsi qu'on le 
voit, est lcmpéi*ée. 

0. Doissier (L^OpitosHion sous les Césars). 

Friodhlnder (Deutsche Rundschau. Petron^s Gastmahl des 
Trimulcio, juin 1890). 

Éuumérons maintenant ceux qui font vivre Pétrone 
avant le règne de Néron. Ils sont peu nombreux : 

Charles Beck (The âge of PeUvnius Arbiter; Cambridge, 
Massachusetts, ISâG) le place sous Auguste ou sous Ti- 
. bère, entre 6 et 34 de J.-C. 

P. Burmaun (1GG8-174I), P* éd. 1709, le fait contempo- 
rain de Tibère, do Caligula et de Claude, et remonterait 
jusqu'à Auguste. 



CONCLUSION. 848 

Beaucoup plua considérable est le nombre de ceux qui 
considèrent la composition du Satiricon comme postérieure 
au règne de Néron. 

Nommons : 

J. Bourdelot (éd. de 1618)| qui place Pétrone sous les 
.Antonins (138-180) en s'appuyant sur le passage de Ma- 
crobe où Pétrone semble, dit-il , considéré comme un con- 
temporain d'Apulée. 

Ignarra {Comment, de Patxstra Neapolitana; Naples, 
1770| in-4*y p. 282) reporte aussi Pétrone au siècle des 
Antonin»! sous Commode (180-192). 

Cassitto (17G3-1822) prétend que le véritable auteur du 
Satiricon i*st Cassius Rufu9| chevalier romain i ami de 
Marlial| dont Weicherl {Reliq., p. 439, seq.) le fait aussi 
le contemporain. 

M. Uoissonade {Critique littéraire mous le premier Empire, 
publiée par F. Colincamp, Didiir, 18C3; 1. 1, p. 320, seq.) 
se prononce iietlenienl pour Tépoque des Antonins'. 



1. ■ Jo no Milri ruminent f|u<*IqnoM Havants ont pu M'iniiiglnor que 
cclto Hiitiro avait été cunipaHéo pur In runMiil Pétruno, épiciirion vo- 
luptiiuiix, iiiaU iKuiinio d'un tivs nohlo cuructùns iluiil il ont parlé 
duuH les Annales de Turito, et ipi'elle était, »uu:» dos noms cuiprun« 
tés, riiistoii'o Mecivto de hi cuur do Nérun. 

• Jo le deuiando ii tout lionimo ruisonnablo, cominont so pcr* 

suader que les aventures de ((ucl'pie.s niiséi*uMos lihoriin.H soient collos 
des courtisans do Néron, et <iuo lo vieil usurier Trinialcion soit lo 
iDas4|ue do co jeuno et brillant empereur qui, malgré son horriblo ca« 
raclure, n'était pourtant ni si béto ni si vil? MM. Henri et Adrien do 
Valois, rpii ont fait tant d'honneur h la France, étaient trop habiles 
critiques puur adopter do pareilles rùvcrios, ot ils ponsaiont quo Pd- 
trono était bien postérieur à Néron. Henri lo plarait sous Gallion; 
Adrien, sous les Antonins; mais leurs raisons n'étaient quo plausibles 
et n'avaient point l'évidence qui satisfait. 

« M. Ignarra, antiquaire italien très savant, dans son bol ouvrage 
sur la Pateslre de Kaptvi^ a démontré rigoureusement ce qu*Adrion 
de Valois avait plutôt deviné quo prouvé. \\ résulte do ses laiK>riousos 
rccherrlies que lu satire do Pétrone no peut appartenir qu'au sièclo 
dos AntonAis, et que, par conséquent, l'auteur n'est point lo Pétrone 
do Tucito et n'a 4ioint voulu faire l'histoire secrMo do Néron, qu'ollo 



844 ORAPITRI V. 

Dans la prébea de la tradueiion de VBhiotn de laUiU-' 
rature latine de Teiiffel (1879), M. Th. H. Martin n'héaite 
pas à placer Pétrone soua Gamcalla (211-217). Niebuhr 
{AbhaïuU. d. Berliner Akad., 1828, II, 8, 2&0, aeq. ; KUin. 
philolog. Schriften, p. 837| aeq.) et Eckermann (Allgemeine 
EneydopntHe der Wissenschaflm und Kunxte de Erach et 
Oruber, XIX, p. 323-339) le font vivre soua Alexandre 
Sdvèro (222-236) ot aoua Maximin (235238). 

Nioliulir ae fondait aiirune inacription (Orellii 1175) 
trouvée en 1808 daiia la villa Pauaili, qu'il tranaportait 
inoxactemeut au aiècle d'Alexandre SévèrOi et dont il 
avait le tort d'idenliHer lea |>ei*aonnagea avec ceux du Sati^, 
ricon. (Cf. TeulTeli Hliriinsclies Muséum, 1846; Buecheler, 
préf. (le Tédilion de 18U2, p. 4.) 

Sambucua (Iô3l-lô84)| éd. de 1564, précédée d'une 
Vita Peironiit recule Pétrone juaqu'au règne de Oallien 
(260-268) et le confond avec Peironiua Voluaianua. 

Pour Henri de Valoia (1603-1676), Pétrone eat auaai 
un contemporain de Gallien. 

De Guérie {Recherches sceidiques sur le Satiricon et sur 
ion aii/rifr *) Buppoae notice auteur contemporain de I«on- 



a dA tirn ùcrito à Naplos ofi so tidnna lo repas do Trimalcion, qu*oUo 
oITm lo tiihleuu dcn nni'iini do« NapoliluinM, qu'ollo n'a pu 6U*o coin- 
puHtVo nvunl lu Un du rvi^iu^ do Coiiiinodo, puUiiuo Naplos y est appelée 
coionie ot 4|iio Niipl(v<i 110 dt»viiit culunio i|uo hou« co princo, quVndii 
ollo 110 pont iMro du touipH do Néron, puiHi|u'U y ont parlé du umtlié- 
mitticlon Kéruplon, (|ui véi'ut aoua Antonin (^ruoulia. Ces arguments, 

3ui sont, à co i|u'U mo sonihlt*, Minit rcpouHO, ui<*ttont désunnuU hors 
douto «|uo Pétrono vivait hou» los Antoninn ot quo mi satire n'ost 
autre clioiio ipi*un roman trô» liliorlin, où il critique les viooA don Jimiuos 
gens ot «los fommoH, los dérauts do« orateurs et des poôtos, et Ioa ri- 
diculoA dos parvonuH. 8i ccUo opinion do M. Igiiurra, que J'ai voulu 
signaler parce qu'elle osl A peu pri*s inconnue en Francis avait bo.^oiii 
d'autorité, J'i^uuterais qu'ello a été ailoptéo par M. lluhnkon qui, de 
Tavou de tous les savants, est le plus grand critique de ces derniers 
temps. • 

t. Kn tête do la traduction du Satiricon par lléguio de Guérie, 
coll. Panckoucke (1831). 



CONCLUSION. 846 

gin, minitiM de Zénobie, qa'Aurélien fit mettre à mort 
611278. 

Pierre Petit fait Tivre Pétrone un peu arant Constantin 
<306.337)«. 

Tel est aussi Tavis de Jean Le Clerc (1657-1736). 

Lilio Gyraldi*! de FerrarOi le fait à peu près contempo- 
rain de Julien (361-363). 

Martin Goldast de Ueimensfelt, qui écrivit sous le pseu- 
donyme de tChrard {Obscrcationt sur le Pétrone trouvé à Bel- 
grade en 1088; 1694), et quelques écrivains du moyen Age 
ont crU| en dehors de toute vraisemblance, que le roman- 
cier du Satiricon était Tévéque de Bologne, Pétrone, qui 
vivait au v* siècle. 

Juste Lipse (1547-1606) ne se prononce pas. Il dit 
(Comment, sur Tacite, XVI, 18) qu'on n'a pas encore tiré 
au clair si le Pétrone de Tacite et l'auteur du Satiricon 
sont une seule et même personne : « de quo eliam delibero, 
sicut et de prxnomine. » 

Ces opinions si franchement contradictoires, dont uu 
certain nombre se présentent avec un cortège d'arguments 
plus ou moins plausibles, nous avertissent de la difficulté 
qu'il y a à fixer la date de Pélrone. Il n'entre pas dans 
notre sujet de reprendre l'une après l'autre les raisons 
mises en avant par les tenants de chaque époque. La tAclie 
serait immense et dépasserait de beaucoup les limites do 
la quci^tion que nous nous sommes propOhée. 

Nous essaierons cep«*ndant de dire un mot des preuves 
qui sont alléguées comme les plus positives en faveur de 



t. Il toimit d'abunl pour N«;ruii, ul clinngoa d'uvU uprèi» avoir lu la 
disscrUilion (rUoiiri do Viiloin : 

• Cuuctii;» 8UII1 ul miillo rccontiuroin hune scripiorcn oxistimoni oi 
paullu anlo Cunstanlini Au({U5liui tompuru, curto longe hifru Bovurum 
coUocom. > 

2. um GregorU Gyraldi FerrarleHiU de Petronii Arbitré vtta, — 
Pétrone: Lyon, Puul Frollon, IG18, p. 2J0. 



846 CHAFITM T. 

Tépoque de Nérou, puisque, aprbs aroir parcoura le cer- 
cle des hypothèses, c'est à cette date que Toa semble dtre 
convenu ai^jourd'hui de placer et l'exlsteace de Pétrone et 
raction mdme du romau. Nous examinerons ensuite si les 
arguments que Ton tire de la critique littéraire et de la 
parodie clies Pdtrane concluent nécessairement en faveur 
de la mt^ne date. Cette conclusion est la seule que nous 
puissions raisonuabloment demander à l'étude que nous 
avons entreprise. 

Une liypoiliôse assex séduisante et qui nous a un rno* 
meut arrâté est celle de la composition du Satiricon à une 
épo(ine voisine de l'Age d'or (Tibère ou Caligula). Il y 
aurait eu ensuite des intercalalions successives de mor- 
ceaux de diverses époques. On comprendrait aisément la 
dilatation graduelle d'un roman à tiroirs qui semble, avec 
son mélange de vers et de prose, appeler ^int(irpolation^ 
A un plat farci on peut toujours ajouter quelque rogaton. 
Mais, si l'on peut admettre que quelques pièces poétiques 
par trop inutiles et tirt^es de trop loin ont été ajoutées au 
roman, l'impression d'ensemble que laisse l'œuvre ne per- 
met pas d'y voir le produit de la collaboration de divers 
âges. L'i^galité du talent dans toutes les parties du roman, 
l'unité de ton, la tenue constante et Tunirormité de la 
langue et du style attestent qu'il n'a qu'un auteur*. Rien 



1. CoUo opinion cul énonréo uumI par D«trnhanly (GrunUriu, p. 333). 
• Los frugmonU do Pôlrone pourraient, dit-il, avoir plusieurs autours 
ini*onnus. La collocUun aurait été vraisemblablement faito sout 
Ali*xnn(lro Kévèro. ■ 

2. L'Iiypollirso do la ri'*dactioii primitive du Satiricon sous Tibère 
se hourtr- h do gronsos objections. Pour nous en tenir & co qui est do 
notro si\|ot., il Hiudruit admottro quo c'ost Lucain qui a imite Pétrone 
dans sa Phnrâale, 11 serait bien étrani^o quo co Dt bêtlo civiii, de- 
venu le niofiMe d'un pormo fameux, n*eiU été menUonné par aucun 
écrivain. 

Lo morceau littérairo qui précède le Ihigmont d'épopéo do Pétrone 



C0NCLU8I01I. 847 

• 

ne nous autorise à supposer que le nom de Pétrone ait pu 
defenir une sorte de désignation eoUeetive de la Mura, 
comme celui de Plante le fut pour toute la période la plus 
brillante de la faUiata. 

Quelles raisons ont déterminé le plus grand nombre 
des critiques à placer à l'époque de Néron cet auteur uni* 
que et d'un si remarquable talent? 

Kn premier lieU| on Ta vu, la ressemblance de son nom 
avec celui du personnage dont parle Tacite. Nous nous 
sommes attaché à montrer, après bien d'autreSi que cette 
preuve n'a rien de déciëif et que nous nous trouvons pro« 
bablemenl ici en présence d*une simple homonymie. 

On s'est ingénié alors à découvrir des arguments plus 
positifs. Les preuves exlrinsèques {tesiimonia veterum) n'ap- 
portent aucune lumière sur la question. Les rares écri- 
vains anciens qui nomment Pétrone ne nous fournissent| 
on Ta vu, aucune débignation précise sur sa personne et 
sur son époque. 

Los preuves intrinsèqnoS| tirées de l'étude de l'œuvre 
elle-mémei sont-elles plus décisives? 

Studer, Momnisen, Ritter, d'antres critiques encore ont 
cherché dans les faits historiques auxquels le Satificon 
peut faire allusion, dans les inslitulions dont on trouve les 
traces en co roman, dans les mœurs dont il nous offre le 
tableau, des indications sur la date présumable de i'œu- 



implique birm lu crilif|uo iruiio œuvro cxisluntc, qui no suuniit 6tro 
quo la Pharsaie, 
On soruit donc forcé ilc suiqiti.ser quo lo De beilo ci9iU a éiù aJoiit6 
• tt uno épuquc postérieuro ù In compuHÎtiun du Satiricon, Ainsi lu ro- 
chcrchn des inutilutions do l'uMiyro viondruit 80 compliquor do colle 
des interpolations. Où s'urrèlcr dans cotto voin ? Si nous n'accoptuns 
pas le Satiricon tel quo nous l'ont transmis les manuschls, tuuto bo^to 
do discussion nous manque. Or Tiuiitatinn do Lucnin dans lo De beilo 
civile osl l'argumoiit lo plus solide surletpudun puisse s'appuyer pour 
placer au plus t4Jt sous lo règne do Néron lu composition du Satiricon 



848 OlUFtTM T. 

vre. On a dépensé dans cette élude beaucoup de lafolr et 
de subtilité. Ainsi Studer discute très longuement cette 
question si la colonie où se passe le festin de Trimalchion 
est bien Naples. D'autres établissent que c'est CumeS| ou 
bien encore Puteoli '• Mais à ces érudites recherches on 
opposera toujours cette objection préalable : est-il bien 
certain que Pétrone, dans ce roman fantaisistOi ait voulu 
déterminer avec la précision d'un historien Tendroit où 
se pnsso cette scène de son roman? Ou bieUi s'il a fait 
choix d*uno ville i s'esl-il préoccupé de la décrire avec 
fidélité et d'en reproduii*e scrupuleusement les niœiirs? 
Il nomme TarenlCi il nomme Crolone. Mais viendra-t-on 
soutenir sérieusement qu'à l'époque de Pétrouoi Crotone 
était le rcndes-vous des coureurs do testaments et que la 
moitié de la ville était occupée à capter l'autre? Qui ne 
voit que c'est là une iuvinition de comédie? 

M. Duechelor* so fonde sur la montion de Mamercus 
Scaurus pour placer l'action du roman à l'époque de 
Tibère. Mais c'est lui-mdme qui ajoute au nom de Scau- 
rus le prxnomen et le nomen Mamercus iGmilinSi et les 
Scaurus se comptent par centaines dans les iuscriptions. 
Go raisonnement, d'ailleurs, peut se retourner contre 
l'époque do Néron. Si Pétrone, écrivant sous cet empe* 
reur, a reporté l'action de son roman au temps de Tibère, 
rien n'empôche de répondre à ceux qui voient dans le 
Satiricon des allusions au temps de Néron, que Pétrone, 
écrivant à uuo époque postérieurci a reculé son action 
dans lo passé. 

On s'étonne de ce besoin d'exactitude en face d'un ro- 
man où le choix même de» épisodes laisse supposer ches 
l'auteur une très libre fantaisie, qui se concilie toutefois 



t. L. Kriodiaiiitor, in SCônIgtbergtr lad. Uci./àr tSCO, rol.Gt, soq. 
^. Éd. ilo IHtii, |i. \ii. 



ooitOLuatON. 849 

avec le réalisme le plue expressif dans la peinture des 
mœurs. Un romaneier, surtout de ce temps, qui n'appar- 
tient pas à Técole dite naturalistei ne se pique pas d'une 
sayante documentation. L'époque est encore éloignée où le 
romancier se transformera en statisticien, en économlstOi 
et affectera des allures scienlitiques, sauf à ménager plus 
d'une déconvenue aux scholiastes do Tavenir. 

Les critiques s'appuient sur la constatation chez Pétrone 
d'usages qui ont pris naissance ou qui étaient en vigueur 
à l'époque de Néron. Mais, outre qu'il se peut que Pétrone 
ne se soit pas astreint à une exactitude chronologique et 
ait| au contraire, pris plaisir i dépayser son lecteur, rien 
n'est plus difficile que de fixer avec certitude le moment 
ou ont commencé une mode, un usage, et celui où ils ont 
pris On. Pline l'Ancien (Ilist. nat., XXXV, 7 et 10) nous 
apprend que sous Néron l'habitude s'était répandue de 
peindre à fresques les murailles des maisons. Un riche 
affranchi de Néron, entre autres, a recouvert à Anlium les 
portiques publics de fresques représentant des combats de 
gladiateurs. Trimalcliion fait de môme dans sa maison. 
Mais ce luxe, né vers le temps de Néron, n'a pu que se 
développer et devenir une caractéristique de la fortune. 
Pétrone ne signale nullement ces peintures des murailles 
de Trimalchion comme une nouveauté, mais comme une 
marque de l'ostentation et du mauvais goAt du fastueux 
amphili^on. 

Studer attache une grande importance aux mots Cr^tco 
more, dans le conle de la Matrone d'Éphèse (Chap. 111), 
employés à propos de l'ensevelissement des corps et oppo* 
ses à la coutume latine de l'incinération. Il en conclut 
que le i*oman ne peut être rapporté à l'époque des Anto- 
nins, où l'habitude de brûler les corps était devenue gé- 
nérale chez les Grecs. Or, le texte mâme de Tacite qu'il 
rapporte prouve qu'à l'époque de Trajan on faisait encore 



860 OHAFITIIIT. ' 

celle dlsUnctioQ entre Tuiage romain et les nsagei étran* 
gert (Taeite, Ann., XYI, 6) : Carpui Poppmm non tgni abih 
ttunii m nomanorum mos, ad regum exUmorwn comuetu* 
dine.... eondUur^. I/asiiertion de Sluder f At-elle d'aillours 
prouvéOi on aura teiyourt le droit d'objecter que Pétrone 
a pu conserver ces mots d'uno rédaction primitive du 
conte qu'il n'a pat dû inventer. C'est une Milésienne. 

Quant aux peintures de mœurs plus généralesi elles ne 
sauraient non plus nous permettre de déterminer une date. 
Le luxe insolent des affranchis^ l'avidité descaptateurs de 
testaments, los rafUnements de la somptuosité de la table, 
la dépravation des mœura, n'appartiennent, certes, pas en 
propre à l'époque de Néit>n. Il serait oiseux d'insister sur 
ce iK>int. Depuis son règne jusqu'aux Antouins tout au 
moins, ces mœurs ëc i*etrouvent décrites ou flétries ches 
Pline l'Ancinn, cliex Marlial, chez Juvénal et chez Lu- 
cien. 

Autant il serait dangereux de soutenir que les mœurs 
du Satiricon sont exclusivement du temps de Néron, au- 
tant il serait puéril de prétendre que i^étrone ne s'est pas 
souvenu de cotte époque et même de la précédente. Rien 
ne lui interdisait d'utiliser ce qui se disait couramment 
sur des personnages liistoriques , voisins de lui en tout 
cas. Il devait connaître les aiws dont Suétone remplira sa 
chronique des Césars. Que le discours de Trimalchioo 
sur le danger qu'il y a à retenir ses flatuosités, soit une 
réminiscence de Tarrét de Claude qui permettait de se 
soulager en sa présence*, rien n'est plus vraisemblable. 



1. Los }Mamorphaêci d'Apiiléo nous font voir quo la coiiiumo do 
roiiiMwoliHhiMiient dos corps siibsisluit oncuro on Gr&co sous loi An* 
lonins. Il on osl i|uosUon aussi suuvoni i|ue do rincinénilion. Ht, X, 
12 : • llur courosiini.... ud illud sopulorum quo corpus puori ilefiosi- 

ium Jac(*lml Piitor ooopi*n*ulo capuli remoto deprohcndit 

llliuni..., ■ Voir aussi Ylll, 13, otc. 

2. Suétone, Ciaude, 3*2. 



coircLutioir. 851 

Mail il n'y a pu là noe rtifon tofflsante pour fixer ao 
règne de Claodei comme qnelques-uus l*ont voulu, la date 
du Satiricon. 

Les auUres preuves intrinsèques que Ton invoque sont 
puisées dans rélude de la langue et du style de Pétrone. 
Ceux mêmes qui se sont appuyés sur ces preuves n'ont 
pas dissimulé ce qu'elles présentent encore de problénia* 
tique. • Les jugements sur le style, dit Studer, qui par 
eux-mêmes sont sujets à des divergenceS| comme tous les 
jugements en matière de go&t, doivent l'être encore da- 
vanlage eu ce qui concerne PétronOi puisque sa diction 
n'est pas partout la mêmCi mais tombe parfois jusqu'au 
langage de la populace. > Et plus loiu : < Lo style ne 
peut nous donner de certitude. » Ainsi| d'uu coté le mau* 
vais état du texte do Pétrone, do l'autre le mélange des 
expressions populaires et du iermo familiaris avec la prose 
littéraire rendent très délicate une appréciation sur l'épo- 
que et la valeur absolue de Pétrone écrivain. 

Stnder fait remarquer à juste titre que, s'il y a un ca- 
ractère dominant dans toute période littéraire, caractère 
que Ton arrive ù déterminer, cependant il peut toujours 
exister des individualités isolées qui se soustraient à l'in- 
fluence l'égnnnte, « soit que,comnieVitruve, ces écrivains 
demeurent en arrière de la culture et de la perfection de 
leurs contemporains, soit que, par une étude assidue des 
modèles classiques, ils échappent à la corruption du goût 
de leur temps, comme Lactance. » 

Si l'on se fondait exclusivement sur la qualité de la lan- 
gue et le plus ou moins de pureté du style pour assigner 
des dates aux auteurs, hét^iterait-on à placer Claudien 
avant Commodien ? Ferait-on de Minucins Félix un con- 
temporain d'Apulée ? 

Ni l'étude de la langue, ni celle du style de Pétrone ne 
peuvent donc nous amener à des résultats rigoureux et à 




852 6HAPITEI T. 

des oonchiiiom rormeUes. Trop de leites ont dispirti dans 
le naufhige des littéralaret anciennes pour que nous puis- 
sions établir avec certitude la date de naissance d'un mot 
et ret'onstituer son état civil complet. Si, pour la langue 
liltérniro et poétiquoi ce travail a pu être entrepris et, jus- 
qu'à un certain point, exécuté, malgré les innombrables 
lacunes qui subsistent et los doutes toujours permis, il 
est bien clair que, lorsqu'il s'agit de la langue populaire, 
ou simplement do Vhumile dicendi genus, auxquels los au- 
teurs ne font qu'cxceplionnellemont des emprunts, la dé- 
termination do l'époquo où un terme a commencé à être 
en vigueur, devient, à part certains cas très précis, pres- 
que impossible. 

On a pu étudier avec beaucoup de savoir et éclairer 
par d'utiles comparaisons le vocabulaire et la syntaxe du 
senno plebeius dans Pétrone. L'entreprise avait été tentée 
par Studer. Elle a été poursuivie entre autres par E. Lud- 
wig, De Petronii seitnone plebeio» — Uitêertatio inauguralis. 
Marburgi, A. Koch, 18G9; par Armiuius von Guericke, 
op. cit., 1876; par M. J. Segebade', op. cit., 1880. Le 
fruit de ces recherches érudiles est de nous permettre de 
distinguer avec vraisemblance ce qui, chez Pétrone, est 
de la langue rustique. Mais les auteurs eux-mêmes sont 
forcés de reconnattre qu'on n'en peut tirer pour la chro- 
nologie et l'histoire de ces termes ou de ces construc- 
tions aucune conclusion assurée. Beaucoup de ces mots 
rustiques et populaires, après avoir été employés par les 
vieux poètes comiques, furent rejetés de la langue écrite 
au temps de Cicéron et d'Auguste, mais demeurèrent en 
partie dans la langue plébéienne; puis, vers le ii* ou 
III* siècle après J.-C, furent de nouveau reçus dans 



I. M. Scgobade prépara un Lexêcon Petranionum qui doit être pro* 
cliQinomont publié & la librairie Teubnor. 




coNCLusioir. S5B 

la lingua urbana. Il est donc dilBcile de leur af ligner une 
date. De plu8| certains de ces mots peuvent être simple- 
ment des néologismes d'auteur, ou bien des Sicotj^ s^^pi^va 
qui existaient néanmoins chez dos écrivains perdus. Dans le 
Satiricon, il y a une catégorie particulière de ces mots qui 
échappent à toute comparaison ; ce sont les mots hybrides^ 
à moitié grecS| qui pouvaient faire partie des patois ou des 
dialectes campaniensi à moins que Pétrone no s'amuso à 
mettre des barbarismes ou du latin écorché, du grac dé- 
formé, dans la bouche de Triinalchiou et de ses vulgaires 
convives. 

On ne peut donc rien induire, pour établir Tépoque de 
Pétrone, des mots qui, rencontrés chez lui, ne se retrou- 
vent que chez les vieux comiques ou les écrivains do la 
basse latinité. Voici quelques-uns de ces mots, ainsi quo 
des aira^ cCç^ituva : 

Gustatio (Chap. 21 et 31) no se lit que chez Pétrone et 
chez l'auteur de Thistoire d'Apollonius de Tyr* : infertur 
gustatio. 

Apodixis (Chap. 132) est commun à Pétrone et à ce même 
auteur de ÏErotica fabula. On le lit aussi dans Aulu-Gelle 
(JV. att., 17, 5, 5). 

Exsonare n'existe quo chez Péti*one. 

Pharmace (Chap. 107), teiine grec, n'existe que cliez 
Servins et chez Lactantius Placidus, scholiaste de Stace 
(Beck). 

Cf. Aristophane, Chev., 1405, iv ckcIvs; tJv i çaçiioxo;. 

Elegidanon (Chap. 109) ne se i*encontre nulle part ail- 
leurs, non plus que conjmhion. (Cliap. 110.) 

Quant aux procédés de formation populaire qu'on si- 
gnale chez Pétrone, ils t^ont les mêmes, à beaucoup d'égards. 



I. Erofica de Ajtoiionio Tffrio /abuia, (« Krolici gi*a*ci s DUloi, 
L<3xii|ii<% p. GI5/I. I.) 

cmiTiQi'K mttAbaiiiic. <9 



864 ORAFtTEl T. 

« 

que ehei Plauta oa ehei lei éorifaini de la pleine d4o»* 
denoe* Ainii remploi des diminatifsi ealai data^laelirtra 
ax, des moU en montum, des adverbes en Ur, des verbes dd« 
rivés sous la forme fréquentative ou inchoative, des verbes 
dérivés de substantifs de la 1** et de la 4* conjugaison 
(convtvan, deeollare, manducare, buUatus, etc.). Les mêmes 
remarques peuvent être faites en ce qui concerne la syn- 
taxe : emploi de l'indicatif dans Tipterrogation indirectCi 
du pronom pour marquer plus fortement les personnes des 
verbes I de Tadverbo comme attribut avec eue, de Venun* 
tiatum eompositum (Ghap. 47)y spero, sibi imponet (Cliap. 67)| 
nprrOf sic moriar^ etc. 

Ce n'est pas seulement dans la conversation des affran- 
chiS| c'est quelquefois dans le récit môme que Ton relève 
des tours et des termes de la langue populaire. Ainsii 
(Chap. 15), m conti*oversiam esse^; (Ghap. lO), in deverso* 
lio admitU, etc. ; complication nouvelle pour qui voudrait 
fixer avec une précision rigoureuseï d'après les caractères 
de sa langue^ l'époque où n écrit Pétrone. 

Restent les parties qui appartiennent au récit propre- 
ment dit et où n'appamissent qu'exceptionnellement les 
mots ou les conetructious populaires. Nous avons déjà in- 
diqué chemin faisant les qualités qui distinguent le style 
de Pétrone : une élégance aisée et spirituellCi le naturel, 
un tour ironique, vif et piquant; tantôt la simplicité la 
plus alerte^ tantôt, comme dans les discours d'Encolpe et 
d'Eumolpe, une certaine recherche de la tournure ora- 
toire et dos expressions poétiques. Gette prose est ferme 
et savoureuse. Nous l'avons vue, en étudiant les imita- 
tions do Pétrone, se leindre de la couleur des écrivains 
dont il se souvient plus particulièrement en tel ou tel pas- 



t. Solon A. V. (luoricko (op, ril.),c*cft iino formulo toile qu'on cm* 
pliiinnt lo« JuriiiteH. 



coifCLusioif. 855 

sage. C'est ce qui explique qu'il y ait, malgré rharmonie 
de l'entemblei plusieurs manières clies l'auteur. Pour 
nous borner à une seule antithëseï le De belle eivtli et le 
conte do la Matrone d'^Êphèse ne semblent pas à première 
vue écrits de la môme plume. Le poème retient les dure* 
. téS| les effets heurtés, la concision sonore de Lucain; 
l'autre a Taimahle laisser-aller, la diction limpide et cou- 
lante d'un conte grec. 

Faut-il dire maintenant avec M. A. von Guericke : 
« C'est bien là le sermo urbanus et eUgantissimus de l'épo- 
que de Néron * ?» Il existe incontestablement de fortes 
raisons de placer Pétrone sous le règne de Néron, bien 
qu'il soit difficile de fixer d'une manière indiscutable la 
langue et le style qui appartiennent en propre à cette 
époque. Grâce an sermo plebeius et à Vhumile dicendi genia, 
on se réserve le moyen d'expliquer les particularités c*t 
les constriiclions insolites qui, aux yeux d'autras criti- 
ques, df^noncent au contraire une époque plus tardive. 

D'autn* part, il ne semble pas que rien dans <:eUe lan- 
gue et dans ce style s'oppose à ce qu'on fasse vivre Pétt*onA 
à une époque un peu postérieure. On se Texpliquerait en- 
core écrivant quelques années plus tard, sous Donatien* 
ou même au début du règne de Trajan*. 

Ce serait là la limite extrême où permettraient de le 
placer la distinction et la pureté relative de son style qui, 
après les premiers Anlonins, serait une anomalie^. 



I. (Voai uiisHi l'uvisdo Stiulcr qui so fundo sur lo grand nombre dc4 
rcsscniblancoM, quo nous avons égalcnicnl Mignaléos, uvcc lo style do 
Séncque. \\ ajoulo, il est vrai, quo ces siinililudes provienuont en 
grande partie do co (|uo tous deux emploient la langue do la conver- 
sation, humiie dicendi genuê. 

'l, M. Krairerl iop, cet,, p. 10) dit qu'il n'ont pnM ^'loignô do penser 
que la dalo do la composition, ou tout au moins do la publication du 
StitiricoH doit 6tro rnportôo à l'époque don Klavions. 

3. Voir Appendice IV : rapportn entre Martial, Juvénal et Pôtron**. 

K Nuus avons recueilli sur cotte «piestion l'avis do M. Uuccho- 



850 CRAPiTm T. 

Il n*6st ni de notre ti^et ni de notre eompétence de ré- 
soudre de telles dlfflcultéi. Il a suffi à notre lâche d'ap- 
porter cette conclusion dont pourront tirer parti ceux qui 
veulent placer Pétrone au del& du r&gne de Néron. 



Inr. Voici co qu'il a bien voulu nous répondre au si^oi do Tépoquo do 
Pâiruno, nuUint qu'on on poul Jugor d*apri*8 son stylo : 

■ Jo rniiii, co qu'il Moruit tnq» \on^ do déinoniror point par point, 
iiun la liiliuilô do Pélruno, nriso on oUo*mdmo, no romonto pas au 
liolA do ri^po4|uo do Néron. Uno proso si puro, si oxcmplo do fbmiulos 
IHiéliquoH, do iumitia dieendt, et d'Iiolléninmcs pnruMitos (cf. co quo 
QuiiililiiMi dit do son toiups oii dans lus Journaux il y avait un • sau* 
ciuM pt*etUH ■. /ml. orai., IX, .1, 17) et qui ubtfon'o si scnipulnusomont 
la propriété di*s lornios, dato au plus tard do Néron : los vors do Pé* 
tnmo pourraiimt pout^iHro aussi étro attribués & imio éptiquo un peu 
pustérioun^, mais sa pniMO ost plus puro, plus latiuo ipiu collo do 8é* 
nNpioqui u'auruît pu niiro des récils si naiurols, si simples, ni oxacUt; 
nl^me Q.*(!un'n no peut pas ôtro comparé h Pétrone ; il faudrait plu- 
tôt songer i\ des hommes do science comme Colse et (lolumelle. 
Quintllii^n, Mi'.rtial dans ses préraces, 8tace, Pline, mémo déjà l'An- 
cien, subissent bion autromont rinlluenco d'une languo lurectéo de 
rhétorique. 

< A mon avis, la latinité do Pétrone est antériouro & celle do 8é- 
neipie. Ku d'autres termes, l*étrono peut bien avoir écrit en môme 
temps ou mémo plus tard «pie 8énè«pio ; mais dans le stylo de 8ént*que 
se fait sentir une manii*M*e nouvelle ipii no dérive fias en lif(iie directe 
du style de («ésar, do Cicéron, et qu'on peut attribuer soit à son ori- 
irine oHpaKiiole (le « pingue (^ordubeusium ■), soit îk uno luflueuce 
plus gnuidi* tlu style ampoulé dett modèles grecs dans le genre di* la 
|iliiloMopliio oi do la déclamation. Pétnmo représente pour moi une 
tradition plus pun\ ienHiorcm dans le bon sens du mot, s«*lon toute 
piHdiubilité vraiment romaine, et non altérée par uno origine pru\ in- 
cialo. ■ 

Ainsi M. Duerlieler n'admel gufTO que l'on puisse d/.passer pour 
Pétroni* réporpie de Néron. Il no Teniit exception «pie pour lest pifces 
de vers, ce ipii nous rejette dans uuo nouvelle incertitude et souliVvi* 
l'iusolubli* ipiestiou den interpolations. Nous no voulons |»as cutauHT 
un tid déiNit. 

Nous dirons simplement : Pétrone peut être en son stylo plus pur 
que 8éuiMpie, pan*e qu'il a, étant classique, imité de meilleurs modè- 
les. De plus, il y a tout au moins uno œuvre do 8én«*que qui olfro 
loH plus grands rapports avec la manière do Pétrone, c'est IM/wio/o- 
kffMtoMê, tim pourrait sans invraisemblance ôtro signée du nom du ro- 
manciiT. l/écart n'est pas si considérable entre son stylo et celui di*s 
autn*s écrits de 8énèque, on l'a pu voir |uir la collation des passug«'K 
similaires. 



coMLutioif. 867 

Les allusions personnellesi les critiques do Lucain et 
do SéniquOi sur lesquelles on so fonde pour faire do Pé« 
trône le coniemporain de ces écrivainS| ne se découvrent 
pas à celui qui lit sans parti pris Tensemble de l'ouTrage 
et s'est rendu compte des procédés de composition de l'au- 
teur. Pétrone applique à Lucain et à Sénèquo le môme 
système d'imitation ou de parodie générale qui règne dans 
le romnn tout entier. Il les traite comme VirgilCi comme 
Horace, comme Homère, comme d'autres encore, sans 
que rien d'Apre ou de mordant trahisHo l'aniinosilé d'un 
rival ou d'un ennemi. El pourt«nnt une critique acerbe lui 
était permise, et un homme de cet esprit eAt trouvé des 
traits qui eussent porté. 

La Guerre civile n*e8t pas une parodie de la Pharsale, 
car elle lui fait trop d'emprunts non déguisés. C'est tout 
au plus une refonte partielle du poème d'après un point 
de vue spécial. Les deux poètes diCfèi^ent sur la faron de 
de comprendre le rôle et le caractère du merveilleux dans 
l'épopée. Il est pins que probable que Pétrone connaissait 
toute la Pfiarsale et non pas seulement les trois premiers 
chants, les seuls qui eussent été publiés du vivant de Lucain • 

La TrojiV lialosis est une reprise d'un épisode de V Enéide 
qui ne vise i)as le poème de Néi*on. I^c sujet n'est pas lo 
même. En outre, dans un môme ouvrage, Pétrone n'atta* 
querait pus à la fois Lucain et Néron. 

S'il a lu Sénèqne, et le fuit parutt certain, il ne s'en 
souvient pas pour critiquer son style et ses idées ni pour le 
pai*0(lier avec aigreur. C'est quand ses personnages mora* 
lisent ou déclament qu'il s'anuise surtout a faire du Sénè- 
que. Le contraste cherché est amusant, mais sans méchnn* 
ceté et sans dénigrement. Il ne manque pas plusdoresiiect 
à Sénèque qu'à Virgile, dont il place parmi d'étranges 
scènes et dans des bouches bien impures les beaux vers 
et les grands sentiments. 



868 CRAPiTm T« 

Cas imilalioQt ne pea?ont dono servir à établir uae 
date. D'autre part, dans tes morceaux littéraires, on serait 
bien tenté do croire qu'il s'est souvenu de certaines pages 
du dialogue De oratoribiu de Tacite. 

SeulOi la découvurtCi peu vraisemblabloi de quelque 
texte inédit sur Pétrone ou de quoique nouveau fragment 
du Satiricon permettrait du trancher définitivement la 
question. Un cerlniii mystère semble donc devoir toujours 
envelopper cette couvre incomplète et singulière qui, mal* 
gré sa mutilation et les lacunes dont elle est trouée, nous 
apimratt comme la production originale d'un des écrivains 
les plus romaniuablos qu'ait comptés l'Age d'argent. 

Mais il lui aura manqué, pour être mis tout a fait à son 
rang, le sens moral et la pudeur. Aussi le plaisir que les 
plus lettrés môme et les plus sceptiques peuvent prendre à 
sa lecture ne sera-t*il jamais franc et sans trouble. < Cette 
jouissance du goAt, a dit Sainte-Beuve '| laisse après elle 
une impression inqiiiéiaiito et soulève dans l'esprit un 
problème qui lui pèse. Que le goût ne soit pas la môme 
chose que la morale, nous le savons à mer\'eillo ; mais 
est-il possilde qu'il s'en sépare à ce poiut| et que la per- 
fection de l'un se rencontre dans la ruine et la perversion 
de l'antre? > 



I. 8ur Pélniiio. t'oHraiii itiiéraères, t. III, p. 107. le Ckevaiier de 
Miré. 



APPENDICES. 



APPENDICE I 



SsamMi dM frftgBMiiU àê Pétrona pUeét pêst X. Buaolie- 
l«r à 1* tniU do • flUttlricon » (8* édition), et dot pièces 
attribuées à Pétrone par le < Codex Xsidorianns Belle- 
Taoensis » (001-600, Riese) et le < Codex Vossianus » 
(464-470, ibid.). 

Le frsgment I relste, d'après Pétrone, une foi-diiaiit coutume 
des Marseillais qui sacrifiaient uno victime humaine volontaire 
lorsque la peste ravageait leur cité. On a allégué cette citation, 
faite par Scrvius (Ad, Virg,, ^n., III, 57), en faveur do Topinion 
qui désigne Marseille comme le lieu de naissance de Pétrone. 
L'argument nous semble bien frâle. 

Les fragments II, III, V, ne se composent que d*nn ou deux 
mots ou membres de phrase cités par des grammairiens comme 
étant de IV'truno. On y relève une expression qui est bien dans 
le goût de certains passages gracieux du Satiricon : 

Quonitim jtim Mulutinut iol tcctii arriitt, (Fr. V^ Hueiliiiis.) 

Le fragment IV contient cinq vers do Sidoine Apollinaire 
(Carmen XXUl) d'où Ton a aussi voulu tirer la prouve quo Pé- 
trone était né à Marseille. On pourrait les traduire ainsi : « Vous 
chanterai-je, gloire de Téloquonce latine, vous, nés à Arpinum, à 
Padone, à Mantoue, et toi, Arbiter, qui, dans les jardins de Mar- 
seille, honoras d'un culte le dieu figuré par un tronc, et qui fus 
à la hauteur du IViape do rilellcspout ? » 



APriNDICI !• 

FiilgwitiQt PlaiioladM fonnit !•• ArafBMBts VI à XIII \ La 
fragment VII, c Oàdê H Péiraniu9 ArbUêr ad WMiniê etmoUa* 
mmiium myrrhinum Mpoenfum UUiêêe referi », ne nous aatoriee 
pM à croire que Pétrone, dans le Satiricon, ait parlé de sa propre 
personne. C'est Enoolpe qui a dû boire ee vin myrrhin. 

Suivent des lambeaux insignifiants (IX), des expressions rareS| 
particttliirvs à PiStrone comme : valgUer (X), de travers, Morîo 
vatgiter laheUo; — aÏHeitœ ^ eonoptê, moucberons (XI), aumatinm 
ou ommatium (XI II); — des membres de phrase qui rappellent 
Tomphaso probablement ironique de plusieurs passages : M regnm 
munuhiœ peneê ftigittvum repertm (XII). 

Dans liidore (Ongineu, V, 26-27) se rencontre uu fragment 
(XIV) tiré d'une plaidoirie d'avocat. Il pouvait appartenir à la 
sccne du procès d*£ucolpo* : < Qitid e»f,jHdtee», dofuêf Nimirum 
ubi ah'ijutd /urtHiu tH qttod Ugi doht. Uahetiê dolum : aeeiptte 
ttNMC mafum. » Cette étymologie fantaisiste de dotwi indiquerait 
ici la imroUio d'un plaidoyer. 

Au Oloft0airodu 8aint-Dcnis sont empruntés les fragments XV 
et XVI : jie^ifiro jubente modo êHjterior, mots que M. Duecheler 
suppose avoir été placés au chapitre 61, et : êoiiê eonêtarei eoê niêi 
incfinatOM non êolere tramire ergjttum yeajioiHanam. Le nom de 
Naplcs, qui y est prononcé, est un argument en faveur de Thy- 
pothiso qui place en cette ville la 1** et la 2* coupure du roman. 

Le fragment XVI [ est plus que douteux et parait tiré d'un 
glossaire De vcrborum êignificaiiont, qu'on a faussement attribué 
à Pétrone, parce qu'il se trouvait dans un manuscrit à la suite du 
HatiricoH. I^e fnigmeut XVIII, tiré de l'édition Aldine, se com« 
pose du cette ligue de Pétrone : Ajfer uohU, int^uit, alaboêtmm 
CoêMtam. Ce Cosmus était un parfumeur renommé dont parlent 
aussi Juvéual (VIII, 86) et Martial, iHi$$im. Il vivait à l'époque 
de Domitien. 

Nous passons aux fragments poétiques. Les deux premiers 
(XIX et XX) sont tirés de Terontianus Maurus, le plus ancien 
auteur qui fasse mention de Pétrone. 



I. 8«r !«■ fraffinflBlt VI •! Vltl, eoMênuat Albetl* «t Baaeloê, v. p. S «t S. 
8. CiMp. Sl| I. 10, i(Af i Jnékimm, 



APraifDiQi 1. 863 

Fragw^eiU XDi. — Quatre Ten eitii aim I par Marins Yleto- 
rinnt: 

MempMtiéei pmêUm 
Sacrée deum paraim. 



Têndui eolùrê aocf If 
Manu puer loquace. 

dans Marins Vietorians : 

Tintluê colore noctiê. 
^gjfpiiaê choreas. 

Cas yeis doiront sa rapporter an enlto d'Us. Eneolpe a rolé à 
la diesseï eomme on Ta vn, sa robe et son sistre. Mais les rers 
eitës par les denx grammairiens amènent nne obsenration pins 
importante. Us appartiennent, ainsi que les vers des fragments 
XX et XXI, au mètre anacréontique dont Terentianns Maurus 
dit: 

.1/ Arbiier disertuM 
Ubrii êuii fréquentât, 

< Le disert Arbiter en fait un fîr^'quont usage dans ses livres. » 
Or, dans tout ce que nous possédoni du Satirieon, il ne se trouye 
pas un seul vers anacréontique, bormis cous qu*on Went do lire. 
On est donc en droit de conclure ; ou que ces vers anacréonti- 
quos étaient tous dans la partie perdue du roman, ou que, dans 
les fragments conservés, l'abrévlatour a supprimé un certain 
nombre do vers*. 

A quel développement se rapportent les vers (Fr. XX) cités 
par Terentianns Maurus ? A quelque lieu commun peignant les 
astres qui accomplisient avec régularité leurs révolutions dans 
lo ciel. 

Tr/pNcè videi ni ortu 
Triviœ roietur iguii 



1. Il M p«at auMl, cfati TopInluB que M.BaMhelara bien voulu ne eonmaalfaer, 
qn» TercutUuut M auras ait aflrm4 la fait tani prtuvn aortalaat. Il att raniarqua* 
ble, en effet, qua Mario* .Vlclorluoi et lui citant lae mAoïae asamplasi puisée probft- 
blameot à ona touree eomuiunc. 



864 Ammioi i. 



Mapidum pêrerrH prUm \ 

Les y%n do frâfpneiit XXI, dt<t par Dlomèda (p. 618, KeD), 
poumUeiit fort bien t'appliquera Œnothja (Chap. 184). 

Dani le fragment XXII, on Toit, relerie par Senrioa et par 
Ponpoiiis, eette partienlarilé grammaticale: kie quiriUê, terme 
populaire tani doute. 

Un antre grammairien (De âuhiiê nomîuibuê) [p. 28, Keil] donne 
ce fragment d*hezauiàtre : fréta Nereidum, comme exemple de 
remploi defretum an pluriel (Fr. XXIII). 

Mais ce pluriel fréta est déjà dans Lucrèce, Virgile, ete. 

Le fragment XXIV, c&trait de saint Jérôme (Eyiêtufa ad De^ 
metrtadem de virginitate tiervanda (CXXX, 19) donne lieu k une 
remarque curieuse. Il eito un vers reproduit littéralement par 
Martial, /:>i. II, 12,4: 

PottrefMo non Itene oiet qui bene iemper oM. 

Il y a ou bien une erreur d'attribution de la part de saint J4« 
rOme, ou bien un emprunt d'un des poètes à l'autre, ou bien enfin 
la reprise par tous deux du vers devenu proverbe d'un ancien 
poète*. 

Fulgentius nous rapporte ensuite (Fr. XXV) quatre hendéca- 
sjUabes sur l'envie comparée au vautour qui ronge le foie de 
Proniétbée, souvenir évident de Lucrèce. (L. III, v. 982, sq.) 
C'est également Fulgence qui nous a conservé comme étant do 
Pétrone, cinq distiques (Fr. XXVI) qui ont pour si\jet les bisarre- 
ries de la nature et les singularités de la génération ebex les ani- 
maux. 

Ces deux pièces sont bien inspirées par le même esprit scep- 
tique qui se révèle à chaque page du Saiineon. L'une explique 
le sens d'une allégorie mythologique, l'autre signale les anoma- 
lies, les exceptions qui infirment ou restreignent les lob réputées 
Im:nuables de la nature. 



1. L«t .Imx prpiolort rmn toit élite par talat Asfttillfl i Dé Mmêêm, Ub. IV« 
rbap. IS. M. • Jan dlo nilhl «laouiodo aarta tibl Uuifat aMtinm boe i Tripllel vidw 
■I ori« Trivia rwiolur !§ oit. O. Panaarltar •. 

S. Vtfir Mita dlitMMio» dani Siadar. (Of. att.) 



APPINDICB I. 866 

Ce qui fuit porte eneore daTantago rempreinto de la phtloeophio 
<pie«rieiine. En lieant eet 18 hexamitret (Fr. XXVII) ear la 
naiieanee de la eapentition panni les hommei, on croirait aa 
premier abord pareourir une page de Laerèce *. Le poète nona 
enseigne comment la crainte a enfanté les dieux : on a redouté 
d'abord la foudre^ puis adoré le soleil, la lunCi les astrcii ; les la* 
boureun ont honoré Cérès ; les vignerons, Bacchus ; les bergers, 
Paies ; Neptune r&gne sur les eaux ; Palias, sur les boutique» ; 
chacun avec une avide émulation s'est créé ses dieux. 

Le premier vers : 

.\ 

Primus iH orbe ileoi/ecéHiMor, 

est, suivant le scoliaste de StacCi Cmlius Firuiianus Laetantlus 
Piacidus, imité de Lucain ou de Stace (car la phrase est é(|uivf>« 
que)* : Segat deoê ulla alia re rehhrttri, ntni timoré MortaltUM, 
nf ÏjtcamiM : quœfinxere ttment (L. I, v. 48G) et Petrouwê Arbtter, 
tVi/Min ieeutuê : 

PriMUi in orbe deot/ecit têmor, 

M. Buocheler no fait aucun cas de l'autorité de ce Lactance et 
pense qu*il y a là un thème de Stace repris et développé par 
quelque poète d'école. Les anthologies offrent beaucoup de mor- 
ceaux de ce genre. Riese (AnthoU Uit.^ t. I, page 389) penne an 
contraire que ces vers sont de Pétrone', à qui Stace ournit cm* 
prunté un hémistiche célèbre. 



1. Loult XVflI l'y ••! trompé. On ronaalt eittt* anaedot* tonvant rapportôt*. 
M'adroii^aiit à M. d« Fuoffcrville <|ul vroalt de traduire Lner6c<>« la roi lui «loiiuind« 
eauiiueot 11 avait rendu lo ver» cûlAbra i 

• Prlmu* lu orbe deoa ferlt tlioor. • 
M. de Pouffervlllo IropruvlMi U ira<luctiun •ulvAiito t 

La craint» la prcalére enfanta li*t faus dieux. 
t. S<'Ion llarth et 8ludvr, ■ l«tuni • no ra|ipurln à Liicalu. 

3. Tvllo n«t auMl U fuucliuiuii do M. Krulin (/>• aafliolof <» latiMio earmMbuê, fan» 
ênh PftroHli noiaia* ftrantnr, llalm Saxuiiuin, lili?, p. U). Il |>eu*o que StAeo aura 
«•iiipruulû ce vem A Pôlruiic, dit iiiéino «luMI lui a prU «aiit doute celte rxprtMilon : 
• pulipe<M<ntlbu« aauU • ('/'V6.. l, XI) H (1, 671) • priml* ut pulia»c«MitlbuM aniiU •. 
or. l'ûtriiie, 119, V. <0 : • iiialu pubonconllbut auiiU •. 
M. Krolin irult auN*! que Calpurului, daiia vv» V4*r« (/&*(., IV, IM) i 
■ lllu^at ut prliiiaa Ccrcrl date cultur arUtan 
I'ûmU «t lutario nruiuluin purfuialerv vluu •, 



866 AfpimioB I. 

Ffmpmà julVui, — Mtnf iMnmkNt mut «ttlt àwùÀê t Ltt 
honBM lOBt iaeapiblM dt •onienrtr mi MCfet. Le thèoM est 
d'Enttitts (elM par Cieëroa, Dû Qraiart, U^ 64| MO). M. Baedia- 
1er propoia de plaeer ee noreeaa au ehapltre 117| aa moment o& 
Eneolpe et Qlton prêtent serment à Enmolpe. Nom le plaçons de 
préférenee au ehapitre 21, oii il j a une laenne plus évidente. 
Ce moreeau sceptique et railleur est, eomme le préeMenti eon- 
forme à l'esprit du Satiricon. 

I>o môme les neuf hendicasyllabes sur les erreurs des sens 
(Vf. XXIX), attribués à Pëtrone par le Codex Voêêianuê. (Riose, 
t. Il| plico 650.) C*est encore une imitation de Lucrèce (L. IV, 
V. 851, seq.), ainsi que le fragment XXX sur les songes. (Riese, 
t. II, pièce 651.) < Les songes no sont pas envoyés par les 
dieui ; chacun pendant la nuit refait ce qu'il a fait pendant le 
Jour. • Ce fragment viendrait très naturellement an ehapitre 104 *• 

Toiles lont les pièces diitachées que l'on peut avec le plus de 
vraisemblance attribuer k Pétrone c*t d'après leur caractère même 
et d'après l'autorité do ceux qui les ont inscrites sous son nom. 
Les fragments qui suivent dans l'édition de M. Buecbeler, ainsi que 
les pièces dn Codex Voêêianui, sont d'une attribution beaucoup 
plus douteuse. Les fragments XXXI à XXXIX sont ceux que 
Claude Binot a extraits du Codex liidoiianui Detlovaeenêiê, au- 
jourd'hui perdu. On ne sait, dît M. Buecheler, si, en les donnant 
sous le nom de Pétrone, il s'est conformé à son manuscrit, ou 
s'il a hasardé cette attribution parce que, dans le manuscrit, la 
pièce précédente était rapportée à Pétrone. M. Krohn (o/#. cit.) 
s*est attaché à démontrer que ces fragments XXXI à XXXIX 
(691*099, Riese) ne sont pas de Pétrone. Il tire ses preuves : 



A ImlU «•■ vtn da wSm« f raffmaat, v. S i 

• AyrisolM priuiot Oaraii 4êJf metala hosorat, 
l*AliulllbiM plABlt n«echaai vlaelr*.. . . • 

Msli ridte et ^•lp^•Ml<»ll Miiibl«Nit trup poa MraetérUilqttw fottr qu'os pubMi, 
do iotio ttRlqno rouoontro, oottcloro à «no Imlutioo do I*élroso par Calpanilo*. 
cr. Ovido, IWlor. L. II, v. 610 1 • PrlmlilM Corori Hrr% roorcU daèMit. • 
Tlbolh, I, oU 1, ▼. Il I 

• VUwm Corot, tibl oit aoatro do raro ooroao 
Hpicoo, oto. • 

I. M. XroliB (op. cil.) M prooonco ««mI poor rottribotleii à Pélfoso dot flruffaoBU 
fSottS. 



AmmiCB I. 867 

1* de la façon dont cas ▼•» tout amenfc et dlipoe^ dans le ma* 
Boeerift ; S* des partieiilarltét de la métrique; 8* du earaetère da 
e^e. Il estime au eontraire qu'on doit restituer à Tauteur du 8a* 
tMam lee plieet 464*4 79 * du Cadtx Voêêtaniui que M, Baecheler 
a retranehéee de son édition do 1882. 

La pièce 091 (RieiOi t. Il, p. 153 ; Dnecheleri fragment 
XXXI) contient trois distiques. .C*est un perroquet qui parle. 
Quelque analogie avec les morceaux oii Ovide et Btace ont chanté 
les anc£trcs de Ver* Vert. Imitation possible d'Ovide. 

Riese, 692; Duccheler, fragment XXXII. Quatre distiques. 
« Les malheureux recherchent ceux qui, comme eux, ont été 
éprouvés par la fortune. • 

Riese, 218 ; Codieiê Sctlmoêiani, t. I, p. 166. Buecheleri frag- 
ment XXXIII. Quatre distiques. Piioe galante dont un amant 
accompagne un envoi d'oranges et de châtaignes à sa maîtresse» 
Le genre est celui de Martial, dans ses Apophoreta, M. Iluecholor 
estime avec raison que ni la facture ni les idées ne rappellent 
Pétrone *. Ou remarque en particulier dans cette pièce un souci 
presque pu^^il de Tallituration. £u huit vers la lettre m est répé- 
tée vingt*trois fois. 

Riese, 093; Duccheler, fragment XXXIV. Trois distiques. 
C'est la prière d*un poète qui, après avoir célébré Apollon, lui 
demande, par l'intermédiaire do Diane, oit l'on trouve de l'argent 
quand ou n'eu a pas. 

Riese, 094 ; Duccheler, fragment XXXV. Cinq distiques, c Dieu 
a mis à notre portée de quoi satisfaire à nos plus pressants be- 
soins. » Vers obscurs et pénibles. L'idée principale est celle qu'ex- 
primo Sénèque, ep. 26, 4 : « Panem et aquam natura deniderat ; 
nemo ad« hœe paujter têt : intra qum quinquiê deêiderium nuwn 
daudit, cum ijno Jove dû fdicitate conteadat, » 

Riese, 095 ; Duccheler, fragment XXXVI. Épigramme, dont 
on trouve beaucoup d'analogues dans TAnthologie, sur des co« 
lombes qui ont fuit leur nid dans un casque. 



1. Boe«bcl«r, éd. d« ySOi, flr. XXXI-XL, I^LII. Lot pléMt 476 «t AU da Cùd4m 
Vo9êtamnê ool été fondSM par M. Buecli«l«r «n ane muI«. 
t, n «zUtt uaa pléeo M*lof ue d'AlcliuiM. (RIom, t. Il, p. lOi, 716 ) 



868 AFFINDIOI I. 

RteMi 9961 1 n, p. 166 ; BnMbator, flragmMU XXX VIL Qna- 
ire ditdqttet contre les Jvlfsi oonfondai aTM lei ehrMent, 

Piioo obieiire autant qae la sniranta (RietOi 698 ; Bnaehdari 
fragment XXXVIIl) est iMgante et fkcUe. 8ept distiques. L'amour 
réveille un Jeune homme qui est en proie à mille désirs. Les vers 
ont un air de famille avee ceux do TibuUe. 

Uiene, 000 ; Duocheler, fragment XXXIX. Quatre distiques. 
Vers adressés à Néaleé par son amant. « IHiissent leurs amours 
étro de longue durée, eos amours dont il rappelle les débuts si 
chariiisnts ! » Ces doux durniiros piices ne dépareraiout ecrtos pas 
le fiafmron ; mais la noto est, ce me semble, plus émue que dans 
Pétrono; ou, si elles sont do lui, il a pris à ce moment Tibulle 
pour modèle. 

Les quinse pièces suivantes sont celles du Codex V<wiianuê, 
464, 465, 407 à 479. (Ricsc, Antliol. taL, t. I, p. 289 seq.) 
M. Krohn a entrepris de démontrer que ces pièces ' sont bien 
de Pétrone. Il les a étudiées do près au point de vue do la mé- 
trique et de la langue, et a signalé de fréquentes analogies avec 
les autres poésies du Satiricon. M. Segebade tient la démonstra- 
tion pour faite. Sans reprendre ni discuter tous les arguments 
invoqués par M. Krohn, examinons sommairement ces quatorxo 
pièces et voyons si nous los trouverons d*accord avec Tesprit du 
Satiricon, 

Lapièco464 n*est qu'un dktique exprimant nue moralité *: 
Clmcun prend M>n plaisir oii il le trouve : trahit êua (jncuique 
i*o/M;i/fi« '• Ces vers sont bien conformes à la manière de Pétrono, 
qui aime à Jeter dans sou récit de petites réflexions morales de 
00 genre, coiideiiséos en deux ou quatre ven d'un tour bref et 
piquant. (Cf. chap. 15, 18, 80, 82.) 

I^s cinq hexamètres do la pièce 465 préseutont| dans les ter- 
mes et dans la facturoi certains rapports avec d'autres vers de 



1. Alatl qM U ^léc« 4S4 du Coi§a Fi»««l«iiiM njelé* par BatolMtor. 
t. • Uv«nUt qaod qaltqM v«llt. Moa omalboa «saoi «tl, 

Qnod phiMi. Ilia tpInM eolllfli, llto roMi. • 
S. VlriHa, M., t, v. SS. 



AmifDiCB I. 869 

PteoM. M. Kroha s fkit eat rftppiodiMBMiU*» C*«tt âne des- 
eilptioB de rântoaiaa es Yen gncieni et d'une Aégmaee quelque 
peu reeherehfci ainsi ee trait : 

Aique kêêmem tepléêê spedûbai Fkabuê kûbeniê. 

Le ton est le mtoe que eelni de la ploee du ehapltre 181 : 

SohéUi KiUvaê ptaiûMWê, scff. 

Peut-être eoe yen te trouvaicnt*ils plae& dant un autre épi* 
iode des amours d*Encolpe. 

Trois distiques (piàce 4G7) ezprimeut et eonfirment par des 
exemples cette peusée que le chann^cment est nécessaire et que la 
rariëté seule plaît. M. Krohn {op. eii,, p. 32) note, au 6* vers, rem- 
ploi du participe passé du permutatuê précédé d*nn monosyllabe 
formant le premier hémistiche du pentamètre, emploi qui semble 
particulier à Pétrone. Cf. De beUo eivili, v. 89 : 

Ki penMHfala rerum Miatiotie rebella ni , 

et fr. XXVI, V. 10 : 

Sed itrr mutai aâ gaudrl kabere vèee». 

Il rapproche do l'eipression : utomachum eoftei/îare mero, celle 
dont se sert Pétrone, chap. 141, 1. 28, et itiomaého eonciliatur 
aveno. Ajoutons que lu mouvement du début est le même quo 
celui dos liondécttHyllabes du chipitre 15 : 



Ao/o ego..,. <X ?(oh qnad cuplo. 
Née nofo.... A'ec vicioria.».. 



C'est le développement d'une idée banale, comme celle qui est 
exprimée dans les vers du chupître 93 sur ce thème : Vile têtquod 
lieet. Ces distiques pouvaient être prononcés par le volage En- 
colpo, chercha*it à Justifier par Tcxcmplede la nature quelqu'une 
de ses infidélités. 



1. Of, tU., p. SI. • J«m naiie «rdealM aalainnat «bcfonit «inbfM. .. • 

J«m plAtAoa» jMtAN euQias. . . . aaparat. 
Ohap. 181. • KQbllU. smUvm pUUnat diinidorêt umbraf. • 
Cbap. 100. • VeroMita»qa« cuinM trlMto «botflt hlcinpt. • 

C'MTIQl'K UrrSN4IIIB. fi 



870 ArrKNDiCB i. 

jMobt propoM de rftttaebor à «eclt plèea U dlitiqaa qui sètt 
(4G8) et dent le tour jplgrtmmatiqtte eet Uen es bennonie eree 
l'esprit de Pétrene. M. Krohn j trott?e« dans remploi de fua$i 
poer établir une eonparaiton entre deei eboeeti la marque da 
•tylo dn SaifrieoH * et rapproebe, pour la eonttmetion de ee vers 
ob rt^Jectif eft fort <iolgQ< du sabetantif : 

fVroi* legUlmuM deM qwtêi cenmi kaberi, 

le vert suivant du De belh eivift, 200 : 

Ki eoNCrda geln ponté peM undû ruebët. 

Les sli boiamitres de la pièce 469 ont le ton d'un de ces ora* 
oies par leM|uels, dans les épopées, les dioua relivent le eourage 
de leurs bëros et leur prédisent leurs destinées : « Quitte ta de- 
meure, 6 Joune bomme, et va chorcbor d'autres rivages ; un plus 
grand ordre do choses naît pour toi. Nu succombe pas à tes 
maui ; les rives lointaines de l'ompiro glacé de Horéoi le paisible 
royaume do Csnopo, les peuples qui voient le lover et ceui qui 
volent le concber du soleil te connaitrout. Qu'un béros plus grand 
que lliabitant d'itbsque descende sur des grèves étrangères. » 
Quel est le diuu qui parle ainei ? Est-ce à Encolpe que cette pré- 
diction s'adresse Y Ce serait une confirmation de rbjpothèse do 
M. Élimar Klebs, qui voit dans Encolpe un béros comique contre 
lequel s'acbarno le courroui de Priapo. Tel UlyssOi victime de 
la colère de Poséidon. Le dernier vers : 

Major en ejdêrnai ithacui éeêeendai arenas, 

vient à l'appui do ce rapprocbement. Nous aurions ici la prédic- 
tion d'une divinité tutélaire encourageant Encolpe dans ses 
maui| ne êneeumbe mnlUp et lui annonçant dans des termes d'une 
empbase plaisante ses pérégrinations futures. Ce qui est certain, 
c'est que ces vers nous offrent une parodie de Tépopée analogue 
à colles qui ont été relovées, cbsp. 108, qui$/9tror, sq., cbap. 138, 
Xffmjtharutn Uacchiqnt corne», sq., et cbap. 139, Non êolum me 



1. or. ao|«lM4«, Ohmrwt, tmmmtUkm H 9HUm to PMrêmkm, p. 4 tq. 



ArpBUDieK I. 871 

nmmen, fq», rtn o& Enaolpa m eomparo à Uareolei à T^lèphe, 
à UljMei ete. 

Mê quôquê pêr terrai, per mnI Nertoi mquor 
UeiieipoHiiaci sequitur gravie ira Priapi. 

• La pièce offre cette partlcularit< qui lui cet eoniiiittne aTee d!« 
Ten morceaui de Pétrone (cf. chap. IV)| qu'elle contient plu- 
eieun rëminiscencet on centout de Virgile : 

V. 1. Limiuo tuas sodos alicnaiitio liloro quicro, 

* 

Cf. Virgile, III, A:n., v. 161 : 

MutOMdœ iedei; non haee Ubi iilora êuasii 
Deiiu». 

V. 2. Mcjor rci'uiu tibi nusM^itur ordo. 

Cf. Virgile, AW., IV, T. 6: 

sMagnns ab intégra ntcetorum naêCitur ordOt 
V. 3. No succumbo nialU« 

Cf. Virgile, yK«., VI, v. 95 : 

Th ne CMfe matii. 
V. 4. To Borcas golidus socuroquo rogna Canopi. 

Cf. Virgile, Qeorg., IV, v. 287 : 

Ha m qua Petite i gem farinnata Canopi, 

M. Krohn note dans ce morceau des fins de ven qnl le retron- 
yent ailleurs chex Pétrone. 

1. alicnaquo litora qiia'n . 

De bel, elv., v. 23G, tranqulttaque litora quœrif, 

3. ultimus Hitftcr. 

De bel, dr,, v. U. utfimui ttammon. 

Trois distiques constituent la pi&co 470. Encore une mora- 
lité appuyée par dos eiomples familiers : « Il n'est rien qnl ne 
puisse ùtro utile aux mortels. Dans Tadrersité, ce que nous mé« 
prisons nous sert. L*or eutraine par son poids le navire chavln', 



872 APriHDieB t. 

la rama léfkia laafa la Baaftragé. Aa miltaa da« aanbata, la Var 
•*anfanaa dani la (orga da rieha \ la aakiat an gaanillas qol ii*a 
riaii à pardra la bat avaa ftiraar. » La aai^anatioii nam qol aam- 
manea la pièaa tambla indiqua? qn*alla était en affot IntercaMa 
dans la riait'. Kian n*atnpéoha d'attribnar à Pëtrona cet yart ob 
il 7 a cependant à lignaler l'emploi aniqne dn Terbe : dep<md€» 
rar§. 

La piiee 471 te eomiiote de qnatorse boxamètres, attribafc 
par quelque! critiquée à Peotadiue, qu'on aqnelquefoii confondu 
avec Potronius. M. Krobn loi maintient à PiStrono et te fonde sur 
la eingularitj d'une construction propre à notre auteuri l'emploi 
doa particulot distributivoi iive, »€h, dans le tecond membre, aut 
dans le troiiième. Cf. êive, êeu et ve dans le Scheiltum Lueilianum, 
ebap. 6. 

C'est la peinture du bonbour d'un sage qui vit retiré aux 
cbamps, content de son sort et qui raconte ses Joies innocentes. 
On Ignore et on de?ine malaisément dans quelle boucbe pouvait 
i^tro placée' cette tirade. Celui qui la prononce est quelque peu 
parent du vieillard dn Oalèse. Il le rappelle même expressément 
par ce vers : 

V. 0. Corycitim mihi siirifit bluit. 

cr. Ceorg., IV, v. IV. Corteêum vidéue senem. 

Ce tableau de l'innocence et de la simplicité cbampêtraa peut 
faire pendant à la description de l'bumble demeura d*Œnotbée, 
ehap. 135. C'était sans doute nno variation d'école sur le thème : 
OfortHHatùê nimium t 11 est impossible do soupçonner s'il j avait 
U une intention parodique. Les vers, qui offrent quelques leçons 
douteuses, sont d'une facilité asvei coulante, mais manquent tota- 
lement d'originalité. 

Les quatre distiqursde la pièce 472 sent rapprochés par M. Krobn 
(p. 84, ojK cit.) du début du poème sur la guerre eivile, oii Eu* 
molpe déclame contre la corruption des mœurs de Rome. Cette 
pièce est une invective contre la richesse insolente des esclaves 



I. Voir !«• i«ppro«he»«BU Call par M. Krohtt, p. Il (•/. cil.), «t isl««:*r i « A>t< 
vttm. . . Avram •, v. S, «1 De MU tivUl, v. S. 



ArpiNDici I. 873 

parfeniif qui ont le fasla des rolt et, dérorant daiie les dëbao- 
ehei d*opale&ti patrimolnet, insultent à U yertn. 

Rien de moins naturel, de plus enflé et tendu que eesrers dont 
le sens est loin d'être limpide. M. Krobn suppose qu'ils étaient 
débités par Eumolpe, le poète à Temphaso affectée. 11 j a en effet 
des similitudes entre eette piice et les premiers vers du De bello 
eiviti : 

V. 7. Yiriiis- modio Jacot obrulii cœnu. 

Cr. De M, eév,, v. 58. liée menam emno Bomam iomnoque Ja- 

[ceniem, 
V. 3. En ctiuro. 

cr. De M. de., v. 00. £n etêam mea régna peiuni. 

Ajoutons que les mots : nequiiiœ chiêeê, v. 8, ne sont pas sans 
rapport, pour la bardiesse do l'eiprcssion, avec les mots : negia* 
Hœ nidum (chap. 65), vers attribués à Publilius Byrus'. 

M. Krobu voit dans les 5 bexamètres de la pièce 473 une pa- 
rapbrase poétique de la dissertation de Trimalcbion sur les fla- 
tuositcs qu*il y a du danger à retenir, cbap. 47, 1. 85 : KgonuHum 
ptUo tam magnum iormentum esêc quain coultnere,,,, anathymiaëiê 
in cerebrtim it et in tofo cor pore ftitctum facit *. 

L'explication est iugéuiouBo ; mais comment rendre compte, 
avec cette interprétation, du dernier vers? Peut-être faut*il voir 
là des vers sur un sujet obscène, comme l'a conjecturé Goldast. 
Quelle que soit Tinterprétatiou qu'on adopte, cette pièce ne serait 
pas hors de sa place dans le Satiricon. Elle est traitée de la mCmo 
façon spirituelle que d'autres pièces oii l'obscénité est paréo et 
enveloppée. 

La pièce 474 a quatre distiiiues. KUe exprime les regrets d^uu 
amant au souvenir do la plage ou Jadis il a pusse d'heureux 
Jours. 11 porte envie à la mer qui peut visiter ce rivage arrusé 
par une source d'eau vive, lieu fait à souhait pour les pulsiblus 
amours. Le texte de oes vers n'est pas sûr. Ils n'offrent ni pour 



1. L*oxproMioii famm êeputtm pourrjill étr« tiiipruotû* à OvlUs, lUruUleê, VII, v. M, 

S. 11 rolévM suMi l'ttxprcMloo ptnituê mêrtm, qui m rctroovt (Uns It De bêUo ci- 
vil^ V. 67, p^mituê dtmêrêUê, 



874 ÀFriKDioi I. 

les idées «1 potr la fbnM rtan dt SAlHaati et dâm le SaUrtoom, il 
a*/ a p«e de pièee eorreepondante k eelle^i. On j tronre na tea* 
tineatdemJlaaeolledeat le hiroe Eaeolpe parait peatoMeptible, 

Y. 7. Pervieé: Me^ue êHêm/orinna mtili§Hiêr aa^aam 
KHitiH noèéi, quoë inrèor hora é§d!t. 

Dee piicee du Cadem VoM'ianw, e*ett donc nae de eellee qae, 
à défaut de tesimoHia ccrtalati aous hëtitorlous le plue à attri- 
buer à Péiroae. 

La «ulvaiite, au coatraire(é75, sept heiamitret), eit bleu daae 
1«5 oeractèrc de cet parodies du style épique qui ont été déjà si- 
gnalées dans lo Satirteou* Los mots : oeuNi non tUfuii imhtVp t. 2, 
rappellent ' (Chap. 17| 1. 11) : «1 ergo iam amhUio^UM dtiumuit 
imhtTé Dou»a svalt tmnsporté ee fragment dans lo Satiricon au 
ohapitre 137, Il peignait k* désespoir d*Œnotliée devant lo meurtre 
do Toie consacrée k Priapo. Ce qu*on peut dire, c'est que ces 
vers sont conformes k la manière do Pétrone, avec leur compa- 
raison épique : 

Stm qunlii ropitur per vaiiiê êutprobut awnU, ^|. 

appliquée selon toute vraisemblance k une situation de la vie or- 
dinaire. Cf. 135^ NOM ftêdiim, seq. ; 13G, ialiê Ilereuiea, seq. 

Les dix vers de la pièce 477 (dintiques incomplets) ont été 
réunis par Bcaliger et par M. Huccbeler (édit. de 18G2) à la pièce 
474, dont ils changent dès lors le caractère. Nous n*avotts plus 
qu'une antithèse prolongée entre la mer et ses dangers, la terre 
et ses Joies tranquilles. M. Krolin a pu signaler, dans cette pièce 
477, quelques expressions employées par Pétrone. 

V. 5, lllif iniiiiiino.H morn uliviii miIvU hiiiliis. 

Cr. lie bciio cé0., !(»!• rupto teiiitrcm tùIcH klafu. 

V. 7, lllic inlor iii|iium iiril mUa ariila Thucom. 
Chap. 8'i, i\oH bihit inter aqua§ {Tantaiiui, 

De telles amplifications ne sont d'ailleurs pas sans exemple 
dans lo tSalirieon» 



!• Xrohn, e|>* c<f.. p» at. 



i 



AmHDiei I. 876 

Las dangen de U mer et la tjearlti da rivage, voilà le tbime 
que traite auaei la pièee 478, Elle pouvaiti eomoie la préeédentei 
trouver la plaee dans Todyseëe d'Eneolpe et de tes eompagnooe 
que nom voyons, dans les firagmonts eonsorvés, en proie ans 
farenrs de la mer. Ce ne devait pas 6tre le seul épisode do ee 
genre. M. Krohn (p. 35, op, eu.) signale dans ees vers, eomme 
étant de la langue du Satiricon , attrita, v. 8, ealeare, 9. En tons 
eaS| les vers, d*une allure aisée, sont dignes de Pétrone. J'y re* 
trouve encore d*antrcs expressions dont II s*cst servi : v. 8, ira» 
îum marc, chap. 114, 1. 26, iratum dividct marcf v. 1, nce eogcrt 
fala; chap. 108, 1. 19, 

Eimihi/uia 

iloM iMtcr /iHCtui quii rapiis cvocai arméif 

Trob distiques constituent la dernidre piàoo du Codex Voêêia» 
nuê mise sous le nom do Pétrone. (Klese, 479.) 

Dans TAnthologlu de Burmann, elle est intitulée : C PcironU 
de vcnuêiatc ci gratia formœ. c Ce n'est pas anses d'être belle 
et de 80 mirer en sa beauté ; la femme doit appeler Tart de 
plaire au secours de la nature ; propos piquants, charme 
du discours, sourires, qu'elle mette tout en œuvre; la grâce est 
l'assaisonnement de la beauté, et on l'obtient à condition do la 
vouloir. » M. Krohn ' rapproche pour Vaêt/ndclon du vers 3 : 

Dicta, suies, lusiis, sermunis gratia, risiis, 

le vers 215 du De hcUo civili : 

Arma, cruor, cœdei, incendia iolûquc bclla. 

Les termes : âermonis gratia, v. 3, se lisent textuellement au 
chapitre 132, p. 99, 1. 30 : 

ScrmoHiê puri non trhti» gratia ridet. 
Cf. v.- 4. Vincunt, nuturu; candidioris opus. 

Chap. 132, 1. 29. DamnatUquc novœ slniptieitatii opu$. 

Quant à la pensée, elle convient très bien à une Trjpbine on 



1. 0|k tU„ p» 96. * 



676 



AmUDIOl I. 



à me CIffoé. et. (Chap. 127| L t8) //m ^fêa mm iiarÊi, Uuitm 
gfûîkk tMûttialai voeeM îùqmmkîU^ tam dulcù êcmi$, Mq, 
' Ett r^ttmë, il B*/ ft pM àt raison potitire pour niftttar l'aC* 
tribtttton aa moini da plus grand nombradeeetpiieesàPilronei 
tollb qu'elle ett donnée par le Cod€x Votêianuê, Quant à eellee 
da Codeœ Bdlovaeenêiê, les argnmcnts de M. Krohn nons tem* 
blent eonTalncants eontre elles. An suiplus, nous n'avons tiré 
parti pour notre étude d'aucune des piices du Codex Vaê$ianu$. Il 
faudrait savoiri pour los entendre sûrement et les apprécieri dans 
quelles oirconstances, par quel interlocuteur elles étalent débi* 
téos. 81 on est fondé à considérer ces fragments comme des 
épaves sauvées par les anthologies du naufrage des quatone livres 
perdus, la généralité des réflexions morales ou des sentiments 
très impersonnels qui y sont exprimés ne nous permet pas d'y 
puiser quelques renseignements sur la matière de ces livres. On 
constate seulement la similitude du procédé de composition et de 
la facture. Nous trouvons dans le Codex Voêêianuê quatre pièces 
descriptives, 405, 471, 474, 477; deux fragments il'un style épi- 
que, 4GU, 475; deux épigraiiimes, 4G4, 4G8 ; une invective sati- 
rique, 472 ; une pièce probablement obscène d'intention, 478 ; 
quatre morceaux renfermant des moralités ou des conseils soute- 
nus par des exemples, 4G7, 470, 478, 479. Or, chacun de ces 
genres est plus ou moins représenté dans le À'a/iVicon, 



APPENDICE II 



Lm noms propr — dans lo c Satirieoii ». 



Agatho fangocn- 'Ay^IOmv*. 
Uriiit)|eli.74]. 



Agamemnoii ^di. 'AY«{â^(ivi«iy. 
3). 



AlbQoU (fgt VI). 



Apellat (ch. 64). 'AiciUiSc 



Ascyltof (cil. G» 

Bq.). 



Bargatet(ck.OG). 



InuX^oç, infatiga- 
ble («-«xCXXctfy 
écorcber). 



Carrio ( caclave Ksp^o>v. 
do Trliiialcliiou) 
(cil. 70). 



Sa trouTe fréquemment daiu 
lea inscriptiona. Cot^uM, 
X, l\, y^i, 8SI, etc. 

Bumom emprunté à la my- 
thologie, qui cnlralno celui 
de Vanieschoiariut Mené- 

L. Albuciuii, CorpuM, X, II, 
001. l. Albiiciui» Ccirfun, 
Corpit», X, il, U02. 

Corput, m. 11, 1403, 3877, 
80Ô6. 

^'om emprunte sans doute au 
caractère du personnage. 
Le lutteur infaligable (:sena 
obscène). 

Se trouve 7 foisdunn le Cor* 
pat, pur ex. 8214, Pompél. 

riaute, Milet Gtoriosus : • Ct- 

rio, C0CU8 ». 
8e trouve aurnii ilana lea //<«- 

rriptioHM. 



• 1. La ttommeUtur* 4m Bom gnm ■•■ MtompAf ii^i d'uaa trailactloa a»t «m* 
prua%i9 AU Cofpuê inMriptlonMm mtliêënm, t. III, y, Intcription»» mlUnp mlmliê Itê- 
■MHS, AI A« Piett/tnnàÎM tUi namm froprês §r§€i do I'aih» «t lUittutlur, »• /'«lit. 
(DruBtwkk, lëOS-ialO). 



878 AFPIHDIOI 



tu 



C«rbtrat(lktvm) KtfU^H. 

ChrytâBthai (ek. XpMtvMi. 
4?). 



Clirjrtis (cil. 1 S8). Xf w«{€* 



Ciearo (ek. 46). 



CimuuMS(eb.30) K(vvi|i«c* 



Otm (ek. 127). K(^. 
Cens (ck. 106). Ktfp«{. 



Corittlhui ( ek. Ki^vMi. 

60). 



Cf. lUrtial, VI, 19» HUM 
Ctrpi. 

Très fréquent dans le Corpui. 
Bx.:XJl,2ll4,2tS0,&609» 
eus, 6539, 7ft&6,ete. 

Kom mytiiologique. 

8e troQfe plusieurs fols eom- 
mesuruomdanslcs Imetip' 
lio/MsIuiiqueCArjfMM/AÎs. 

Tércnco, Àndriênne, • Chry- 
sis, mcretrix *; Ileauiotê- 
iim., • Clirysis *. • Tra- 
beat, fgtl,?. 3 {dû. Rib- 
l»eck). 

Ce suruom se trouve dans les 
Inscripiionê, 

11. Duecbcicr fait de etcare 
un nom commun. 

FrcuiiU dit a ce mot : t Selon 
Klcbuhr {Verm. Sehrifî.\ 
ce mot signifie ba? ard, |p/a« 
lero, et répond à rilalien 
eicaioue, chiaccherone, » 

8e troufe pluilcurs foladans 
le Corpui (table des • Co- 
gnouiiua*). 

On y rencontre aussi : Ctii- 
Homii. Cf. llarthil,VI,17. 

Kom mythologique. 

Je ne trouve dans le Corpuê 
que • Coracinus t, X, II, 
2428, 4024. 

En (troc, le nom n'est pas rare. 

Commun dans les hiscrip- 
tiens. CorpuM, X,ll| 1747, 
4G42, 8047, etc. 



AmifDiCB II. 870 

GrcMVS (eh. 64). Kpot«oc. Hoiii litotorique. 



Dttdilus (eulil« 
nier) [ch. 70]. 



As^UXo;. 



Dama (di. 41). IfyMç. 



DiogaBM (cb. 38) • ânv^vr,^. 



Dionysos (cb.41). Acrfvw«o(. 



Doris (cb. 1}0). Aiop{(. 



tohion (cb. 6ft). 'E//mv. 



Cf. Virgile, sSh., VII, tHf : 

• clœdMU Girco • (s iiifé- 
iilcunc); do mémo Ennius : 

• dn^dola Mliienra ». 

Et le iNiSMge mémo de Vu- 
troue : • .^on pote^t esse 
liretiosior liomo... et Ideo 
liigeiiio fiico imiMMitum eut 
illl iioiiicii bclliulinum ; 
nain Ihi^daliiii vocatur. • 
(Ch. 70.) 

Se trouve piuideurs fois dans 
le Corpus comme c cogno- 
mcii •. 

Comme nom d*un caclaTo. 
Ilurace. Sai., t, 0, 38; 3, 
5, l«, 101; 2. 7, M. — 
Martial, VI, 39; XII, 17. 

Se trouve i»ouvent dunn le 
Corpus aux tablctf dc« • Co- 
gnoniina ». 

AuiidcM.CiuiiuHUurus. (Cic., 
Fa tu,, 2, 12, etc.) 

Se trouve dans Ica Iutcrip* 
iious comme turnom. 

Cf. />io/i^j//,cHêbredanseuae 
romaine. (Cic., Vro Hosc, 
Coût., 8.) 

Corpus, X. Il, 30'.»7, 3110, 
etc. 

FlRure dans le Corpus comme 

• cojfuomen * (X, 11,3028, 
6370, elc.[. 

Cr. JuvcMial, Saf., VI, v. 7â. 



880 
Iaert p iw(ch.îO| 



APPIHDIOI If. 



'BthAiiioc. 



lâijmim (eh. 'Ev^a^. 

192). 



\ 



ImûdpM* (ek, E8|ftoXirai. 
M). 



lUOlM (l||t VIU). ESfMH. 



PorliiBaU (eh. 

87). 



On lit «ne douiiloe da'Mf 
• BneoliiiiM • 00 i Bneol- 
put • lox tables des • Go- 
gnomlna • do Corpuê. 

Il y « on • Encolpoi • dan« 
Jfar/to/J,8},Y.48;c*e8t 
on etclato faTori, on mi- 
gnon. 

Cf. Lampride, Aiêx. Sever., 
17, ■ Refcrcbat Encolpioa, 
quo ille familiari^^nio 
08US est • . CL iOid., 48, etc. 

Ainsi employé méiaplioriqoe- 
mcnt poor désigner on 
bcao Jconc homme tendre- 
ment aimé, dans Jovéual, 
10| 318, et dans Apolée, 
Mei., l 12. 

Tons les sornoniK rommcn- 
rant par eu sont frécioents 
daiitf les IttMcripiioM. 

Ici c'est le nom do poète lé- 
gendaire Knniolpe, oo sim- 
plement Tadjeet if: iS;aoX- 
ffo;, f|oi eliante bien. 

Cf. tS^to;, serein, qoi a don- 
né le sornom romain • Eo- 
dios* {hucHpiions); cVbt 
étymolO}£iqoement le con- 
traire de Eoscios. 

tHMcripiioMi, 

Cf. t Félix • sornom romain 
tK*s fré(|oent. 



1. 0« mÊÊÊf mIm TmIM ( 
■Mlf liloMt to Mil f «1 tll eu 

Ami y joUdrt MfCMdaal l«t 

!••, do PMtélte«t| pto^MmmbI 



BkHmltékm Mmmm, 1848) Mrait, mwe mUI ém Trl- 

p«r PStown ^«r caraclériter lo p«raoBMic«. U 

raM«hS«,tf'Afaw«iiiuoa, d« Mûnélâs, U IMida- 

AMSl OMS d*AMyltOt «t d« QlttfM. 



APPIHDfCI !!• 



881 



(th. tt). 



Stsymadts (eh. 

GitOII (9 sq.). 



Habinnai (cli.«ô). 



rcMi|i^,c. 



a des npporU 
aYCC. 



Glyeo (eh. 45). VX^^. 



Oorgiai (eb. 14 1 ). l'opT^*$* 



Hedyla(eli 1I3). 'Il^^Xr.. 



On troore aosil dioi kg /jm- 
eHpihMi : • Foitomillii, 
Fortunula, Fertnnio •• 

M*nom roiiMiin. 

8e (roavceomme iumooi dan« 
le« inêcripiiom. 

Faut-il Yoir un souYcnir do 

ce nom ilan« rêpignunnie 

d*Au80no, CYI • 
In êctihiosHm Poijfgiionem T 
Dans cette èpigranime il y a 

coiiiiiie une réminitfccnco 

de i'étrone : 
V. 13-1 9 : De/eeioi $ie/ama 

[viras, aq. 
(Pétrone, cli. 139, I. 5: To- 

rum freqncnU, aq. 

8e trouve plusieun foin coin- 
me ■ cognonien • daua lu 
Corpun, 

• Cognonien • qui se ren- 
contre aussi pluKienrs foin 
dan!( le Corpus, 

N'existe pas sous celte for- 
me dans le Corpus, main 
on y rencontre les foniicrn 

• Almia •, V. '*, 630?: 

• Aliinnens •, X, ?, 805*.», 
185; • Abinmeus % XIV, 
1413. 

On trouve aussi dans les //«i- 
cripiions : ■ llcdylus •, 
liiirnom. — iHedylium», 
surnom de femme (dimi- 



889 



APraroiQi If* 



liniirtt(€li.6?) ^Kp^pmi. 



(eh. 'KpiâoifArnc. 

4i). I 



■••«• (6li. 104). 



Iphit (eh. 09). Ifii. 



(eh. SO). 



Llohis (eh. 100t. Afy,H. 



BQtif). DiBi les 'hU' 
eripiimu, • Hedylalo« • 
(X«X^), tHedfmelet «tete. 
ioot des noms d'escls? es. 

Cf. • HedyUttm •, nom d*uno 
sertsntc dsns U Carnieu» 
tarin de l'iaute, citée par 
«Non., 2, 008. 

• Hcdymclcs », nom d'un 
Joueur de citiuirc dsns Ju* 
Ténal, 0, 383. 

Fréquent dans les lnuriih 
tioMM. Corput, X, 11, l&Oâ, 
1599, 2052, 8043. 

Cf. Martial, X, 83, etc. 

Surnom romain, par exemple 
d'un usurier dans Cic. (Ait, 
13, 3i). Cr. Martial (XII, 
29). 

Divinité gauloise i qui on 
oITrait du ssng humain. 
(Lucain, I, 445) : 

korreui^uf /erii alUtribuê 

\lkiUM. 

On prenolt parfois comme 
sumomsdes nomsde dieux 
étrangers : ainsi on trouve 
1 T. Saufeius .V/Mres •. 

Corpus, X, II, Ipliis et Ifls, 
7087. 

Surnom dans la ■ gens Po* 
pilia 1. 

5om grec mythologique; se 
trouve dans les inucrip* 
tiens grecques. Cf. aussi 
TorpiM, X, II, 1290, • Ij* 
ca •. 



Ljevrgvt (eh. 

117). 

(6li.46). 



APPBICDICI II. 883 

AimoOn^. Inieriptloos grecques. 



l&i|A(u),iiière»ileii* 
le, Doorrice. 



(cb.9») 



KargarUa (petite Ms^p^tnc* 
cliienDe)[eh.04] 



(cb. 09). 



Melisfa (cb. ei). MAim. 

Meneeratet (cb. Mivtxpihiic. 

73). 

Menelaiu (cb. S7) MivAcoc. 



lleBophila(cb.70) Mr^vof^Xs. 



Mitliridataa (ch. ' MtOpi^«mc. 

â3). 



1 3tainaifca •, mère de Tea* 
pcrcnr ilexandre-ScYère. 

Dans les taêeripiiom on troa* 
Yo souYcnt ■ llamma • si* 
gniflant iDérc,grand*inùro 
ou nourrice. 

Cf. Epfêem. Kfiig , 1. 1, 1879. 
Tnbtda tHniortim aMti" 
qtiUnimorym, (L. Uanicl, 
M. r, 70.) 

On lit oui^tfi IcH fomics « Slin- 
nu« et llanncus • aux ta- 
bles de« ■ Cugnomina • des 
divers Ioiuck. 

Les ffiscripiiotiê nous don- 
nent (>gttlement les sur- 
noms • Marguris , Marga- 
rus •. 

Surnom romain. (IMin., £/f. 
3, 4; 7, 33, etc.) 

Carpui, X, II, 1 106. 

Se trouve comme surnom 
dans les htsrriptioHi. 

Cùrpui, 111, 2, 3131, &4S9. 
Je suppose cfue ce nom a 
été attiré Ici par celui 
dWgamcmnon. 

t Uenopliilus • flguh; comme 
surnom dans les tnêcrip^ 

iiOHS, 

Corpus, X, II, 407â. 



884 

Hatia, fermier 
(eh. 61). 



APPIKDICI n. 

Kom d*oiie femUlc roàiaiiie. 

Corpuê, X. Il, 9Î6, 4690; 

Modo iiberum ouoJhmH 
Kûitam loervHiHi oit miki 

[poternitM). 



Hiofrot (ek. 01). fivUfmi* 



HorkaBtti (ek. 46) Norbii Tllledo La- 

tiom. 



OMÙm (ek. 1 84) oivec , M. 



Pauqrokia (ek. Il«vvi7/c. 

w) 

Panea (cli. 47). /mmm, qui a h» 

pieds largei. 



Fetraetaa * (ek. 
6?). 



ict7pixf|(. diireofli* 
me ttoe roeke. 



• Kleerot •, nom d*on mar- 
elwnd do parfUms. lier* 
UmÏ, XII, 38; ef. VI, bô. 

Cf. (*.anH Ici iHMcripHonê Wn 
surnonm • MiccplioruSi Ki- 
eeratus, Mcutan •. ctc.i et 
t riillcros, Glyccros •. 

Suraorn romain dans la • iren» 

Vibia », et aussi dans la 

■ gens .\ppia •. 
8o trouve fréquemment dans 

le Corpuê aui tables des 

« Coirnomina •. 
Cf. Martial, l.\, 85. 

Kom composé pour caracté- 
riser la Ticille sorcière, et 
qui désigne ses habitudes 
d'ivrognerie. 

On trouve comme aumom 
dansle8//i«efi>//oiMt l'an* 
nycbus •. 

Surnom romain très fri*quent , 
par exemple : • G. Vibins 
Pansa •(Cic.yFom., t0.3Si. 

Me se trouve pas dans le Cor* 
pu». On lit : • l'etra • (X, 
11, 3387;. 



1. • PtirallM •, d'Hiffèi \% lMt« U M. ■ ■ • •fc t i tr, 



APrXKDICI II. 



885 



FkilargjnUv ct- 
elaYe (cb. 70). 



4»i>ip7wpO€. 



PUltrot (ch. 4S). *Odptoi. 



• 4 • 



PUtomtla (Bue- 
clicler)[ch.l4o]. 

Fhilnmene. 



4iXo|tf!Xi 



4*tXov]«^vr,. 



Flocamiu (ch. C4 ) !IXox«2ao$. 



IloXwstvoc. 



Folyanot (ch. 

IÎ7). 

Pompeini (horti 
ruiniK'iani) [ch. 

Piimigeniiu (ch. 

40). 

Jiilia« Proculni 

(ch. 38). 



Frosalenos (ch. spo«Ai;v«Ct plus 
I3*J). Tieai que ta lu- 

ne, sorannè. 

CKITIQOK I.ITT&«AI«K« 



Afftancbl dX TofqiMtiis (Cle^ 
Pam., •« t, 6). EkIsto 
û'kiWcuê (Id., j|//., 9, 15). 

Surnooi répandu. Cf. Oeè- 
ron, l^tcité porAsconiuf, 
Tro Comeiio, I, tO : • res 
nota C8ly Yulgare nouicn 
esse Philerolls. • 

On le trouve rrétfucmmenl 
aui tailles des • Cognond* 
nu • du CorpMM, Cf. Martial, 
11,31. 



On lit dans le Corpus, • Phi- 
lundna •, X, 3* partie, 
1 Iâ4. • Pldlumcnus •, /m«* 
erifti, pfirirt, PomiteittHtr, 
318^, etc. 

On le trouve plusieurs fois 
aux tables des • Cognoinl- 
na • du Corpus, 

Surnom romain. 



Nom de fandlle romain. 



cr. • lïiniigcnia • , surnom 
de la Fortune. (Cic.,///<p/M., 
î, 41.) 

Nom et surnom romains très 
répandus dans les iuserip» 
fions. 

Encore un terme qui earae* 
t6ri.<ie la pcrmnno. 



Êi 



AmXDIOI tl. 



680 

PijelM (ch. so), Viixi 



QttirUllâ (pré- 
troiiodePrlipe) 
(cb. 10). 



Sdiniiu (eh. 44). 



Setiumt (cil. 77). mm9fH, qui a tes 

ot ott lalllle. 



8dAUIU(cli.oe). 



SoiMa (cb. ù'él 



Bejrlil (ck. 04). SnOat. 



Mraciis (cb. 4 1). SAtuMf. 



Stnpa (utrolo- Sipmic 
gue) [cb. 76]. 



Btichot (cMlafe 
doTrimalcbioo) 
(cb. 77). 



CarjMf JIJ &4a J 7 1 r, 100 j, 
4607; X, II, 97 la. 

So Irouve dam les iHâerip» 
tipHê {CorpHê^ X, n, 30&I, 
ainsi que • QuarlulaïQuar- 
tlna •, comme sumom. 

8e Iroute daus les intcHp» 
iiouM, 

Surnom 1res commun dans la 
• gens Amiiia cl Aurelb ; 
et rr6quenl dans les lue» 
rripiiotti. 

Surnom romain qui so trouTo 
dans les InêcripHom. 

Ko se IrouYe pas dans le 
CorpitM, 

Surnom romain dans |i>a //ta- 
eripiioHê, X, 11, 920. lutcr, 
pariei, Fomp., 2008, etc. 

Cofpui, X, 11, 1147, SS7Î>, 
2007, 3140, 3487, elc. 

Se IrouTc daus les imcrip» 
iioHicamme suniom, ainsi 
que «Serapia, Scraiiodo* 
rus, Scrapiacus •, elc. 



fT<C<tf , marquer au Cf. • Slicbus • , nom d'csclaTO 
fer rouge. dami b pièce de i'Iauto qui 

porte ce litre. 



Byrna (lilstrio) S^poc 
(cb. 62). 



Cf. Tércnce, Iliaui. : • Syrus, 
pifdagogus • ; Adelphe» : 
• 8yruS| Honua •. 



Titttf (ob. 4&). 

MmâlcUo (eh. 
?Giiq). 



APFI9DICK ÎU 887 

Mm do CiBiite romaifl. 
Prénom toamln. 

a. t Maleliio s dflOi Martial 
(I. m, cp. 83, in UiiHm. 
T. 33); IcSyrieu Makliioo 
dans Lucien {Commeni H 
/aui écrire thiMioire) cl les 
tables de • coguuniina • du 
f'orpttt, où • llalclilo • se 
trourc uno vingtaine de 
fois. Ce nom est sans doute 
d'origine asiatique. 

• Trinialclilfi • est une forma- 
lion analdfftie â eirlle de 
TriKi(Olln.cr«Tripliallusf, 
surnom de Trlafie. 



ftyplUBiia {eh. Tp^acMi. 
100). 



8e trouTi* ilana les înâtrip' 
iiofii ainsi que • Trypiie- 
nus •. Corpttâ, X, II, C'JO. 



APPENDICE ni 



lUwroohMMBU MtM PéiroBt tt Apéliê. 

Kwu oroiriona TolonClon qa*Apttl4« avait lo le Satiricon. Il y 
A ttttro lot doiii antoura une oorUino paronti do vocabolairo et 
dea rmieoutroa d'eipreaniona ou de aituatloua qui peurent ii*^tre 
paa fortiilti^. Noua avoua iioti lea plua aaillaiitoa daua lo tabluau 
qui ault I 



Fiireae. 



Apulée, 



Cliap.OthSI. Accodo aniculain 
f|iiniidain...... et : rogo, lii(|tiaiii, 

matur, ntimqtiid m*\s iibl ogu lia* 
biloin ? Dolortnla cat illa.... 



Miriam., I, )l. AV lia quadam 
ëMU taufiona ilNro pêrtontor..,, 
pureniofiiima, Hic, oro.,..aHréiit. 



Chap. Il, l.)l. Qtiid Diciant lo* X, 9.1. Quitl ergo mlraméni,,,. 
gftn, iibi aola poçiiiiiarcKnatYai|. il Mi nu ne judiceM âentenHai 

iuai prêtée nurnUuaniurf 

Cliap. 18, 1. 31. Duniim animiim X, 4 tt tonum eafieret uni* 

bnboro caiii JumaI. mnm. 



Clinp. )t| 1.)^. Dari mMunom 
(tcriiio «mipniiiiù aux cuiiibata do 
gInilliilotirN). 

f:r. 108, p. 75, I. 0. Non diMi* 
mulAta mim'iono. 

Clinp. ?0, p. 10, 1. 11. Abjocil 
lu krlin. 



Il, 17. Ilottifmtt pmgha ncnhn* 
ktt miuioitcm. 



III, 13. .ihJeetnM /n teeiuto taeo. 



APPBNOICI III, 



889 



Chap. Ot, h 25. Buttor mihl i»cr 
bil\irctini volnhot, 

Cliap. M, p. G7, I. 10. lu stri^ 
nutavit, ut grubatum conciitorot. 

(«Iiap.74, p. âO, 1.31. I|Ni<5 uiilil 
aficiain hi crus iiiipcgL 

Clinp. 79, 1. 15. Accodttliat hue 
ohri«»tti8.... ltii«|U(* cum liora pn^no 
tola pcr uniiios mtuimis gnHtru* 
niiiKiUf* ouiiiifMiiiuiu fhiKiiionta 
truxi»i»t*murt crueiiloM in*«|i*m.... 

Cluip. 81, 1. M. Nani nul vir ogo 
libonpio iiuii MHiii, nui.... 

Cliiip. 8'i, I. .30. Nolavii nio niil«*rt, 
Mivf* illo plniMiH Hiit, hIvc iiiK'iur* 
tiUH griistHiitor, ut, « ipiiil tu •, in* 
«piil, • ruiiiiiiililo, ex ipia logiono 
VH nul cuJiiH riMihirin* ? « 

(!liu|i.0t,l/2M.(>i*\icoHtpu*mHlo 

condcimni uin ulruipu* uinnu 

iuipiiUuni praM'ipUnl ttuper Ico 
iuui. 



Chnp. 95, I. 1*2. Fugorc vo- 

lulstiH. 8od n«ui impuue: Jnm ouiui 
fnxo sciuUs 



Chnp. OH, p. «7, 1. 10. Tor ronll- 
nuu iUi Hti*nMilnvit, ut grubatuui 
ruuf'ul(.*n«t. Ail rpieni luoiuni Ku* 
niulpUH conversuH Milvore Giloun 
Jubol. 



1, 13. Sudore frégido miaerpet' 
Jluo, iremore vlâtern quaNor, eti 
grahntuiui eiiam iuecuuut, etc. 



III, 2*2. MeqH$ tpoêiie aaeénm 
crurihui meii inildere compeliêêr 

II, 31, 32. TifuboMie vcsiêgf 

domuifiOHfiii eapeniM ut vis 

iMprovidm nocfin ailiffine ttUe^ 
rafé dlgUiâ prdum drtUMnin ob 
iapidtM hoMpitiitm dr/eul redire* 

9HUM, 

V, 10. SecMum tuuUer,,,, nisê,,,. 



IX, .10. MUfM r ifglùHf, /tfriuM 
piUil oh9lHM,Muprrbo tttque nrr^* 
ganii sermoite pfreouttiiur, tuf. 



V 1 1 f , 3 1 . /l drrplo/uM icuto, wior* 
tem Miùi ueju laquei coMinirabai, 
Aec tiiMVH ifiiuit /idfiM urorcM 
rJuM CHMUM exfrrinun mtirifi, sed 
/uuen'UM HodnM violenter iuva» 
denn maHiliUi timbtibyn, m |. 

M. Sogt'iMiilo {Ohserc. in i'eir.) 
û'iit Apulôo pnrnUH'6troHOUv«*iiu 
df* l'o pns.Hngf* ipiniiil il iVrit (1, ?5) : 
• Srd MOU iMputie ; Juin enêin 

JtIXO MCitIM, ■ 

IX,*2:i. itderdtnoMpiritH digêtte* 
itilf u'fjuc eut lityvHiuiH vivacia 
meftiili, crebniM ri nlerMidiiUaueM 
coiinnnwf ni ...qiiod eiiiiii fmftirei 
(âoufiM Mtu'ituM) tib eo pro/ec' 
luiii, MoiUo Mennotie miuletn ci 
/uerai iMprecalun, 



Qmp. 100, p. 70; 1. 3. Alius exul- 
tantes ipia*reliat fuscinn pinces. 



XI, 8. i\ec qui, dioeraén harun* 
détiibuM, tiitcr aucHpcM cum véico, 



890 



APPBHDIOI III. 



alitts bimls blaadIenUlNii eonvol* 
l^bal pnpdam rwpugnaiiiom,... vo* 
lucroft, quas toxtis hanindinibua 
|)oritus êrUtnt totigit. lllw viaca- 
lia iUigatiu viminibua, 9t\. 

Ghap. 109, p. 70, 1. 14 : 
Quod aiuuinuin furmiD docua oat» 

[cocidoru capiUi, 
Yornantci4tuo comoatriatU abcgil 

[hiempa, aq. 



Ghap. 100, ibid., 1. 22. Lovior 
nro vol rotundo horii tuboro. 

Ghap. 111, 1.20. Vitio genUahu* 
mauu) GODcupi.'i aciro. 



c:hap. 127« I. 27. 8ino quo noo 
poloa vivcro. 

Ghap. 127, 1. 30. Gancro Bircnum 
coiicunliom. 

Gliap. 120, I. 20. Nocto aopori* 
fera, bif . 



Ghap. 135, p. 102, 1. 11. Digna 
aacria Hocaloa. 

Pragm.'XXYlI. LuiUDquo ae« 
nectun. 



aliêr piKëiùrêm €um hmmêt lu- 
du€$r9i. 



II, 0. 8ê a^tuiêbei êximim /nth 
déerrêmmque femèum tapmi cm* 
pillo Mpoiio»eris ti /ûciem naiiwm 
ipeeêe nudoverêi, iieet iila cmlo 
dtjecta, mari édita, fudibuê 
•edueia, UcH, inquam, Vf hum //ma 
/uerii.,,, caiva j^roeeuerii, pia» 
être non poterii nec VuicaHosua. 

V, 0. Cncurbèla eatoiùrem. 



FloridcM, 4. Propiui acceuit, ui 
eogMOteeret more iMyenii humani, 
quitHam e»aet. 

Net., X, 21. Aï iiH€ ie Jtim vi- 
rera Heqneo. 

V, 12. in mùrem Sirenum, 



IV, 27. SùctttrMm vintùnei eau* 
irarêOëeeeHiui tiOHMUMqunm pro* 
nUMiionf, Mi|. 

1, 23. Qui NOM eêi aipernainê 
HecaitM oMUi hoipiiium tenue. 

fioridei, IV, luu»,.., vei $€• 
neaeeuHÉ dinpeMdia» 



. Noua aommea aaaei porté à Toir daoa cea analogiea dea rémi- 
nlaccueeai et à penaar, avee M. Sogobade (op. c/f.), qa'Apnlio 
a*eat, par ondroita, inapMdo Pitrono, bienqu*il n'ait fait aucune 
alluaion au Safiricon. Ou a tu d'ailloura que l'objet et Teaprit de 
aon roman août fort différente. 



# • »• 



APPENDICE IV 



fUpprodhmnmito •Btr« !• t«sU d« PétroiM et Mlui 

éê ICartiml ai de Jurteal. 

Nom releronf ici lot principaui rapporte d'ezprofslona ot d'idte 
qvo Ton pont signaler entre certains chapitres du Satirieon et 
divers passages de Martial et de Juv^ual, lesquels, il est vrai, ont 
pu se souvenir de Pétrone. 



Pétrone. 



Cluip. 10, 1». 1 M/2. Viircu fructa. 



Cliap. 2G, 1. 17* Trimulchio, lau« 
Uttsiniiitt lionio, sq. 



(^Imp. 27, 1. 35. Trimalchio di- 
gitos concrepuii, ad quod xif^ium 
miilollani Kpado liidenli subjocit. 
KxononiUi ille vomicu.... 



Martial. 

L. 1, op. i'2, V. 1. Sulphuraia 

[fractét 
PerMuiai vitrcé». 

Il est reiuarquable que Mar- 
tial donne au8»i le nom do Mal* 
chion tt un ampliitryon insolent. 

L. III, op. 8-2, V. :n. Ih Zoilum. 
Uog MalchiùHin pnîémur im/trobi 

Plus d*un autre trait dans cette 
épigniiniiiu fera songer à Tri* 
malcliiou. 

V. I.VI8. Difjili crriHiHtiM signa 

[mOVH eUMUCflMM, hi|. 

Cf. L. XIV, op. 119. Ma. 
tella Hctilif). Dnm poêcor crtpitu 
ditjitoruêu. 



809 



APPIMDIOI IV, 



Cliap. tS, 1. 18. 8upor linten au* 
tem cavoa poodobat aurea. In qua 
|ilca varia intninto« talutabal. 

c:hap, 32, 1. 15, Trimalclilo..'... 
fioitiiiiwiuo iiitor corvicttlia iniuu* 
ibsiina. 

Cluip. 33, 1. 25. Ul dcinilo pinna 
argoiitoa dénies |iorfodit. 



Cliap. 34, 1, 23. Falomuui Opi< 
miuimin. 



Cliap. 40, 1. 35.> • Bophot • uni* 
vomi olanuimut. 



Cliap. 40, 1. 20. Quud tl renUio* 
Hl, dctUnavI illum ariiOcll docore, 
aut tonMlroiuum aut prtvconom, 
aui corio cautldlcum. 



Cliap. 55, 1. 23. Tuo |ialalo clati* 

[tus ]iavo iMmeilur 

IMumato amicius aureo Oobylo- 

[nico. 

(Hwp. 50. Loi • A|Nipliurela ■. 



L. XIV, ep. 70. Pica. Pèea Ihqiuuf 
[uHm iomênuik U »ac# «o/a/o. 



L.III,cp.R2,/aJBdl/aM,v.5,0,8. 
êotef oceupnto gnibinntm im iedo : 
i\fHliUiOi!ro,êerêeitqHepui»lMit. 

fUat exotetm, Muggerii^ue rae- 

Uaniê 
PInnnt rubeuteê 

L. I, ep. 27. TeUa »ed ntdiqml 
[felix sécciifêtr Opimi. 

L. Il, op. 40 quwque uhmiu 

eoxU Opimé. 

L. IX, op. 88. Septem yat ca* 
Séceê OpiMioMi» 

Cf. m, 30; XIII, 118, etc. 

L. l,op. 4. Àitdéfrêteum grande 
êôphOM, 

L. VI, i*p. 18. Quofltam grande 
(fo/iAof vtnfHai tibi iurbn iogaia, 
Aon iH, Pompon It eima diâcHa 

[tua rgt, 

L. V, op. 50, Ad LupHM. Ârlei 
[diâcrre vhH iHxunioiatf,... 
SI ënri puer ingcni vide'Hr^ 
PrœcoHem facUi», vri ardtitec' 

{iam. 

L. XIII, op. 70, Puvo. MirariM 
IquoHeigemMOMtei esfdieai ainn, 
Kipoieshuuc »k90 lradere,dHre, 

[coco? 

D^Jà au tempi d'Augu»to, il 
y a dei lotorioi de ce genre. 
(SuiStone, Jm//., cliap. 75.) A 
IVpoipto de Martial I elles sont 
très nSp inducs. Il y a tout un 
livre d epigranimej (XIV^) nous 
le lilre(r>l/'o/ horcia. I«a plupart 



APPINDICK IV. 



803 



Gbap. 83, 1. 31. • Quare ergo ■, 
inquis, t tam malô vcutitus ea ? • 

P. 57, 1. 4. Sola pruinosis liorrot 
fiiciindia pannis. 



i:iiap. 02, 1. 7. P(cno vapiiluvi, 
f|tiiii runaiiih Miini rirca iMiliiim so* 
dciilihu8 cuniien reeiUirc. 



Chup. 107, p. 74, I. 15. Qiiiu sii- 
lutiiuiiilni suporciliu lua exiuutit ? 



Cliup. 100, p. 76, 1. 20 Moilo 

|crinil»tirt nilolNiH. 
L. 17. Areufiuo iiUrilis riiloi 

[udii^Ui piiiïi. 

Chnp. 117, 1. .30. IiniioniuitiM Kii- 

molpo, til pluriiiiuiii ttissiiit 

tuhiiliisipio ((*t»luiiioiiti uniiiibtiH 
inotisibus ronovcl. 

Cliiip. 1 19, V. *2H, '19, Poiiihir iic 
[iiifii'ttliH iiiiilahir vilitm aiiriiiii 
C!ilri»u iiKMisa, etc. 



d«a lots ëniimjréa par Pétrone 
•y trouvent : 146, eertieai; 55 
et Id^JlagtUum, Jlagraf 81 , cm/- 
Mf ; G7 et 71f uêuêcariaf 8, pu* 
gtfhtreu; 65» iden»; HO^/rrufœ. 
Joîgiions-y Ict Xemti, L. XIII : 
18 et 19, i.orri; 80, mnrwHa; 
92, /e/ifi«; 13, 6e/n*; 54,|>crMa; 
lOG, jHtêMUM; 22, uva dnracina. 

Xé. IIl,«*p. .38, .!(/ Sertam. Oim- 

[Atê gelidîM qufeutMqnr tneerniM 

SuhI iùi, AVfJSNCJ Viryi'iOMque ci* 

[dm. 

h. VI, t»p. H'î. Cur enjt, inqHét, 

hahen maitis iacrrna» f 

L. Xn, fp.SCi. .UgrHfrM.,.iogniM, 

L. XIV, cp. 137. Vum Irtjit ah 

pentes noMtra iacrtHn IngtiM, 

L. m, i*p. 1i, in UijurinuiH, 
Kl MfiiHti irtjh, et injin nttirMti ; 
Currenti teg*», et ieyin cnetiMti. 
Ih tlienHiiM fwijio;%ona» mt tiurem . 

\é. 11, op. i'À'u In Lnttigeu, v. 7, 

iloc (capuf) MalffMHMttnt tiotef, vei 

[Mivctt uovncutti tiudef, 

L. XI!, l'p. .38. Crine nifena. 
L. V, op. îîï ^udHM eut in me» 
[dio rti/tHf, Mec uHmm 
in tongii piluM ttreti MO/fifur, 

L. V, op. 3îi, iit CurinuM. Slgnn 

[niriUM, nul seuiel Jtic itlnti, 

MetdHur tua quod Mulfinde Inê" 

[nié. 

L. XIV. op. 8î». M.îiisii Cilroii. 
Acc^pe /elieen, AtlatiUca Munera, 

[nHctm ; 
AHteti qui drderif dùun. Minora 

\daltit. 



894 



APPimioi IV» 



Cliap, 119, V, 39. logcnloM gult 

[Oftt,...* 



Cliap. IM» V. OS, M. Bt quiul non 
r|)omK)i toi toUua (brro topuloim, 
DivUit oinoret. 



L. XUI, ep. et. OaUint tftUli. 
FtnHiur H duUê faeêiêi p^Mêna 

[farina; 
Pmeitur H tenetriê, ingenioên 

IffuiaeM» 

L. V,op.74. De Pompeh etJitiiM. 
Quid mirum iHê ii Mpargiiur 

[•rkef Jueere 
Vno n%H ikoteraitanta rulnaloeo. 



(2linp. m, p. 09, 1. 28 1 
Qtiid mo con»tricia «pooUUs Aronta 

[Caioncs, 
DamnaUtM|uo novo tlmpUcilaUs 

[opuit 



L,X!,op,2. TrMeiupeniUum, 
[durêque iepera Calonii 

froHi 

Quidqêtéd ei in Unebriê mo» ««• 

[mu», ite/ora». 

Cf. L. XI, ep. 15. 



Ibid,, 1. SI. Quiodiiuo flicii |»o* 
[pulusi contlida lingua rofurt. 



L. I, Epitinia ad tceiorem, Ab» 
êii a Jocorum noiirorum êimplh 
ciiaie maiignuê ênierprei. 



Clmp. 131. Fattoso. 



Cliop. 131, p. 101, l. 9. 



i:hap. I3S, p. 103, 1. 17. Noo Jam 
lolUcttto imdialiat monnoro lorra. 



L. X, op. 13, 7. FoMiosm, 

L. XIII, cp. 102, 1. roiiosum. 

L. Vil, op. 58, V. 3, 4. 
L. X, op. 35, V. 5. 

L. XII, cp. 50. Caleainsqne tuo 
p€de iucet ongt» 



Clmp, 140, p. 108, 1. 4. NUI 
rclloM pro ImmiA in turliom tnitto* 
ront.... 8irut niiila oniinnlia cibo 
inf*Moiintiir, nie* liomino» non copo* 
reniurniiii it|ici ali(|uitl monloront. 



L. lY, op. 5(i. /n CarglUuunm. 
Sic iividiM /allas induigei plici* 

[bm AifiNau ; 
Caitida êlc siuiiai dccipii eaea 

[ferai. 



Clmp. 111,1.21. Fingo to...rcn* L. V. op. 70. quania guia, 
tioH Montortiuni conioitHo. centieê eomeue ! 



Kr. XXIV, Non bon« olcl «|ul L.II.op. Vh Posfrema non bctie 
bcno KMOpor olcl. oiei qui bene êemi^er oiei. 



APPBNDICB IV« 



895 



Pr. XVIII. Petronittt. • AlTor no- 
•bU, Iniiuli» alobojitruiii Gotmiani. ■ 



Coamaty ptrfomevr renommé 
an temps do DomiHon« touvenl 
mentiounj par MartiaK (L. I, 
op. 88; L. III, ep. 65; L. XII, 
op. 65 ; L. XIV, op. 110.) 



Une ëtttda plnt minatlooM do la languo de Martial ot dof mœun 
qtt*il uont roprdtonte itablirait do nouveaux rapports entre Tépi- 
grammatiste ot Pétrone. Encore le vocabulaire obscène de TiSpl- 
grammatiste est>U beaucoup plus riche et plus cru que celui dn 
romancier. Mais la ujôine socitSti a bien pu fournir à run et à 
Tautre les éléments de leurs tableaux stitiriqucs ou réiilistes. 

La mémo comparaison serait utilement établie avec Juvénal. 
Voici un certain nombre des traits communs à l'étrono et au sa« 
tirique, qu'elle nous révélerait. 



Pétrone. 

('hap. 4, 1. 33. Qiiuil \mt*m plu- 
ccrct. 

CliQp. 9G, p. 19, 1. 17. El hui'ina- 
torem hubet 8ul>oniatum, ut su* 
bindc Hciat ipiuiitiiui do vita pcr- 
didorit. 

(:iinp.3(} cl 40. • Ciirput» » ot le 
• liurbulus » i|ui décuupe le sun* 
glior. 



Chap. 37, p. ^, 1. 6. Trimalchio 
fùndos huboi, qua milvi volant. . 



Juvénal. 

Soi., X, V. 107. i'i pueriâ pta- 

[ceaMé 

S(U,, X, V. 2 Cl, 210. Ctumore 

[o/iiij ctif, ut Mettliat tiuriê, 

Quem iiicai veniiue puer, quoi 

[HHHtiri /foroj. 

Sni,, V, 120 S4]. Siruciorrm /m- 

[trrro, fie qua iuttignatio ttenéi, 

Saltuntem nfteeltM, ri rJiirnnO' 

[niuiihi voit! il a 
Cttlteifo, doMee jtenttjai lUelnln 

[nmtjiMfri 
Omniii; nec minlMo mite tiJ%vri» 

[iMinr rr/rrl, 
Quo gestu leitorei et qun ijattittn 

^ [nrcelur. 

Sut,, IX, 51, .Vi. O/c. paxitrr, eue 

\tot Monte», tôt prtrtlin nrrean 

Apula, tôt iHiieo» intra iun pan» 

\rUtl ItlSHOM/ 



806 

Gkiap. et, I. 90. 8orviii pro* 

clamAvU rniblto oanort voce i • In* 
lorca mcUlum iKncas •, si. 



APPBNDICI IV. 

Ail., XI,v. 18(VIM. OonéiUrlUt^ 

[dm cmfiiabêiêMr aique Moromii 

AUiêomI éublam facletitia ffoi^ 

[mina paimam, 
QnM rf/eri,iaiei venue qua voce 

[tegantHff 



chap. 03. 1. ae. 

mtim voretur. 



.roja cinna- 



(!liAp.Ot,p.Ot,l. lO.Raram faclt 
mUtuinui etiin «aplontia forma. 

• 

<:iiap. 102, p. 70, 1. 31. Et per- 
tiiiiilo auro», ut itnitoniur Arabci. 



(«Iiap. 115, 1. 35. Ito nuiic mor- 
iittott ot inngiiU cQgUatioiiibuii |»ce* 
tora iiuploto. Ilo cauU...., ••!. . 



Clmp. 118, 1. 20. noAigicndum 
est ab oiiml vcrbonim, ut ita dl* 
caui, viiitato. 



Cliap. 110, V. 1. Orboni Jam to* 

(tum... wn\. 

Le dfSbnt du Dt btilo eipffi 
9êi aoo djclamatlon du mdme 
Ifenro quo coUo de JuviSual. 



Cliap. 120, V. GO. Uos gloria red- 
dit bouurui. 



8ai., XI, 121, m. KU rhombHM, 
[ni/ Hama tapii; puiere pideniur 
VfigueHto aique rotn, 

Sai., X, 207, 29M. itara e»l atleo 
[eoMCordia formm 
Afque pudicitêK, 

Sai,, 1, 10t. AaitiM ad Euphruten, 
[moUeê quod in aure JcMtirm 
Argutrini, tlcct ipu ncgem ! 

Sai,, XII, 57 H(|. / MHMC ci VCHiiê 

[anèmnm commiite, doiaio 
CouJtiHS iIgHO, dégiiis a morie re- 

[MOiM» 

Quatiuor aui Mcpicm 

Sai., VII, 53. Sed vaiem cgrt^ 
Xg^um, cui HOH iii pultiica vena. 
Qui Hiliii expotiium soieai dedu- 

[cerr, nec qui 
Communi /eriai earmeu irioiaie 

[moMtiu» 

Sai,, XIV, 275 iM|. Anpice poriui 

£ipieuHm magMiâiraitibuMMarr: 

lidUM fiomiaum cMiJnm 

iupeiago, Veuiei ciaëêis^qttocum" 

[que vocarii 
Speë iucri, uee Carptiifiium Cir- 

[iuiaque iatiium 
jSquora trauMiUei, ard ioHtje 

[Caipê reiicla 
Anditi Hcrcuieo sirédeniem gur» 

[giie soie m. 

Soi., X, IK7. lia» ioiies opiata 
[rxegii gioria pwtias. 



APPBMDICB IV. 



897 



Ciiâp. 12G« 1. 13. Ncc uiatlionw- 
Ueoruni culum curaro hoIoo. 



Cliap. 12G« I. 18. Qucpclam onim 
feminœ, sq.... Ilarona alio4 acccn- 
dit.... 



Cliap. 137, 1. ?6. Quinquis habct 
[numiuoii, ftccura navigat aura, 

clauHum iHiMiidel arca Jovciii. 

Mulla loqiior : qtiod vis niinnuis 
[|>ru.*»cntibiiâ opln. 

Et vcnict.... 



Sat., VI, &S3-555. CkaMulg %fd 

[mqjor erèt Jlducia ; qyéiiquéii 

Dijcerii aifroiogM, credetit nfnmie 

[relafum 
itammoMis. 

C'eut un des thèmes de la 
Hat. Y! sur lea fenitnes. 
Cf. V. 110 sq., 331,332. 

sat,, m, 143. QuaMtttmquhque 
[suti MHmMorUM Mer rai in arca, 
Taninm habet ei /Idée, 
Jbid. m, 18t. Quid le marorf 

[oMHèa itamn 
Cum pretlo. 



Vu ET 10, 

en Sorbonne, le 9 Jnîllot 1891, 
jHtr le Doyen de la FacuUé dej Letlreê de Pari^, 

A. IIIMLY. 



VV BT PBBXIf D*IMPBIMBB : 

Le VieeSeetenr de V Académie de Paris, 

ORÉAUD. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 

Des prineipaux traTaux oo artiolas ralatifli à Ptoona 
qui ont été cités au ooors de ce Toluma. 



C. Bbck, Tke âge û/ PeironiuM Arbiter. (CsDibridgo, llutichufc(U« 
1850.) 

— Tkê moHUâcripit o/ tfiâ sat. of Mr. Arb, deseribed aPid coitatetL 
(Caiiibridgo, MaMucliUACtU, 1803.) 

— Veber die Laidtier und Berner Ude. deê Petr. und ihr Yerhaiinlêâ 
zu einatider, (riiilolofrus, XX, p. 203-301.) 

0. DoiHHiKK, L'Oppotilion êou$ lee Cénirt, in roman de mœur» moub 

St^ron, (llaclicttc.) 
DoitfsuNAiJE, Cri(if/tte HUérnire mous le itreinier Umpire, X. !•'. (])i<licr, 

18G3.) 
F. Dt'KoiiKLEn, Petronii ArbUri Safirarum refifjniœ, (Berlin, Wcid- 

mann, 18G2.) 

— Idem (Ëdilioii do 1882, ibid,) 

P. Dl'iimann, Tiii Petfonii ArbUri Satiricon qum supersuni cnm in-' 
legrit doclorum oirortun vommenrariii el ttoiii Mroiai IleintU ri 
GuUifhui Oorsii nunc primum editi», etc. (Trajectl nd Klienuiii npiid 
Giiilicliiium V.mde Watcr, MDCCIX.) 

CiiAHSA.NO, Histoire du roman dans i'aniitjuiié, (l)idlor.) 

CoiiNKLiKSKN, Ad Peironium. (Mii/'iuoityiic, IHKi.) 

FiiiKUi«.KNUi:ii, lu KoiiIgglMT^or liid. kci, fOr IHiiO, fol. Al Mq. 

i— Hiimitvhe Satirikcr, (JalirrHlicri(!lit voii UurMinii, 1880, \\, 100.) 

— Pefron't iia»tmahl de» Trimutcio, (Dniilnrlio Ihiiidrtcliau Juin 18U0.) 
GnTTKiiiiMcii , De Parotliii Seiurw tipnd Vetronium, (.MUcellunoonim 

riiilologlconiin lilicllus /.n FridiTiri llnnHc iiitiiianni. BroMlon, A. Ncii* 

niann, 1803.) 
A. von GtEiiiCKi:, be iingunf vnltjarit reiif/ttiit apud Pctronium el in 

insrription'bnM parietariii Pompeiani», (Guiubinncn, 1875.) 
Dk Gl'iiiu.e, Hcchcrrhes sce/Uif/ufM tur Pétrone (en tiMe de la traduction 

de lV*trone |Klr llrguin de Gncrl(\ collertion i'an«.'l»ourl»e). 



400 IHDIX ALPHABÉTIQUK. 

Karl Frledrlcli IIkkmaxsi. Vâb$r Hsh KansiêUm iêr Hâmêr tmi âenm 

SMiHHi l#i dêr Getekirkid dw «//en KnHit. (GOtlingcn» I84O.) 
Martin lUari, ÀttùieeUi wt rarminum lloraiianùrttm kUt^riam. (Index 

sjlioliiriim In UulvcmiUito lUcranim YratifllaYlensi, 1870-1880.) 
Kn.\Kri{iiT, SrH€ BeiitUge znr Kriiik uud EriiâruHg tàieimêcher Àu^ 

Inr^H. (Ycrdcn, 1mm8.) 
Elliiiar Ki.ikiiM, %ar CompoMiiion von Nironitit Saiirm» (IMilloloyns, 

XXXI, 18M«J.) 
KiKHiM, Qun*MtioH9t ad Àuthoiogiam iaiikam âpecianfet. hirUcula /. 

/«0 AHthotogiiv latitm carminibiu, qurn Mub Mronii nomine JerHH* 

tHf, (llnltu Snxoiiiim, 1MH7.) 
K. LruwiJ, Ùe Prtronii germour fèhàeio, ilitfgcrtalio inauguralU. (Uar- 

biirgi, A. Kocli, I80U.) 
Th. II. lilAiiTix, Pn^race ilu la (rmluction de Teuffci {Iliiloirâ de la /iV- 

témtMre roMniae) par Uoiininl et Ticrion. 
Tli. MoMMiiKM, TriMtttchio's lloimath und GraOschri/i. (Ileruiea, XIII, 

IH78.) 
lIOrtaLKii, I. CoMMCHlafiode Mrûuii poemaie t /le beiio riptii», (Dreii- 

lau, GraM. Uartli et C*. 1812.) 

— II. QHn*êiiottiiM Prtnmittttantm spécimen qno poemn • De beiio ci* 
riii • cttM • Piintsaiia • iMcani ctnêtimraiur, (llincbbenr» Landolt» 
1M67.) 

— Ht. Qitn^Uionttm Petronimiarmm »pecimen aiicmm, (lUncbbcrff, 
Willieliii ITiiml, 180.1.) 

— lY. Qmviiionnm Prironianarum spceimem ierHum. (Hirucblierff, 
\Yillieliii iTiiiHl, IH70.) 

NoiiiiT, IHfIrone iaiin ei frauçoin. (Rottcnlaoi, Lcem, 1002.) 

Otto, hie SprirlittHirier nnd âprieléiriiriiiclien Redentarien der Mëmêr* 

(Teuliiicr, 18U0.) 
IMerre Tktit, Siaiiiri apoiogin pro Peironii /nt§m, (Unrmann, édition 

de 17UU, I. 11.) 
r^TnKgi i\, SoHteiies Hecfirrelieê iiittoriques et critiqneê enr Ntrone. 

(I*ari8, J. U. Ituilllùro. 1800.) 
A. UiKKK. Ànlitidttgii iaiinn, (Tcubncr, 1808.) 
F. niTTKH, Xtcei Merle de» PcironiHë Arbiter. (RliciniMhca llnscom, 

I81S.) 
Krwin lloiiDK, In Peironim. (Neuo JahrbQeber fOr Pbilolofic, p. 84. 

1870.) 
8ain'ti>Bkl'vk, Portraiis iitiéraires, t. III ((bina rartiele anr le Cbeya* 

lier do HM). 
Goiiftnlo do Salar, Commrnia, (liurroann, édition do 1709, t. II.) 



• • '* m-^ 



IMDBX ALPHAUftTIQL'B. 



401 



J. 81MSKIIAOK, Obâflretitiùmn frnmmatitn ri erititne i$ê PritOHittm. 

(II«IL% 1880.) 
Maurice 8ut*iiiAi% De Heornm miniiierUê in l'karsaiia, (TIiôm latind 

pour lo iloctomt, 18Hâ.) 
Srt'DEii, Vel^r 4a$ Zeiiatier de$ P$iroHin9 Àrtfiiir. (RbcfuiicliCtf Mu* 

•oum, 1813, p. &0-U'l vt 303-2?3.) 
TEtrKKL, Xocii einige Brdettken in Bêiref dût Peiromui. (Rlieinliclics 

3IU:ICUin, 1810, p..ûlO-âl8.) 

— UtMioire de la itWraiare roMmue. (Tmd. Doniianl et Pierson, t. Il, 

p. 3al-?3ô.) 
Adrien iie Yai.oih, l>e cesta TrimalcionindUteritiiio. (Kunimiin, cHlIllon 

de 1709, t. II.) 
WKII1.K, ififmrrationeê criiicw in Prironittm, (Bonn, Henry et dilien, 

1861.) 
K. Wkktkiiiil'iii}, Pei/im ttuti iMcan. (Illi«*iniiu;lie]« Mn!«einii, |K.s:i.) 



cBiTiqoM urrivÂiBi. 



ta 



• 



i 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Des antmurt groos et latins oit4s dans ce Toloms. 



(I««f flklfkW NATOlMl ftOI pAftti) 



AcbiUo TaUuH, 33, 3G à 3S. 

Afranius, 281, 282. 

Alcéo, 320, noto 2. 

Aloxandor iEtolos, 32 t. 

Apulée, 9, noto 2; iO à 49, 52, 29j. * Rapproclicmonti aveo Pétrono. 

Appcnilico 111, 388 à 390. 
AriMtiilo do Milet, 33, 39. 
Aristoplmne, 310, 353. 
Arjstoto, 101. 

Augustin (Saint), 281, noto 1; p. 301, noto 1. 
Aulu-GoUc. 353. 
Ausonc, 131, 132, 339. 
Hoictf, 32. 

(liucilius, 282, noto i. 
Culpumiuii, 171, p. 305, noto 3. 
Cutullc, 55, noto 2; 50, noto 1; 2U), 208, 209. 
Cliui'iton d'Aphroilisias, 29, noto 2; 31, noto I. 
Cicuron, 70, 80, 83, 85, 87, 89 à 91, 101, 102, lOi, 117, 212, note 1; 232» 

210, noto 1; 280 ù 288, 291. 
Claudicn, 182, 222, noto 1. 
Clomolius Scverus, 212. 
Dion Oliryso.stomo, 35. 
KniiiUH, 172, 212, M\0. 
Kubéts 115. 
Kiihpid^ 320 • 



404 TABLB ALPHABÉTIQUR. 

Plonis, 175« 176. 

FroQUm, 81» M, tlO» nota t; tSl, 901. 

FulgoQtiui PkmeUuleit tt tf 3t» 902, 90t. 

Puritis d*AnUuio, 212, Qote 1. 

Ilégémon, 115. 

lléliodoro, 3.1, 90, 97, 98. 

llt^roclaii, 322, noto 1. . 

Iluinf*ro, 90, 310 à 320. 

Ilunico, 70, noU^ 1: 70, 82, 85, 80, 88 à 01, 101 à 109. 185, t2S, 291, 
233, noto ; 217 A 258, 278, Qolo 1 ; 20i, 902, 901. 

lluMidiiii (Sotii, 130, noto. 

IloiiUiiH, 212. ' ~ 

iMiiloro do Sôvillo, 3G2. 

Ji'roini* (KiiiiiO, 3(U. 

JuiiiiiioH LytliiH, 20, 330. 

JiiiiiMi ilViii)M*r<nir), 32. 

Jiivi^iml, m, 220, 238, note 9; 230, note 2; 278, noie 1; 200, 290. — 
Uii)i|irucliomontH avoo Pôtrono, 385 A 907. 

IiiirliiiitiiiM IMacidiiM, 305. 

]«ii*viii8, 271. 

]40ii((iiM, 3.1, 3î. 

Liiniin, 117 ù IjO, 101 à 109, 105, 171 A 201, 200 A 211, 215 A 218, 220, 
2-«i\220, 301. 

LiicU*ii, 115. • 

Lii«:itiii!«, 03, noto 1 ; 00, 228 A 110, 233 A 2.15, 2M1, oote. 

LiiciiiK do Piilruii, 38, nolo 1; 15, nulo 1. 

LiicnVo, 2t3.îi 210; 301,305. 

Maorulii*, IM, 10, IU9. 

MaiiUhiH, 2(»U II 273. 

MiiriiiH Mon'iitor, 3.1H, 339. 

MariiiH VicturiiiM, 303. 

Martial, .m, 172, 211, 238, noto 3; 301. — Rap|irochcnionts aToe Pé- 
trone. Appondico IV, 391 à 39î. 

MnriianiiM (ïapolla, 31, 32. 

Matrun, 115. 

Méiiippo, 2.1, nolo | . 
. Miniiriiis Folix, 29, noto 2; 301. 

Nn'viiiH, 212. 

Nii.'olnM Kiigoniuniirt, 33. 

NiimiluriiiK, 117, noto. 

Ovido, 20, nuto3: 39, 51, 70, noto 2; 88, 01, 02, 103, 101, 125, 182,210, 
22», 210, 212, 210, 217, 258 à 267, 277, 201, 900, noto; 979, note. . 

iVdu AlliinovaiiUH, 212. 

iVfïio, 82, milo; Kl, 8M, O*!, 273. 

Pôlroiio. — ManiiHcritA, 1,2. — .\rKnmont du .W/rlron, 3 A 0. — 



TABLB ALPHABftTlQUI. 405 

Hypothèses diverses sur l'objet du Satèrieon, 10 & 10. — Le Saiirieom 
n'est qu'un romiin sous forme de Mlémippée, 10 h SI. — Pétrone 
comparé aux auteurs de Ménlppées, SI ; aux romanciers grecs et ft 
Apulée, 32 & 49. — 8a monilo tout épicurionno, 51 à 55. — 8on 
sopticisme et son impiété, 55 ù 01. — 8c8 principes lUiérairos, Cl h 
75. — Étude des pansiagcs du SaUricoa reliitirM aux li*ttrp.H et raj»- 
procliementi, 75 à 108. — I)n la parodie dui» l^étninc, 109 à 117. — 
Parodies et imitations do Virgile, 117 a l:^2. — Le Trugmcnt de 
pOf*mo : Trojm haioMiâ, 13*2 h M9. — Le po«*mo De beito eieêii cotn- 
|»aré & la Phanaie, 1 V) h VIQ, — Le Schedium imité de Lnciliun, 
2*28 à 235. — La pit*ce imitée do Publilius SyniM, 2.15 ii 2.19. — Los 
divers morceaux poétiques du SntiricoM, 210 ii 213. — Imita tionn do 
Lucn*c() et d'Ovido dimn len rni^rmiMitH dn Pélnmo, 213 il 217. — 
Ce ipie Pétrone doit ù IluruiM*, 217 à 258; ii (hide, 2:>8 i\ 207. — 
HapportH avi.*c 1<*h uiilrcH pu(**tu.H latiii.s, 2(»K h 273. — U*n souvi'nir^ 
do la littéraluro érutii|no (*i du lliéiUn*, 273 h 283 ; — d<*s pruHii* 
teurs liiiinH, Varron, (^icéron, otr., 28^1 ù 291. — Pétromt et Sv- 
nèipie, 291 ii 311. — L(*s t(ouv«*nirH des uuttMUN gn*Cî(, 312 ii 320. — 
ThéoplmiHle, 312 à 315. — Ilomcre, 310 îi 320. — IlypollicMO d'un 
roman grec imité par Pétrone. 321 ù 325. — Conclusion ttiir la doc* 
trino littéraire do Pétrone, 327, 328. — Se^ Jn^'f*mentA Hur Part, .328, 
329. — llésmné t»ur rimiUition et la parodie dafis le SaHrécoH, 329 îi 
3.32. — L'aiiti'iir du roman no senilile pa.s ètro ii* l*élrono dont parlo 
Tacite, 332 à 3MI. — llevue des «liirérentes liypotlp'scs sur Icpotpio 
do Pétrone, 3îO à 317. — Kxamen rapide des preuves inlnns«*<|ui's, 
317 à 3.*iO. — Ar^MunenlH tirés de la lan;;tie et du Ht\li\ XA à .155. — 
Conclusion hur Pélroii«*, XA> a 358. — l*Uude d<*s rra^MiuMils di* IN*- 
troueetdes pi«'ccs «pli lui sont attrihuécs par le Cmlrx txiihriattUM 
Ihlloracetisiit, ainsi que par h* Codex Vo%nianu.%. Appcudicn I, :u»l 
à .370. — Li's noms propres dans |i* Safiriton. .Vppcndiro II, 377 h 
3S7. — KapprocluMuenls enlro Pétrone et Apulé»*. App4Midico lit, 
3S8 à .10<l. - • Ilapprorliements entre le li«xle de I*étronc et celui do 
Maniai et de Juvénal. Appendice lY, 391 a 397. 

PlKMlrc. 2»U, 251. 

Pliilon, 13, noie I . 

Plante, \Tl, 2S2. 283, 30*2. 

Pline l'Ancien, 8(i, KK), 297, note, 301. .129, 3i9. 

Pline le Jeun». ÎK5, 225, note I. 

PropiMce, 29, noie 2; 70, noie 2; 211, 252, noie 1; 2t>8. 

Pulililius Syrus, i'ÀK 235 à 2.19. 

Quinlilien, 23, noie I; 80, 91, 95, 97, IO.i, 211, 231, 280, note 3; .103. 

Italiirins, 212. 

Salluste, 171. 

Sénèipie le JMiilojoplie, 20 à 31, 80. 87, 90, 91, 112. 113, 172, 18|, noto; 
27«i. noie 2; -201 à 311. :Ui7. 



40G 



TABLB ALPHABÉTIQUB. 



^nbque to Rhéteur, 75 à 80, M, 81, 88. 09, 100, lOS, 103,191, 36l, 305. 

Hon'iii», SU. • 

HoxUliui Kni, SIS. 

Kidoine Apollinaire, 10, 381. 

Hilitif Ilalicuf, 101, SSO, note. 

SiM*nnA, 33, 39, S7t, S75. 

Hopliron, 3SI. 

Hupliocle, 320. , 

Suliiilcn, 32 t. 

sijioo, ItM, no, 172, SIS, note I; SSO, note. 

SiM^luiic, 88, IKU, 277, noto 4. 

Tiicito, 10, 13, 01, 83, Ot & 06, 105, 107, 110, 171, SU ; 333 à 837» 350. 

Ti'Toncc, 283, 2118, netw. 

Tt*rriiliitnU8 Mniiiiu», 20, 302, 303. 

Tlic^(»plini8lo, 312 i\ 315. 

Tibiillo, IKO, 208, 298, 3G0, note. 

Tiinoii In 8illogruplio, 115. 

Titi!-Livc, 8t, 170, 173, 171, 288 à SOI. 

Tiliiiiu», ^l. 

Viiirti, h7, 180. 

VulîTo-Maxiiue, 172. 

YuriuM, 213. 

Vurron, 21 1\ 20, 31, 03, note I; S51, note; S8I à S80. .. 

Y(*lloiiiM i*iil(»i*culus, 175. 

Vîi*h'il<>, 13. nutn 2; 103, 117, 118 à lt5, 147, 154 à 156, 105 à 100, IBS, 

205 h 207, 211, 2i:i. 210, 290, 320, note; 371, 37S. 
Xéiiopliuii l^Épll^»o, 33, 38, noto S. 



TABLE DES MATIERES 



IXTRODUCnON ▼ 

Clmpitre I. — Argument da Satiricon, Ciraetèro de rcoiifre . • I 

Ùiapitre U. — Morale et doctrine littéraire de Pétrone .... 61 
Chapitre III. — U parodie et riinitation dans Tétronc. — Virgile 

et Lucain f09 

Chapitre IV. — Les souvoubrs des autres poùtes et des pruia- 

leum latins. Horace, Ovide, Sénôquc. — Les sources grecques. SS7 

Chapitre V. — Conclusion 3?7 

Appenilicc I. — Exniuou des rraginents de l'étrune (l-X.\XIX. 
Dueclioler) et des piôccs qui lui sont attribui*es par le Cotiex 
Isidoriaiiui BeNoracentii et par le Codex Vaaianus, ... SOI 

Appendice H. — Les noms propres dan:i le SaHricon 377 

Appendice III. — Uupprochenientd entre Tétrone et Apulée . . 3MK 
Appendice IV. — nnpprriclKMnents entre le toxtc de Pétrone et 
celui de Martial cl de Juvénul 3tlt 

Index ulpli.'ibétlfiiie des principaux travaux ou articlen relatifs A 
rMrone (|ui ont 6tr citrs au cour.« de ce volume 3119 

Table nlphnb/'tlque dcrt r**t<'*urd ^iwcê et latins ciléit daUK ce 
\oliinie lUJ 



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